‹ Le magnétiseur praticienChapitre 26 sur 42 · SÉANCES EXPÉRIMENTALES POUR L'OUVERTURE DE NOS COURS · texte numérisé non relu

SÉANCES EXPÉRIMENTALES POUR L'OUVERTURE DE NOS COURS

Vision opisthopodienne (1).

Nos séances sont plus brillantes que jamais, et vraiment, si cela continue, notre salle, déjà si vaste, n’y pourra plus suf— fire. Il faut convenir aussi que depuis quelque temps le hasard nous a servis admirablement dans le choix de nos somnambules. Nous en possédons deux nouveaux qui sont doués d’une lucidité extraordinaire, surtout pour la partie expérimentale de la science magnétique, partie importante, qui, malgré les dédains méprisants que professent pour elle certains avocats du magnétisme théorique, a conquis plus de prosélytes à elle seule qu’ensemble mille volumes de philosophie, de mélanges, d'introductions, de transactions, et voire même de lettres si Spirituellement écrites qu’elles soient, n’en ont conquis el n’en conquerront jamais; car, Messieurs les beaux parleurs, il ne faut pas vous faire illusion là-dessus, jamais le magnétisme n’entrera par les oreilles, il n’a qu’une issue pour arriver Jusqu’à l'esprit, pour persuader, et cette issue, c’est l’œil; c’est par là qu'il pénètre d'autorité et qu’il s’installe dans la conviction dés incrédules, comme une armée dans une forteresse prise d'assaut.

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(1) Ortoev derrière, ous, rcdec, pied. — Nous demanderons pardon pour la création de ce mot : mais sans être partisan du néologisme, on ne peut se refuser à dire avec nous, qu’une Science qui s'occupe de phénomènes entièrement inconnus jusqu'alors ne trouve pas toujours dans le vocabulaire des expressions qui puissent rendre des choses et par conséquent des idées tellement nouvelles, que la langue se trouve en défaut pour les exprimer.

(Note du rédacteur.)

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Je sais bien la grande objection aux séances expérimentales, ce sont les échecs imprévus qui viennent quelquefois démentir la promesse du magnétiseur. D'abord, si les gens étaient doués pour une obole de raison, que verraient-ils autre chose dans une expérience manquée sinon que les magnétiseurs sont de bonne foi, car si, comme on dit vulgairement, il y avait des ficelles, on ne serait pas assez sot pour ne pas les faire jouer tous les jours afin de s’épargner de pareilles déconvenues. Admettons que les assistants ne soient pas assez bien partagés du côté de la judiciaire pour se faire ce simple raisonnement, qu’en résultera-t-il? c’est que l’on renverra des incrédules ; eh bien! entre des inerédules et des indifférents je ne balancerai pas une minute. Les indifférents ne disent ni bien ni mal du magnétisme; les incrédules en disent pis que pendre, et c’est un motif puissant pour que mille personnes qui croyaient à peine se mettent à regimber et à entasser panégyriques sur panégyriques, ne fût-ce même que par esprit de contradiction. Je ne suis pas vieux, mais je connais un peu les hommes, et, croyez-le bien, si la France était faite comme le cœur humain, on irait souvent à Cherbourg en prenant la route de Marseille.

Mais je reviens à mes moutons. La séance du 26 juillet a été des plus heureuses. La salle était on ne peut plus favorablement composée, Moi qui suis à moitié somnambule pour l'impressionnabilité nerveuse, au bien-être qui cireulait dans tout mon individu, je sentais que dans l’assemblée ilnÿ avait que des gens bienveillants qui, s’ils n’étaient pas convaincus, ne demandaient pas mieux que de le devenir, pourvu toutefois qu’on leur en fournit l’occasion.

Vous comprendrez sans peine que si, Sur une personne éveillée, l'influence de l'esprit qui anime une assemblée opère de pareils effets, de quelle importance ne doit-elle pas être pour de malheureux somnambules chez qui l’agent magnélique réveille à un si haut point l’irritabilité nerveuse, que toutes les fibres de leur vibratile organisation semblent frissonner aux moindres fluctuations de leur entourage, comme une harpe éolienne à tous les vents qui sifflent dans ses cordes. Entre eux et le commun des hommesil doit exister exactement la mème différence qu'entre un gros fermier tout rustique, tout matériel, et une de nos jolies femmes de boudoir, créatures délicates et charmantes qui s’évanouissent à la moindre odeur, tandis que le campagnard affronte impassiblement les plus horribles émanations. Aussi la composition de l'assemblée, je n’hé-

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site pas à lé dire, est pour les sujets somnambules tn grand élément de succès ou une terrible pierre d'achoppement ; c’est le cas ou jamais d'appliquer cet aphorisme d'Hippocrate : O0pporlet autem non modo se ipsum exhibere quæ opportet facienlem, sed eliam sopitum, et presentes et externa.

Donc le 26 tout était pour le mieux du monde. On allait endormir pour là première fois en public un jeune enfant de treize ans dont je vais tracer l’histoire en quelques mots. Il y a deux Où trois jours, après le cours théorique, les élèves se mirent à s'exercer sur quelques enfants réunis à cet effet. Dans le nombre se trouva le somnambule en question. Au bout de quelques passes il fut endormi complétement par un jeune homme plein de zèle et d'esprit, allié à la famille de notre illustre de Puységur. Grande fut sa joie, et ce ne fut pas sans peine qu’il nous abandonna sa précieuse conquête. Le surlendemain, moi-même je magnélisai le jeune Charles rien -que du regard. Emerveillé d’une pareille affectibilité, je me demandai si l’on ne pourrait pas, comme Chez tant de calaleptiques naturels, constater le déplacement des sens, et ce ne fut pas Saus un vif sentiment de satisfaction que j'obtins de lui des preuves non équivoques de vision occipitale. Pour développer de plus en plus les précieuses qualités de ce jeune sujet, il fut convenu que désormais il ne serait plus magnétisé par personne autre que M.G.., Le lendemain donc il fut éndormi par ce magnétiseur, endormi de peur, Comme on dit vulgairement, car avec lui loin de tendre sa Volonté, il faut bien en ménager l’action. Ce jour-là il se refusa à rien voir, disant qu’il se sentait fatigué, mais que le soir même (c'était le 26) il verrait par le talon.

PAR LE TALON !! — Nous tombions de prodige en prodige. À cette nouvelle je laissai échapper un « Ah! bahf!» si bizarrement articulé, que tout le monde partit d’un éclat de rire.

Le soir arrive, soirée brillante, honorée de la présence de M. Soumet, le grand poëte, l’auteur de la Divine épopée. Charles s’endort. Malgré mille précautions, tous ses membres sont frappés de catalepsie, et c’est à grand'peine qu’on les dégage. Bref, le voilà sur son séant ; chacun se demande la cause de sa manière de marcher, manière toute bizarre, tout étrange ; en effet, à chaque pas il lève la jambe droite, la contourne et semble explorer la terre avec son talon. Veut-il s’asseoir sur son fauteuil, il lève la jambe aussi haut que sa petite taille le lui permet, et ce n’est qu'après avoir bien examiné son siége avec

cet œil improvisé qu’il se décide à s’asseoir. Ce n’est plus un mystère : la promesse est accomplie, il voit par le talon !... On lui donne un verre d’eau, il demande beaucoup de sucre ; pour s’assurer si On s’est rendu à son désir, d’une main il saisit le bout de son pied et de l’autre lui présente son verre, et un éclair de satisfaction se répand sur son visage. Ce n’est pas tout, une suggestion intuitive, merveilleuse, lui dit de magnétiser son verre et lui apprend les meilleurs procédés de magnélisation, à lui, pauvre enfant qui n’a jamais entendu prononcer le mot de magnétisme, qui Sait à peine lire. Le cœur me battait de surprise, et certes je n’étais pas le seul,

Tout à coup un rire immodéré convulse tous les traits de son visage et se prolonge en bruyants éclats; chacun se regarde. - Pourquoi? se dit-on. — Pourquoi ? il va vous l’apprendre « Tiens, tiens, que c’est joli ! des étincelles qui me sortent du bout des doigts et qui dansent sur mon verre d’eau sucrée ! ! (1) » IL y a de ces comédies qu’on ne joue pas, et cette dernière est du nombre, la parole naïve d’un enfant de treize ans a un accent de vérité qu'un comédien consommé serait lui-même inhabile à prendre.

L'expérience se continue. On lui place une carte derrière le talon. De nouvelles émotions nous étaient réservées : voilà notre jeune enfant saisissant Son jarret à deux mains, contraclant son visage ( ce qui certes ne contribuait pas à écarter le bord des paupières), enfin faisant aller el venir son talon sur la carte avec d’incroyables efforts et des mugissements gutturaux : «Je lai vue, Je l'ai vue ! s’écrie-t-il, c’est une roi de cœur !... » I] ya de ces erreurs qui valent leur pesant d’or; dans cette exclamation il est facile de reconnaître l'ignorance d’un enfant du peuple qui croit que la dame de cœur doit nécessairement être la femme du roi du même nom. C’est logique.

Après cette prouesse, il retombe brisé de fatigue; son magnétiseur le dégage avec soin, puis l’éveille, et le voila courant comme s’il n'avait pas dormi une seconde.

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(1) Ge fait lui seul, observé chez ce jeune enfant d'une ignorance absolue sur tout ce qui concerne le magnétisme, serait une preuve évidente de la réalité du fluide Magnétique, si le raisonnement et des expériences directes, faites avec des somnambules très-lucides, par M. Charpignon entre autres, n'en avaient déjà démontré l'existence. (Note du rédacteur.)

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ue (OÙ (be Calixte continue sans interruption à convertir force incrédules, et madémoiselle Virginie à guérir quantité de malades, Le magnétisme est en bon train, je vous jure.

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