MRAGLTENTS DES LETTRES D'UN MAGNÉTISEUR
( La 2° édition doit paraître prochainement. }
À SM, Le Docteur Crousseau.
MONSIEUR
L'intérêt que je prends incessamment à la propagation et au crédit du magnétisme me fait un devoir de vous exposer quelques considérations sur la manière dont ont été faites les expériences de somnambulisme qui ont eu lieu chez vous mardi dernier, et sur la valeur de ces expériences,
D'abord je dois dire que les conditions dans lesquelles se sont. trouvés les magnétiseurs et les sujets étaient extrômement défavorables ; et vous, Monsieur, dont la bienveillance égale le savoir, l’avez probablement remarqué tout comme moi. En effet, une atmosphère chargée d'électricité, un salon rempli d'air chaud, la présence si contraire aux somnambules de quelques incrédules systématiques, voilà ce qui existait.
Mademoiselle Virginie, magnétisée à l'ouverture de la séance, a été, il est vrai, fort bien dirigée par vous, Monsieur, qui l'avez conduite mentalement dans une maison du faubourg Saint-Germain. Cette somnambule, qui, dès le début, a trèsexactement saisi votre pensée, a déclaré qu’il fallait suivre telle direction pour arriver au lieu de l'exploration, — que la maison ne bordait pas la rue, — qu’il fallait, pour y arriver, traverser un endroit où il y avait des arbres, — qu'elle voyait une statue, — que la maison n’était pas une maison bourgeoise, — qu'elle voyait des femmes portant un costume d’un caractère particulier.
Ces six expériences dont vous avez reconnu l'exactitude
seraient-elles le résultat du hasard? Non. fo Toutes les maisons de Paris ne sont pas dans la même direction en partant de chez vous, et, en ne s’attachant qu'aux quatre points ‘ardinaux, il y avait trois chances contre une, trois à parier contre un que la somnambule se tromperait si elle cherchait à deviner plutôt qu’à entrer en communication de pensée avec vous ; 2°sur mille et une des maisons de Paris, 1l y en a une tout au plus qui ne borde pus la rue, soit mille chances contre une; 3° sur cent une des maisons qui peuvent être reculées de la rue, il y en a une, peut-être, dont la cour ou le jardin, en avant, soit pourvu d'arbres ; 4° sur mille et une maisons, il n’est pas probable qu’il ÿ en ait plus d’une où l'on puisse remarquer une statue; 5° sur Cinq cent el une maisons, cinq cents environ sont dites maisons bourgeoises; 6° enfin, je ne sais dans quelle proportion se trouvent à Paris les femmes portant un costume d’un caractère particulier. Maintenant, si nous voulions prendre la peine de récapituler et d'établir le calcul des chances contraires d’une part, celui des chances favorables d'autre part, nous verrions qu'il est absolument impossible que le hasard puisse être invoqué raisonnablement comme devant infirmer des faits si évidemment démontrés.
Ensuite, la somnambule s’est trompée sur la question que vous lui avez adressée : « Qui m'a ouvert la porte? » Mais elle a déclaré elle-même que ses idées s’embrouillaient, que la chaleur la fatiguait, que, d’ailleurs, elle souffrait beaucoup d’un rhume manifeste. Au surplus, les faits négatifs ne sauraient anéantir les faits positifs. |
La deuxième personne qui a été soumise à la magnétisation est une dame quéje n’ai pas l'honneur de convaître, faisant partie de votre assemblée. Je n’ai nullement touché cette dame, je me suis contenté de fixer mes yeux sur elle, et de passer à deux ou trois pouces de distance mes mains devant sa figure et sa poitrine. Vous aviez bien voulu, sur mon invitation, constater l’état du pouls chez cette dame, et vous avez vu qu'au bout de quelques instants, l'artère à battu vingt fois de plus par minute; cependant la poitrine, dont lampliation se faisait avec effort, était singulièrement oppressée, et les membres comme la tête éprouvaient des mouvements nerveux très-remarquables. J'ai lieu de croire que si cette dame n’eût pas éprouvé les distractions desquelles on ne saurait se défendre au milieu d’une société nombreuse, elle se serait endormie du sommeil magnétique.
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