LI
Veuillez vous rappeler, Monsieur, le Jour où vous vintes chez moi avec votre ami M. Jules Janin, et où, malheureusement, vos occupations ne vous permirent pas de rester à la séance. Ce jour-là, le spirituel critique, qui avait été convaincu de la lucidité habituelle de mademoiselle Virginie peu de temps auparavant, dans une visite dont il m’honora ; ce jourlà, dis-je, M. Janin fut tellement émerveillé de tout ce qu’il obtint de ma somnambule, qu’il me dit en me quittant : « C’est « incroyable ! c’est à faire perdre la tête ! Cette femme est si « admirable, que je voudrais pouvoir l’étudier tous les jours !» Ces exclamations de joie et d’étonnement étaient bien motivées ; car voici ce qui s'était passé :
côté (elle l'indique de la main) une grille à travers laquelle on voit un jardin anglais, sur les côtés duquel sont des arbres (suit la description exacte de la maison).
— Qui est venu vous recevoir ?
— Une femme (elle fait le portrait physique et moral de cette femme...) Les maîtres dela maison en sont absents.
— Il n’y a donc que cette femme dans la maison?
— Il y a d'autres personnes; mais ce ne sont pas les maîtres.
— Quelles sont ces personnes ?
— Deux dames : la mère et la fille... je les vois bien (elle fait les deux portraits); elles ont bien du chagrin … (elle fait l’histoire de ces dames, et donne tous les détails d’un événement qui les a récemment frappées)... mais vous les connaissez bien, vous, Monsieur, ces dames.
— Laissons cela. Revenons à Paris... Y êtes-vous ?.…
— Oui.
— Où ai-je été, hier, après mon diner.
— Attendez, je vais vous suivre... C'est près de chez vous, je vois bien... c’est... une grande maison... il y a... Tiens