TRANSMISSION DE LA PENSÉE. — CUMBERLANDISME
ordres donnés mentalement. C'était là, d'ailleurs, un des signes les plus importants de la possession démoniaque. De Puységur signale aussi des faits de suggestion mentale. Dans le courant de ce siècle, un grand nombre de magnétiseurs ont prétendu qu'ils communiquaient par la pensée avec leurs somnambules; mais ils ne sont jamais parvenus à prouver cette faculté devant les corps savants, ce qui donne le droit de soupçonner leur sincérité, ou de supposer qu'ils entraient en rapport, à leur insu, avec le sujet, par quelque signe extérieur. On sait aujourd'hui que, pour établir une communication, le moindre contact suffit entre celui qui devine et celui qui suggère. On n'a pas oublié les expériences encore récentes de M. Cumberland, dont les résultats merveilleux s'expliquent, comme on l'a bien montré, par des causes très simples. M. Cumberland prend la main d'un individu qui a caché un objet ou qui pense à un objet quelconque et, les yeux bandés, va directement vers l'objet caché ou pensé. Or, M. Richet a constaté que le sujet avec lequel l'expérience réussit — en général, c'est un sujet impressionnable — exécute, sans le vouloir et sans en avoir conscience, des petits mouvements avec la main ; ces frémissements involontaires, qui trahissent sa pensée, mettent sur la voie à suivre avec une précision qu'on ne soupçonnera jamais, tant qu'on n'aura pas fait l'expérience soi-même (1). M. Gley a achevé de faire la lumière sur le cumberlandisme, en inscrivant les mouvements musculaires par lesquels s'explique cette soi-disant perception de la pensée. Les graphiques montrent clairement qu'il se produit tout le temps de l'expérience dans la main du sujet des contractions fibrillaires, de petits mouvements de pression, et chez d'autres une sorte de mouvement de traction de la main et de tout le bras. Ces mouvements augmentent d'intensité quand on approche de l'objet, puis, quand on est devant, ils cessent tout à coup (2). Sur 25 personnes, 16 ont donné des résultats positifs.
Arrivons maintenant aux expériences de M. Hichet ; c'est par trois ordres de preuves qu'il tente la démonstration de la suggestion mentale :
(1) Ch. Richet, .4 propos de la sutjijestion mentale. Société de Biologie, mai 1884.
(2) Gley, Sur les mouvements musculaires inconscients en rapport avec les magfes, Société de Biologie, juillet 1884,
{° Si l'on nomme au hasard une carte tirée d'un jeu de cartes, ou une image quelconque tirée d'un jeu d'images, et qu'on recommence lexpérience un certain nombre de fois, les chiffres qu'on trouve sont plus ou moins en accord avec le calcul des probabilités. Par exemple, dans un jeu [de six caries, la probabilité qu'on devine est de |, c'est-à-dire qu'on doit deviner une fois sur six essais.
Il n'en est pas ainsi quand la carte prise au hasard a été vue par une personne voisine ; les chiffres qu'alors on obtient sont légèrement supérieurs — plus ou moins, selon la sensibilité du sujet — à ceux qu'aurait indiqués le calcul des probabilités ; il a été de 67 au lieu de 42, sur 218 expériences.
2° Si l'on prend une baguette qui révèle les mouvements inconscients produits dans les muscles de la personne qui devine, les chiffres qu'on obtient sont encore plus supérieurs à ceux qu'indique le calcul des probabilités. Le nombre probable étant 18, le nombre réel a été de 44, sur 98 expériences.
3° Si l'on se met dans les conditions dites spiritiqiies, qui ne font que révéler des mouvements inconscients faibles d'une personne sensible, les chiffres obtenus sont tout à fait supérieurs à ceux du calcul des probabilités.
Ces dernières expériences sont, selon l'auteur, les plus probantes de toutes. Trois personnes sont assises à une table et causent : celle du milieu, appelée médium, par des mouvements inconscients, ébranle la table ; l'ébranlement, par suite d'ime disposition très simple, fait retentir une sonnette électrique. A une seconde table placée derrière la première, et cachée aux trois personnes, sont assises deux autres personnes ; l'une parcourt silencieusement avec un crayon un alphabet ; l'autre note la lettre devant laquelle le crayon se trouve quand le timbre retentit. Enfin, il y a dans la même pièce une sixième personne, qui a pensé à un mot quelconque. Lorsqu'on consulte les lettres dictées par la table, on remarque qu'il existe un rapport curieux entre les lettres et le mot pensé par la sixième personne, qui n'est ni à la table spiritique ni à l'alphabet. En voici des exemples :
Mots pensés Mots dictés par la table Jean Racine Ifard
Legros Nefhn
esther foqdem