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PLASTICITÉ CATALEPTIQUE

membre d'une malade en léthargie ou en somnambulisme et qu'on le maintient un peu avant de l'abandonner à lui-même, il reste dans la position qu'on vient de lui communiquer ; à première vue, on dirait que c'est de la catalepsie; mais la vérité est que, dans cette manœuvre, on a excité les muscles du bras, et ils se sont contractures in situ. Le membre n'est pas cataleptique, il est en contracture ; en effet, la friction et le massage du muscle le font aussitôt tomber en résolution ; de plus, il oppose une certaine résistance aux changements d'attitude : deux caractères qui n'appartiennent pas à la catalepsie vraie.

En effet, chez les grands hypnotiques, on ne rencontre pas de contractures pendant la catalepsie. Si on exerce une pression prolongée sur les muscles, les nerfs ou les tendons, on réussit seulement à produire le relâchement musculaiie, et finalement, la paralysie. L'étude de la paralysie cataleptique appartient tout entière à M. Hicher (1). Il a montré que le muscle paralysé, ayant perdu sa tonicité, s'allonge, laissant aux antagonistes un rôle prépondérant. Cest ainsi que si on excite les fléchisseurs, le membre se porte dans l'extension. Aussi l'attitude cataleptique est-elle exactement l'inverse de l'altitude léthargique produite par l'excitation du même point moteur. Seulement, comme il ne s'agit pas de contracture, la nouvelle attitude n'est maintenue par aucune raideur. La faradisation localisée détruit rapidement la paralysie cataleptique, quand elle persiste après le réveil. L'excitation des antagonistes et la suggestion ne la modifient que difficilement.

L'aimant et d'autres agents esthésiogènes peuvent opérer le transfert des attitudes cataleptiques {i). Une malade est assise près dune table où on a placé un aimant; le coude gauche repose sur le bras du fauteuil, lavant-bras et la main sont relevés verticalement, le pouce et l'mdex sont étendus, les autres doigts sont dans la demi-flexion. A droite, l'avant-bras et la main sont étendus sur la table : l'aimant est sous un linge, à ,"3 centimètres environ. Au bout de deux minutes, l'index droit commence à trembler et à se lever; à gauche, les doigts étendus se fléchissent et la main reste un instant flasque. La main droite et lavant-bras se lèvent et se placent dans la position primitive de la main gau-

(1) P. Richer, op. cit. p. 610.

(2) Ch. Féré et A. Binet, SociM de biologie, 5 juillet 1884.

che, qui s'étend sur le bras du fauteuil avec la mollesse cireuse propre à Tétat cataleptique.

11 est possible de limiter la catalepsie à une moitié du corps. Cette expérience classique a été imaginée dès 1878, par M. Descourtis, à la Salpêtrière (1). On sait que dans la catalepsie les yeux sont largement ouverts ; si on ferme les yeux de la cataleptique, on la fait tomber en léthargie : si on ne ferme qu'un seul omI, par exemple le droit, en maintenant l'autre ouvert, il se produit un état mixte ; la calalepsie continue à atïecler le côté droit, tandis que le côté gauche acquiert tous les caractères de la léthargie. A droite, le membre soulevé garde la position qu'on lui donne; à gauche, il retombe lourd»'ment. A droite, l'excitaliou mécanique ne réussit à provoquer ni réflexe, ni cou(ractur<' ; à gauche, l'excitation provoque immédiatement une conlradure intense.

On peut également combiner la catalepsie au somnambulisme, en plaçant d'abord la malade en léthargie, puis en agissant sur son vertex d'un côté, et en ouvrant l'o'il de l'autre côle (-2).

L'aimant provoque le transfert de tous ces états diniidit'S. Le ti-ansfert de l'hémicatalepsie associée à riiémiléthaigie i)résente un trait particulier : à la fin de l'expérience, r(eil reste ouvert du côté qui est devenu léthargique, et inversement l'o'il reste fermé du côté qui est devenu cataleptique. Ainsi, on peut obtenir, chez un sujet type, par le moyen détourné du transfert, une hémicatalepsie avec l'œil fermé, et une hémiléthargie avec l'œil ouvert (3).

Les attitudes cataleptiques présentent un certain nombre de caractères que nous retrouverons plus tard, en faisant Ihisloire des suggestions. Braid a signalé le premier l'hai'monie constante qui règne entre l'attitude corporelle et l'expression de la physionomie. Il faut noter aussi l'alternance qui existe dans la catalepsie entre les attitudes et les manifestations intellectuelles. Quand on donne par exemple une hallucination à la cataleptique, les attitudes fixes, artificiellement imprimées au membre, font place à des mouvements complexes et parfaitement coordonnés, en rapport avec l'objet de la suggestion. Le sujet ressemble à une statue qui s'anime. Bientôt la suggestion s'épuise, l'hallucination perd

(1) Profirès médical, 21 décembre 1878.

(2) Dumontpallier et Magnin, SocitHë de bioluqie, 1882, p. 147.

(3) Ch. Féré et A. Binet, Société de bioloijie, 5 juillet 1884.

HYPEREXCITABILITÉ CUTANO-MUSCULAIRE 93

de sa force et prend fin, et le sujet abandonné à lui-même s'immobilise de nouveau dans une attitude cataleptique. Cette sorte de balancement entre le tiouble psychique et le trouble moteur est la règle de la catalepsie.

HYPEUKXCITABILITE CUTANO-MUSCULAIRE

Nous avons vu qu'on peut provoquer pendant la léthargie des contractures énergiques en excitant mécaniquement les nerfs, ou les tendons ou le corps même des muscles et quelquefois aussi par l'excitation de la peau. On rencontre dans l'état de somnambulisme, chez les grandes hystériques, une contracture qui parait être d'une autre espèce ; elle sen distingue et par le mode d'excitation et par le mode de résolution.

Le point de départ de la contracture somnambulique paraît être dans la peau, qui acquiert une impressionnabilité exquise ; on la provoque en employant de très légères excitations superficielles, comme le frôlement, l'effleurement des poils, le souffle buccal, ou lagitation de la main à distance, produisant un léger courant d'air, peut-être aussi une simple excitation psychique. II y a là un contraste avec la contracture léthargique, qui résulte généralement dune excitation profonde. Cette première diflérence en entraîne une seconde; prodiùte par une excitation cutanée dilfuse, la contracture somnambulique reste difl'use, et quoiqu'on puisse la limiter à un segment de membre, elle n'a rien de la localisation en quelque sorte anatomique de la contracture léthargique. Au contraire, d'api'ès les observations de Heidenhain et de Dumontpallier, elle gagne de proche en proche des parties qui n'ont pas été excitées. iMais le meilleur moyen d'isoler ces deux espèces de contractures, au moins dans les cas types de grand hypnotisme, c'est le mode de résolution. L'excitation des antagonistes, qui supprime instantanément la contracture de la léthargie, ne fait rien sur celle du somnambulisme ; on ne la détruit qu'en renouvelant pendant quelques instants l'excitation cutanée qui lui a donné naissance. On a signalé aussi d'autres dilférences, mais

elles sont moins constantes que les précédentes. On a dit que la contracture léthargique seule est transférée par l'aimant; nous avons cependant réussi à transférer également la seconde espèce de contracture chez les somnambules.

L'aptitude à la contracture par excitation cutanée est en général répandue sur toute la surface du corps. Mais il est possible de la limiter à une région déterminée, en excitant de diverses façons les téguments du crâne (1). Nous verrons plus loin, en faisant l'histoire des dillérents états, que si, pendant qu'une grande hypnotique est en léthargie ou en catalepsie, on fait la friction du vertex, le sujet entre en somnambulisme total, et toutes les parties de son corps acquièrent l'aptitude aux contractures cutanées. Si on fait la friction latéralement, sur un seul côté de la tête, on provoque un hémisomnambulisme, localisé au côté du corps correspondant ; l'autre moitié ne change pas d'état ; on a ainsi un hémisomnambulisme associé à l'hémiléthargie ou à Ihémicatalepsie. Si enfin, au lieu de faire une friction étendue du vertex, on pratique une forte pression avec le doigt, ou un corps mousse, sur certains points du cuir chevelu qui semblent en rapport avec les centres moteurs, on détermine le somnambulisme partiel du membre dont le centre moteur paraît avoir été impressionné. On peut ainsi somnambuliser isolément une moitié de la face, un bras, une jambe, ou les deux bras, les deux jambes, la totalité de la face. Il est même possible de déterminer le somnambulisme isolé de la partie supérieure de la face en excitant un point du crâne situé au-dessus d'une hgne horizontale, passant par l'arcade sourcilière, et en arrière d'une ligne verticale passant en arrière de l'apophyse masioïde, etc. L'excitation isolée et successive de ces divers points donne un état de somnambulisme partiel généralisé, dans lequel le sujet parle, entend et reçoit des hallucinations.

Par leur précision, ces expériences sont à l'abri de la fraude ; car elles consistent dans une disparition locale du phénomène de l'hyperexcitabilité neuro-musculaire, qui appartient à la léthargie ; or ce phénomène ne s'imite pas ; le sujet ne peut ni le provoquer ni le supprimer selon son caprice. Mais nous ne croyons pas possible d'interpréter ces expériences, et de dire si elles

(î) Cil. F('ré et A. Binet, Sorit'fi' (h> hiolofiie, 19 juillet 1884.

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