EXCITATION DES TENDONS ET DES NERFS
quelques variations secondaires dun sujet à l'autre, sont la flexion des deux derniers doigts, l'adduction du pouce, l'extension et récartement de l'index et du médius. L'analyse de cette attitude montre qu'elle est en accord parfait avec nos connaissances anatomiques et physiologiques. En effet, d une part l'anatomie nous enseigne quelle est la distribution du nerf cubital à lavant-bras et à la main ; de plus, la physiologie nous apprend quelle est l'action partielle de chacun des muscles innervés par le nerf cubital. En combinant ces deux données, on peut en déduire rigoureusement l'attitude que doit prendre la main sous l'action combinée de tous les muscles en cause. Or, l'attitude déduite par raisonnement est conforme à l'attitude créée pendant la léthargie par l'excitation diiecte du nerf. On peut encore trouver un contrôle dans la faradisation localisée. Chez les individus sains, l'excitation faradique des troncs nerveux donne les mêmes l'ésultats que l'excitation mécanique chez les sujets en léthargie.
FiG. '.'. — Grilk- nR-diane. Fie. .3. — Griffe radiale.
(D'après MM. Cliarcot et Richer).
La griffe médiane, qu'on provoque par l'excitation du nerf médian le long du bord interne du biceps, consiste dans la contracture en flexion de tous les segments du membre ; l'avantbras se met en pronation forcée, le poignet se fléchit et la main se ferme. (Fig. 2.)
La griffe radiale, qui est en quelque sorte l'inverse de la précédente, se compose de la supination de lavant-bras, de l'exten- HiMCT et Fi;ni:. 6
sion du poignet et de tous les doigts. On provoque cette griflo par l'excitation du nerf radial au sortir de la gouttière de torsion de l'humérus. (Fig. 3.)
MM. Berger et Heidenhain sont arrivés, par l'excitation mécanique des nerfs spinaux, à produire des mouvements dans les membres correspondants.
Nous présenterons une simple remarque au sujet de la localisation de la contracture, provoquée par excitation du neif. Dans le cas de la grillé cubitale, la main se trouve immobilisée dans une sorte d'attitude hiératique ; en réalité, les muscles desservis par le nerf cubital ne sont pas les seuls atteints; leurs antagonistes aussi sont dans un état de tension manifeste ; on peut dire que tous les muscles de la main sont pris. La gritîe cubitale n'en possède pas moins une forme caractéristique, permettant de la distinguer des griffes médiane et radiale que nous avons décrites ; cela tient à ce que dans cette synergie des muscles de la main, ce sont les muscles innervés par le cubital qui, seuls, donnent à la main une attitude caractéristique ; les autres muscles n'entrent en jeu que pour immobiliser le résultat : leur contraction est peut-être due à l'excitation qui résulte du tii'aillement de leurs libres par l'allongement brusque.
Excitation galvanique du crâne. — C'est à une hyperexcitabilité que l'on peut rapprocher de l'hyperexcitabililé neuro-musculaire qu'il faut rapporter les phénomènes produits par l'excitation galvanique du crâne chez les sujets en léthargie.
M. Charcot a observé qu'en appliquant un courant galvanique sur la voûte du crâne pendant la léthargie, on peut provoquer dans le corps du sujet des secousses musculaires très énergiques. On place le tampon positif sur le crâne, au niveau des régions motrices, et le tampon négatif sur le sternum, ou bien sur le crâne en avant ou en arrière de l'oreille. On interrompt ensuite le courant ; à l'ouverture et surtout à la fermeture, il se produit une secousse très nette dans le côté opposé du coi'ps et de la face. Chez d'autres malades, le mouvement se produit dans les deux moitiés du corps, avec une prédominance marquée du côté où les électrodes sont appliqués. La même expérience ayant été recommencée chez les sujets pendant l'état de veille, l'on a «'onstaté des résultats variables. Chez les uns, l'excitation galva-
nique na rien donné ; chez les autres, elle a produit les mêmes ellets que pendant la léthargie (1).
Caractères de In contracture léthargique . — La contracture léthargique présente quelques caractères qui la distinguent nettement d'une contraction volontaire et permettraient, au besoin, de s'assurer que le sujet ne simule pas.
Des expériences de contrôle ont été faites sur des sujets sains et vigoureux, qui prenaient volontairement des attitudes semblables à celles de la contracture léthargique, et voici ce qui résulte de cette comparaison. Sous l'influence d'une traction continue, le membre contracture d'un sujet léthargique cède par degrés, comme le membre raidi par la volonté. A ce point de vue, ressemblance parfaite ; mais les tracés myographiques et cai'diographiques révèlent de curieuses différences. Chez le simulateur , le tremblement du membre et l'iri'égularité de la respiration ne tardent pas à trahir l'effort volontaire; chez l'hypnotique, le rythme respiratoire ne varie pas, et la chute du membre contracture s'opère lentement, sans la moindre secousse.
D'après MM. Charcot et Kicher, lorsqu'on excite un groupe de muscles, pendant la léthargie, et qu'on met en même temps obstacle au mouvement du membre dans la direction des muscles excités, lexcitation se propage dans les muscles antagonistes. Par exemple, si, pendant qu'on excite les extenseurs des doigts, on maintient la main dans une demi-flexion, la flexion est bientôt rendue plus accentuée par la contraction des fléchisseurs, quoique l'excitation soit limitée aux extenseurs. Nous avons vu plus haut un fait analogue ; l'attitude provenant d'une contracture léthargique ne dépend pas seulement des muscles excités, mais aussi des antagonistes. Il semble permis de poser comme une règle de l'innervation motrice que l'antagoniste prend une part de l'excitation appliquée à n'importe quel muscle. Dans les circonstances ordinaires, cette contraction de l'antagoniste na qu'une fonction régulatrice ; mais elle peut devenir prépondérante si lett'et de la contraction directe est arrêtée par un moyen quelconque (2).
Si on abandonne la contracture à elle-même, on la voit persister pendant toute la durée de la léthargie ; chez quelques
(1) J.-M. Charcot, Société de biologie (7 janvier et 14 janvier 1882).
(2) Cliarcot et Richcr, Bralii, octobre 1885.
84 LE MAOÉTISME AMMAL
malades, le passage à un autre état du sommeil, ou le réveil rompent la contracture ; d'autres, même réveillés, gardent leur contracture un temps indéfini. Pour mettre un terme à cet état, il faut que l'expérimentateur plonge de nouveau le sujet en léthargie, et procède à l'excitation des muscles antagonistes .
En effet, la friction ou la malaxation des muscles antagonistes résout très rapidement les contractures de la léthargie. A-t-on produit une contracture des doigts en flexion, l'excitation des fléchisseurs sur le dos de la main la fait aussitôt disparaître. A-t-on excité le muscle slerno-mastoïdien, et a-ton déterminé la rotation de la tète du côté opposé, l'excitation du muscle homologue ramènera la tète dans sa position primitive. Cette action des antagonistes est un des caractères propres à la contracture du type léthargique.
Nous signalerons encore un phénomène intéressant qui mérite de figurer dans l'histoire de l'hyperexcitabilité neuro-musculaire. M. Westphal a décrit, sous le nom de contraction paradoxale, un phénomène qui consiste en ce que lorsqu'on imprime au pied, par exemple, un mouvement énergique et brusque de flexion dorsale, le muscle tibial antérieur se contracte en produisant l'adduction et un certain degré de flexion dorsale du pied qui reste fixé dans cette position. M. Charcot a montré que ce phénomène se présente à un haut degré chez les hyperexcitables. Si, au lieu de fléchir brusquement le membre, on le met doucement dans la même position, et que l'on excite mécaniquement les muscles extenseurs, le membre reste fixé en contracture dans la flexion. L'excitation des extenseurs se réfléchit sur les fléchisseurs qui répondent en entrant en contracture; M. Erlenmeyer a proposé, avec juste raison, de substituer à l'expression de contraction paradoxale, celle de contracture par distension des antagonistes. Ce phénomène qui se montre au plus haut degré chez les hystériques et chez les léthargiques hyperexcitables explique comment certains de ces sujets conservent les positions qui résultent d'un effort brusque, comment un sujet qui vient de lancer une pierre ou de donner un soufflet peut rester le bras tendu en contracture (1).
L'action des esthésiogènes sur la contracture léthargique
(Ij Ch. Féré, la Contraction jjarailo.ralc iPronrox iiit'dical, ISSl, p. '59).
iiK'rite une courte mention. Chez les malades qui sont sensibles ù laimant, on peut produire avec cet agent le transfert des contractures unilatérales; ainsi, quand on a provoqué une grillé cubitale à droite, si on approche l'aimant de l'avant-bras de la malade endormie, ou même réveillée, on voit bientôt ses deux mains s'agiter de petits mouvements saccadés, puis la conliacture qui était à droite disparaît et vient s'emparer de la main gauche où elle est transférée, sans rien perdre de ses caractères et de la précision de sa localisation. Divers autres agents, tels que le diapason en vil)ralion, les métaux et lélecti'icité sous toutes ses formes, peuvent être employés pour opérer le transfert (I).
A lexpérience du transfert se rattachent quekfues ph('*nomèn(^s intéi'cssants. Si on arrête la circulation dans un membre en le comprimant circulairement de son extrémité vers sa racine l)ar l'application de la bande élastique d'Esmarch, l'excitation mécanique de ce membre an«''mié ne produit plus de contracture ; ou plutôt elle produit une contracture latente, qu'aucun signe ne traduit au dehors, mais qui se manifeste avec le retour de la circulation (-2). En ellét, si la bande est enlevée, on voit le membre se contracturer à mesure qu'il se colore.
L'aimant appliqué au membre anémié transfère la contracture latente au membre sain, où elle devient aussitôt visible ((^harcot et Richer).
Nous avons constaté un phénomène qui mérite d'être rapproché (kl précc'dent. Quand une malade en léthargie est placée dans le champ d'inllnence d'un aimant, si on vient tr exciter mécaniquement la main ou le bras du sujet, la contracture ne se montre pas dans le muscle excité directement, mais au point symétrique de l'autre bras.
Lorsqu'on fait agir l'aimant sur une contracture bilatérale et symétrique, comme deux griffes radiales ou cubitales, il ne se produit pas de transfert, mais un autre phé-nomène auquel nous avons proposé de donner le nom de polarisation (3). Sous l'influence de l'aimantation, les deux mains du sujet, atteintes
(1) R. Vigoui'oux, Métalloscopie, Me'tallotlie'rapie, Esthésiogènes {Archives de Neuroloffie, 1881J.
(2) Brissaud et Kichet, Prof/rès médical, n" 23 et 24, 1880.
(3) A. Hinet et Ch. Féré, lu l'olarisalioii psijchique (Hcruc philos. 1885J.
86 LE MAGNÉTISME AMMAL
de la contracture, commencent par présenter de petites oscillations irrégulières et rapides, auxquelles succèdent des mouvements plus étendus, puis une véritable décharge convulsive, et linalement les deux contractures disparaissent à peu près en même temps.
On peut, d'après MM. Tamburini et Seppili, supprimer Tbyperexcitabilité neuro-musculaire dans un membre par lapplicalion d'eau froide ou de glace.
L'hyperexcitabilité neuro-musculaire, pas plus qu'un autre symptôme i)alhologique, ne se présente avec le même degré de développement chez toutes les malades. Les unes n'ont qu'une exagération des réflexes tendineux sans tendance à la contracture : chez dautres, les contractures peuvent se manifester, mais sans qu'aucune localisation précise soit possible. Enfin, fait singulier qui montre la parenté de l'état de veille de certains sujets avec l'état do sommeil, et les symptômes communs de l'hypnose et.de l'hystérie, on trouve de nombreuses hystériques chez lesquelles on provoque facilement des contractures pendant la veille, en malaxant les muscles ou en pressant sur les nerfs, ou en percutant les tendons. Ces contractures de la veille sont bien de même nature que celles du type léthargique, car elles cèdent à l'ex citation des antagonistes, et sont transférables par l'aimant; quelquefois elles ont la même intensité et la même précision. De nombreux auteurs, Charcot et Kicher (1), Brissaud et Richet (2), Heidenhain, Tamburini et Seppih (3), etc., ont observé cette permanence de l'hyperexcitabilité pendant la veille. Chez bon nombre d'hystériques, on peut provoquer à l'état de veille, par la pression digitale des nerfs, des gnlfes médianes, radiales et cubitales qui ressemblent parfaitement à celles de la léthargie, sauf sur un point : c'est qu'elles sont souvent douloureuses. 11 faut conclure de ces faits que pour un certain nombre de malades au moins l'aptitude aux contractures n'est pas un symptôme spécial de la léthargie, et ne peut servir à démontrer la réalité de cet état.
De quelle nature sont les contractures provoquées, grâce à l'hyperexcitabilité musculaire ? Nous les rattacherons aux phéno-
(1) Op. cit. p.
(2) Faits pour xerrir à l'histoire des contractures. (Progrès médical. 19, 23, 24, 1880).
(3),0p. cit. p. 273.
mènes réflexes, sans avoir pour cela la prélenlion de jeter une vive lumière sur la question. Alors même qu'on porte directement l'excitation sur le centre d'un muscle, la contracture qui en résulte est produite par un stimulus qui a suivi l'arc diastallique formé par les nerfs sensitifs, les centres nerveux et les nerfs moteurs. Ce qui le prouve le mieux, c'est l'action inhibitoire que les muscles antagonistes exercent sur la contracture, alors même qu'ils sont situés, comme les deux sterno-mastoïdiens, de part et d'autre de la ligne médiane. Il s'agit là d'une sorte d'interférence qui ne peut se produire que dans les centres nerveux, dans le cerveau ou dans la moelle. Certains poisons du système nerveux central peuvent aussi servir à montrer, en labolissant, le l'Ole des centres nerveux dans l'hyperexcitabilité neuro-musculaire. Si on soumet une hypnotique à des inhalations d'élher ou de chloroforme, il arrive un moment où toute trace dhyperevcitabililé disparait, et où l'excitation mécanique des muscles et des nerfs moteurs reste sans effet (P. Richer).
En résumé, l'hyperexcitabilité neuro-musculaire constitue le caractère objectif le plus important de l'état hypnotique désigné sous le nom de léthargie ; il se manifeste par une exagération des réactions aux excitations mécaniques portant sur les muscles, sur les nerfs ou même sur les autres centres nerveux. Il n'est i)as douteux toutefois que les mêmes réactions peuvent se produire chez certains léthargiques sous l'influence d'excitations superficielles de la peau ou d'excitations des os au voisinage des insei'tions musculaires. Il ne faut pas s'étonner de les rencontrer quelquefois chez des hypnotiques dans d'auties états ; nous avons déjà, d'ailleurs, fait remarquer que Ihyperexcitabilité neuro-musculaire peut se pi'ésenter chez certaines hystériques en dehors de l'hypnotisme. A des degrés faibles, c'est-à-dire réduite à une simple exagération des réflexes normaux, l'hyperexcitabilité neuro-musculaire appartient aussi à d'autres états pathologiques du système nerveux qui peuvent préexister chez le sujet, et que par conséquent il faut connaître pour être en mesure de déterminer en connaissance de cause la valeur de ce phénomène.
J>LASTICITÉ CATALEPTIQUE
Le trait lo plus saillant de létat rataloptiqiio, c'ost rimmobilitô. Le sujet ijarde toutes les attitudes que l'on imprime à ses membres et à son corps. Les membres soulevés ou fléchis par l'observateur présentent une grande légèreté ; ils ne sont le siège d'aucune résistance. Les yeux sont largement ouverts, le regard est fixe, la physionomie impassible. Cet ensemble de phénomènes donne à la cataleptique un aspect qu'il suffit de voir une fois pour ne jamais l'oublier.
La conservation des poses communiquées n'est pas indéfinie, comme l'ont prétendu certains auteurs. Les catalepliques ne
FiG. 4. — SclitMiia (le la disposilion dans les expériences sur l'imniobilité cataleptique, R. Tambour à réaction de Marey. P. Pneumograithe. C. Cylindre tournant. TT. Tambours à levier. (D'ai>rès M. Cliarcot. Leçons sur les maladies du système nerveux, t. III.)
gardent pas les attitudes forcées au delà de dix à quinze minutes ;
un homme vigoureux pourrait en faire autant. Le caractère
distinctif des attitudes catalepliques doit être cherché ailleurs.
Sur le simulateur et sur la cataleptique, si on applique : 1° un
PLASTICITÉ CATALEPTlgLK 89
tnmbour sur le bras étendu, pour enregistrer les moindres oscillalions du membre; 2'^ un pneumographe sur la poitrine, pour obtenir la courbe des mouvements respiratoires (fig. 4), voici ce que l'on constate : le membre cataleplisé ne tremble pas; il descend lentement, sans secousses, et la plume de l'appareil de iMarcy trace sur le cylindiv une ligne dioite parfaitement
Fig. 0. - Schéma des traces ol. tenus sur une l.ystrr;,-e|,ileiili.|ue en état <lc catalepsie liyimotiquc. (D'après M. Cliairol). - I Tnicùs de la resi.iration. n Traces des oscillations du membre.
régulière (lîg. 5, H). En même temps, le tracé respiratoire conserve le même caractère calme et superficiel pendant toute la durée de l'expérience (lig. 5, I). Au contraire, l'individu qui
essaye de maintenir volontaii^^ment une attitude ne larde pas à se fatiguer, sa main tremble (fig. 6, II) ; sa respiration, d'abord calme, se précipite, devient irrégulière (fig. 6, I). Les deux tracés sont marqués doscillations brusques qui indiquent la fatigue musculaiie et les eU'oi'ts destinés à en mas([uer les elVets.
Fio. 6. — Schéma des tracés obtenus cliez un homme éveillé qui essaye <le niaintonii l'attitude cataleptique, (D'après M. Chariot), — I, Tracés de la res]>iralion. — H. Tracés des oscillations du membre étendu.
Les expérimentateurs de la Salpètrière se sont attachés à définir les caractères de la catalepsie vraie, afin de l'opposer aux fausses catalepsies, ou étals calaleptoïdes qu'on rencontre pendant d'autres phases de 1 hypnotisme. Lorsqu'on soulève le