TROUBLES DE LA RESPIRATION ET DE LA CIRCULATION
Lorsqu'on endort un suj(!t par un procédé lent et prolongé, par exemple la fixation du regard, on voit au bout de quelque temps
(1) J. M. Charcot, Maladies du .si/.sfèine nerveux, t. I. 2) Ch. Féré, Sensation et mouvement Revue philos., 1885).
Li: MAGNÉTISME ANIMAL
la respiration qui s'accélère; puis, au moment de l'invasion du sommeil, on entend souvent un bruit laryngien particulier. MM. Tamburini et Seppili(l) ont appliqué à l'étude de la respiration et de la circulation les proc;édés graphiques de la physiologie moderne. Les résultats auxquels ils sont arrivés dans cette voie sont en accord parfait avec les recherches de la Salpêtrière, qui ont été faites à peu près en même temps.
Pendant l'état léthargique, la courbe respiratoire est assez régulière; en général, les mouvements sont lents, profonds; en somme, la respiration ne dillere pas essentiellement de ce qu'elle est à l'état normal. On peut en dire autant de la phase de somnambulisme. Le seul <*aractère propre à l'hypnotisme consisterait dans une certaine indépendance ou même un véritable antagonisme entre la respiration thoracique et la respiration abdominale (Kicher).
C'est dans la catalepsie que le mode respiratoire se modifie considérablement. Les mouvements sont rares, superficiels, d'une lenteur extrême, et séparés par une période d'immobilité plus ou moins longue. On peut comparer dans la figure ci-jointe les deux tracés si différents de la catalepsie et de la léthargie.
FiG. 7. — Tnicc i('S|iir:il(>irc : L iiciid.inl la Irlli.irt(ie: C pi'iulanl la (•alalc|>sic (.(l'aiiii's SIM. TamhurJiii cl Sc'|i|)ili).
On a observé sur une malade que l'application de l'aimant près de l'épigastre amenait de profondes modifications dans la courbe respiratoire de la léthargie; au contraire, l'aimant paraissait rester à peu près sans action sur la courbe de la catalepsie. La
(1) Ririsld sprrimrulalc di frcn/'tfr/a, au VU, tVisc. 3; an VJII, fasc. 3 et 1.
mOlBLES DE RESPIRATION ET DE CIRCULATION
figure ci-jointe, empruntée à MAI. Tamburini et Seppili, auteurs de rexp(''rienee, rend bien comple de ces deux effets contraires. La malade est placée en léthargie; après quelques respirations régulières, on approche l'aimant qui provoque un fort mouvement d'expiration, suivi d'un fort mouvement d'inspii-afion; iV ce moment, on ouvre les yeux de la malade et on produit la cata-
l'i>;. X. - Kii I,. ,-,,iii-|ic ics;iir,il(.iic ,1c hi lcllKir,;;ic ; en M -f-, <>ii ;i|i|ii<,i||,. |;iiiii;,n( ,lu thorax; en C, <iii l'infliiil l.i cihilciisic : <'ii J.. on prodiiii lu lr||i;ii-ir : (.„ m . on enlève l'ainiani.
lepsie; aussitôt la courbe respiratoire propre à cet état se manifeste; quelque temps après, on referme les yeux et la léthargie se produit; alors, nouvelle expiration profonde, produite par l'aimant qui est resté en place; puis inspiration profonde. On enlève lairnaut et la courbe léthai'gi([ue revient au type normal. Les recherches de MM. Tamburini et Seppili sur la circulation Ile sont pas moins intéressantes. Au moyen du pléthismographe de Mosso et du sphygmographe à air, ils ont constaté' que dans HrNF.T et Fkui;. 7
la phase léthargique le tracé graphique tend continuellement à monter, et que, lorsqu'on provoque la catalepsie, le tracé redescend lentement; en d'autres termes, la léthargie détermine une augmentation du volume de l'avant-bras, c'est-à-dire une dilatation des vaisseaux; la catalepsie, au contraire, détermine une diminution du volume de l'avant-bras , c'est-à-dire un rétrécissenient des vaisseaux. L'un de nous a repris les expériences de MM, Seppili et Tamburini ; les résultats obtenus, sans être complètement confirmatifs, montrent au moins qu'il se produit dans la circulation périphérique des modifications qui paraissent bien en dehors de la volonté du sujet.
Nous nous sommes étendus longuement sur les propriétés neuro-musculaires de l'hypnotisme, car l'École de la Salpèlrière a cru trouver dans ces phénomènes des signes physiques donnant la preuve irréfutable de la sincérité des expériences. La localisation précise de la contracture léthargique aux muscles desservis l)ar les branches du nerf excité, la conservation des attitudes cataleptiques sans tremblement et sans fatigue, les etfets d'une traction continue sur les contractures de la h'ihargie et du sommambulisme, la limitation de chacun de ces phénomènes à une moitié du corps, leui' mode de production et de disparition, ont ])aru (,'onstituer autant de garanties contre la simulation. Sur ce point la démonstration est complète. Il est à peu près certain qu'aucun individu éveillé ne pourrait, en dehors d'un état nerveux voisin de l'hypnotisme, imiter les signes physiques si caractérisés par lesquels le grand hypnotisme se manifeste. La crainte delà simulation, qui avait dominé toute l'histoire du magnétismr animal, est devenue aujourd'hui, pour l'expérimentateur instruit et prudent, un danger complètement imaginaire.