‹ Le magnétisme animalChapitre 27 sur 121 · SYMPTOMES SUBJECTIFS · texte numérisé non relu

SYMPTOMES SUBJECTIFS

Les modifications apportées ])ar l'hypnotisme dans l'état de la sensibilité et dans les fondions intellectuelles n'ont pas été jusqu'ici l'objet de recherches précises. On ne trouve dans ce domaine que des observations isolées, quelquefois même cou-

l^TAT DES SENS CHEZ LES HYPNOTISÉS 99

tradictoires ; aucune vue d'ensemble ne s'en dégage. Pour avoir un fil conducteur dans ce dédale, nous aurons plus dune fois recours à la comparaison du sommeil hypnotique avec le sommeil naturel, et nous verrons que les manifestations psychiques de l'hypnose ottVent la plus grande analogie avec le rêve.

A. — Vétat des sens, chez les sujets endormis, varie depuis l'anesthésic jus{[u'à l'hypereslhésie. Pendant la léthargie, tous les sens sont éteints, à l'exception parfois de l'ouïe qui veille encore, comme dans le sommeil naturel. Pendant la catalepsie, les sens spéciaux se réveillent partiellement ; le sens musculaire, notamment, retrouve toute son activité. Enfin, pendant le somnambulisme, ils ne sont pas seulement réveilles, mais exaltés d'une façon extraordinaire. A plusieurs métrés de distance, des malades ressentent le froid produit par le souffle buccal (Braid). Le compas de Weber, appliqué sur leur peau, provoque une sensation double avec un écart égal à irois, dans des régions où il faut donner à l'instrument un écart égal à dix-huit pendant l'état de veille (Berger). Le sens visuel présente parfois une suractivité telle que l'étendue du champ visuel peut être doublée, de même (jue l'acuité visuelle, etc. L'odorat peut être si développé que le sujet retrouve, guidé par l'odeur, les morceaux cachés d'une carte de visite qu'on lui a fait sentir avant de la déchirer (Taguet). L'ouïe est tellement fine qu'une conversation peut être entendue à un étage inférieur (Azam). Ce sont là des faits int(''ressants, mais isolés. Nous manquons de travaux d'ensemble sur ces questions, qu'il serait cependant facile déludier n'gulièrement, avec les méthodes d investigation que nous avons entre les mains.

B. — Vétat de la mémoire a donn*' lieu à des observations plus suivies. On n'a guère étudié jusqu'ici que l'état de la mémoire pendant le somnambulisme, où elle présente le i)lus souvent la même hyperexcilabilité que les organes des sens.

On a souvent opposé, et avec raison, la mémoire après le réveil, et la mémoire pendant le sommeil hypnotique. Ces deux mémoires se comportent dllfércmment. C'est là, d'ailleurs, un fait que l'on retrouve pendant le somnuMl natui'el. Le sujet hypnotisé ne se rappelle, en général, quand il est réveillé, aucun d<'s faits qui se sont passés pendant le sommeil hypnotique; au contraire, quand il est endormi, sa mémoire s'étend et embrasse tous les faits de

son sommeil, de son état de veille et de ses sommeils anK'i'ienrs.

l" Insistons d'abord sur cotte hyperexcitabilité de la uK-moire qui accompagne le somnambulisme. iM. Richet a imaginé une expérience qui met en relief ce curieux phénomène. « J'endors V... Je lui récite quelques vers, puis je la réveille. Elle n'en a conservé aucun souvenir. Je la rendors de nouveau, elle se rappelle parfaitement les vers que je lui ai récités. Je la réveille, elle a oublié de nouveau. »

La mémoire de l'hypnotisé est très étendue, plus étendue que celle de l'état de veille. Plusieurs auteurs ont cité des exemples de cette exaltation de la mémoire, qui étonne et a fait croire quelquefois à une lucidité mystérieuse des sujets. Les somnambules, dit yi. Uichet, se représentent avec un luxe inouï de détails les endroits qu'ils ont vus jadis, les faits auxquels ils ont assisté. M... qui chante l'air du deuxième acte de V Africaine pendant son sommeil ne peut pas en retrouver une seule note quand elle est réveillée. M. Beaunis cite une de ses malades à qui il faisait dire pendant son sommeil tout ce qu'elle avait mange la veille ou lavant-veille, sans oublier le plus petit aliment. Une fois ri'veillée, il lui énumerait tout son dîner par le menu, et elle était tout étonnée de le voir si bien renseigné. Nous sommes parvenus à faire répéter à une malade endormie les menus des repas qu'elle avait mangés huit jours auparavant; sa mémoire normale ne s'étendait pas au delà de trois ou quatre jours ; pour lui faire franchir cette limite, il fallait lexciler avec l'aimant.

Nous citerons encore un exemple (pii paraît bien propre à montrer Ihypermnésie des somnambules. Une jeune fille était en somnambulisme dans le cabinet de M. Charcot à la Salpélrière; survient M. Parrot, médecin de Ihospice des Enfants assistés. On demande à la somnambule le nom de l'étranger; elle répond sans hésitation, au grand étonnement de tous : M. Parrot. A son réveil, elle affirme qu'elle ne le connaît pas; mais après l'avoir longtemps examiné, elle finit par dire : « Je crois bien que c'est un médecin des Enfants assistés. » Elle avait été recueillie quelque temps dans cet hospice, à làge de deux ans environ ; elle avait perdu depuis longtemps le souvenir du médecin qu'elle reconnaissait difficilement à l'état de veille, tandis qu'elle pouvait dire son nom, au commandement, pendant le somnambulisme.

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