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CHAPITRE PREMIER

Les débuts du magnétisme animal. — Mesmer et Puységur.

Nous avons à parler d'une question qui est vieille comme le monde, qui est entrée dans le courant des discussions scientifiques depuis environ un siècle, qui, sans cesse repoussée et conspuée par les corps savants, renaissait toujours, mais n'avançait jamais, et qui aujourd'hui encore, malgré l'importance des résultats acquis, est en pleine évolution. En retraçant l'histoire du magnétisme animal nous chercherons à expliquer les causes de ses fortunes si diverses, et à indiquer l'enseignement qui s'en dégage. A mesure que nous avancerons dans notre sujet, on comprendra mieux cette vérité que si le magnétisme animal n'est pas entré plus tôt dans la science, c'est par défaut de méthode.

C'est aux érudits qu'il appartient de suivre le magnétisnie animal à travers les âges, et d'en ciicrcher les origines lointaines dans les mœurs des peuples anciens. Nous renonçons à ces études historiques, pour lesquelles la compétence nous manque. Nous nous proposons simplement de résumer les conclusions de la science sur le magnétisme animal, et par conséquent nous ne parlerons de l'histoire du magnétisme que dans la mesure où cette histoire a laissé des traces sur l'état actuel de la question (1). A ce point de vue, il est inutile de remonter au-delà de Mesmer et de ses précurseurs immédiats.

Le JMesmérisme se rattache à une tradition qui s'est développée

(1) Un grand nombre d'auteurs ont écrit l'histoire du magnétisme animal : Dubois (d'Amiens), Dechambre, Bersot, Figuier, etc. La seule étude qui mérite le nom de critique est celle de M. Paul Richer {Nouvelle Reviie^ r- août 1882).

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i LE MAGNÉTISME ANIMAL

vers le milieu du xvi° siècle; cette tradition, comme l'indique le nom même de Magnétisme animal, que Mesmer n'a pas inventé, attribuait à lliomme le pouvoir d'exercer sur ses pareils une action analogue à celle de l'aimant. Il paraît avéré que l'aimant naturel et ses propriétés physiques, l'existence de deux pôles doués de propriétés contraires, l'action à distance, sans contact direct, ont produit une impression profonde sur les esprits. Dès l'antiquité on avait vu, ou du moins cru observer, que l'aimant possède des vcmMus curatives, et on l'avait employé comme remède. Cette opinion s'était perpétuée au moyen âge (1). Dans un livre de Cardan, datant de 1584 (Les livres de Hierosme Cardanus , le septième livre des pierreries , p. 186, A et B), on trouve le récit d'une expérience d'anesthésie produite par l'aimant. L'usage était alors de faire avec l'aimant des anneaux qu'on portait au cou et aux bras pour guérir les maladies nerveuses. Peu à peu se fit jour lidéc que le corps de riiomme a des propriétés magnétiques. La première trace de cette doctrine se trouve dans les ouvrages de Paracclse. Cet illustre illuminé soutenait que l'homme jouit, à l'égard de son corps, dun double magnétisme ; qu'une portion tire à soi les astres et s'en nourrit; de là la sagesse, les sens, la pensée ; qu'un autre tire à soi les éléments et s'en sépare : de là la chair et le sang ; que la vertu attractive et cachée de l'homme est semblable à celle du karabé et de l'aimant ; que c'est par cette vertu que le magnés des personnes saines attire l'aimant dépi'avé de celles qui sont malades (2). A la suite de Paracelse, un grand nombres de savants du xvi" et du xvii" siècle, Glocénius, Burgraeve, Helinotius, Bobert Fludd, le père Kircher, Maxwell, crurent reconnaître dans l'aimant les propriétés du principe universel par lequel ces esprits avides de généralisation pensaient expliquer tous les phénomènes de la nature. Ces savants écrivirent des livres volumineux, remplis de discussions stériles, daflîrmations sans preuves et d'argumentations dérisoires.

Telle est la tradition dans laquelle Mesmer a puisé à pleines mains; il est incontestable qu'il a lu quelques-uns de ces livres si nombreux, consacrés par les anciens autein-s à la doctrine magné-

(1) Richet, lUdletin de la Société de biologie, 30 mai 1881.

(2) Voyez Sprengel, Histoire de la médecine, t. III, pp. 230 et seq. et Figuier, Histoire du merveilleux, t. III, cliap. v.

tiqiio, bien qu'il s'en soit défendu. Son originalité est d'avoir, en quelque sorte, mis la main sur le prétendu principe universel du monde et de l'avoir dirigé sur les malades au moyen des attouchements et des passes. Ses prédécesseurs ne paraissent pas s'être adonnés à ces pratiques; ils croyaient qu'il était suffisant, pour diriger l'esprit vital, de se servir de talismans et de boîtes magiques.

Antoine Mesmer naquit en Allemagne en 1734 ; il se fit recevoir docteur-médecin à la Faculté de Vienne, et prit pour sujet de sa thèse : De l'influence des astres, des planètes sur la guérison des maladies (176G). Il prétendait prouver que le soleil, la lune et les corps célestes agissent sur les êtres vivants au moyen d'un fluide subtil qu'il appelait wa^«é^/sme animal, pour marquer ses com. munes propriétés avec l'aimant. Depuis la publication de cette œuvre bizarre et mystique, Mesmer avait fait la rencontre du P. Hell, jésuite, professeur d'astronomie, qui, en 1774, établi à Vienne, guérissait des maladies au moyen de fers aimantés. Découvrant quelque analogie entre les expériences du père Hell et ses propres théories astronomiques, Mesmer voulut essayer les elïets de l'aimant dans le traitement des maladies.

Le récit de ses cures remplit les journaux de Vienne. Divers personnages importants attestèrent qu'ils avaient été guéris, parmi lesquels Ostervald, directeur de l'Académie des sciences de Munich, atteint de paralysie, et Bauer, professeur de mathématiques, d'une ophthalmie opiniâtre. 3Iais, d'autre part, les corps savants de son pays résistèrent à ses expériences, et il écrivit à la plupart des Académies de l'Europe des lettres qui restèrent sans réponse. Bientôt, il abandonna les aimants et les appareils du P. Hell, se borna à imposer les mains, et déclara que le magnétisme animal est distinct de l'aiinimt.

Forcé de quitter Vienne à la suite d'une aventure qui n'a rien de clair, Mesmer vint à Paris. Il s'installa d'abord dans un (|uartier obscur, place Vendôme, et se mit à enseigner sa théorie du fluide magnétique. Un mémoire sur la découverte du magnétisme, (juil publia en 1779, annonça au monde qu'il avait trouvé un principe capable de guérir toutes les maladies. Il résumait sa doctrine dans 27 propositions ou plutôt assertions, dont la plupart ne l'ont que reproduire les conceptions nuageuses de la médecine magnétique.

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