‹ Le magnétisme animalChapitre 4 sur 121 · PROPOSITIONS · texte numérisé non relu

PROPOSITIONS

1° Il existe une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés.

2° Un tiuide universellement répandu, et continué de manière à ne soullrir aucun vide, dont la subtilité ne permet aucune comparaison, et qui, de sa nature, est susceptible de recevoir, propager et communi(|uer toutes les impressions du mouvement, est le moyen de cette influence.

3'' Cette action réciproque est soumise à des lois mécaniques inconnues jusquà présent.

4" Il résulte de celle action des effets alternatifs qui peuvent être considérés comme un llux et un reflux.

5*^ Ce reflux est plus ou moins général, plus ou moins particulier, plus ou moins composé, selon la nature des causes qui le déterminent.

6° C'est par cette opération, la plus universelle de celles que la nature nous offre, que les relations d'activité s'exercent entre les corps célestes, la terre et ses parties constituantes.

7° Les propriétés de la matière et du corps organisé dépendent de cette opération.

8° Le corps animal éprouve des effets alternatifs de cet agent, et c'est en sinsinuant dans la substance des nerfs qu'il les affecte immédiatement.

9" Il se manifeste, particulièrement dans le corps bumain, des propriétés analogues à celles de l'aimant ; on y dislingue des pôles également divers et opposés , qui peuvent être communiqués , cbangés, détruits et renforcés ; le pbénomène même de linclinaison y est observé.

10° La propriété du corps animal qui le rend susceptible de rinduence des corps célestes et de l'action réciproque de ceux (jui l'environnent, manifestée par son analogie avec raiiuanl, m'a déter miné à la nommer magnétisme animal.

11'^ L'action et la vertu du magnétisme animal, ainsi caractérisées, peuvent être conimuiii(|uées à d'autres corps animés ou inanimés. Les uns et les autres en sont cependant plus ou moins susceptibles.

12° Cette action et cette vertu peuvent être renforcées et proposées par ces mêmes corps.

13° On observe à l'expérience l'écoulement d'une matière dont la subtilité pénètre tous les corps sans perdre notablement de son activité.

14° Son action a lieu à une distance éloignée, sans le secours d'aucun corps intermédiaire.

15° Elle est augmentée et réfléchie par les glaces , comme la lumière.

16° Elle est communi(|uée, propagée et augmentée par le son.

170 Cette vertu magnétique peut être accumulée, concentrée, transportée.

48° J'ai dit que les corps animés n'en étaient pas également susceptibles : il en est même, quoique très rares, qui ont une propriété si opposée, que leur seul présence détruit tous les effets de ce magnétisme sur les autres corps.

19° Cette vertu opposée pénètre aussi tous les corps ; elle peut être également communiquée, propagée, accumulée, concentrée et tiansportée , réfléchie par les glaces et propagée par le son , ce qui constitue non seulement une privation, mais une vertu opposée positive.

20° L'aimant, soit naturel, soit artificiel, est, ainsi que les autres corps, susceptible de magnétisme animal , et même de la vertu opposée, sans que ni dans lun ni dans l'autre cas son action sur le feu et l'aiguille souffre aucune altération, ce qui prouve que le principe du magnétisme animal diffère essentiellement de celui du minéral.

21° Ce système fournira de nouveaux éclaircissements sur la nature du feu et de la lumière, ainsi que dans la théorie de l'attraction, du flux et du reflux, de l'aimant et de l'électricité.

22° Il fera connaître que l'aimant et l'électricité artificielle n'ont, à l'égard des maladies, que des propriétés communes avec une foule d'autres agents que la nature nous offre, et que, s'il est lésulté quelques effets utiles de l'administration de ceux-là, ils sont dus au magnétisme animal.

23° On reconnaîtra par les faits, d'après les règles pratiques que j'établirai, que le principe peut guérir immédiatement les maladies des nerfs et médiatement les autres.

24° Qu'avec son recours, le médecin est éclairé sur l'usage des médicaments, qu'il perfectionne leur action , et qu'il provoque et dirige les crises salutaires, de manière à s'en rendre le maître.

23° En communiquant ma méthode, je démontrerai, par une théoiie nouvelle des matières, l'utilité universelle du principe que je leur oppose.

26° Avec cette connaissance, le médecin jugera sûrement l'origine, la nature et les progrès des maladies même des plus compliquées ; il en empêchera l'accroissement et parviendra à leur guérison sans jamais exposer le malade à des effets dangereux et à des suites fâcheuses, quels que soient l'âge, le tempérament et le sexe. Les femmes, même dans l'état de grossesse, et lors des accouchements, jouiront du même avantage.

27° Cette doctrine, enfin, mettra le médecin en état de bien juger du degré de santé de chaque individu, et de la présence des maladies auxquelles il pourrait être exposé. L'art de guérir parviendra ainsi à sa dernière perfection.

Les doctrines de Mesmer eurent du succès. Dès le début, il eut la bonne fortune de convertir un des médecins régents de la Fa-

culte de médecine, Deslon, premier médecin du comte d'Artois. Elèves et clients affluèrent. Le moment paraissait favorable ; des découvertes récentes avaient remué les esprits et ouvert à la science des horizons nouveaux. Franklin avait inventé les paratonnerres, les frères IMonlgolfier inventaient les aérostats. Il y a des découvertes scientifiques qui ramènent le peuple à la superstition, en rendant le merveilleux vraisemblable.

Tout le monde voulut se faire magnétiser : l'affluence devint telle, que Mesmer prit un valet toucheur pour magnétiser à sa place. Ce ne fut pas assez ; il inventa le fameux baquet, autour duquel plus de trente personnes se faisaient magnétiser simultanément. Au milieu d'une grande salle, dans laquelle d'épais rideaux ne laissent pénétrer qu'une lumière douce et voilée, se trouve une caisse circulaire en bois de chêne, élevée d'un pied environ ; c'est le baquet. Au fond de la caisse, sur une couche de verre pilé et de limaille de fer, reposent des bouteilles remplies et rangées symétriquement, de telle sorte que tous les goulots convergent vers le centre ; d'autres bouteilles sont disposées en sens inverse et rayonnent vers la circonférence. L'eau baigne tous ces objets; mais le liquide n'est pas indispensable, le baquet peut être à sec. Le couvercle est percé d'un certain nombre de trous d'où sortent des branches de fer coudées et mobiles, que les malades doivent saisir. Le silence est complet. Les malades forment plusieurs rangs autour du baquet, sunissant entre eux par des cordes passées autour de leur corps, ou par une seconde chahie qu'ils forment en joignant leurs mains. Puis on attend. Tout à coup, un air mélodieux se fait entendre : c'est un piano-forte ou un harmonica placé dans la pièce voisine, une voix humaine s'y joint quelquefois. Alors, sous l'influence des effluves magnétiques qui s'échappent du baquet, on voit se produire de curieux phénomènes. Ils ont été fort bien décrits par Bailly, témoin oculaire : « Quelques malades sont calmes et n'éprouvent rien ; d'autres toussent, ci'achent, sentent quelque légère douleur, une chaleur locale ou une chaleur universelle et ont des sueurs ; d'autres sont agités et tourmentés par des convulsions. Les convulsions sont extraordinaires par leur nombre, par leur durée, par leur force. On en a vu durer plus de trois heures. Elles sont caractérisées par les mouvements involontaires, précipités, de tous les membres, du corps entier, par le resserrement de la

gorge, par des soubresauts des hypocondres et de l'épigastre, par le trouble et légarement des yeux, par des cris perrauts, des pleurs, des hoquets et des rires immodérés. Elles sont précédées ou suivies d'un état de langueur ou de rêverie, d'une sorte d'abattement et même d'assoupissement.

« Le moindre bruit imprévu cause des tressaillements ; et l'on a remarqué que le changement de ton et de mesure dans les airs joués sur le piano-forte influait sur les malades, en sorte qu'un mouvement plus villes agitait davantage, et renouvelait la vivacité de leurs convulsions. On voit des malades se cherchant exclusivement, et, en se précipitant l'un vers l'autre, se sourire, se parler avec atïection et adoucir naturellement leurs crises. Tous soumis à celui qui magnétise, ils ont beau être dans un assoupissement apparent, sa voix, son regard, un signe les en relire. On ne peut s'empêcher de reconnaître, à ces elFets constants, une grande puissance qui agite les malades, les maîtrise, et dont celui qui magnétise semble être le dépositaire. Cet état convulsif est appelé crise. On a observé que dans le nombre des malades en crise, il y avait toujours beaucoup de femmes et peu d'hommes ; que ces crises étaient une ou deux heures à s'établir, et que, dès qu'il y en avait une d'établie, toutes les autres commençaient successivement et en peu de temps. »

Lorsque l'agitation dépassait certaines limites, on transportait les malades dans une salle matelassée ; on y délaçait les femmes, qui alors pouvaient, sans se faire de mal, battre les murs ouatés avec leur tête.

Xu milieu de cette foule palpitante, Mesmer se promenait en habit de soie lilas, et magnétisait avec le concours de Deslon et de ses aides, qu'il choisissait jeunes et beaux. Mesmer tenait à la main une longue baguette de fer dont il touchait les corps des l)atit'nts et surtout leurs parties malades ; souvent, abandonnant la baguette , il les magnétisait des yeux , en fixant son regard sur le leur, ou bien il faisait une application des mains sur les hypocondres et les régions du bas ventre. Cette application était parfois continuée pendant des heures. D'autres fois, le maître employait les jmsses. D'abord il se mettait en rapport avec le sujet. Assis en face de lui, pieds contre pieds, genoux contre genoux, il posait ses doigts sur les hypocondres, puis il les promenait en effleurant légèrement les côtes. Ces mani-

pulations étaient remplacées, lorsqu'on voulait produire des elFets plus énergiques, par la magnétisation à grands courants. « Le maître passait les mains, en faisant faire la pyramide aux doigts, sur tout le corps du malade, en commençant par la tète et en descendant ensuite le long des épaules et jusqu'aux pieds. Après cela, il revient à la tête, devant et derrière, sur le ventre et sur le dos ; puis il recommence, et recommence encore, jusqu'à ce que, saturé du fluide réparateur, le magnétisé se pâme de douleur ou de plaisir, deux sensations également salutaires. (1) » Des jeunes femmes subissaient l'attrait de la crise et demandaient à y être plongées de nouveau ; elles suivaient Mesmer par toute la salle, et avouaient qu'il était impossible de ne pas éprouver un vif attachement pour la personne de leur magnétiseur.

Ces scènes devaient être bien curieuses à voir; autant que nous pouvons en juger aujourd'hui, Mesmer provoquait chez ses malades des crises nerveuses dans la description desquelles on retrouve les principaux signes de la grande attaque hystérique, telle qu'on la voit se produire journellement (2). Le silence, l'obscurité, l'émotion, l'attente d'un phénomène extraordinaire, la réunion de plusieurs personnes dans un même lieu, sont des conditions connues pour favoriser les crises convulsives chez des sujets prédisposés. Rappelons que les femmes étaient en majorité, que la première crise qui se déclarait produisait une contagion, et nous serons pleinement édifiés sur la nature hystérique de ces manifestations.

Faisons encore ressortir quelques-uns des caractères de ces crises convulsives ; les mouvements de tous les membres, du corps entier, les resserrements de la gorge, les soubresauts des hypocondres et de l'épigastre, appartiennent manifestement à l'hystérie, et nous renseignent ainsi sur les antécédents nerveux du monde élégant et frivole qui se soumettait aux expériences de Mesmer.

Néanmoins, il règne encore beaucoup d'incertitude sur la nature d'un grand nombre des phénomènes qui se passaient autour du baquet.

(1) Louis Figuier, Histoire du merveilleu.r, t. III, p. 20, Paris, 18G0.

(2) Voir Bourneville et Reguard, Iconographie photographique de la Salpêtrière. — Paul Richer, Etudes cliniques sur Vhijstéro-i'pilepsie.

L'engouement produit par le traitement de Mesmer ne tarda pas à se généraliser. La maison de la place Vendôme devint trop petite. Mesmer acheta l'hôtel Bullion, place de la Bourse, où il installa quatre baquets, dont un gratuit pour les pauvres. Ce dernier ne suffisant pas, Mesmer s'en alla magnétiser un arbre à l'extrémité delà rue de Bondy, et l'on vit des milliers de malades s'y attacher avec des cordes, dans l'espoir d'une guérison.

Mais cette vogue devait bientôt cesser, et des difficultés de toutes sortes assaillirent Mesmer. Dès son arrivée à Paris , il avait demandé à l'Académie des sciences, et ensuite à la Société royale de médecine une enquête sur ses expériences ; on ne parvint pas à se mettre d'accord sur les conditions de cette enquête, et on se sépara avec aigreur. Deslon, professeur de la Faculté de médecine, demanda à ses collègues une assemblée générale pour y rendre compte des observations qu'il avait faites et des propo sitions de Mesmer. L'assemblée, excitée par M. de Vauzesmes, lui fut singulièrement hostile. On le condamna sans examen des faits ; bien plus, on le fi'appa d'une peine disciplinaire, en le menaçant de le radier du tableau des médecins de la faculté, au bout de l'année, s'il ne se corrigeait pas. Sur ces entrefaites, Mesmer quitta la France, malgré les instances du gouvernement qui lui offrit une pension viagère de vingt mille livres pour le retenir ; son absence fut courte; ; il fut rappelé bientôt après par ses disciples qui, connaissant la cupidité de leur maître, ouvrirent une souscription de dix mille louis pour le déterminer à faire un cours où il dévoilerait ses découvertes. Mais ce cours fut le point de départ de divisions entre le maître et les disciples. Ces derniers, ayant acheté à prix d'argent son secret, se croyaient le droit de le répandre dans des cours publics. Mesmer prétendait conserver le monopole de sa découverte. D'ailleurs, malgrt' ses promesses, il ne s'était jamais complètement expliqué, sans doute parce qu'il n'avait rien à dire ; il n'avait rien ajouté de précis aux vingt-sept propositions publiées en 1779. Plusieurs des élèves qui avaient acheté fort cher le secret de Mesmer lui reprochèrent que la théorie qu'on leur avait débitée avec emphase était un assemblage de principes obscurs ; en vérit('', ils n'avaicmt pas tort. Un des auditeurs de Deslon disait : « Ceux qui savent le secret en doutent phis que ceux qui l'ignorent. » Ce fut le temps des luttes, des dissensions, des épigrammes, des diatribes, des vaudevilles et des chansons.

Le gouvernement finit par intervenir en nommant, en 1784, une commission pour examiner le magnétisme ; cette commission, composée de membres pris dans la Faculté de médecine et l'Académie des sciences, choisit pour rapporteur Bailly, le célèbre astronome ; elle comptait des membres illustres, Franklin, Lavoisier. Une autre commission composée de membres de la Société royale de médecine fut chargée de faire un rapport distinct sur le même objet ; Laurent de Jussieu faisait partie de cette seconde commission.

Nous trouvons de l'intérêt à relire aujourd'hui les rapports de ces commissions, comme on relirait les débats dune all'aire obscure dont l'avenir aurait révélé une partie du secret. Les commissaires suivirent, dans leur enquête, une ligne de conduite irréprochable. La question était de savoir si) existait un fluide magnétique de la nature de celui que Mesmer et Deslon prétendaient avoir découvert. Deslon proposait de prouver l'existence du fluide par l'observation des guérisons qu'il opérait. Mais les commissaires jugèrent avec raison cette voie trop douteuse ; ils se décidèrent à rechercher avant tout « les etlets momentanés du fluide sur le corps animal, en dépouillant ces effets de toutes les illusions qui peuvent s'y mêler, et en s'assurant qu'ils ne peuvent être dus à aucune autre cause que le magnétisme animal ».

Mais quels étaient les effets momentanés du magnétisme connus à cette époque ? c'étaient les crises. C'était là ce que l'on recherchait particulièrement ; il pouvait s'y associer quelques effets magnétiques réels, mais 3Iesmer et ses élèves n'attachaient de vertu curative qu'à l'apparition de ces mouvements convulsifs. Ce n'est, dit Deslon, que par lintermédiaire de crises, que le magnétiseur fait naître et dirige à son gré, qu'il peut seconder ou provoquer les efforts de la nature, et par ce moyen arriver à la guérison. Nous savons aujourd hui que ces crises sont des phénomènes parfaitement réels, qui, en général, reconnaissent pour cause la névrose hystérique. Il y a plus : Un bon nombre de faits nous montrent que, sous l'influence de crises de cette nature, certaines paralysies, persistant depuis des mois et même des années, peuvent disparaître instantancMuent. Il y avait donc une part de vérité dans la vertu curative de ces phénomènes convulsifs.

Les commissaires se soumirent au traitement une fois par

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semaine et n'éprouvèrent rien, si ce n'est, de temps à autre, après plusieurs heures de séance, un peu d'agacement des nerfs, ou de douleur au creux de l'estomac, sur lequel Deslon appuyait la main. Cette expérience négative s'explique pour nous, car nous savons que les crises ont, comme le magnétisme, besoin d'un terrain prédisposé pour se produire. Les commissaires observèrent pour les sujets sensibles une extrême diU'érence entre les traitements privés et publics ; ce qui s'explique encore facilement pour qui connaît la contagion de l'exemple dans toutes les manifestations hystériques. Ce qui frappa surtout les commissaires, c'est que les sujets ne tombaient dans leurs crises que lorsqu'ils savaient qu'on les magnétisait. Ainsi, dans des expériences conduites par Jumelin, ils observent le fait suivant : une femme parait être un sujet très sensible, elle sent de la chaleur dès que la main de M. Jumelin approche de son corps. On lui bande les yeux, et on lui persuade qu'elle est magnétisée, elle sent les mêmes effets. On la magnétise sans l'avertir, et elle n éprouve rien. Plusieurs, comme elle, éprouvent des effets terribles quand on n'agit pas, et n'éprouvent rien quand on agit. Mais l'expérience la plus curieuse en ce genre fut faite en présence de Deslon confondu. Lorsqu'un arbre a été magnétisé, il doit arriver, selon la doctrine, que toute personne qui en approche éprouve des effels. On fait l'expérience à Passy, en présence de Franklin : Deslon magnétise un arbre d'un verger, puis on fait avancer, les yeux bandés, un jeune garçon de douze ans, très sensible au magnétisme. Au premier, au second, au troisième arbre, il éprouve un étourdissement; au quatrième, à 24 pieds de l'arbre magnétisé, il tombe en crise, ses membres se raidissent, et on est obligé de le porter sur un gazon voisin où Deslon le fait revenir. Tout ce que ces expériences démontrent, c'est que l'idée préconçue peut déterminer les mêmes effets magnétiques que des moyens purement physiques. C'est une vérité bien connue des expérimentateurs. Nous savons parfaitement aujourd'hui qu'on peut endormir un sujet en lui persuadant simplement qu'il va s'endormii' ; on arrive même, en usant de ce procédé, à le magnétiser à distance, en lui affirmant qu'il tombera en somnambulisme, tel jour, à telle heure, et dans tel lieu qu'il plait de choisir.

Les commissaires qui ignoraient tous ces phénomènes, aujourd'hui l)ien établis, pensèrent qu'on pouvait expliquer toutes les

observations dont ils avaient eu connais"sanc'e, par trois causes principales, qui sont VimUation, Vimagination et V attouchement.

Voici, en efïet, la conclusion de leur rapport :

« Les coiumissaires ayant reconnu que le flnide niai^nétiqne animal ne peut être aperçu par aucun de nos sens; qu'il n'a eu aucune action ni sur eux-mêmes, ni sur les malades qu'ils lui ont soumis; s'étanl assurés que les pressions et les altouchements occasionnent des changements rarement favorables dans l'économie animale, et des ébranlements toujours fâcheux dans l'imai^ination ; ayant enfin démontré, par des expériences décisives, que l'imagination sans magnétisme produit des convulsions, et que le magnétisme sans l'imagination ne produit rien, ils ont conclu, d'une voix unanime, sur la ([uestion de l'exisience et de l'utilité du magnétisme, que rien ne prouve l'existence du fluide magnétique animal ; que ce fluide, sans existence, est, par conséquenl , sans utilité ; <|ue les violents effets que Ton observe au traitement public appartiennent à l'attouchement, à limagination mise en action, et à cette imitation machinale (ini nous porte malgré nous à répéter ce qui frappe nos sens. Et, en même temps, ils se croient obligés d'ajouter, comme une observation importante, que les attouchements, l'action répétée de l'imagination, pour produire des crises, peuvent être nuisibles ; que le spectacle de ces crises est également dangereux, à cause de celte imitation dont la nature semble nous avoir fait une loi ; et que, par conséquent, tout traitement public où les moyens du magnétisme sont employés, ne peut avoir, à la longue, que des effets funestes.

« A Paris, ce 11 août 1784.

« Signé : B. Frankmn, Majault, Le Roy, Saij-in, IÏailly, w'Arcet, I)E Boky, Guillotin, Lavoisier. »

Ainsi, les commissaires voyaient surtout dans le magnétisme un ell'et de l'imagination. Deslon paraît s'être rallié à cette conclusion, car il a dit avec un certain bon sens : « Si la médecine d'imagination est la meilleure, pourquoi ne ferions-nous pas de la médecine d'imagination ? » Aujourd'hui, l'explication nous paraît être d'une insuffisance manifeste. Autant vaudrait dire que l'hystérie est le résultat de l'imagination.

Les commissaires déposèrent en même temps un rapport secret qui disait leur dernière pensée sur le magnétisme. Ce curieux document a pour but de signaler les dangers du magnétisme relativement aux mœurs. Nous croyons utile de le reproduire in extenso.

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« Les commissaires chargés par le roi de Texamen du magnétisme animal, en rédigeant le rapport qui doit être présenté à Sa Majesté, et qui doit peut-être devenir public, ont cru qu'il était de leur prudence de supprimer une observation qui ne doit pas être divulguée ; mais ils n'ont pas dû la dissimuler au ministre de Sa Majesté ; ce ministre les a chargés d'en rédiger une note, destinée à être mise sous les yeux du roi, et réservée à Sa Majesté seule.

« Cette observation importante concerne les mœurs ; les commissaires ont reconnu que les piiucipales causes des ell'ets attribués au magnétisme animal sont l'attouchement, l'imagination, limitation, et ils ont observé qu'il y avait toujours beaucoup plus de femmes que d'hommes en crise ; cette différence a pour première cause les différentes organisations des deux sexes ; les femmes on(, eu général, les nerfs plus mobiles : leur imagination est plus vive, plus exaltée. 11 est facile de la frapper, de la metire en mouvement. Cette grande mobilité des nerfs, en leur donnant des sens plus délicats et plus exquis, les rend plus susceptibles des impressions de l'allouchement. En les touchant dans une partie quelconque, ou pourrait dire qu'on les louche à la fois partout ; cette grande mobilité des nerfs fait qu'elles sont plus disposées à l'imitation ; les femmes, comme on l'a déjà fait remarquer, sont semblables à des cordes sonores parfaitement tendues et à l'unisson ; il suffit d'en mettre une en mouvement, toutes les autres à l'instant le partagent; c'est ce que les commissaires ont observé plusieurs fois ; dés qu'une femme tombe en crise, les autres ne tardent pas d'y tomber.

« Celte organisation fait comprendre pourquoi les femmes ont des crises plus fréquentes, plus longues, plus violentes que les hommes, et c'est à leur sensibilité de nerfs qu'est dû le plus grand nombre de leurs crises. Il en est quelques-unes qui appartiennent à une cause cachée, mais naturelle, à une cause certaine des émotions dont les femmes sont plus ou moins susceptibles, et qui, par une influence éloignée, en accumulant ces émotions, en les portant à leur plus haut degré, peut contribuer à produire un élat convulsif, qu'on confond avec les autres crises; cette cause est l'empire que la nature a donné à un sexe sur l'aulre pour l'attacher et l'émouvoir: ce sont toujours des hommes qui magnétisent des femmes ; les relations établies ne sont sans doute alors que celles d'un malade à l'égard de son médecin ; mais ce médecin est un homme; quel que soit l'état de maladie, il ne nous dépouille point de notre sexe, il ne nous dérobe pas entièrement au pouvoir de l'aulre; la maladie en peut affaiblir les impressions sans jamais les anéanlir. D'ailleurs, la plupart des femmes qui vont au magnétisme ne sont pas réellement malades ; beaucoup y viennent par oisiveté et par amusement ; d'autres, qui ont qiu'lqucs incommodités, n'en conservent pas moins leur fraîcheur et leur force ; leur sens sont tout entiers ; leur jeunesse a toute sa sensibilité ; elles ont assez de charmes pour agir sur le ujédecin, elles ont assez de santé pour que le médecin agisse sur elles ; alors le danger est réciprocjue. La pioximité, longtemps

continuée, rattouchcmont Indispensable , la chaleur individuelle communiquée, les reitards confondus, sont les voies connues de la nature, et les moyens qu'elle a préparés de tout temps pour opérer immanquablement la communication des sensations et des affections.

« L'homme qui magnétise a ordinairement les genoux de la femme renfermés dans les siens ; les genoux et tontes les parties inférieures du corps sont par conséquent en contact. La main est appliquée sur les hypocondres, et quelquefois i»lus bas sur les ovaires; le tact est donc exercé à la fois sur une infinité de parties, et dans le voisinage des parties les plus sensibles du corps.

« Souvent Ihomnie, ayant sa main gauche ainsi appliquée, passe la droite derrière le corps de la femme : le mouvement de l'un et de l'autre est de se pencher mutuellement pour favoriser ce double attouchement. La proximité devient la plus grande possible, le visage touche presque le visage, les haleines se respirent, toutes les impressions physiques se partagent instantanément, et l'attraction réciproque des sexes doit agir avec, dans toute sa force. Il n'est pas extraordinaire que les sens s'allument; rimagination, qui agit en même temps, répand un certain désordre dans toute la machine ; elle surprend le jugement, elle écarte l'attention, les femmes ne peuvent se rendre compte de ce qu'elles éprouvent, elles ignorent i'élat oîi elles sont.

« Les médecins commissaires, présents et attentifs au traitement, ont observé avec soin ce qui s'y passe. Quand cette espèce de crise se prépare, le visage s'enflamme par degrés, l'o'il devient ardent, et c'est le signe par lequel la nature annonce le désir. On voit la femme baisser la tête, porter la main au front et aux yeux pour les couvrir; sa pudeur habituelle veille à son insu et lui inspire le soin de se cacher. Cependant la crise continue et l'anl se trouble : c'est un signe non équivoque du désordre total des sens. Ce désordre peut n'être point aperçu par celle qui l'éprouve, mais il n'a point éehai>pé au regard observateur des médecins. Dès que ce signe a été nuinifeste, les paupières deviennent humides, la respiration est courte, entrecoupée; la poitrine s'élève et s'abaisse rapidement; les convulsions s'établissent, ainsi que les mouvements précipités et brusques, ou de membres, ou du corps tout entier. Chez les femmes vives et sensibles, le dernier degré, le terme de la plus douce des émotions, est souvent une convulsion ; à cet état succèdent la langueur, l'abattement, une sorte de sommeil des sens, qui est un repos nécessaire après une forte agitation.

« La preuve que cet état de convulsion, quehfue extraordinaire (|uil paraisse à ceux qui l'observent, n'a rien de pénible, n'a rien (|ue de naturel pour celles qui l'éprouvent, c'est que, dès qu'il a cessé, il n'en reste aucune trace fâcheuse. Le souvenir n'eu est pas désagréable, les femmes s'en liouveni mieux et n'ont point de répugnance à le sentir de nouveau. Comme les émotions éprouvées sont les germes des afteclions et des penchants, on sent pourquoi celui

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qui magnétise inspire lant d'attachement, attachement qni doit être plus marqué et plus vif chez les femmes que chez les hommes, tant que l'exercice du magnétisme n'est confié qu'à des hommes. Beaucoup de femmes n'ont point, sans doute, éprouvé ces effets, d'autres ont ignoré cette cause des effets qu'elles ont éprouvés ; plus elles sont honnêtes, moins elles ont dû l'en soupçonner. On assure que plusieurs s'en sont aperçues et se sont retirées du traitement magnétique ; mais celles qui l'ignorent ont besoin d'être préservées.

« Le traitement magnétique ne peut être que dangereux pour les mœurs. En se proposant de guérir des maladies qui demandent un long traitement, on excite des émotions agréables et chères, des émotions que l'on regrette, que l'on cherche à retrouver, parce qu'elles ont un charme naturel pour nous, et que physiquement elles contribuenl à notre bonheur ; mais moralement, elles n'en sont pas moins condamnables, et elles sont d'autant plus dangereuses qu'il est plus facile d'en prendre la douce habitude. Un état éprouvé presque en public, au milieu d'autres femmes qui semblent l'éprouver également, n'offre lien d'alarmant ; on y reste, on y revient, et l'on ne s'aperçoit du danger que lorsqu'il n'est plus temps. Exposées à ce danger, les femmes fortes s'en éloignent, les faibles peuvent y perdre leurs mœurs et leur santé.

« M. Deslon ne l'ignore pas ; M. le lieutenant de police lui a fait quelques questions à cet égard, en présence des commissaires, dans une assemblée tenue chez M. Deslon même, le 9 mai dernier. M. Lenoir lui dit: « Je vous demande, en qualité de lieutenant général de police, si lorsqu'une femme est magnétisée, ou en crise, il ne serait pas facile d'en abuser. » M. Deslon a répondu affirmativement, et il faut rendre celte justice à ce médecin, qu'il a toujours insisté pour que ses confrères, voués à l'honnêteté par leur état, eussent seuls le droit et le privilège d'exercer le magnétisme. On peut dire encore que, quoiqu'il ait chez lui une chambre destinée primitivement aux crises, il ne se permet pas d'en faire usage ; mais, malgré cette décence observée, le danger n'en subsiste pas moins, dès que le médecin peut, s'il le veut, abuser de sa malade. Les occasions renaissent tous les jours, à tous moments ; il y est exposé quelquefois pendant deux ou trois heures ; qui peut répondre qu'il sera toujours le maître de ne pas vouloir? Et même en lui supposant une vertu plus qu'humaine, lorsqu'il a en tête des émotions qui établissent des besoins, la loi impérieuse de la nature api)ellera quelqu'un à son refus, et il répond du mal qu'il n'aura pas commis, mais qu'il aura f:iit commettre.

« Il y a encore un moyen d'exciter des convulsions, moyen dont les commissaires n'ont point eu de preuves directes et positives, mais qu'ils n'ont pu s'emi)êcher de soupçonner ; c'est une crise simulée, qui donne ce signal ou qui en détermine un grand nombre d'autres par limilation. Ce moyen est au moins nécessaire pour hâter, pour entretenir les crises, crises d'autant plus utiles au magnétisme que, sans elles, il ne se soutiendrait pas.

« Il n'y a point de guérisons réelles, les traitements sont fort longs et infructueux. Il y a tel malade qui va au traitement depuis dix-huit mois ou deux ans sans aucun soulagement ; à la longue on s'ennuierait dy être, on se lasserait d"y venir. Les crises font spectacle, elles occupent, elles intéressent ; d'ailleurs, pour des yeux peu attentifs, elles sont des effets du magnétisme, des preuves de l'existence de cet agent, qui n'est réellement que le pouvoir de limaginalion.

« Les commissaires, en commençant leur rapport, n'ont annoncé que l'examen du magnétisme pratiqué par M. Deslon, parce que l'ordre du roi, l'objet de leur commission ne les conduisait (|ue chez M. Deslon ; mais il est évident que leurs observations, leurs expériences et leurs avis portent sur le magnétisme en général. M. Mesmer ne manquera pas de dire que les commissaires n'ont examiné ni sa méthode, ni ses procédés, ni les effets qu'elle produit. Les commissaires, sans doute, sont trop prudents pour prononcer sur ce qu'ils n'ont pas examiné, sur ce qu'ils ne connaîtraient pas ; mais cependant ils doivent faire observer que les principes de M. Deslon sont les mêmes (|ue ceux des vingt-sept proposilions que M. Mesmer a fait imprimer en 1779.

« Si M. Mesmer annonce une théorie plus vaste, elle n'en sera que plus absurde ; les influences célestes sont une vieille chimère dont on a reconnu il y a longtemps la fausseté ; toute cette théorie peut être jugée d'avance, par cela seul qu'elle a nécessairement pour base le magnétisme , et elle ne peut avoir aucune réalité, puisque le fluide animal n'existe pas. Cette théorie brillante n'existe, comme le magnétisme , que dans l'imagination ; la méthode de magnétiser de M. Deslon est la même que celle de M. Mesmer. M. Deslon a été disciple de M. Mesmer; ensuite, lorsqu'ils se sont rapprochés, l'un et l'autre ont traité indistinctement les malades, et, par conséquent, en suivant les mêmes procédés; la méthode que M. Deslon suit aujourd'hui ne peut donc être que celle de 31. Mesmer.

« Les effets se correspondent également ; il y a des crises aussi violentes, aussi mullipliées et annoncées par des symptômes semblables chez M. Deslon et chez M. Mesmer. Que peut prétendre M. Mesmer en assignant une différence inconnue et inappréciable, lorsque les principes , la pratique et les effets sont les mêmes ? D'ailleurs, quand cette différence serait réelle, qu'en peut-on inférer pour l'utilité du traitement contre les moyens détaillés dans notre rapport et dans cette note mise sous les yeux de Sa Majesté ?

« La voix publique annonce qu'il n'y a pas plus de guérisons chez M. Mesmer que chez M. Deslon ; rien n'empêche que chez lui, comme chez M. Deslon, les convulsions ne deviennent habituelles, et quelles ne se répandent en épidémie dans les villes, quelles ne s'étendent aux générations futures ; ces pratiques et ces assemblées ont également les plus graves inconvénients pour les moeurs.

« Les expériences des commissaii-es, qui monlrent (jue tous ses

l'académie des scie>-ces en 1784 17

effets appartiennent aux attouchements, à limagination, à limitation, en expliquant les effets obtenus par M. Deslon, expliquent t'ijalement les effets produits par M. Mesmer. On peut donc raisonnablement conclure que, quel que soit le mystère du magnétisme de M. Mesmer, ce magnétisme ne doit pas être plus réel que celui de M. Deslon. et que les procédés de l'un ne sont ni plus utiles ni moins dangereux que ceux de l'autre.

Signé : Franklix, Bory, Lavoisier, Bailly, Majailt, Sallin, d'Arcet, Grn.LOTix, Le Koy. »

Fait à Paris, le 11 août 1781.

La Société royale de médecine fit son rapport cinq jours après ; ce furent les mêmes conclusions. Mais un membre de cette commission, Laurent de Jussieu, se sépara de ses collègues et eut le courage scientifique de publier un rapport personnel où il exprima ses convictions sur le sujet.

De Jussieu avait fait quelques expériences qui lui paraissaient ne pas pouvoir s'expliquer par l'imagination ; ces faits démontraient, selon lui, que l'homme produit sur son semblable une action sensible par le frottement, parle contact et, plus rarement, par un simple rapprochement à quelque distance. Cette action, dit-il, attribuée à un fluide universel non démontré, appartient certainement à la chaleur animale, qu'il appelle ailleurs fluide électrique animalisé. Quant à la théorie du magnétisme animal, il ne la repousse pas en termes aussi absolus que Bailly, qui avait dit : l'imagination fait tout, le mafjnètisme est nul. Il se contente de dire — ce qui est infiniment plus sage — que la théorie du magnétisme ne peut être admise tant qu'elle ne sera pas développée et étayée de preuves solides. En somme, selon la remarque de Dechambre, on voit percer dans ce rapport l'idée que Mesmer est sur la trace d'une vérité féconde. Ce pressentiment du célèbre naturaliste devait être bientôt confirmé. Mais il y a plus ; certaines assertions de l'œuvre de Jussieu méritent d'être prises en considération, car elles renferment une part de vérité.

L'efficacité de l'action du contact et du frottement est prouvée par l'existence, chez certains sujets, de plaques hypnogènes (Pitres), dont le plus léger attouchement peut déterminer le sommeil somnambuliquc. Depuis longtemps, M. Charcot a montré le rôle des zones hystérogènes dont l'irritation détermine des manifestations convulsives; or, ces zones ont leur siège de pré- Bixr.T et Fi';ni':. "2

dilection dans les régions ovariennes, dans les liypocondres, sur lesquels Mesmer pratiquait de préférence ses manœuvres.

Après le rapport de Bailly, Mesmer quitta Paris et retourna en Allemagne. Son rôle était terminé ; nous n'en parlerons plus. Ses amis l'ont représenté comme un homme avide de gloire, mais en même temps plein de charité pour l'humanité souffrante. L'opinion publique, plus sévère, a fait de lui le type du charlatan scientifique.

Jusqu'ici le magnétisme animal n'était pas encore découvert ; il avait probablement figuré dans la plupart des phénomènes mesmériques, au baquet et ailleurs ; mais on n'avait pas su le reconnaître au milieu des crises nerveuses que provoquait Mesmer. C'est à un élève de Mesmer, au marquis Armand- Jacques- 3Iarc Chastenet de Puységur, qu'il faut attribuer l'invention du magnétisme animal ou du somnambulisme provoqué, qui doit, pour cette raison, porter le nom de somnambulisme puységurien (1).

En 1784, au mois de mai, M. de Puységur, retiré dans sa terre de Buzancy, près de Soissons, occupait ses loisirs en magnétisant des paysans à l'exemple du maître, quand un jour, par hasard, il vit se produire un phénomène entièrement nouveau (2). Un jeune paysan de vingt-trois ans, nommé Victor, atteint depuis quatre jours d'une fluxion de poitrine, tombe, pendant quon le magnétise, dans un sommeil paisible, sans convulsions ni douleurs. Il parlait, s'occupait tout haut de ses affaires. On pouvait changer, sans effort, le cours de ses idées, lui inspirer des sentiments gais ; alors il était content, imaginant tirer à un prix, danser à une fête. Simple et niais pendant l'état de veille, il devient pendant sa crise d'une intelligence profonde ; on n'a pas besoin de lui parler, il suffit de penser devant lui pour qu'il comprenne et réponde. Il suffit aussi de penser certains ordres pour qu'il les exécute. C'est lui-même qui a indiqué le traitement nécessaire à sa maladie. Il est bientôt guéri.

(1) Les ouvrages de Puységur sont les suivants: Mémoires pour servir à l'histoire du magnétisme animal, 1784 ; Suite aux mémoires, 1805 ; Du magnétisme animal, etc., 1807; Recherches, expériences et observations physiologiques sur l'homme, dans l'état de somnambulisme naturel et dans le somnambulisme provoqué par l'acte magnétique, 1811, etc.

(2) Puységur prétend que Mesmer a dû connaître le somnambulisme, mais n'a jamais voulu parler de sa découverte à ses élèves.

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