HALLUCINATION HYPNOTIQUE
avec succès pour faire cesser des relations de certaines liystéiiques. Lillusion peut aller jusqu'à produire une erreur sur l'idenlilé d'une personne : telle hypnotique à l'état de veille ira prodiguer des caresses à une personne quelle déteste notoirement, si pendant le sommeil somnambulique ou lui a suggéré 1 idée qu'il s'agit d une autre personne qu'elle aime, et l'erreur peut durer dans certains cas toute une journée jusqu'à ce que le sommeil naturel ou une attaque soit venu interrompre lillusion. Lliallucination n'est pas moins persislante, le sujet pourra voir pendant toute une journée un objet imaginaiie, une personne absente dont on aura évoqué la présence pendant le sommeil somnambulique. A la voix de l'expérimentateur, le laboratoire devient une rue, un jardin, un cimetière, un lac, etc. ; sur un carton blanc apparaît un portrait. On peut même suggérer sur le papier un certain nombre de chiffres, dont le sujet fera très exactement l'addition (Babinski).
Ouïe. — Sous l'influence de la suggestion, l'hypnotique confond la voix d'une personne inconnue avec celle d'une personne connue et absente ; elle peut entendre, au milieu d'un profond silence, des voix qui donnent des ordres, qui lui répètent des injures, des paroles obscènes, etc.
Goût. — Si on a présenté à l'hypnotique un morceau de papier, par exemple, en lui disant que c'est un gâteau, à son réveil, elle va le manger avec délices. Dans d'autres circonstances, elle sera convaincue que les aliments sont empoisonnés. Si on lui a suggéré l'idée d'une substance nauséeuse, la sensation pourra être assez intense pour provoquer le vomissement.
Odorat. — Il peut devenir le siège de sensations erronées du même genre. Le sujet sentira, par exemple, qu'on lui envoie de mauvaises odeurs par le trou de la serrure, etc.
Toucher. — Les illusions et les hallucinations du toucher revêlent des formes encore plus variées ; tous les modes de la sensibilité de la peau peuvent être atteints ensemble ou séparément. Une des plus cui'ieuses hallucinations de ce genre est celle qui résulte de la suggestion d'une plaie :1e sujet décrit la douleur d'une manière dinérente, suivant qu'il s'agit d'une plaie par instrument tranchant ou par instriimenl contondant ; toutefois, sa description ne répond à la réalité que s'il a antérieurement éprouvé un de ces accidents. Mais ce qui est le plus remai'quable.
c'est qu'en même temps se développe rhalludnation de la vue : le san£!^ coule, etc., et il en résulte un délire systématisé plus ou moins persistant dans lequel l'halluciné se plaint de douleurs imaginaires, se fait des pansements appropriés, porte son bras en écliarpe, tout comme s'il s'agissait d'une plaie véritable.
Sens musculaire. — wSi on remet dans les mains d'un sujet un corps hallucinatoire, un globe de lampe, et qu'on le prie de le serrer, il éprouve une sensation de résistance et il est incapable de rapprocher ses deux mains.
Sens interne. — Ce n'est pas seulement sur les sens que peuvent porter les suggestions ; il est possible de provoquer des illusions et des hallucinations viscérales, la sensation d'un corps étranger dans l'intérieur du corps, etc. Mais les suggestions les plus remarquables de ce groupe, celles dont l'effet est le i)lus facile à contrôler, ont trait aux besoins naturels. S'il s'agit de la soif ou de la faim, aussitôt après son réveil l'hypnotique réclame avec insistance à manger ou à boire, et si on lui présente des aliments ou une boisson, elle les avale gloutonnement. Si la suggestion porte sur le besoin d'uriner, etc., on voit le sujet à peine éveillé prendre une attitude embarrassée ; cherche -t-on à le retenir en lui offrant ce qu'il convoite avec le plus d'ardeui', il ne tient aucun compte des offres qu'on lui fait et bientôt il séchappe en courant pour aller satisfaire son besoin imaginaire. La suggestion de sensations génésiques provoquerait des désirs tout aussi impérieux et dont on peut prévoir les conséquences.
Ce n'est pas tout ; ce n'est pas seulement sur les sens et sur les viscères que peuvent se manifester les suggestions de sensations fausses, il est possible de suggérer l'idée d'une altération de structure de toute la substance ; l'hypnotique, par exemple, va se réveiller tout étonné en disant : « Je suis de verre, ne me touchez pas ; r> et, comme conséquence de cette idée fausse, il va se développer un délii'e systématisé. D'autres délires du même genre peuvent être créés à volonté, dès qu'on a suggéié une sensation fausse portant sur l'un quelconque des sens spéciaux.
M. Richet a fait à ce sujet des observations qui méritent d'être rappelées (1).
(1) Revue philosophique, mars 1884.