‹ Le magnétisme animalChapitre 5 sur 121 · PUYSÉGUR · texte numérisé non relu

PUYSÉGUR

Tel est, en résumé, le cas du paysan Victor. La nouvelle de cette guérison s'étant rapidement répandue, on vit accourir de tous côt(;s une foule de malades qui venaient demander le soulagement de leurs maux. Le phénomène recommença, à la grande joie de Puységur, qui écrit : « La tête me tourne de plaisir en voyant le bien que je fais. » Ne pouvant suffire au nombre toujours croissant des malades, le marquis magnétisa, selon les procédés de Mesmer, un orme situé sur la place du village de Buzancy. Les malades assis autour de cet arbre, sur des bancs de pierre, enlaçaient avec des cordes qui partaient de l'arbre les parties souffrantes de leur corps et formaient la chaîne en se tenant par les pouces. Pendant ce temps, M. de Puységur choisissait entre ses malades plusieurs sujets que, par attouchement de ses mains ou présentation d'une baguette en fer, il faisait tomber en crise parfaite, qui, bientôt, dégénère en un sommeil où toutes les facultés physiques paraissent suspendues, mais au profit des facultés intellectuelles.

Un témoin oculaire, Cloquct (1), nous donne, à cet égard, des renseignements précieux. On a les yeux fermés, dit-il ; le sens de l'ouïe est nul, il se réveille seulement à la voix du maître. Il faut bien se garder de toucher le malade en état de crise, même la chaise sur laquelle il est assis, car on lui causerait des angoisses, des convulsions, que le maître seul peut calmer. Le maître les désenchante en leur touchant les yeux ou en leur disant : Allez embrasser Varhre. Alors ils se lèvent, toujours endormis, vont droit à l'arbre et, bientôt après, leurs yeux souvrent. Une fois rendus à l'état normal, ces malades ne gardent aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant les trois ou quatre heures de leur crise.

Mais ce que Puységur recherchait avant tout, c'était la guérison des maladies ; la thérapeutique était son objectif, comme il avait été celui de Mesmer. Il observa ou crut observer que les malades en état de crise avaient un pouvoir surnaturel, qui leur mérita le nom de médecins ; en effet, il leur suffisait de toucher, par dessus le vêtement, un malade qui leur était présenté, pour sentir la partie affectée, le viscère souffrant et pour indiquer à peu près les remèdes convenables. Préoccupés uniquement de cette ques-

(1) Détails des cures opérées à Buzancy, près Soissons, par le magnétisme animal, in-8, 14 p., Soissons, 1784.

lion, Puységur et les autres magnétiseurs qui opérèrent à son exemple à Lyon, Bordeaux, Rayonne, Marseille, etc., ne songèrent point à faire lliistoire naturelle de cet état singulier de sommeil, produit artificiellement. Puységur est comme Mesmer, un guérisseur. Mais il faut remarquer avec M. Dechambre que dans ces traitements de Puységur, si la foi est robuste, l'honnêteté ne l'est pas moins. Aucune exhibition publique; rien pour frapper l'imagination ; aucun choix parmi les sujets ; pas de femmelettes ; pas de mélancoliques ; mais des paysans et des paysannes, affectés souvent de maladies épaisses et tenaces. L'honnêteté et le désintéressement de Puységur font un heureux contraste avec la cupidité de Mesmer.

Quant aux vues théoriques de Puységur, ce sont celles de Mesmer, légèrement modifiées. Aussi peu versé que son maître dans les sciences physiques, il admet toujours l'existence d'un fluide universel, qu'il reconnaît de nature électrique; ce fluide sature tous les corps, et principalement le corps de l'homme, qui a une organisation électrique parfaite, qui est une machine électri([ue vivante. Il appartient à la volonté de l'homme de manifester ce fluide électrique et de le pi'opager au dehors, sous forme de mouvement, pour lui faire atteindre le somnambule. Ce qu'il y a de curieux, c'est que Puységur a condamné avec force l'emploi des aimants dans les maladies et de toute électricité étrangère à notre organisme. Cette prévision a été démentie. On connaît toute l'étendue actuelle de l'éleclro-thérapie.

Ainsi, le marquis de Puységur transformait la tradition reçue de Mesmer ; à la place du baquet, c'étaient de simples attouchements ou des commandements. Plus de crises violentes, accompagnées des cris, des sanglots et des contorsions d'une véritable attaque d'hystérie ; à la place, un sommeil calme, paisible, silencieux, réparateur. Ce n'était pas là une transformation du magnétisme, c'était la véritable découverte de cet état, dont l'honneur revient au marquis de Puységur.

On peut facilement démêler la part de vérité qui existe dans les descriptions du somnambulisme magnétique laissées par Puységur. Cet observateur a très bien vu l'obéissance des sujets endormis aux ordres du magnétiseur qui dirige à son gré leurs pensées et leurs actes : c'est ce que nous étudierons plus tard sous le nom de suggestion. Il a remarqué l'inconscience du sujet

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