CHAPITRE II
Histoire du magnétisme animal. — Période académique.
En 1820, on pouvait croire que le magnétisme animal allait entrer dans une ère scientifique. Le docteur Bertrand, ancien élève de l'École polytechnique, venait de le vulgariser dans un cours public. Le général Noizet, vers la même époque, adressait à l'Académie royale de Berlin un mémoire sur le somnambulisme et le magnétisme animal. Des expériences furent entreprises dans les hôpitaux, dirigées à IHôtel-Dieu par Du Potet, dans le service de Husson, et à la Salpètrière, par Georget et Rostan. Les expériences faites sur des hystériques ne réussirent pas à ébranler le scepticisme du monde savant. On préféra croire que les expérimentateurs s'étaient laissé tromper par leurs malades. Il parait qu'une des somnambules de Georget, la fameuse Pétronille, confessa dans la suite quelle avait trompé ses admirateurs. Mais M. Richer remarque avec raison que ces sortes de confidences sont des vantardises familières aux hystériques, et que ceux qui y ajoutent foi encourent le même reproche de crédulité qu'ils adressent à leurs adversaires
Le conseil général des hospices suspendit les opérations, sous prétexte que les malades n'étaient pas des sujets à expérimentation. Cependant on sentait de tous côtés le besoin dune épreuve définitive.
En 1825, le docteur Foissac détermina l'Académie de médecine, héritière de la Sociétc; royale de médecine, à prendre position dans le débat. 11 lui adressa une note dans laquelle il se lidsait fort de lui montrer que ses somnambules savaient, par le simple toucher, faire le diagnostic des maladies avec une inspiration qui tenait du génie d'Hippocrate. Bien qu'un pareil langage ne parût pas fait pour convaincre l'Académie , elle nomma une commission chararée de décider s'il convenait d'entrer dans
un nouvel examen du magnétisme animal. Le rapporteur, M. Husson, ayant déposé des conclusions favorables, l'Académie, par 35 voix contre 25, nomma une commission d'enquête, composée de MM. Bourdois, Double, Fouquier, Itard, (lueneau de iMussy, Guersant, Leroux, Magendie, Marc, Thillaye et Husson. Magendie et Double, trouvant les expériences peu rigoureuses, ne prirent aucune part aux travaux de la commission. Au bout de cinq années de patientes recherches, en juin 1831, Husson déposa un rapport qui concluait à l'existence du magnétisme animal. « Les effets sont nuls ou insignifiants dans la plupart des cas, disait le rapporteur; dans quelques-uns ils sont produits par l'ennui, la monotomie et l'imagination; quelques ell'ets cependant ont paru dépendre du magnétisme seul et ne se sont pas reproduits sans lui. Ce sont des phénomènes physiologiques et thérapeutiques bien constatés. »
L'iuiportance de ce travail nous détermine à en reproduire in extenso les principales conclusions :
« Le contact des pouces et des mains, les frictions ou certains gestes que l'on fait, à peu de distance du corps et appelés passes, sont les moyens employés pour se mettre en rapport, ou, en d'autres termes, pour transmettre l'aclion du magnétiseur au magnétisé.
« Le temps nécessaire pour transmettre et faire éprouver l'action magnétique a duré depuis une demi-heure jusquà une minute.
« Lorsqu'on a fait tomber une fois une personne dans le sommeil du magnétisme, on na pas toujours besoin de recourir au conlacl et aux passes pour la magnétiser de nouveau. Le regard du magnétiseur, sa volonté seule, ont sur elle la même influence.
« Les effets produits par le magnétisme sont très variés: il agite les uns, calme les autres ; le plus ordinairement il cause l'accélération momentanée de la respiration et de la circulation, des mouvements convulsifs fibrillaires passagers, ressemblant à des secousses électriques, un engourdissement plus ou moins profond, de l'assoupissement, de la somnolence, et, dans un petit nombre de cas, ce que les magnétiseurs appellent somnambulisme,
« Il s'opère ordinairement des changements plus ou moins remarquables dans les perceptions et les facultés des individus qui tombent en somnambulisme par leffet du magnétisme.
« Quelques-uns, au milieu du bruit de conversations confuses, n'entendent que la voix de leur magnétiseur; plusieurs répondent d'une manière précise aux questions que celui-ci, ou que les personnes avec lesquelles on les a mis en rapport, leur adressent ; d'autres entretiennent des conversations avec toutes les personnes qui les entourent : toutefois il est rare qu'ils entendent ce qui se
l'académie de médecine en 1825 25
passe anloiir d'eux. La plupart du temps ils sout eoniplèlenient étrangers au bruit extéiienr et iuopiué fait à leur oreille, tel que le reteutissemeut de vases de cuivre vivement frappés prés deux, la chute duu meuble, etc.
« Les yeux sont fermés, les paupières cèdent difficilement aux eflbrts qu'on fait avec la main pour les ouvrir ; cette opération, qui n'est pas sans douleur, laisse voir le globe de Vœ'û convulsé et porté vers le haut, et quelquefois vers le bas de l'orbite.
« Quelquefois l'odorat est comme anéanti. On peut leur faire respirer lacide muriati(jue ou l'ammoniaque, sans qu'ils en soieni incommodés, sans même qu'ils s'en doutent. Le contraire a lieu dans certains cas, et ils sont sensibles aux odeurs.
« La plupart des somnambules que nous avons vus étaient complètement insensibles. On a pu leur chatouiller les pieds, les narines et l'angle des yeux par l'approche d'une plume, leur pincer la peau de manière à lecchymoser, la piquer sous l'ongle avec des épingles enfoncées à l'improviste à une assez grande profondeur, sans qu'ils aient témoigné de la douleur, sans qu'ils s'en soient aperrus. Enfin, on a vu une somnambule (|ui a été insensible à une des opérations les plus douloureuses de la chirurgie, et dont la figure, ni le pouls, ni la respiration n'ont pas dénoté la plus légère émotion.
« Nous n'avons pas vu qu'une personne magnétisée pour la première fois tombât en somnambulisme. Ce n'a été quelquefois qu'à la huitième ou dixième séance que le somnambulisme s'est déclaré.
« Nous avons constamment vu le sommeil ordinaire, qui est le repos des organes des sens, des facultés inlellecluelles et des mouvements vobtntaires, précéder et terminer l'étal de somnambulisme.
« Pendant (|u"ils sont en somnambulisme, les magnétisés que nous avons observés conservent l'exercice des facultés qu'ils ont pendant la veille. Leur mémoire même paraît plus fidèle et plus étendue, jtuisqu'ils se souviennent de ce qui s'est j)assé' pendant tout le temps et toutes les fois qu'ils ont été en somnambulisme.
« Nous avons vu deux somnambules distinguer, les yeux fermés, les objets que l'on avait placés devant eux ; ils ont désigné, sans les toucher, la couleur et la valeur des cartes ; ils ont lu des mois tracés à la main, ou quehjues lignes de livres que l'on a ouverts au hasard. Ce phénonu'ue a eu lieu alors même qu'avec les doigts on fermait exactement l'ouverture des paupières (1).
« Nous avons rencontré chez deux somnambules la faculté de
M) " Le 12 Janvier, la commission se rassembla de nouveau chez M. Foissae. Ce médecin nous annonça qu'il allait endormir Paul ; (lue, dans cet état de somnambulisme, on lui appliifucrait un doigt sur clia<iue u'il lermé, et que, malgré celte occlusion complète des pau])icies, il distinguerait la couhair des caries, <|u'il lirait le titie d'un ouvrage et (|uel(|ues mots ou lignes inditpiés au liasaid dans le corps mcmc de l'oinragc. Au bout do deux minutes de gestes magiicliqiies, Paul est endormi. Les paupicies étant tenues l'ermces constamment et altciiiatlvcnicnt par MM. Kouquier, Uard, Marc et le rapporteur, on lui présente un jeu de caries neuves, dont on brise la bande de papier portant le timbre de la régie ; on les mêle, et Paul reconnaît l'acilenient cl successivement : les roi de i)ique, as de
26 LE MAGNÉTISME AMMAL
prévoir les actes de rorganisme plus ou moins éloignés, plus ou moins compliqués. L'un deux a annoncé plusieurs jours, plusieurs mois d'avance, le jour, l'heure et la minute de l'invasion et du retour d'accès épileptiques ; l'autre a indiqué l'époque de sa guérison. Leurs prévisions se sont réalisées avec une exactitude remarquable. Elles ne nous ont paru s'appliquer qu'à des actes ou des lésions de leur organisme.
« Nous n'avons rencontré qu'une seule somnambule qui ait indiqué les symptômes de la maladie de trois personnes avec lesquelles on l'avait mise en rapport. INous avions cependant lait des recherches sur un assez grand nombre (1).
« Quelques-uns des malades magnétisés n'ont ressenti aucun bien. D'autres ont éprouvé un soulagement plus ou moins marqué, savoir; l'un la suspension de douleurs habiluelles, l'autre le retour des forces ; un troisième un retard de plusieurs mois de l'apparition des accès épileptiques, et un quatrième la guérison complète d'une paralysie grave et ancienne.
trèfle, dame de pique, neuf de trèfle, sept de carreau, dame de carreau et liuil de carreau.
« On lui présente, ayant les paupières tenues termèes par M. Ségalas, un volume dont le rapporteur s'était muni. Il lit sur le titre : Histoire de France. 11 ne i)cut lire les tieux lignes intermédiaires, et lit sur la cinquième le nom seul Anqitetil, qui y est précédé de la préposition par. On ouvre le livre à la page 89, et il lit à la première ligne : le nombre de ses... il passe le mot troupes, et continue: Au moment où on le croyait le plus occupé des plaisirs du carnaval... 11 lit également le titre courant Louis, mais ne peut lire le chilfre romain qui le suit. On lui présente un papier sur lequel on a écrit les mots agglutination et magnétisme animal. 11 épelle le premier et i)rononce les deux autres. Enfin on lui présente le procès-verbal de cette séance ; il en lit assez distinctement la date et quelques mots plus lisiblement écrits que d'autres. Dans toutes ces expériences, les doigts ont été appliqués sur la totalité de la commissure de chaque (eil, en pressant de liaut en bas la paupière supérieure sur l'inlérieure, et nous avons remarqué que le globe de l'œil avait été dans un mouvement constant de rotation, et paraissait se diriger vers l'objet soumis à la vision. (Texte du rapport).
(I) • La commission trouva parmi ses membres quelqu'iui qui voulut bien se soumettre à l'exploration de la somnambule ; ce fut M. Marc. Mlle Céline fut priée d'examiner avec attention l'état de la santé de notre collègue. Elle api)liqua la main sur le front et la région du cœur, et au bout de trois minutes elle dit tjue le sang se portait à la tète ; qu'actuellement M. Marc avait mal dans le coté gauche de cette cavité ; qu'il avait souvent de l'oppression, surtout après avoir mangé ; qu'il devait avoir souvent une petite toux ; que la partie inférieure de la poiti'ine était gorgée de sang ; que quelque chose gênait le passage des aliments ; que cette partie (et elle désignait la légion de l'appendice xiphoïde) était rétrécie ; que pour guèiir M. Marc il fallait qu'on le saignât largement, que l'on appliquât des cataplasmes de ciguë, et que l'on fît des Irictions avec du laudanum sur la partie inférieure de la poitrine ; qu'il but de la limonade gommée, qu'il mangeât peu et souvent, et qu'il ne se promenât pas immédiatement après le repas.
« 11 nous tardait d'apprendre de M. Marc s'il éprouvait tout ce que cette somnambule annonçait ; il nous dit qu'en ciïet il avait de l'opjiression lorsqu'il marchait en sortant de table ; que souvent il avait de la toux, et qu'avant l'expérience il avait mal dans le côté gauche de la tête, mais qu'il ne ressentait aucmie gène dans le passage des aliments.
« Nous avons été frappés de cette analogie entre ce qu'éprouve M. Marc et ce qu'annonce la somnambule ; nous l'avons soigneusement annoté, et nous avons attendu une autre occasion pour constater de nouveau cette singulière faculté. Texte du rapport). »
l'académie de médecine en 1825 27
« Considéré comme agent de phénomènes physiologiques ou comme moyen thérapeutique, le magnétisme devrait trouver sa place dans le cadre des connaissances médicales, et par conséquent les médecins seuls devraient en faire ou en surveiller l'emploi, ainsi que cela se pratique dans les pays du Nord.
« La commission n'a pu vérifier, parce qu'elle n'en a pas eu l'occasion, d'autres facultés que les magnétiseurs avaient annoncé' exister chez les soinnamhules. 3Iais elle a recueilli et elle communique des faits assez importants pour penser que V Académie devrait encourager les recherches sur le magnétisme, comme une hranche très curieuse de psychologie et d'histoire naturelle. .
« Ont signé : Bourdois de la Motte, Fouquier, Guéneau de Mussy, GuERSANT, Itard, J. Leroux, Marc, Thillaye, Husson, rapporteur. »
Nota. — MM. Douhle et Magendie, n'ayant point assisté aux expériences, n'ont pas cru devoir signer le rapport.
Tel est ce célèbre rapport, dont les magnétiseurs firent tant de bruit, et que l'Académie n'osa pas imprimer.
[1 faut bien l'avouer, les commissaires ne suivirent pas dans leurs recherches une méthode rigoureusement scientifique. Désireux avant tout d(; prouver l'existence ou la non-existence du magnétisme animal, ils s'attachèrent presque exclusivement à l'étude des faits extraordinaires. Il leur semblait que s'ils pouvaient trouver une expérience dépassant les limites du possible, le magnétisme animal serait prouvé du même coup. C'était mal poser la question, car il pouvait arriver que le magnétisme fût à la fois un fait réel et un fait conforme aux lois physiologiques connues. Les commissaires ne comprirent pas cette vérité élémentaire. Poussés par la curiosité du merveilleux et du surnaturel, ils portèrent leur attention sur les phénomènes les plus contestés et les plus sujets à contestation, tels que la transposition des sens, la lecture à travers un bandeau opaque ou à l'épigastre, ou à l'occiput, la vue des organes intérieurs, la connaissance des maladies et le discernement des remèdes.
Sur tous ces points, il semble bien que l'enquête fut assez mal conduite, et que les commissaires négligèrent de s'entourer de précautions suffisantes. Il y eutdes ex})ériences vraiment fâcheuses. Le rapport constate quun somnambule nommé Petit, les yeux fermés si bien que les cils s'entrecroisent, sous la surveillance continuelle des commissaires, qui « tiennent la chandelle h , par-
vient à lire ce qui lui est ofFert et joue avec une vivacité extrême plusieurs parties de piquet. Et quelle précaution prend-on pour empêcher cet individu de lire à travers ses cils ? Les commissaires se bornent à surveiller ses yeux, sans se douter que rien n'est plus facile de lire avec les yeux clos en apparence. Dans une autre séance, un jeune étudiant en droit, Paul, sur l'œil duquel un commissaire a soin de presser avec la main, est d'une clairvoyance merveilleuse ; il devine des cartes, et lit presque couramment. Le rapporteur remarque cependant que le globe de l'œil était dans un mouvement continu de rotation et paraissait se diriger vers l'objet soumis à la vision. Ajoutons que le jeune homme lisait lentement, devant une grande croisée, qu'il faisait des fautes, et nous conviendrons avec le D"" Ségalas, de l'Académie, qui avait lui-même tenu une fois les mains sur les yeux du sujet, que ce dernier a probablement pu agiter les paupières, saisir quelques caractères et deviner le reste. En tout cas, il faudrait des expériences d'une autre valeur pour admettre la vision et la lecture à travers les paupières baissées. Nous ne parlerons pas de la vision intérieure, de la prévision des crises, de l'instinct des remèdes. Ce sont des expériences marquées au même coin.
A côté de ces constatations fâcheuses, on trouve quelques bonnes descriptions du somnambulisme. Les commissaires ont vu que les sujets présentent, en s'endormant, « une accélération de la circulation et de la respiration, des mouvements flbrillaires passagers, ressemblant à des secousses électriques, puis un engourdissement, un assoupissement... le sujet répond parfois d'une manière précise aux questions qu'on lui adresse ; mais la plupart du temps, il est complètement étranger au bruit extérieur et inopiné fait à son oreille... Les yeux sont fermés; si on relève la paupière, on trouve l'œil convulsé et porté en haut... L'insensibilité est fréquente à la surface du corps ; on peut pincer la peau de manière à l'ecchymoser, la piquer sous l'ongle avec des épingles, sans troubler l'impassibilité du sujet.» Toute cette description est excellente ; il est fâcheux que les commissaires, qui ont bien vu le phénomène naturel, n'aient pas su le dégager de la fantasmagorie qui l'entoui-ait.
En résumé, les commissaires firent deux fautes. La première, ce fut de confondre la question du magnétisme animal avec les
l'académie de médecine en 1837 29
pliénomènes extraordinaires et surnaturels annoncés par les magnétiseurs ; la seconde, ce fut de ne pas apporter dans l'étude toujours périlleuse de ces phénomènes la rigueur qu'on était en droit d'attendre d'une commission académique.
L'Académie, qui ne comptait pas dans son sein beaucoup de partisans du magnétisme, fut un peu étonnée du rapport de Husson. La lecture en fut faite dans les séances des 21 et 28 juin 1831. Mais il n'y eut pas de discussion publique, pas de mise aux voix, pas de vote. Le rapport ne fut même pas imprimé, mais seulement autographié. L'Académie évita de se prononcer sur ces questions brûlantes.
Ce fut en 1837 que la discussion qui couvait, éclata, au sujet d'une histoire de dent arrachée sans douleur par M. Oudet, pendant le sommeil magnétique.
Un jeune magnétiseur, M. Berna, ayant sollicité l'attention de l'Académie de médecine, une nouvelle commission fut nommée; elle était composée de MM. Koux, Bouillaud, Cloquet, Eniery, Pelletier, Caventou, Cornac, Oudet, Dubois (d'Amiens), ce dernier rapporteur. Encore une fois, l'Académie fut entraînée dans une mauvaise voie. M. Berna la convia à examiner des phénomènes extraordinaires, comme la vision sans le secours des yeux, la communication de pensée du magnétiseur au magnétisé, phénomènes qu'il se faisait fort de produire sur deux de ses somnambules.
L'enquête, mieux conduite que celle de la commission précédente, donna un résultat négatif.
Voici les conclusions de ce rapport, que nous reproduisons comme nous avons reproduit celles du rapport de Husson :
« Première conclusion. — Il résulle dabord de tous les laits et de tous les incidents dont nous avons été témoins, dit Dubois (d'Aniiensj en teiininant son rapport, que préalablement aucune preuve spéciale ne nous a été donnée sur l'existence d'un état particulier, dit état de somnambulisme magnétique \ (jue c'est unicjuement par voie lïasserUon, et non par voie de démonstration, que le magnétiseur a procédé sous ce rapport, en nous affirmant à cbaque séance, et avant toute tentative d'expérimentation, que ses sujets étaient en état de somnambulisme.
« Le programme à nous délivré par le magnétiseur portail, il est vrai, quavant la somnambulisalion on s'assurerait (jue le sujet des expériences jouit de l'intégrité de sa sensibilité ; (|u'à cet ellét on
pourrait le piquer, et quil serait ensuite endormi en pre'sence des commissaires. Mais il résulte des essais tentés par nous dans la séance du 3 mars, et avant toute pratique magnétique, que le sujet des expériences ne paraissait pas plus sentir les piqûres avant le sommeil supposé que pendant ce sommeil ; que sa contenance et ses réponses ont été à pende choses près les mêmes avant et pendant lopération dite magnétique. Était-ce erreur de sa part ? Était-ce impassibilité naturelle ou acquise par Tusage ? Etait-ce pour jeter intempestiveraent de lintérèt sur sa personne ? C'est ce que vos commissaires ne peuvent décider. Il est vrai ensuite que chaque fois on nous a dit que les sujets étaient endormis ; mais on nous Ta dit et voilà tout.
« Que si néanmoins les preuves de létat de somnambulisme devaient résulter ultérieurement des expériences faites sur les sujets présumés dans cet état, la valeur et la nullité de ces preuves ressortiront des conclusions que nous allons tirer de ces mêmes expériences.
« Deuxième conclusion. — D'après les termes du programme, la seconde expérience devait consister dans la constatation de l'insensibilité des sujets.
« Mais, après avoir rappelé les restrictions imposées à vos commissaires ; que la face était mise en dehors et soustraite à toute tentative de ce genre ; qu'il en était de même pour toutes les parties naturellement couvertes, de sorte qu'il ne restait plus que les mains et le cou ; après avoir rappelé que sur ces parties il n'était pas permis d'exercer ni pincement ni tiraillement, ni contact de corps soit en ignition, soit dune température un peu élevée ; qu'il fallait se borner à enfoncer des pointes d'aiguilles à la profondeur d'une demi-ligne, qu'eniin la face étant en grande partie couverte par un bandeau, nous ne pouvions juger de l'expression de la physionomie pendant qu'on cherchait à provoquer de la douleur ; après avoir rappelé toutes ces restrictions, nous sommes fondés à déduire de ces faits : l'' qu'on ne pouvait provoquer que des sensations douloureuses très modérées, très limitées ; 2° qu'on ne pouvait les faire naître que sur des parties peu étendues et habituées peut-être à ce genre d'impressions ; 3° que ce genre d'impressions était toujours le même, qu'il résultait d'une sorte de tatouage ; 4° que la figure et surtout les yeux, où se peignent plus particulièrement les expressions douloureuses, étaient cachés aux commissaires ; 5° qu'en raison de ces circonstances une impassibilité, même absolue, complète , n'aurait pu nous être une' preuve concluante de l'abolition de la sensibilité chez le sujet en question.
« Troisième conclusion. — Le magnétiseur devait prouver aux commissaires que, par la seule intervention de sa volonté, il avait le pouvoir de rendre, soit localement, soit généralement, la sensibilité à sa somnambule, ce qu'il appelait restitution de la sensibilité.
9 Mais, comme il lui avait été impossible de nous prouver expérimentalement qu'il avait enlevé, qu'il avait aboli la sensibilité chez
l'académie de MÉDECnS'E EN 1837 31
celte jeune fille, cette expérience étant corrélative de Tautre, il lui a été par cela même impossible de prouver la restitution de cette sensibilité ; et, d'ailleurs, il résulte des laits par nous observés, que toutes les tentatives faites dans ce sens ont complètement échoué. La somnambule accusait toute autre chose que ce qu'il nous a annoncé. Vous vous rappelez, Messieurs, que nous en étions réduits pour la vérification aux assertions de cette somnambule. Certes, lorsqu'elle affirmait aux commissaires qu'elle ne pouvait remuer la jambe gauche, par exemple, ce n'était pas une preuve pour eux qu'elle fût magnétiquement paralysée de ce membre ; mais alors encore son dire n'était pas d'accord avec les prétentions de son magnétiseur, de sorte que de tout cela résultaient des assertions sans preuves, en opposition avec d'autres assertions, également sans preuves.
« Quatrième conclusion. — Ce que nous venons de dire pour l'abolition et la restitution de la sensibilité peut s'appliquer de tous points à la prétendue abolition et à la prétendue restitution du mouvement ; la plus légère preuve n'a pu être administrée à vos commissaires.
« Cinquième conclusion. — L'un des paragraphes du programme avait pour litre : Obéissance à l'ordre mental de cesser, au milieu d'une conversation, de répondre verbalement et par signes a une personne désignée.
« Le magnétiseur a cherché, dans la séance du 13 mars, à prouver à la con)mission que la puissance de sa volonté allait jusqu'à produire cet effet ; mais il résulte de^ faits qui ont eu lieu pendant cette même séance, que, loin d'amener ces résultats, sa somnam- ])ule paraissait ne plus entendre lorsqu'il ne voulait pas encore lempècher d'entendre, et qu'elle paraissait entendre de nouveau lorsque positivement il ne voulait plus qu'elle entendit. De sorte que, d'après les assertions de celle somnambule, la faculté d'entendre ou de ne plus entendre aurait été en elle complètement en révolte contre la volonté du magnétiseur.
« Mais, d'après les faits bien appréciés, les commissaires ne tirent pas plus la conclusion d'une révolte que d'une soumission ; ils ont vu une indépendance complète, et voilà tout.
« Sixième conclusion. — Transposition du sens de la vue. — Cédant aux sollicitations des commissaires, le magnétiseur, ainsi que vous l'avez vu, avait fini par laisser là ses abolitions et ses restitutions de la sensibilité et du mouvement, pour passer aux faits majeurs, c'està-dire aux faits de vision sans le secours des yeux. Tous les incidents relatifs à ces faits vous ont été exposés ; ils ont eu lieu dans la séance du 3 avril 1837.
« Par la puissance de ses manœuvres magnétiques, M. Berna devait montrer aux commissaires une femme déchiffrant des mots, distinguant des cartes à jouer, suivant les aiguilles d'une montre, non pas avec les yeux, mais par l'occiput ; ce qui impliquait ou la transposition ou la non-nécessité, la superfluité de l'organe de la vue dans l'état magnétique.
« Les expériences ont été faites ; vous savez comment elles ont complètement échoué.
« Tout ce que la somnambule savait, tout ce qu'elle pouvait inférer de ce ([ui venait de se dire près délie, tout ce qu'elle pouvait naturellement supposer, elle l'a dit les yeux bandés ; d'où nous conclurons dabord quelle ne manquait pas dune certaine adresse. Ainsi, le magnétiseur invitait-il l'un des commissaires à écrire un mot sur une carte et à le présenter à l'occiput de cette femme, elle disait qu'elle voyait une carte, et même de l'écriture sur cette carte. Lui demandait-on le nombre des personnes présentes, comme elle les avait vues entrer, elle disait approximativement le nombre de ces personnes. Lui demandait-on si elle voyait tel commissaire placé près d'elle et occu|)é à écrire avec une plume dont le bec criait, elle levait la tête, cherchait à le voir sous son bandeau, et disait que ce monsieur tenait queltiue chose de blanc à la main. Lui demandait-on si elle voyait la bouche de ce môme monsieur qui, cessant d'écrire, venait de se placer derrière elle, elle disait qu'il avait quelque chose de blanc à la bouche, d'où nous tirons celte conclusion, que ladite somnambule, plus exercée, plus adroite que la première, savait faire des suppositions plus vraisemblables.
« Mais pour ce qui est des faits réellement propres à constater la vision par l'occiput, des faits décisifs, absolus, péremptoires, non seulement ils ont manqué, et complètement manqué, mais ceux (juc nous avons vus sont de nature à faire naître d'étranges soupçons sur la moralité de cette femme, comme nous le ferons remarquer tout à l'heure.
« Septième conclusion. — Clairvoyance. — Désespérant de prouver aux commissaires la transposition du sens de la vue, la nullité, la superftuilé des yeux dans l'état magnétique, le magnétiseur voulut du moins se réfugier dans le fait de la clairvoyance ou de la vision à travers des corps opaques.
« Vous connaissez les expériences faites à ce sujet ; les faits emportent ici avec eux leur conclusion capitale, savoir qu'un homme placé devant une femme dans une certaine posture n'a pas pu lui donner la faculté de distinguer à travers un bandeau les objets qu'on lui ])résentait.
« Mais ici une réflexion plus grave a préoccupé vos commissaires. Admettons, pour un moment, cette hypothèse, d'ailleurs fort commode pour les magnétiseurs, qu'en bien des circonstances les meilleurs somnambules perdent toute lucidité, et que, comme le commun des mortels, ils ne peuvent plus voir par l'occiput, par l'estomac, pas même à travers un bandeau, admettons tout cela, si l'on veut; mais que conclure à l'égard de cette femme, dans ses descriptions minutieuses d'objets autres que ceux qu'on lui présentait? Que conclure d'une somnambule qui décrit un valet de trèfle sur une carte blanche 1 Qui, dans un jeton d'académie, voit une montre d'or à cadran blanc et à lettres noires, et (pii, si l'on eût insisté, aurait peut-être fini par nous dire l'heure que marquait cette montre?...
l'académie de médecine en 1837 33
« Que si inaiulenaiil, messieurs, vous demandez quelle conclusion dernière et générale nous devons inférer de l'ensenjble de toutes les expériences faites sous nos yeux, nous vous dirons que M. Berna sest fait, sans aucun doute, illusion à lui-même, lorsque, le 12 février de cette année, il a écrit à l'Académie royale de médecine quil se faisait fort de nous donner l'expérience personnelle qui nous manquait (ce sont ses expressions) ; lorsqu'il s'offrait à faire voir à vos délégués des faits concluants ; lorsqu'il affirmait que ces faits seraient de nature à éclairer la physiologie et la thérapeutique. Ces faits vous sont tous connus ; vous savez comme nous qu'ils ne sont rien moins que concluants en faveur de la doctrine du magnétisme animal, et (|u'ils ne peuvent avoir rien de commum, soit avec la physiologie, soit avec la thérapeutique.
« Aurions-nous trouvé autre chose dans des faits plus nombreux, plus variés et fournis ])ar d'autres magnétiseurs ? C'est ce que nous ne chercherons i)as à décider ; mais ce qu'il y a de bien avéré, c'est que, s'il existe encore en effet aujourd'hui d'autres magnétiseurs, ils n'ont pas osé se produire au grand jour, ils n'ont pas osé accepter la sanction ou la réprobation académique.
Paris, 17 juillet 1837.
Signé : MM. Roix, président; Bolillaid, II. Cloqlet, Émery, Pelletier, Caventou, Cornât, Oldet, Durois (d'Amiens), rapporteur. »
A la lecture de ce rapport qui le prenait de très haut avec le niagnélisme animal, M. Husson, se sentant directement attaqué, riposta. Néanmoins, l'Académie adopta, à une immense majorité, les conclusions du rapporteur. A notre avis, ce rapport ne prouvait pas grand chose. Quelles conclusions générales pouvait-on tirer d'expériences négatives faites seulement sur deux somnambules ?
Pour en finir avec le magnétisme animal, un des membres de l'Académie, M. Burdin jeune, proposa de décerner — sur sa fortune personnelle — un prix de trois mille francs à la personne qui pourrait lire, sans le secours des yeux et sans lumière, un écrit quelconque, placé hors de la portée des yeux. L'Académie accepta cette proposition. On restreignait ainsi le champ des expériences, et, en limitant le débat, il semblait qu'on le rendît plus décisif. Que devons-nous penser aujourd'hui de cette sorte de défi porté par l'Académie aux magnétiseurs? Au premier abord on jugera peut-être que M. Burdin allait droit au cœur de la question. 11 semblait dire, et l'Académie avec lui : s'il se trouve Bi>ET et KiRi:, 3
une seule somnambule capable de lire sans le secours des yeux, nous admettrons l'existence du magnétisme animal et nous consentirons à nous en occuper. Si aucune somnambule ne peut supporter cette épreuve, le magnétisme animal n'exisie pas. Mais, comme M. P. Riclier l'a remarqué, ce dilemme était faux. Les somnambules pouvaient fort bien être reconnues incapables de lire sans le secours des yeux, et n'en n'être pas moins des somnambules authentiques.
En définitive, pour croire au magnétisme animal, l'Académie demandait un miracle.
A cette époque, le docteur Pigeaire de Montpellier avait une fille de dix à onze ans, qui, dans son état de somnambulisme, faisait beaucoup de merveilles et, notamment, lisait l'écriture avec les yeux bandés par un appareil de soie noire ; c'était Lordat, professeur de physiologie à la Faculté de Montpellier, qui l'attestait. Désireux de gagner le prix Burdin, Pigeaire vint à Paris avec sa fille. Il donna tout d'abord des réunions particuUères, qui eurent un plein succès. C'est d'ailleurs la règle : les séances particulières réussissent toujours. On a conservé des procès-verbaux en forme des plus favorables, signés par Bousquet, Orfila, Ribes, Réveillé-Parise, etc. Mais quand il ftillut se présenter devant la commission de l'Académie, le tableau changea. Les commissaires se doutaient que le bandeau dont se servait Pigeaire ne mettait pas un obstacle suffisant à la vision normale. En effet, rien n'est plus simple en apparence, rien n'est plus difficile en réalité que de trouver un bandeau parfaitement opaque ; à travers un trou extrêmement petit, percé par exemple dans une carte, et surtout avec quelques trous placés à un ou deux millimètres les uns des autres, on voit parfaitement. Si nos lecteurs veulent avoir de plus amples renseignements sur cette question intéressante, nous les renvoyons à l'article de M. Dechambre sur le Mesmérisïïie {Dictionnaire encycl. des sciences méd.) (1). M. Dechambre a pris soin d'essayer sur lui-même les appareils que les magnétiseurs appliquent sur les yeux de leurs somnambules et il s'est convaincu qu'aucun de ces appareils, si compliqués qu'ils soient en apparence, ne l'empêchait de lire au
(1) On lira aussi avec intérêt une note de Gerdy sur le même sujet {Histoire académique du magnétisme animal, par Burdin jeune et Dubois d'Amiens, p. 605).
LE PRIX BURDIJV 35
bout de quelque temps, les caractères placés sous ses yeux. Ajoutons que ce qui favorise encore l'erreur c'est l'hyperacuité visuelle fréquente chez les somnambules, c'est le temps qui s'écoule avant le commencement de la lecture, ce sont les contorsions du sujet dans le but de déplacer ou de décoler le bandeau, etc. Les Académiciens eurent donc raison de refuser le bandeau usité par Pigeaire ; ils proposèrent un masque ou casque de soie noire, très léger, soutenu par deux fds de fer, afin d'être tenu à un demi-pied de la face de la jeune fille et de manière à ne gêner ni sa respiration ni la liberté de ses mouvements. Pigeaire refusa à son tour, on ne parvint pas à s'entendre, malgré toutes les concessions des commissaires, et les expériences ne furent pas entreprises. En effet, avec les exigences de Pigeaire, elles auraient dégénéré, comme on l'a dit, en un véritable jeu de colin-maillard.
Après M. Pigeaire, un autre magnétiseur, M. Teste, se présenta devant l'Académie ; il se vantait de posséder une somnambule qui pouvait lire de l'écriture enfermée dans une boîte. L'expérience était donc très facile à faire. Le magnétiseur et les commissaires toml)èrent bien vite d'accord. Mais l'échec fut complet: la malade ne devina pas un seul mot de l'écriture.
Le prix Burdin ne fut pas décerné.
Comme conclusion, M. Double proposa à l'Académie de refuser désormais toute attention aux propositions des magnétiseurs et de traiter le magnétisme animal comme l'Académie des sciences traite les propositions relatives au mouvement perpétuel et à la quadrature du cercle.
Tel est donc le résultat de tant d'efforts, de tant de patientes recherches, de tant de discussions et de tant de rapports : c'est la négation du magnétisme animal, négation entière, négation absolue.
D'où vient que ce long travail de l'Académie de médecine aboutit à celte espèce d'avortement ? Nous l'avons dit déjà, la premièi-e faute appartient aux magnétiseurs. Au lieu de se bornera l'étude des phénomènes les plus simples et les plus vulgaires, ils se iirent fort d'établir l'existence des phénomènes psycliiques les j)lus complexes, comme la vision par l'occiput ou la connaissance de l'avenir. L'Académie eut le tort de se laisser entraîner à leur suite dans cette recherche du merveilleux. On peut dire que, dès
le début de l'histoire académique du magnétisme animal, le problème fut mal posé. Il était, ce nous semble, du devoir de l'Académie de distinguer ce que les magnétiseurs brouillaient à plaisir ; elle aurait dû comprendre que parmi les phénomènes annoncés par les magnétiseurs, il y en avait peut-être qui, se rapprochant des lois physiologiques connues, auraient pu devenir lobjet d'une étude sérieuse et féconde.
De toute façon l'Académie n'aurait pas dû accepter la proposition tranchante de M. Double, qui déclarait la question du magnétisme animal définitivement close, comme s'il ne pouvait pas surgir plus tard de nouveaux faits qui forceraient l'Académie à revenir sur son jugement sommaire. Ces faits nouveaux, nous les connaissons, c'est \ hypnotisme, illusion d'hier et vérité d'aujourd'hui, dont personne ne met plus la réalité en doute.
En vérité, l'histoire du magnétisme animal est l'histoire la plus instructive et la plus philosophique que l'on connaisse ; si elle ne nous a pas dégoûtés des négations a priori, c'est que nous sommes des incorrigibles.
Il va de soi qu'après l'arrêt de l'Académie de médecine, les somnambules continuèrent à voir à travers des corps opaques, à prédire l'avenir et à prescrire des remèdes, comme si l'Académie n'avait rien dit. Le plus haut représentant de la science magnétique était à cette époque M. du Potet, le célèbre inventeur du miroir magique. Voici ce que c'était que ce fameux miroir, qui a fait tomber tant de personnes en convulsion. L'expérimentateur trace avec un morceau de braise sur le pai'quet un cercle plein, en ayant soin de noircir toutes les parties du cercle : puis il s'éloigne. Le sujet approche du rond fatidique, le considère d'abord avec un regard assuré, lève la tête, regarde un instant l'assemblée, puis reporte ses regards en bas, à ses pieds. « C'est alors, dit du Potet, qu'on aperçoit un commencement d'elfet : sa tête se baisse davantage, il devient inquiet de sa personne, tourne autour du cercle sans le perdre un instant de vue ; il se penche davantage encore, se relève, recule de quelques pas, avance de nouveau, fronce les sourcils, devient sombre, et respire avec violence. On a alors sous les yeux la scène la plus étrange, la plus curieuse ; l'expérimenté voit, à n'en pas douter, des images qui viennent se peindre dans le miroir ; son trouble, son émotion, plus encore ses mouvements inimitables, ses sanglots, ses larmes,