LA PUISSANCE DU REGARD
Quel est celui auquel il n’est pas arrivé de se sentir désorienté et comme dépouillé de sa personnalité morale devant tel regard, qu’il ne pouvait supporter sans trouble?
11 serait puéril — et parfaitement inutile — denier Tinfluence du regard, puisque les animaux euxmêmes la ressentent et l’exercent.
La fascination due au regard du serpent est un fait trop légendaire pour que nous insistions sur ce sujet.
Les naturalistes sont d’accord pour constater que c est sa façon de s’emparer des proies qu’il convoite.
Sous la fixité de ce regard, les oiseaux, apeurés et attirés à la fois, frissonnent et finissent p<]^^er jus¬
qu’à portée de leur bourreau, à moins ^ft^taVhfiilisés
parla paissance magnétique qui se dégage de ses yeux, ils n'attendent sa venue, dans l’impossibilité de produire le coup d’aile qui les délivrerait.
Il est indéniable que l’oeil peut exercer une domination à laquelle les natures impressionnables ou celles qui ne sont pas préparées à la résistance ne peuvent se soustraire.
En partant de ce principe, on comprendra facilement de quelle utilité pratique peut être l’étude de la science du regard magnétique.
Ainsi que nous l’avons déjà dit1, les pensées produisent, dans la matière mentale, des vibrations dont les ondes se répandent autour de nous et nous enveloppent.
Personne nesonge à nier l’influence de l’atmosphère morale que les psychistes ont dénommée Aura et que, dans le langage courant, on définit sous le nom « d’ambiance. »
Nul ne se soustrait complètement à la domination du milieu dans lequel il se trouve, même au prix de violents efforts, dictés par une volonté arrêtée.
Celui qui veut produire sur l'esprit d'autrui une impression persuasive, doit donc s’efforcer de créer autour de lui cette ambiance dominatrice, dont les ondes s’élargiront en raison de la tension de son vouloir.
Au même titre que la parole, qui parfois traduit mal la pensée, l’œil peut projeter des vibrations qui toucheront le cerveau de celui qu’on veut convaincre.
i. Education fluidique et physique de la pensée. (Editions Louis-Michaud.)
Le magnétisme du regard puise sa vertu dans l’assemblage des forces qui nous entourent, combinées avec celles que produit notre propre pouvoir de volition.
C’est une sorte de puissance occulte, mise au service de l’idée, pour la transmettre et l’infuser dans la pensée des autres.
C’est une force obscure, mais certaine , qui nous permet de faire naître chez autrui les émotions que nous voulons lui voir ressentir.
C’est l’art de fortifier son interlocuteur dans une résolution qui nous est favorable.
S’il était hésitant, c’est le moyen de substituer sa volonté propre à ses vacillantes résolutions et de lui inspirer le désir de la décision que nous souhaitons.
Nous ne parlons, bien entendu, que des choses réalisables et nous excluons aussi les pensées mauvaises, dont l’effet — cela a été dit bien souvent — est grandement pernicieux, car les vibrations des pensées projetées reviennent toujours à leur point de départ.
Nous allons donc nous efforcer de démontrer de quelle façon il est possible d’atteindre, par la puissance du regard magnétique, l’esprit et la volonté de ceux que nous désirons dominer d’une façon temporaire ou définitive .
Il faut aussi envisager le magnétisme du regard comme un préservatif certain contre les suggestions étrangères.
Les influences fluidiques, déterminées parla projection du 7'egard magnétique , peuvent être parfois dangereuses ; elles sont toujours importunes, car lorsqu’elles se trouvent lancées par un adepte de la volonté intense, elles atteignent infailliblement le but, qui est d’impressionner, dans le sens d’une direction fixée par avance.
Nous avons tous les jours devant nous l’exemple de gens que le regard de certaines personnes annihile, au point de les conduire à faire abstraction de toute défense personnelle, en obéissant aveuglément à la suggestion qu’on a voulu leur inspirer.
La circulation des pensées, imposée par le regard, illumine l’interlocuteur de toutes les convictions qu’on a voulu lui imposer.
Il est bien reconnu que, dans toutes les agglomérations, les plus faibles subissent toujours l’ascendant de ceux dont la volonté est mieux formulée et dont l’esprit de décision est assez net pour donner des contours précis à leurs aspirations.
Chez ces natures énergiques, l’objet du désir se trouve toujours représenté, sinon par une image définitive, au moins par un tableau, concrétant l’acte principal, dont la réalisation fait partie de l’achèvement convoité.
Or, celuiqui, pénétré d’une volonté bien déterminée, sait la concentrer dans son regard, après avoir appelé fortement en son esprit l’image précise de la chose expressément voulue, remplit déjà les conditions morales requises pour suggestionner autrui.
C’est ce que nous appellerons la préparation au
magnétisme du regard, qui ne s’obtient complètement qu a la suite des exercices physiques dont nous parlerons dans le chapitre suivant.
Cet entraînement moral est indispensable également pour éviter de subir la prépondérance d’un regard étranger.
Pour ceux qui font leur début dans l’art de dominer les autres et n’ignorent pas l’intensive puissance de l’œil, il sera bon de concentrer leurs premiers efforts pour se dérober à cette oppression, en évitant de fixer leur interlocuteur dans les yeux.
Si, dans la conversation, leurs regards se croisent, le néophyte devra s’empresser de détourner le sien , soit en abaissant les paupières, soit en considérant une autre partie du visage, ou de la personne, dont il redoute de recevoir le fluide occulte.
En aucune façon il ne devra songer à exercer un empire sur son adversaire, par le moyen du regard, car, peu familiarisé avec les pratiques qui lui dévoluerontplus tard par cette puissance, il ne tarderait pas à succomber dans la lutte.
Tous ses soins se borneront donc à se préserver de l’atteinte des ondes, dont les vibrations, par le moyen de l’œil, viendraient envahir son cerveau et substituer à sa volonté même, une autre volonté dérogatoire, dont il deviendrait le machinal servant.
C’est seulement lorsqu’il sera sûr de lui-même sur ce dernier point qu’il pourra songer à se préparer à la culture du regard magnétique, en ce qui concerne d’abord les exercices mentaux.
Le premier de ces exercices consiste à préparer la
formation du pouvoir dominateur en s’imprégnant de la conviction qu’on le possède à 1 état latent.
Cette assurance sera fortifiée par la répétition à voix haute des phrases annonçant la certitude, comme par exemple :
Je suis fort : j’imposerai cette force.
Lorsque l’esprit est suffisamment frappé de cette idée, il s’agit de s’en laisser profondément pénétrer.
Le seul moyen d’y arriver promptement est de s’exercer à la concentration, prélude obligé de la contemplation de l’idée, ainsi que nous l’avons déjà prescrit dans un précédent volume1.
L’idée, ainsi considérée, en vient, en quelque sorte, à se matérialiser; c’est une pénétration progressive qui amène bientôt avec elle une vision nette de l’objet des méditations et fortifie la ténacité des décisions, en même temps quelle développe l’ardeur des résolutions combatives.
Dès que l’idée, fortement formulée, est devenue assez docile pour se produire de toutes pièces à l’appel mental qui lui est fait, il est temps de songer aux exercices physiques, qui, en assurant la fixité et la force de l’œil, vont nous aider à doter le regard de cette puissance magnétique, dont l’aide peut être si précieuse à ceux qui puiseront dans leur conscience la force de n’en jamais mésuser.
i. Education fluidique et physique de la pensée. (Editions Louis-Michaud.)