AUX ARCHIVES DU MAGNÉTISME ANIMAL
L'ignorance des Lois de la nature enfanta de faux miracles. (Pag. 8. )
Là pratique du Magnétisme animal, ainsi que le tableau des phénomènes extraordinaires et des guérisons étonnantes que les procédés de cette pratique ne cessent de reproduire tous les jours, offrent de grands attraits à la curiosité. Les merveilles qui surpassent les idées communes et sont attestées par une foule de témoins , entraînent l'attention et soutiennent vivement l'intérêt.
Des relations, des écrits, se, sont multipliés à l'infini sur les singulières prérogatives et sur les facultés instinctives et sympathiques qui tiennent à l'organisation
xlescorps vivans rau moyen desquels les êtres animas agissent réciproquement entre eux.
Déjà sur cette matière un grand nombre de volumes, parmi lesquels on distingue quelques ouvrages périodiques, tant en France que dans les autres parties de l'Europe, ont été imprimés et publiés , et semblaient ne pas suffire à l'avidité des lecteurs français et étrangers.
Ce n'est que depuis l'année 1814 seulement qu'il parut successivement à Paris deux ouvrages périodiques sur le Magnétisme animal : ils éprouvèrent de fréquentes interruptions et se trouvent aujourd'hui abandonnés. Ce n'était pas faute de matériaux , dont l'abondance est telle, qu'on pourrait à-la-fois donner l'essor à plusieurs ouvrages périodiques sur cette nouvelle science.
Le premier des deux ouvrages dont je viens de parler était intitulé : annales du Magnétisme animal. Il commença le ierjuillet i8i4, fut interrompu en mars i8i5 , continué en octobre de la même année, çt cessa de paraître au ier janvier 1817.
Le second ouvrage périodique , sous le titre de Bibliothèque y et qui servit de continuation aux Annales du Magnétisme animal^ parut en juillet 1817 jusqu'au mois de juin 1818. Interrompu à cette époque, il fut continué au mois d'octobre de la même année jusqu'en septembre 1819, qu'il se trouve aujourd'hui abandonné , ou au moins suspendu.
J'ajouterai ici que ? lors de la première interruption de cette Bibliothèque y depuis le mois de juin 1818 jusqu'en octobre de la même année , je voulus par zèle donner la continuation de cet ouvrage périodique, sous le titre de Journal du Magnétisme animal. J'en fis imprimer un numéro à la date du Ier juillet 1 8 18 5 mais ce journal fut abandonné dès sa naissance, pour des raisons dont il est inutile de rendre compte.
Les différentes interruptions et la discontinuation de ces deux ouvrages périodiques excitèrent de vifs regrets de la part du plus grand nombre des lecteurs de collections (i) aussi précieuses.
(1) Les Annales et la Bibliothèque du Magnétisme ani-
Des personnages de considération , parmi lesquels on compte des hommes de lettres et des physiologistes d'un mérite distingué, qui souvent consacrèrent leur plume au culte du Magnétisme animal , m'ont invité à entreprendre aujourd'hui un ouvrage périodique pour servir de continuation à la Bibliothèque du Magnétisme y dont j'avais déjà dirigé la rédaction en 1817 et 1818. Fort de l'appui des Savans et des Médecins qui m'offrent leurs lumières et leurs écrits ? et en appelant encore à mon secours l'attrait puissant de la curio-; site 3 qui est le gage le plus assuré du succès , je me suis déterminé à faire imprimer ce nouvel ouvrage périodique ; il sera intitulé Archives du Magnétisme animal. J'en présente ici le premier numéro , dont le second est sous presse , et
mal forment une collection de huit forts volumes in-8*. d'environ 600 pages chacun. Ils se vendent chez J. G. Dbntu , imprimeur-libraire, rue des Petits-Augustins( ancien hôtel de Persan ) , n° 5 ; et au Palais -Royal , n09 265 et 266. Il ne reste plus qu'un petit nombre d'exemplaires des Annales du Magnétisme animal.
(5) je puis assurer d'être en mesure de pourvoir en publier , sans interruption ? au moins douze numéros dans le courant de l'année. #
Ces Archives sont destinées à recevoir ce qui paraîtra dorénavant sur le Magnétisme animal. J'ai élargi le cadre, dans lequel je me propose de placer tous les écrits qui me seront adressés sur cette matière. Le récit des phénomènes et les relations de guérisons opérées par les procédés du Magnétisme animal y tiendront le premier rang; ils y paraîtront sous la garantie des personnes qui voudront bien nous les transmettre , en consentant à y voir paraître les observations que leurs articles auraient pu faire naître. Nos Archives seront le dépôt de toutes les opinions. Ce dépôt doit être considéré comme un être de raison , qui n'adopte ni ne rejette aucun système , aucun principe. Chaque auteur est appelé à y déposer, sur l'objet dont nous nous occupons y le fruit de ses observations et de ses méditations. Les Mémoires de controverses
y seront par conséquent reçus ; et si l'attaque y est permise , la défense est de droit pour ceux qui voudront répondre.
Nul auteur ne pourra obtenir dans nos Archives le privilège d'inviolabilité ; chacun pourra y exercer une critique judicieuse ? en s'y renfermant dans les bornes de la modération et des égards. C'est avec des formes décentes qu'on unit au mérite d'avoir raison, celui d'avoir raison avec urbanité. N'ayant d'autre but que la recherche de la vérité, n'étant dirigé par aucun intérêt particulier , ni .par l'esprit de parti, j'accueillerai avec impartialité tous les écrits qui me parviendront sur le Magnétisme animal. Je n'ai en vue que le développement de la science, me défiant également des enthousiastes du Magnétisme et de ses détracteurs. Les uns se laissent tromper par des illusions, par des croyances pour ainsi dire superstitieuses ; dénaturent , par des récits exagérés , les phénomènes qui ne dérivent que de rapports de sensibilité entre des êtres animés, ou par des communications sympathiques dont l'explication n'est point
( 7 ) étrangère aux lois connues de la nature j se contentent, enfin, d'observations et d'expériences trop légèrement suivies , faites sans méthode , sans tenir compte des circonstances et des antécédens qui accompagnent les faits , mais qui en écarteraient ce merveilleux inexplicable qui met hors des lois delà nature certains phénomènes attribués à un Aimant animal, et les placent à côté des miracles d'un ordre surnaturel. Les autres , au contraire , détracteurs du Magnétisme animal , enveloppés du voile épais des préjugés , ou guidés par des intérêts personnels , veulent juger les procédés du Magnétisme sans les examiner, et nient les effets les mieux prouvés , qu'ils condamnent et rejettent avec mépris .
La science des procédés du Magnétisme animal est appelée à nous éclairer, à seconder les efforts de ceux qui cherchent à sonder l'étendue du pouvoir de la nature. Cette nouvelle science est destinée à reproduire sous nos yeux des phénomènes jusqu'alors incompréhensibles , qui sans cesse se manifestèrent depuis que le monde existe*
(8) L'ignorance des lois de la Nature enfanta les FAUX miracles (i). Malheureusement les prodiges et les faux miracles servirent de base à toutes les erreurs religieuses et populaires ; ils donnèrent naissance au fanatisme et à la cruelle intolérance qur, sans pitié, abusant des choses les plus sacrées, allumèrent tant de bûchers au nom d'un Dieu de paix et de charité ; aiguisèrent tant de poignards, commirent tant d'assassinats juridiques, excitèrent tant de guerres de religion, si fécondes en actes de mauvaise foi, en injustices et en atrocités j nous offrant un épouvantable tableau de tous les crimes qui souillèrent l'histoire des peuples abrutis sous le joug de l'ignorance et de la superstition.
« Les phénomènes connus sous le nom » de Magnétisme animal (2) fixent depuis
(1) Cette phrase sert d'épigraphe à nos Archives.
(2) Voyez le Programme adressé par ordre du Gouverne* ment à l'Académie de Berlin , pour ouvrir , par sa publication , un cours relatif au Magnétisme animal. Celte pièce est insérée dans le Moniteur du 22 octobre 181 8.
(9) » long-temps l'attention des médecins et » des physiciens , sans faire néanmoins ces- » ser le partage de leurs opinions. Il est à » désirer que ces phénomènes soient pré- » sentes dans un rapprochement tel, qu'il » en résulte un jugement définitif. On ne » se dissimule point que ce problême est y> d'une grande difficulté , parce que les » phénomènes dont il s'agit ne comportent » point cette méthode de réitération cons- » tante et suivie des mêmes expériences , » qui , dans plusieurs autres branches de >i la physique, conduit l'observateur ha- » bile et patient à des approximations de » plus en plus précises: L'état actuel des » sciences et le grand nombre de faits qui » ont été relatés pourraient cependant faire » espérer un résultat certain, si une cri- » tique judicieuse déterminait les divers » degrés de croyance que méritent ces re- » lations , et coordonnait ces faits nou- » veaux tellement , qu'ils se liassent à ceux » anciennement connus , et nommément » aux phénomènes du sommeil, des son- » ges , du somnambulisme et des diverses n affections nerveuses. »
Tel est le Programme proposé par le cabinet du Gouvernement prussien à Fillustre Académie de Berlin. Les pièces destinées au concours doivent être adressées à cette Académie avant le 1 3 octobre 1820, et le prix de 3oo ducats d'or est assigné au Mémoire auquel l'Académie aura donné la préférence. Ce Programme exprimait en outre le désir de trouver dans les Mémoires qui lui seraient adressés, un exposé des faits magnétiques dépouillé de tout merveilleux, en les montrant soumis, comme tous les phénomènes , à des lois certaines et non isolées, hors de toute liaison avec les autres phénomènes des êtres organisés.
La Société royale des Sciences à Paris , dont S. A. R. Mgr le duc d'Angoulême est Président perpétuel, annonça également , dans le Programme des prix quelle se proposait de distribuer en 181 8, d'accorder une médaille d'or de 400 fr. à l'auteur du Mémoire jugé digne du prix, dont le sujet était de déterminer l'état des sciences physiques en France au commencement du dix -huitième siècle , et quels en
ont été les progrès jusqu'à ce jour. Les auteurs étaient invités à traiter le Magné-* tisme animal dans les Mémoires qu'ils auraient envoyés au concours 5 et S. A* R. fît connaître, le 27 août 1817, qu'elle donnait sa pleine et entière approbation à ce Programme.
Tout nous annonce que des écrivains exercés , que d'habiles physiologistes s'occupent sérieusement de la science dite du Magnétisme animal. On s'étonnera désormais qu'une résistance irréfléchie se soit opposée si long-temps au développement de la doctrine qui tend à nous faire connaître,dans ses diverses apparences , cette faculté instinctive , extraordinaire, qui atteste l'existence d'un mode primitif de perceptions, inhérent à la nature humaine, dans toutes les phases de notre existence. De tout temps il a existé certains faits surprenans que la superstition et le fanatisme attribuaient au démon , mais qui dérivent de la nature. La pratique du Magnétisme animal , qui aujourd'hui nous en donne la clé , se trouve maintenant placée au rang des
connaissances les plus relevées, et prend à jamais le litre de science. Elle attend un Descartes > un Nevrton , pour dévoiler les lois d'après lesquelles cette faculté instinctive exerce son action réciproque entre les êtres animés. La science du Magnétisme nous apprendra à en diriger, à en modifier, par des moyens naturels ou artificiels , le pouvoir qui semble invisible ; elle nous fera connaître jusqu'à quel point ce pouvoir tient à la force physique apparente de nos organes.
Déjà les procédés du Magnétisme animal sont parvenus à un haut degré de perfection. Nous les devons principalement aux savans écrits de M. le marquis de Puységur, de M. Deleuze , etc., etc. Ils nous ont fait connaître l'efficacité et la force du Magnétisme , se liant , d'un côté , à l'art de guérir , et de l'autre , à la physiologie et à la psychologie. Nous touchons au moment de voir paraître la solution de ces différens problèmes. Cette époque > en répandant un grand jour sur la haute physique, fera disparaître une foule d'erreurs , de préjugés.
( '3) La Physiologie , le flambeau de la vérité a la main , va devenir le juge éclairé des qualités occultes , tels que la magie, les maléfices, les fascinations, les enchantemens,etc, que des imaginations exaltées attribuaient à des causes surnaturelles. Si , jusqu'à présent , la dénomination de Magnétisme animal a choqué beaucoup de savans modernes, qu'importe le mot? Les phénomènes extraordinaires qui donnèrent naissance à cette nouvelle science n'en sont pas moins incontestables, soit qu'ils dérivent de Yima* gination ou d'un aimant animal. Peut-on mettre en doute que Cicéron , il y a deux mille ans , n'ait été convaincu de l'existence de pareils faits? Voici comment il s'exprime (i) :
ce Quelque phénomène qui se présente à
(1) Ce passage de Cicéron, et celui qui va suivre, extrait de Y Vissai philosophique sur les probabilités , a été déjà cité dans le premier et unique numéro d'un journal sur le Magnétisme animal , que j'ai fait imprimer en juillet 1818 , mais auquel je n'ai pas donné de suite , et qui n'a point été distribué au public par des raisons dont il est inutile ici de ï eadr§ compte.
» vous , il est de toute nécessite que la * cause en soit dans la nature ; quelqu'é- » trange qu'il vous paraisse , il ne peut » être hors de la nature. Cherchez-en donc » la cause et tâchez de la trouver si vous » pouvez; si vous ne la trouvez pas, tenez » pour constant qu'elle n'en existe pas )> moins , parce qu'il ne peut rien se faire » sans cause ; et toutes ces terreurs ou ces » craintes que la nouveauté de la chose » aurait pu faire naître en vous, repous- » sez-les de votre esprit, en considérant » qu'elles viennent de la nature (i). »
De nos jours , un génie du premier ordre n'a-t-il pas, ainsi que l'illustre Consul romain , fait les mêmes aveux dans l'un de ses ouvrages ? Si un homme de ce mérite
(i) Quidquid oritur, qualecumque est, causam habeat à naturâ necesse est : ut etiam si praeter cousueludinem exstiterit , praeter naturam tamen non possit çxistere. Causam igitur investigato in re nova atque admirabili , si pôles ; si nul la ai reperias, iliud tamen exploratum habeto , nihil lieri potuisse sine causa,, eumque terrorem quein libi rei novitas attulerit , ratione naturse depeliilo. Cicer. , de Divinationey lib. II, J. 28 , n° 60,
(i5) daignait prendre la peine de lire tout ce qui a été écrit sur le Magnétisme animal , de pratiquer cette science , d^en observer attentivement les phénomènes , de les produire lui-même > que ne lui devrions-nous pas ? Il dirigerait nos faibles efforts et débrouillerait le chaos dont nous voulons sortir. Je vais citer le passage important que je viens d'annoncer ; il est tiré d'un ouvrage intitulé : Essai philosophique sur les probabilités (1).
« De tous les instrumens que nous pou- » vons employer pour connaître les agens » imperceptibles de la nature 3 les plus » sensibles sont les nerfs 5 sur-tout lors-
(1) Essai philosophique sur les probabilités, troisième édition, 1816, par M. le marquis de la Place, Pair de France, Grand-officier de l'ordre royal delaLégion-d'Honneur, l'un des quarante de l'Académie française; de l'Académie des sciences; Membre du bureau des Longitudes de France, des Sociétés Royales de Londres et de Gottingue, des Académies des sciences de Russie , de Dauemarck , de Suède , de Prusse , d'Italie , etc.
Cet ouvrage se trouve à Paris , chez madame veuve Ççur* éierf imprimeur- libraire , rue du Jardinet , n° 12.
» que des causes particulières exaltent
» leur sensibilité Les phénomènes sin-
y> guliers qui résultent de l'extrême sen- » sibilité des nerfs dans quelques indivi- » dus , ont donné naissance à diverses opi- » nions sur l'existence d'un nouvel agent, » que l'on a nommé Magnétisme animal, j> sur Faction du Magnétisme ordinaire , » sur l'influence du soleil et de la lune » dans quelques affections nerveuses ; » enfin sur les impressions que peut faire » éprouver la proximité des métaux ou » d'une eau courante. Il est très-naturel » de penser que l'action de ces causes est » très-faible et quelle peut être facilement » troublée par des circonstances acciden- » ' % Ainsi , parce que dans quelques » cas elle ne s'est pas manifestée, il ne » faut pas rejeter son existence. Nous » sommes si loin de connaître tous les » agens de la nature et leurs divers modes » d'action ? qu'il serait peu philosophique » de nier les phénomènes, uniquement » parce qu'ils sont inexplicables dans l'état » actuel de nos connaissances. Seulement %
(*7) ?> nous devons les examiner avec une atten- » tion d'autant plus scrupuleuse, qu'il » paraît plus difficile de les admettre. »
On doit remarquer dans ce dernier passage des expressions en quelque sorte favorables à l'opinion de ceux qui croient à la rabdomancie , c'est-à-dire a la vertu de la baguette divinatoire; ainsi qu'à l'existence d'un fluide particulier appelé Magnétisme ou Aimant animal.
Je dis Aimant animal , pour établir une distinction entre ces mots et la pratique du Magnétisme animal. L'un indique un système , une hypothèse , au moyen desquels on cherche à établir un fluide particulier qui agiroit sur des personnes nerveuses. L'autre indique les procédés qui nous c lignent à opérer des guérisons plus ou moins étonnantes , et à produire des phénomènes remarquables que personne n'est endroit de contester aujourd'hui.
Il résulte de cette distinction , que beaucoup de gens qui croient au Magnétisme , c'est-à-dire aux effets singuliers que pro-
( '8) duisent les magnétiseurs , ne conviennent pas pour cela d'avoir une croyance aveugle à 1$ réalité d'un fluide dit aimant animal , qui agirait sur le corps humain sans l'intervention de l'imagination.
Quant à la Rabdomancie (i), l'usage dé la bagueîîe divinatoire , qui en est la pratique 3 n'avait été employé, jusqu'au dixseptième siècle , que pour la recherche des -métaux ; mais sa puissance devint de plus sn plus merveilleuse j si l'on en croit aux effets que cette baguette produisit entre les mains de Jacques - Aimar Kernaj , paysan de Saint- Véran , près Saint-Marcellin, en Dauphiné. Cet homme se rendit en quelque sorte fameux par l'usage de sa baguette divinatoire ? qui était de coudrier ou noisetier. Il prétendait découvrir les eaux souterraines , les métaux enterrés 3 les voleurs , les assassins r etc. Le bruit de
(i) Rabdomancie 9 mot tiré du grec, de (fâhç (ihabdos ) , verge, baguette ; et de pctsTua (mantéia ) , divination , ou l'art de deviner par le niojen d'une baguette.
( '9) ses talens merveilleux se répandit dans toute la France vers 1690 et années suivantes. On imprima et publia la relation des faits extraordinaires qu'il produisit , et , entre autres , étant à Lyon en 1693 , y ayant été conduit sur le lieu même où avait été commis un assassinat, sa baguette à l'instant tourna rapidement. Il suit les coupables à la piste, arrive à Beaucaire ; après un voyage d'environ deux jours sur terre , et de plus de trente heures sur le Rhône , il découvre un des meurtriers qui, après avoir confessé son crime , l'expia sur l'échafaud. Tous les faits publiés sur cet homme extraordinaire furent attestés par des témoignages authentiques. Les uns ne voyaient dans ces prodiges qu'un état naturel et une suite nécessaire des lois du mouvement et de l'existence des émanations qui , selon eux, s'échappent de£ fontaines, des métaux, et même du corps humain 5 d'autres l'attribuèrent à l'influence du démon. Quoi qa'il en soit, le prince Henri - Jules de Bourbon Condé, iiis du Grand-Condé , voulut' voir Fauteur
de tant de prodiges. Il le fit venir à Paris > et la baguette divinatoire de Jacques Aimar y fut mise aussitôt à l'épreuve; mais elle prit des pierres pour de l'argent ; elle indiqua de l'argent dans un endroit où il n'y en avait pas ; en un mot elle opéra avec si peu de succès , qu'elle perdit bientôt tout son crédit. Les épreuves furent répétées , et , à la grande confusion de Jacques Aimar, la baguette resta immobile. Il avoua que sa baguette était sans pouvoir, et qu'il avait seulement cherché par cette ruse à gagner quelqu'argent.
Environ un siècle plus tard, Bletton, Permet et Campetti, renouvelèrent publiquement les prodiges de la baguette divinatoire, appliquée à la recherche des sources et des métaux. Le nombre des hydroscopes (i) ne s'est pas beaucoup multiplié, cependant il en existe encore auj ourdTiui qui se
(i) Hydroscopes . On donne ce nom à ceux qui prétendent avoir la faculté de-sentir les émanations des eaux souterraines. Ce mot, dérivé du grec, se compose de u<h*/> , \ hudor) , eau , et de a-x^iw ( shopeo ) a voir, consid.ef.er.
prétendent doués de la faculté d'hydroscopie. En France, en Allemagne et en Italie, des savans même, surtout des médecins, se sont faits les apologistes de Jacques Aimar et de Bletton. La Rabdomancie prit les dehors d'une véritable science ^ et fut qualifiée par ses partisans , du nom d'électricité souterraine. D'autres la comparèrent aux phénomènes du galvanisme. Un médecin de mérite, M. le docteur Thouvenel, dans ses Mélanges d'histoire naturelle , de Physique et de Chimie (i), donne la dénomination de fluide nerveux , à la cause qui fait agir les sourciers ou hjdroscopes y d'autres l'appellent fluide électrique animal. Ces différentes définitions, pour être admises, exigeraient des expériences rigoureuses , afin de prouver, par des faits incontestables, Fexis-
(i) Le docteur P. Thouvenel , médecin de l'Université de Montpellier,, ancien inspecteur des eaux minérales et des Hôpitaux militaires de France; Proto - médecin de la province d'Alsace; membre de plusieurs Académies; agrégé au Collège des médecins de Venise , etc. -, auteur de plusieurs ouvrages sur la Physiologie»
tence de ces fluides. On donnerait volontiers la préférence à l'opinion que M. le marquis de Pujségur a émise (i) au sujet des phénomènes d'hydroscopie, qui furent produits par le sourcier Bletton , se disant doué de la faculté de sentir les émanations des eaux souterraines. M. de Puységur considère Bletton « comme sujet à une espèce de crise naturelle. Il prétend qu'un hydroscope, dans son état de crise, ne découvre les sources que par la sensation qu'il éprouve à l'approche de ces eaux souterraines , comme s'en est assuré le docteur Thouvenel; dès -lors il est impossible au sourcier de s'y tromper ; mais sitôt que son état de crise diminue, ses sensations analogues diminuent de même, et il rentre dans la classe commune à tous les hommes. Si on
(1) Voyez à la page 179 de la 3* édition , Paris , 1820 , des Mémoires pour servir à l'histoire et à V établissement du Magnétisme animal , par A. M. J. de Chastenet , marquis de Puységnr. 1 vol. in 8°. Chez J. G. Dentu, imprimeur-libraire, rue des Petits- Augustins, n° 5.
se sert alors de lui pour découvrir les sources , il doit être sujet à se tromper, et c'est ainsi qu'on l'a vu plusieurs fois être en contradiction avec lui-même. La raison en est simple , c'est qu'on ne peut se faire une idée d'une sensation qui n'existe plus, encore moins se conduire d'après une sensation passée. »
« La même chose ( suivant M. de Puységur ) s'observe chez les somnambules qui atteignent au moment de laguérison; leurs sensations perdent peu-à-peu leur susceptibilité, et leurs indications sont beaucoup moins sûres que dans l'état de maladie plus ou moins grave. »
La science delarabdômancie semble aujourd'hui abandonnée, ou du moins n'être plus de mode.- Cependant quelques personnes s'en occupent encore. Quant à l'opinion qu'on doit avoir sur le fond de la question , elle est nécessairement subordonnée à l'expérience. Il est possible qu'il s'échappe y des corps fluides ou des corps métalliques, des émanations qui agissent sur le système nerveux de certains individus, de manière a
les avertir de la pre'sence de ces substances. Quelques-uns prétendent que voir ou sentir sans le secours de l'organe de la vue, a quelque rapport à la faculté que les partisans du Magnétisme animal accordent à des somnambules lucides, devoir aussi sans le secours des yeux, et dépendrait d'une vertu inhérente à l'organisation du corps humain. Des faits positifs manquent encore pour prouver cette propriété, et les vrais physiciens n'ont jamais pu amener les hydroscopes et leurs partisans à une seule épreuve rigoureuse , dont ces derniers se soient tirés avec honneur.
J'ai cru pouvoir me permettre ici cette digression sur la rabdomancie et sur les hydroscopes, non que je veuille renouveler les discussions qui ont eu lieu sur cette matière , mais parce que j'y trouve quelques rapports avec le Magnétisme animal , dans la manière dont cette science de la baguette divinatoire a été d'abord accueillie y défendue avec enthousiasme 3 puis attaquée , et enfin presque rejetée. Elle se trouve, ainsi que le Magnétisme , peu sus-
ceptible d'être prouvée par des expériences, qui, dans les autres branches de la physique , conduisent l'observateur à une démonstration évidente et rigoureuse.
Je reviens à mon sujet, dans l'intention de faire observer que les Philosophes , les Savans, et principalement les Physiologistes , reconnaissent aussi des phénomènes les plus singuliers et des guérisons les plus étonnantes, mais opérés par le pouvoir de l'imagination. Ils conviennent encore que les procédés à' attouchement pratiqués par les Magnétiseurs , et indépendamment de l'opinion de ceux-ci sur la réalité du fluide qu'ils appellent Aimant animal , peuvent produire les mêmes effets ; mais les physiologistes rejettent en tout ou en partie les phénomènes et les guérisons magnétiques défigurés par des récits remplis d'exagération.
Ces faits, auxquels les enthousiastes donnent un caractère miraculeux, obtiennent quelque crédit par la tendance du commun des hommes à accorder une croyance
aveugle à tout ce qui est merveilleux.
On a vu même des personnes recommandâmes par leur probité leur mérite , leur esprit ? et la considéra* aont ils jouissent dans le monde, mais qui, pour la plupart , n'ayant pj s assez approfondi les sciences , ni acquis j^sez de connaissances en physiologie ■ se laissent fasciner les yeux par des appariées illusoires. Ils se trompent les premie s avant d'induire en erreur les hommes singes ou crédules qui croient sur parole d 3 observateurs trop peu clairvoyant* mais d'ailleurs très -respectables. Ces observateurs ne voulait point employer irne méthode expérimentale dans les procédés qu'ils mettent en pratique , poussent leurs scrupules jusqu'à blâmer les expériences qu'on voudrait faire avec précaution sur des somnambules lucides.
Ils en font un cas de conscience* On dirait, à tort sans doute , qu'ils craignent de troubler l'erreur dans sa marche , et de rencontrer la vérité. Cependant la pratique du Magnétisme animal , pour avancer vers
(»7 ) le terme de sa perfection , doit encore être long -temps une science d'observations. L'expérien' ~^~ également à la découverte de Perrt t de la vérité ; elle doit servir à nous préserver de l'une ? et à distinguer l'autre. Une rreur reconnue est souvent une vérité requise
Il est encore certains cr lousiastes qui, redoutant apparemment i p ne pas se tiret* avechonneur desexpérier es auxquelles des hommes sans préjugés or t voulu assister, prétendent que la préserï d'un' incrédule empêche la réussite des pîn sômènes magnétiques. Cela pourrait être vrai , si on ne prenait les précautions nécessaires pour re pas troubler l'imagination du somnambule auquel on laisserait apercevoir le dessein de lui faire subir une épreuve ; mais en poussant trop loin le refus de tenter un pareil exa-* m en , ce serait s'exposer aux reproches qu'on fit anciennement aux Prêtres des faux dieux y qui , de tout temps , mus par difïé-* rens intérêts personnels 3 voulurent en iifcr*. poser à la crédulité des peuples 3 et rendre
(a8) odieux ceux qui ne voulaient pas ajouter foi aux oracles et aux prodiges dont on exigeait la croyance. Ces prêtres , après avoir échoué devant des observateurs clairvoyans , et plutôt que de convenir dç leurs erreurs et de leurs supercheries , s'enveloppèrent t'es voiles du mystère, donnèrent aux incrédules le nom odieux de profanes , et prirent grand soin de ne plus les laisser approcher. C'est pourquoi, au moment où ils commençaient leurs exercices , ils criaient : Procul este , profani. ( Profanes , retirez -vous d'ici. ) C'est pour la même raison qu'autrefois les Epicuriens furent déclarés incapables d'être initiés aux mystères ; on les congédiait , ainsi que les Chrétiens , avec beaucoup de précautions , avant que les prêtres consentissent à laisser parler les oracles ou à mettre en usage leurs procédés. Lorsqu'enfîn le nombre des incrédules s'accrut au point de ne plus oser leur refuser l'entrée des temples, les Prêtres déclarèrent que la présence de tant de per-
( *9 ) sonnes impies les empêchait de faire des miracles , et était la cause pour laquelle la divinité refusait de parler.
Je suis bien éloigné de comparer les enthousiastes du Magnétisme animal aux Prêtres des faux dieux; mais ne suis-je pas en droit de leur -faire les honneurs d'une nouvelle découverte , celle d'un fluide de V incrédulité \ auquel ils supposeroient un effet si prodigieux, comme si les miracles ne leur coûtaient rien? Cependant je ne veux pas les accuser d'attribuer tous ces faits extraordinaires à des causes surnaturelles. Ne devraient-ils pas du moins réfléchir que le vulgaire ne prend pas le change à cet égard , et que les superstitien x et les fanatiques feraient leur profit d'une telle doctrine?
Il serait bien à regretter de voir la science des procédés du Magnétisme animal prendre une aussi fausse direction ; ce serait admettre une superstition d'un nouveau genre , si on reconnaissait aussi légèrement un pouvoir hypothétique ? un
( 3o ) agent occulte qui ne devrait son existence qu'à l'illusion, ses titres qu'à des faits impossibles à vérifier ; et ces faits n'auraient pour garans que des enthousiastes qui soumettent leur raison à la foi qu'ils ont vouée à l'aimant animal. Si on devait s'en rapporter à ceux qui partagent les faiblesses de l'esprit humain , en accordant plus de foi à ce qu'ils croient qu'à ce qu'ils voient 5 ils nous replaceraient bientôt sous le joug de la superstition qui de tout temps entrava le génie et repoussa les lumières ; ils nous feraient oublier cette belle leçon de Cicéron , qui nous dit d'une manière positive (i) : Quidquid oritur , qualeçumque est * causant habeat a natura necesse est y ut etiam si prœter consuetudinem extiterit , prœter naturam tamen non possit existere , etc. « Quelque phéu nomène qui se présente à vous 5 il est de *> toute nécessité que la cause en soit dans la m nature ; quelqu'étrange qu'il puisse vous
(1) Voyez le passage en entier aux pages i3 el j4 qui précèdent.
(3i ) ». paraître, il ne peut être hors de la nature.»
Une chose bien remarquable devrait cependant faire ouvrir les yeux à ceux qui soutiennent la réalité de l'aimant animal , et lui accordent la faculté d'opérer des prodiges appartenant jusqu'à présent au domaine de l'imagination. Cette réflexion sérieuse que je leur soumets est pour les inviter à faire plus d'attention à l'opposition constante des Philosophes, des Savans, des Physiologistes, qui, en général, se sont toujours refusés à reconnaître l'existence de ce fluide occulte non démontré, et dédaignent de s'en occuper. Ce fluide n'a donc pas encore acquis le droit de partager avec l'imagination la faculté de produire des phénomènes de psycologie et de physiologie curative , qui, au surplus, ne sont pas contestés. On en conclura que le monde savant veut des vérités positives avant d'entrer dans une discussion sérieuse.
On doit d'ailleurs observer que la plupart des bons magnétiseurs s'occupent moins du système que de la pratique du Magnétisme animal. Combien y en a-t-il qui 3 par
leurs procédés, obtiennent des effets merveilleux , opèrent des guérisons étonnantes, sans prétendre pour cela en assigner Ja cause à un fluide qui sortirait de leurs mains ou du bout de leurs doigts , ou de telle autre partie du corps , plutôt que de l'attribuer au pouvoir connu de l'imagination ! Ceux qui disent : Je crois au Magnétisme animal, parce que j'en ai vu 5 j'en ai ressenti les bons effets , n'assurent pas tous qu'ils croient au système de Y aimant animal. Ce n'est pas d'ailleurs nuire à la pratique de cette science, que d'élever des doutes sur l'existence de ce nouvel aimant , ou même de le nier ou d'en ajourner la croyance jusqu'à ce que des faits prouvés par des expériences rigoureuses en aient démontré la réalité.
Je présenterai encore des réflexions qui ne sont pas hors de propos ? relativement à la dénomination de Magnétisme animal, je dirai que l'habitude semble avoir consacré cette dénomination , d'une part ? pour désigner la pratique des procédés ? qui , depuis Mesmer , est devenue la
science ou plutôt Fart d'opérer des guérisons et de produire de nos jours des phénomènes qui se lient à la physiologie et à la psycologie; et de l'autre côte, pour proclamer le système non encore démontré de l'existence d'un aimant animal. Le mot de Magnétisme a donc ? sous ce point de vue » deux acceptions. La plus naturelle donne l'idée de cet aimant animal 5 nouveau fluide invisible , pour la vérification duquel on demande des faits positifs , prouvés par des expériences rigoureuses. Le même mot semble avoir une acception détournée , également consacrée par l'usage. Cette seconde acception annonce en effet , une pratique et des procédés qui de tout temps ont existé naturellement ou artificiellement avec plus ou moins de perfection , et qui , faute d'avoir une définition assez précise, prennent aujourd'hui la dénomination de Procédés du Magnétisme animal, ou Action réciproque entre des êtres vivans. J'ai dit plus haut que des Magnétiseurs expérimentés, dans la vue de soulager l'humanité souffrante , se sont voués
(34) spécialement à cette pratique dite du Ma* gnétisme , et rie prétendent pas tous soutenir le système de la réalité de cet aimant animal. J'en dirai autant de la plupart des écrivains érudits qui se sont livrés à des recherches historiques sur cet objet. Ils ont constaté les faits les plus extraordinaires; ils en ont retrouvé la trace jusque dans la plus haute antiquité; et en démontrant le naturalisme de ces faits , ils ont véritablement contribué aux progrès de la science du Magnétisme animal : mais comme ils n'ont pas traité ex professo la question contestée , relative à l'existence de ce fluide occulte, on ne peut pas les taxer d'avoir une opinion fixe à cet égard. Je donnerai pour exemple les crises des Sybilles , qui ont une grande ressemblance avec celles de nos somnambules. Ces crises étaient provoquées par des émanations 5 par des vapeurs ou des exhalaisons de substances enivrantes j ainsi que par les différens procédés des Prêtres qui, pour abuser de la crédulité des hommes, avaient soin de façonner et d'exalter l'imagination
(35) des crisiaques par des instructions et des notions précédentes , relatives aux événemens sur lesquels on consultait les Sybilles pour en obtenir des oracles. Dira-t-on que les différens phénomènes de prévision , de divination, que nous offrent les Sybilles , devaient être attribués à un aimant animal? N'est-il pas évident que tous ces faits sont du domaine de l'imagination?
De toutes les réflexions que je viens de présenter, il doit nécessairement en résulter ae ïa part des partisans du Magnétisme animal^ l'obligation de se prononcer sur le point qui est en contestation , et de se partager en deux classes distinctes. L'une comprendra celui qui j pénétré d'une foi vive , basée sur sa propre conviction , soutiendra avec intrépidité la réalité d'un aimant animal , en dépit des Philosophes , des Savans et des Physiologistes, qui tous se refusent d'y croire , jusqu'à ce que des faits incontestables aient démontré l'existence de ce fluide occulte. L'autre classe se composera de ceux qui, attachant de l'importance à
ïa pratique des procédés dits du Magnétisme animal, en attribuent provisoirement au pouvoir immense de l'imagination les effets extraordinaires dont l'explication n'est pas étrangère aux lois connues de la nature.
Si les philosophes s'abstiennent depuis long-temps , ainsi qu'on doit le remarquer, d'entrer en lice avec des hommes pleins de ferveur et animés d'une foi vive pour la défense de l'aimant animal, ce silence annonce véritablement qu'ils regardent le procès jugé., quant au fond , dès 1784 5 par les rapports de la Faculté et de la Société de Médecine de Paris ; mais sans approuver les procédés de quelques médecins , dont la conduite n'a pas été entièrement exempte de reproches , tels que d'avoir nié l'existence d'une partie des faits qu'ils n'ont pas observés avec bonne foi ; de ne pas avoir posé avec précision l'état de la question , de ne l'avoir pas réduite à un seul point de contestation j d'où il est souvent résulté , faute de s'entendre , des disputes pleines d'aigreur 3 de s'être en quelque
(37 ) sorte déclarés plutôt les ennemis de la pratique du Magnétisme animal , que du système sur lequ i il était basé; de s'être laissés conduire par un esprit de parti , par ni esprit de corps ^ qui les ont souvent entraînés à des démarches imprudentes, impétueuses , dirigées par la passion ; d'avoir adopté des formes arbitraires; de s'être enfin permis des rigueurs inquîsitoriales contre plusieurs de leurs confrères qui avaient montré de l'intérêt en faveur des procédés du Magnétisme animal 5 ou qui avaient osé les mettre en pratique.
Cependant je me plais à rendre ici un témoignage éclatant d'estime pour les no** blés procédés d'un des savans médecins (i) honorés de la confiance du Gouvernement et chargés en 1784 de l'examen du Magnétisme animal. Cet illustre médecin ne vcu-
(i)M. de Jussieu (Antoine-Laurent) , célèbre médecin ; membre de l'ancienne Académie des Sciences ;dela Société Royale de Médecine ; Membre de l'Institut ; Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel ; auteur de plusieurs savans ouvrages, et digne neveu de l'illustre Bernard béSassiÉv. il fit imnrimer en 1784 un Rapport particulier pour L'examen du
( 38), lant pas sans doute partager la passion et l'esprit de parti dont ses collègues étaient animés ? ni s'associer aux actes arbitraires et aux persécutions qu'ils exercèrent contre des médecins à l'époque de la découverte de Mesmer , refusa de signer les rapports de la Faculté et de la Société de Médecine à Paris, concernant le Magnétisme animal. Il se détermina à publier à la même époque un Rapport particulier sur cet objet. On y trouve des aperçus savans , des idées extrêmement justes, d'après lesquels il est aisé de juger sainement le fond de la question. On ne peut enfin se refuser d'en conclure que tous les effets surprenans de psychologie et de physiologie qui y observés de tout temps ? se reproduisent plus particulièrement par la pratique dite du Magnétisme animal, déri-
Magnétisme animal, dont la conclusion esl que l'homme peut produire surson semblable une action sensible par le contact, et quelquefois par un simple rapprochement à distance ; mais l'auteur attribue cet effet a l'émanation de la chaleur animale et à l'imagination , plutôt qu'à un fluide magnétique non encore démontre.
Tent de l'immense pouvoir bien connu de l'imagination , plutôt que de l'attribuer à un fluide magnétique animal qui n'est pas encore démontré. Ce Rapport précieux décèle un homme de génie et un savant profond dans toutes les connaissances physiologiques. Si on veut méditer cet écrit, on y trouve l'explication des faits les plus compliqués 3 produits par les procédés du Magnétisme animal ; de ces phénomènes , dis-je 5 qui ont prêté le plus aux illusions. Ce Rapport, ainsi que ceux delà Faculté et de ia 'Société de Médecine, m'ont inspiré la volonté d'entreprendre un ouvrage destiné à reviser certains écrits qui contiennent des erreurs et beaucoup d'inutilités proclamées avec importance.
Depuis la publication des Rapports bien remarquables dont je viens de parler, plusieurs Physiologistes , comme juges naturels de tout ce qui concerne les opérations de la nature ^ se chargèrent de combattre les partisans de l'aimant animal. Si autrefois , à l'époque à laquelle Mesmer parut en France , quelques médecins se don^
lièrent des torts en persécutant ceux de leurs confrères qui aperçurent dans la pratique dite du Magnétisme animal , un objet digne du plus haut intérêt , il n'en est pas de même aujourd'hui , et il est libre à tout médecin , sans encourir comme autrefois l'indignation des chefs de l'Ecole de Médecine 3 de s'occuper du Magnétisme animal, de l'observer, de le pratiquer et de publier des écrits sur l'avantage qu'on pourrait en retirer. Les Physiologistes en général n'en persistent pas moins à nier l'existence de ce nouveau fluide, comme n'étant pas prouvée; mais ils conviennent tous de la réalité de la plupart des faits extraordinaires produits par la pratique des procédés dits du Magnétisme , et le3 attribuent non à cet aimant , à ce fluide occulte, mais au pouvoir, pour ainsi dire sans borne, de l'imagination.
Je pourrais présenter ici de nombreux témoignages , et les moins équivoques , pour appuyer ce que je viens d'avancer; je me contenterai de citer le passage suivant , tiré du Dictionnaire des Sciences médi-
cales , tom. xxiv, à l'article des Effets de l'imagination sur nos corps 5 et des Guérisons étonnantes non contestées qu'elle a de tout temps opérées. Il y est dit , page 52 : Et plus près de nos jours , Mesmer , ainsi que ses successeurs , ont obtenu des guévisons que personne n'est en droit de nier.
Les Philosophes 5 les Savans et les Phy- » siologîstes sont ^ ainsi que les partisans de l'aimant animal, tous d'accord sur l'existence des faits. Alors le grand procès intenté au Magnétisme animal se réduit à un seul point sur lequel l'opinion des uns et des autres se trouve partagée. Ce serait ici le moment de poser la question avec clarté et précision ; j'en laisse le soin à des personnes plus habiles que moi , et je vais essayer d'exposer tour-à-tour les prétentions de chacune des deux parties.
Les partisans du Magnétisme animal d'un côté , sans méconnaître le pouvoir du l'imagination produisant des effets pour ainsi dire miraculeux, croient aussi à la réalité d'un aimant qui rivalise ce pouvoir
( if)
cle l'imagination , et le surpasse même par y ne prérogative inouie, celle de remuer la matière au moyen d'un seul acte de la volonté, et sans l'intervention des sens, ni de l'imagination.
Virgile a dit : Mens agitât molem, et les partisans de l'aimant animal voient dans ces trois mots l'apologie de leur croyance.
Pour comprendre Virgile et saisir sa pensée lorsqu'il créa ce beau vers ,
Mens agitât molem , etmagno se corpore miscet,
il faut lire ce qui le précède et ce qui le
suit*
En prenant au pied de la lettre les expressions du poète latin, le mot Mens^qm^ dans tous les auteurs anciens (i), est pris pour î'àme> l'esprit, la raison, la volonté, donnerait à entendre que l'âme, tandis qu'elle est
(i) On peut s'en convaincre dans le Dictionnaire latin de P. 6b. Etienne , imprimé à Bâle , 1741 , en quatre Toi. ia-fol. Voyez au lom. )ïf , pag. i5o el suiv-
unie à un corps, et par un seul acte mental, pourrait exercer une action sur un autre corps vivant , et le faire mouvoir et agir à volonté. Je dirai en outre qu'il existe des partisans zélés de cette doctrine 7 qui vont encore plus loin. Ils prétendent qu'avec une foi assez vive pour transporter les montagnes , l'âme ou la volonté peut faire mouvoir la matière inerte , celle qui n'est point du règne animal. C'est ce que je m'engage à publier par la suite.
D'après cette opinion , il n'est pas étonnant que des écrivains aient adopté depuis environ quarante ans , pour épigraphe de leurs ouvrages 5 le vers de Virgile 5 Mens agitât molem y etc.
Pour mettre à cet égard le public à portée de juger ce poète célèbre , je vais ici transcrire en entier ^ avec sa traduction 9 le passage dont il est question. Il commence au 719e vers du vie liv. de V Enéide Ce beau morceau offre une interlocution entre Enée et son père Anchise. Celui-ci. dévoile à son fils les plus profonds secrets de la nature. Il sera d'ailleurs curieux
d'entendre Virgile , qui vivait soixantedix ans avant Jésus - Christ } parler de l'immortalité de l'âme , d'un paradis et d'un enfer. D'autres y verront sans doute ce fluide qui pénètre les substances des trois règnes animal , Végétal et Minéral y désigné par des hommes de génie sous le nom de fluide universel , dont 5 à leur avis , Tune des propriétés est de se communiquer d'une substance à une autre du meule règne , et prétendent encore que cette communication se fait aussi d'une substance à une autre, de règne différent.
O pater, anne aliquas ad cœlum hinc ire putandum est ^20. Sublimes animas, iterumque in tarda reverti Corpora ? Quae lucis miseris ta m dira cupido ? Dieam equidem ; nec te suspensum , nate , tenebo : Suscipit Anchises, atque ordirie singula pandit. Principio cœlum, ac terras , cainposque liquenles , 725. Lucentemque globum Lunae , Titaniaque astrà" , Spiritus intus alit ; totamque infusa per artus 3Iebs agitât molem , et magno se corpore miscet. Iude hominum pecudumque genus , vitseque volantum , Kt quœ marmoreo fert monstra sub aequore pontus. n3o. Igneus est ollis vigor et cœleslis 01 igo
Seminibus , quantum non noxia corpora tardant , Terrenique hebetant artus moribundaque mcmbra. Hinc metuunt, cupiuntque, dolent, gaudentque ; nçque auras pispiciuut, clauses lenebris et carcere cœco.
^35. Quin et supremo quum lumine vila reliquit ,
Non tameu omne malum miseris , nec funditus omnes Corporeas excedunt pestes; penilusque necesse est Muïla diu concreta modis inolescere miris. Ergo exercentur pœnis, veterumque malorum
740- Supplicia expendunt. Aliae pandunlur mânes Suspensae ad ventos : aliis sub gurgite vasto Infectum eluitur scelus, aut exuntur igni : Quisque suos patiraur mânes ; exinde per amplura Mittimur Elysium, etpauci laHa arva tenemus;
745. Donec longa dies, perfecto temporis orbe, Concretam exemit labem , purumque reliquit JÈtherium sensum , atque aurai simplicis ignem. Has omnes, ubi mille rotam volvêre per annos , Lethaeum ad fluvium deus evocat agmine magno,
>5o.Scilicetimmemores supera ut convexa revisant, Rursusetincipiant in corpora velle reverti.
Traduction par Jacques Delille (i).
O mon père , est-il vrai que dans des corps nouveaux 5 De la prison grossière une fois dégagée , L'âme , ce feu si pur , veuille être replongée ? Ne lui souvient-il plus de ses longues douleurs ? Tout le Léthé peut-il suffire à ses malheurs ?
Mon fils , dit le vieillard , dans leur source profonde Tu vas lire avec moi ces grands secrets du Monde. Ecoute-moi. D'abord une source de feux , Comme un fleuve éternel répandue en tous lieux,
(1) Delille (Jacques), l'un des plus grands poètes que la France ait produits; ne' près Qeraonl en Auvergne le aa juin 1738 , mort à Paris le iec mai 181 3.
De sa flamme invisible échauffant la matière ,
Jadis versa la vie à la nature entière ,
Alluma le soleil et les astres divers ,
Descendit sous les eaux et nagea dans les airs :
Chacun de cette flamme obtient une étincelle.
C'est cet esprit divin, cette âme universelle
Qui , d'un souffle de vie animant tous les corps ,
De ce vaste univers fait mouvoir les ressorts ;
Qui remplit , qui nourrit de sa flamme féconde
Tout ce qui vit dans l'air, sur la terre et sous Tonde,
De la Divinité ce rayon précieux ,
En sortant de sa source est pur comme les cieux:
Mais s'il vient habiter dans des corps périssables ,
Alors dénaturant ses traits méconnaissables,
Le terrestre séjour le tient emprisonné ;
Alors des passions le souffle empoisonné
Corrompt sa pure essence ; alors l'âme flétrie
Atteste son exil et dément sa patrie ;
Même quand cet esprit, captif, dégénéré,
A quitté sa prison , du vice invétéré
Un reste impur le suit sur son nouveau théâtre;
Long-temps il en retient l'empreinte opiniâtre 5
Et , de son corps souffrant éprouvant la langueur ,
Est lent à recouvrer sa céleste vigueur.
De ces âmes alors commencent les tortures :
Les unes dans les eaux vont laver leurs souillures ,
Les autres s'épurer dans des brasiers ardens,
Et d'autres dans les airs sont le jouet des vents :
Enfin chacun revient , sans remords et sans vices»
De ces bois innocens savourer les délices.
Mais cet heureux séjour a peu de citoyens :
Il faut pour être admis aux Champs-Elysiens ,
Qu'achevant mille fois sa brillante carrière ,
Le soleil à leurs yeux ouvre enfin sa barrière.
Ce grand cercle achevé , l'épreuve cesse alors.
L'âge ayant efface Lous les vices du corps ,
Et du rayon divin purifié les flamme*,
Un dieu vers le Léthé conduit toutes ces âmes :
Elles hoivent son onde , et l'oubli de leurs maux
Les engage à rentrer dans des lieux toyt nouveaux (i).
Le passage que nous venons de citer n'est pas îe seul dans lequel Virgile ait exposé sa doctrine sur les âmes. Il pense que l'âme des hommes et celles des bêtes , comme étant des portions de l'âme universelle , de cette âme immense répandue en tous lieux , dans les airs, sur la terre et dans la mer. sont une partie de la Divinité ;. que les âmes enfin ne meurent jamais , et qu'après la dissolution des corps vivans^ lésâmes qui les animaient vont se réunir à leur principe. C'est du moins l'opinion qu'exprime ce poète payen dans le beau tableau où il décrit la conduite merveilleuse des abeilles et les traits surprenans de leur intelligence. Voyez le liv. iv des Géorgiques 1 depuis le 219e vers jusqu'au 227e. En voici la copie, suivie de sa traduction :
(1) Enéide , liv. vi , traduit par J. Deliiîe. Edition in-8' c!c Micliaud. Paris, 1804. Tom. 2, pag. 3i3.
219. His quidam sïgnîs , atque hsec exempla sccutî , Esse apibus partem divinae mentis, ethaustus iEtherios , dixere : deum namque ire per onmes Terrasque , tractusqae maris, cœlumque profundum. Hinc pecudes , armenta , viros , genus omne ferrarum , Quemque sibi tenues nascentem arcessere vitas : Seilicet hue reddi deinde ac resoluta referri Omnia ; n.ec morti esse locum ; sed viva volare