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Sideris in numerum , atque alto succedere cœlo

Traduction par Jacques Delille.

Frappés de ces grands traits , des sages ont pensé Qu'un céleste rayon dans leur sein fut versé : Dieu remplit , disent-ils, le ciel , la terre et l'onde^ Dieu circule partout , et son âme féconde A tous les animaux prête un souffle léger : Aucun ne doit périr ; mais tous doivent changer ; Et retournant aux cieux en globes de lumière, Vont rejoindre leur être à la masse première.

Quant à l'interprétation donnée par les partisans de l'aimant animal aux expressions de Mens agitât molem , je laisse au lecteur à prononcer sur le sens qu'on doit y donner, ainsi que sur les intentions qu'on semble prêtera Virgile. Si ce poète célèbre pouvait revivre, de nos jours ^ serait -il juste de le reléguer dans la société des vrais

(49 ) croyans du fluide occulte de l'aimant animal , et supposer qu'il se déciderait à adopter la doctrine de ceux qui soutiennent que 1 esprit ? la volonté 5 Ydme, unis au corps , et sans l'intervention des sens - ni de l'imagination , puissent , par un seul acte mental , faire mouvoir et agir la matière ?

Ceux qui croient à Paimant animal prononcent, sans hésiter , que des êtres animés étant dans un rapport intime et parfait, peuvent se communiquer entre eux sans l'intervention des sens , parce que , disent-ils , il y a une sympathie et une confusion de volonté telles , qu'on pourrait comparer cette confusion mentale à une âme qui commanderait deux corps à-la-fois. Un système aussi étrange réclamerait des faits rigoureusement prouvés; mais les enthousiastes du système de l'aimant animal , séduits par les illusions de leur imagination , ne veulent point d'expériences ; ils aiment mieux , pour ainsi dire, se tromper que de rester dans l'incertitude ; mais l'irréflexion les livrant aux erreurs,

ils renoncent à la raison et adoptent en principe ce qui est encore en question. Le génie cle la superstition, qui transforme tout en prodiges , leur inspire une croyance aveugle à des miracles qui n'existent que par l'exagération de ceux qui les racontent. Le doute devrait au moins suspendre chez eux un jugement aussi précipité. Le doute est l'école de la vérité. On ne doit croire que ce que la raison nous démontre. Il faut en tout consulter la raison et suivre ses conseils , plutôt que d'ajouter foi à des faits invraisemblables , fussent-ils attestés par des milliers de témoins. Les faits qui dépendent de la physiologie ne se démontrent presque jamais par des témoins, mais par des expériences. Il n'est pas étonnant qu'on ait employé tour-à-tour les armes du raisonnement et du ridicule pour repousser cette nouvelle espèce de superstition du Magnétisme animal, qui commençait déjà à peser sur l'esprit humain, et à s'entourer d'un nombre assez imposant de prosélytes et d'enthousiastes, d'autant plus difficiles à détromper : que l'absur-

dite même des faits miraculeux servait d'aliment à leur crédulité , et en fortifiait les motifs à leurs yeux. Si les faits du Magnétisme animal ne sont pas susceptibles de preuves démonstratives , ces sortes de phénomènes ne peuvent prévaloir contre la vérité démontrée du pouvoir immense de l'imagination. Quelque bien prouvé que soit un fait ^ il n'est jamais aussi évident qu'un axiome de géométrie ; il ne faut donc pas mettre dans la même catégorie les faits que la physique et la raison démentent, avec ceux qui s'accordent avec la raison et la physique. Tout système qui demande à être vérifié par des expériences ne doit pas être d'abordadopté avec opiniâtreté. C'est en multipliant des expériences qu'on doit rencontrer la vérité ou reconnaître l'erreur. Jusqu'à présent le système de Faimant animal ne repose que sur de? idées vagues 3 sur des analogies trompeuses ^ et sur des chimères que l'esprit prend pour des principes et des vérités. Des essais souveat répétés sem-

(5a) Liaient devoir produire des preuves admissibles ; mais je n'ai jamais vu ni entendu parler d'expériences faites avec méthode ; car les observations isolées et sans liaisons ne suffisent pas, et sur-tout quand on omet le détail des circonstances et des antécédens dont chaque fait doit nécessairement être entouré. Combien de fois ai* je remarqué jusqu'à quel point les vrais Croyans au Magnétisme animal mettent détention à taire tout ce qui nuit à leurs opinions ? et à s'opposer aux expe'rienees dont le résultat pouvait être contraire à leur système ^ ou du moins à en dévoiler le côlé faible! Ils semblent craindre tout ce qui pourrait faire changer de face aux phénomènes dont ils auraient pu écarter le merveilleux avec une méthode expérimentale dirigée par la raison. De tels observateurs sont trop indulgens en faveur de leurs préjugés , et glissent trop légèrement sur les circonstances qui accompagnent les faits. Ils ne songent guère à interroger la nature , et encore moins à lui proposer des objec-

(53 ) lions. En suivant avec précipitation une aussi mauvaise route , plus on marche vite , plus on s'égare.

S'il fallait se livrer à une croyance sans bornes, telle que l'exigent impérieusement ceux qui nous; racontent avec tant d'assurance des faits inadmissibles , dont eux seuls sont les témoins , il faudrait faire le sacrifice de sa raison et arborer l'étendard d'une foi aveugle qui nous ferait admettre sans réclamation, sans critique, des phénomènes magnétiques; que dis -je? des prodiges d'un ordre supérieur, des miracles, enfin, qu'on ne pourrait attribuer qu'a des causes surnaturelles l par exemple ,. le phénomène que nous offrent ces Somnambules magnétiques, ayant les yeux couverts d'un bandeau , et qu'on assure avoir la faculté de lire moUà mot un livre fermé, une lettre cacheléfe, un billet écrit renfermé dans une boîte, etc., et renchérissant sur ce prodige inoui, d'obtenir le même effet en posant seulement ce livre , cette lettre, ce billet, sur l'épigastre de ces crisiaques si clairvoyans..Ce n'est pas tont^

on peut faire mouvoir , agir5 marcher à volonté y par un seul acte mental . avec des gestes qu'on appelle passes , ou sans gestes 5 une personne en crise avec laquelle on est en rapport. On parvient encore à faire voyager l'imagination du somnambule sur lequel on exerce une influence magnétique ; on fui ordonne de se transporter à des distances plus ou moins éloignées, même au-delà des mers, pour y voir matériellement ce qui s'y passe , et en rapporter dans le même moment des nouvelles exactes, ainsi qu'on l'a, dit-on, souvent vérifié. C'est encore un jeu pour un somnambule de deviner le sexe de l'enfant dont une femme est grosse. C'est une espèce de jeu à pair ou non; il n'est pas étonnant que la prédiction se soit vérifiée quelquefois : mais combien de bévues à ce sujet dont j'ai été témoin , et dont on ne rend pas compte ! Le meilleur conseil à donner à tout somnambule qui voudrait ne jamais se tromper à cet égard, serait de répondre toujours avec un ton d'assurance : C'est un garçon ; si ce

n'est pas une fille. La formule de cet oracle infaillible appartient à un dés hommes les plus célèbres dans son genre (i) 9 qui parfois se mêle aussi d^être somnambule. Je pourrais donner la nomenclature vraiment curieuse d'une infinité d'autres miracles non moins étonnans , dont il serait sans doute ridicule d'amuser ici mes lecteurs. Trop souvent j'ai été condamné à entendre raconter de pareils prodiges dont on peut lire des relations imprimées et publiées. Je ne puis enfin me dispenser de qualifier de phénomène cette assurance même avec laquelle des faits si invraisemblables sont proclamés par un certain nombre d'honnêtes gens. Ceux-ci, cependant^attestaient ces faits comme indubitables , fréquens et si ordinaires , qu'il fallait être de mauvaise foi pour les nier, tandis qu'il était, disaient-ils j si facile de les produire soimême, ou de s'en rendre témoin. J'ai voulo, et j'en conviens comme on avoue une faiblesse , vérifier moi-même ces prodiges. Je me suis mis en rapport avec quelques

(1) Potier riniiuitaUe.

f 56 ) somnambules qu'on m'assurait être doués de facultés aussi singulières. J'ai vu opérer; j'ai opéré; j'ai observé attentivement et avec bonne foi , et je n'ai rien vu.

La déclaration que je viens de faire d'après mes propres expériences , paraîtra sans doute bien inconvenante à ceux qu'une conviction portée au plus haut degré a entraînés dans une croyance invariable en faveur de la réalité du fluide de l'aimant animal. Pour m'etcuser, s'il est possible , à leurs yeux ? j'atteste n'avoir la prétention de juger ici que les phénomènes soumis à mes observations. Je m'abstiens de prononcer sur les autres faits que des hommes plus éclairés sans doute , ont jugé suffisamment prouvés pour servir de base à leur conviction.

Je vais déployer des lettres de créance d'après lesquelles je me suis cru en droit, de me donner mission en ce qui concerne le magnétisme animal. Mon but est .de poursuivre l'erreur et de me livrer à la recherche de la vérité. Je n'ai, il est vrai, consulté que mon zèle et non mes moyens.

Je me résigne d'avance à être taxé par les deux partis^ d'avoir entrepris une tâche audessus de mes forces, soit dans l'attaque , soit dans la défense. Quoi qu'il en soit , si je me trompe en repoussant un système qui manque de preuves admissibles , je suis toujours disposé à me soumettre, lorsque des faits incontestables ? et des expériences rigoureuses que j'ai provoquées inutilement, ne permettront plus de les révoquer en doute.

Les lettres de créance dont je veux parler sont les observations constantes que le hasard m'a pour ainsi dire obligé de faire dans le courant de ma vie sur des phénomènes de psycologie. J'en ai été d'abord témoin jusqu'à satiété dès mon enfance , pendant quinze années environ. Durant cet espace de temps assez long , on m'a conduit presque tous les jours aux séances des Convulsionnaires dits de SainUMédard , dont les convulsions, qui ont beaucoup d'analogie avec nos somnambules magnétiques , prirent naissance sur le tombeau du célèbre

( 58) diacre François de Paris (i). Ce pieux ecclésiastique vécut comme un saint ?

se livrant sans réserve aux pratiques rigoureuses de la pénitence la plus austère. Des faits ., des phénomènes extraordinaires non simulés , pareils à ceux qui se trouvent racontés dans une foule de relations imprimées , et particulièrement dans l'ouvrage de M. Carré de Montgeron (2), se sont passés sous mes yeux. Très-jeune encore, je fus éclairé par l'ouvrage d'un habile médecin, M. Hecquet (3) , auteur du Naturalisme des convulsions. Je m'étais procuré cet excellent ouvrage sans le consentement des personnes qui présidaient à mon instruction. Mais, hélas! ce livre fut livré aux flammes. Je le dis ici

(1) Paris ( François de ) , né en 1690, morl en I727J fils d'un conseiller au Parlement de Paris.

(■j) M. Carre de Montgeron , conseiller au Parlement de Paris , auteur d'uu ouvrage intitulé : La Vérité de* miracles opérés par l'intercession de M. de Paris. 2 Vol. in-4°. ï737.

(3) Hccquit ( Philippe ) , né à Abbe ville en 166 1 , mort en 1737.

(59) sans amertume , car je ne puis mvempêcher de conserver, sous d'autres rapports, un souvenir de respect pour l'auteur de cet autodafé. Je n'en contractai pas moins le goût de lire tout ce qui pouvoit avoir rapport aux phénomènes de Physiologie et de Psycologie. Je mis à contribution , autant qu'il me fut possible , les livres qui traitent de la magie , de la sorcellerie , des fascinations, des charmes , des enchantemens, des talismans et amulettes, des divinations, des prévisions , et de toutes les facultés occultes dont les hommes peu instruits ne peuvent comprendre le naturalisme, et qu'ils attribuent si facilement à des causes surnaturelles. Lors de la découverte de Mesmer, je fus un des premiers à lire les imprimés qui en rendirent compte au public. Dès cette époque, je fus à portée d'observer des faits de Magnétisme animal, tant en France qu'en pays étranger. La carrière active que j'ai poursuivie, m'a empêché pendant plusieurs années de m'en occuper plus particulièrement. Ge n'est qu'en i8i3 que mes loisirs me permirent

de m'y livrer avec assiduité. J'ai vu pratiquer , et moi-même j'ai mis en pratique , les procédés du Magnétisme. J'ai été témoin d'une infinité da faits magnétiques bien intéressans. J'ai toujours fait partie de la Société du Magnétisme animal a. Paris, et j'en suis le Secrétaire depuis quatre années environ. L'institution de cette Société avait pour but de rechercher la nature du Magnétisme , et d'en constater les effets. J'ai parcouru presque tous les livres qui ont été publiés sur cet objet , et j'en possède une grande partie ; j'y ai vu beaucoup d'écrivains envisageant la pratique du Magnétisme sous un faux point de vue , et s'égarer dans les vaines théories d'un système faux.

J'ai pensé qu'on pourroit en tirer un meilleur parti , celui de faire connaître le, naturalisme de tous les phénomènes de psycologie (i); et loin de créer une nou-

(0 Psycologie, s. f. , tiré des mots grecs -tyvw ( psychi ) , âme , et de xiycs ( logos) , discours , c'est-à-dire discours ou traité sur l'âme.

(6i ) velle superstition qui bientôt deviendront la source intarrissable de jongleries magnétiques , on pourrait, au contraire, au moyen de cette pratique , démasquer l'ancienne superstition qui engendra tant de fourberies -y désarmer l'abominable intolérance , qui aime à s'abreuver de sang humain en commettant des cruautés religieuses ; éclairer les hommes , les rendre meilleurs et diminuer les maux qui affligent l'humanité. Si j'ai osé écrire sur cette matière, ce n'est pas dans l'intention d'adresser mes écrits aux Savanset aux Médecins : ils n'en ont pas besoin 5 mais je les soumets aux magnétiseurs qui , ainsi que moi, ont, pour la plupart, bien peu approfondi les sciences, et sont, faute d'instruction , plus exposés que d'autres à se laisser séduire par les illusions de leur imagination , et à s'abandonner à l'en-* thousiasme que leur inspire la vue de quelques phénomènes devenus incompréhensibles et inexplicables , par des récits exagérés. Je fais une grande distinction entre de tels prodiges et les autres phéno-

mènes non moins étonnans de physiologie et de psycologie, reconnus et avérés par les Philosophes , les Savans , et par les Médecins les plus habiles. Ces phénomènes , de l'aveu de ceux-ci , dérivent de l'imagination et ne peuvent qu'être soumis aux lois connues de la nature. Penser autrement, ce serait s'imposer la nécessité de recourir à des théories vagues , à des systèmes non démontrés qui ne peuvent produire que des erreurs et des absurdités.

Je ne puis révenir de ma surprise ? lorsque je réfléchis à l'extrême facilité avec laquelle un nombre assez considérable d'hommes qui ont reçu de l'éducation ?

adoptent ? sur le Magnétisme animal, des opinions et un système contestés d'une manière positive par la majorité de ceux qui composent le monde savant. Tôt ou tard de pareilles opinions et les faits dont on les étaye , seront qualifiés d'absurdes, si on ne les justifie par des preuves admissibles qui, depuis si long-temps, ont été en vain réclamées. Je conçois que celui qui est ennemi de toute application , adonné à son

plaisir 5 puisse croire des faits merveilleux qu'il ne s'est pas donné la peine de vérifier; mais il est impossible qu'il ne se rencontre parmi ceux que je viens de désigner, un esprit méditatif, susceptible d'écouter les conseils de la raison et de sentir les conséquences de sa crédulité.

Qui sait si quelques - uns de ceux qui soutiennent avec tant d'opiniâtreté la réalité du fluide de l'aimant animal, et des effets miraculeux qu'ils lui attribuent, n'auraient pas, pour soutenir leurs opinions, recours à d'autres systèmes spécieux, tels les inductions qu'on pourroit tirer de l'extrême divisibilité de la matière? Prétendraient-ils que la matière fût susceptible de devenir aussi tenue, aussi rare, aussi subtile que la pensée , que la volonté , que l'âme même? Admettant la matière arrivée à ce haut degré de ténuité, voudraient-ils être autorisés , d'un côté , à spiritualiser la matière , et, de l'autre, à matérialiser Y esprit? Supposeraient-ils , d'après cette hypothèse , que l'esprit et la matière , confondus, unis, et devenus en quelque sorte de*

même nature , pourraient, en vertu de cette homogénéité , exercer réciproquement une action l'un sur l'autre? Voilà, si je ne me trompe , un beau système , mais qui, bien certainement, est entaché de matérialisme. Toutefois , si telle étoit l'opinion nécessaire de ceux qui croyent à un fluide invisible , dont les êtres animés seraient tous doués à des degrés d'intensité plus ou moins grands, avec la propriété, par un seul acte de la volonté, d'agir sur d'autres corps vivans, sans contact, sans l'intervention des sens ni de l'imagination , alors ceux qui adopteraient une doctrine aussi hardie, mériteraient d'être soupçonnés de penser comme les matérialistes grecs Leucippe (i), Démocrite (2) et Epicure (3), qui disaient que l'âme était

(1) Leucippe , né en Thrace, célèbre philosophe grec, disciple de Zénou, vivait 4z8 ans avant J.-C. ; il inventa , le premier, le fameux système des atomes et du vide «développé ensuite par Démocrite et Epicure,

(2) Démocrite, né à Abdère dans la Thrace , l'an 362 avant J.-C. ; il fut disciple de Leucippe, et mourut âgé de 109 ans.

(3) Epicure , né dans l'Attique, l'an 342 avant J.-C. ; mort âgé de 72 ans*

composée d'atomes de matière ; ou comme Spinosa (i), matérialiste moderne, qui ne reconnaissait que la matière , lui attribuait la propriété de connaître et dépenser, et admettait des sensations dans certaines portions de matière dûment organisées. Cependant mon intention n'est pas de soutenir des allégations aussi odieuses ; je suis d'ailleurs trop persuadé qu'aucun de ceux contre lesquels je semble les diriger, ait prévu les conséquences qui découlent naturellement de leurs prétentions. Je ne me porte pas accusateur. Locke (2), qui , avec toute sa sagesse, ne démontre rien et doute de tout, a bien eu la hardiesse de dire : Qui sait si Dieu ri a pas pu rendre la matière pensante?

Sans pousser plus loin un reproche qui

(1) Spinosa , savant philosophe, né à Amsterdam en i632, mort en 1677 ; fils d'un juif portugais. Il soutint ouvertement l'athéisme, qu'il réduisit en système.

(2) Loche (Jean ) , né près Bristol en i632 ; un des plus profonds méditatifs que l'Angleterre ait produits; auteur de plusieurs ouvrages , et entre autres de son beau Traité d* l* Entendement humain*

(66) îrest pas sérieux de ma part , je répéterai que les partisans de l'aimant animal ne donnent pour preuves de son existence que des faits observés par eux seuls. Ces faits sont , il est vrai , appuyés de témoignages imposans. Une foule de personnages d'un mérite distingué , d'une probité reconnue , et incapables de vouloir en imposer, les attestent , disent en avoir été souvent témoins, et les avoir produits eux-mêmes par la pratique des procédés du Magnétisme animal : ils en sont tous si persuadés , que quelques - uns blâment sérieusement celui qui ose en douter et demande à voir pour croire. Ils vont jusqu'à le taxer de manquer , par ses dénégations , aux égards et à la civilité. Les témoignages dont je viens de parler sont bien respectables sans doute j mais en ce qui concerne les sciences, celui qui voudrait prouver un système nouveau , ou justifier une opinion contestée , ne pourrait être admis à se retrancher à l'abri des convenances de société. Il est vrai que la politesse nous impose la loi

de nous abstenir de nier les faits les plus incroyables , devant les personnes qui les racontent en les certifiant , et de pousser la courtoisie jusqu'à paraître y ajouter foi par un silence poli, susceptible d'être interprêté comme une approbation tacite. Tels sont les procédés que j'ai bien souvent mis en pratique.

Il nen est pas de même , lorsqu'il s'agit d'entrer dans une discussion sérieuse, faite de vive voix ou par écrit, sur un point de science contesté : alors la vérité doit l'emporter sur toute autre considération, et nul ne peut exiger qu'on le croie sur parole. Il en est de même pour des faits invraisemblables et pour des expériences rigoureuses, sur-tout lorsque les personnes intéressées à les prouver avouent l'impossibilité de les reproduire à volonté.

Il n'est que trop d'exemples , dans l'histoire des sciences, qui prouvent que des hommes de génie et profonds dans plusieurs autres connaissances humaines , se soient laissés cependant séduire par des illusions , jusqu'à soutenir avec entêtement

(68) de faux systèmes «t des opinions erro* fcées. Pourquoi donc, en attendant des faits décisifs sûr le Magnétisme animal , ne serait- il pas permis , sans manquer à la politesse , de soupçonner aussi l'effet de J'influence des illusions sur l'imagination des partisans de l'aimant animal? Cette influence ne serait-elle pas aussi un fluide ? Je suis, dans ce sens, disposé à croire à tous les fluides possibles. Je rends également hommage au système du fluide universel, qui offre des idées sublimes déjà adoptées par des hommes de mérite. Encore est-il vrai que le Magnétisme n'est pas assez éclairé du flambeau de l'expérience , pour se guider avec sûreté dans le vaste empire des hypothèses.

,- Après avoir discuté les prétentions <les partisans de l'aimant animal, je passe à l'opinion de ceux qui ne veulent pas en admettre la réalité. Les Philosophes et les Savans, en général, reconnaissent aussi des phénomènes les plus extraordinaires de physiologie et de psycologie; mais ils les attribuent au pouvoir immense de l'ima-

(69) gination, par conséquent aux lois de la nature, jusque présent connues. En effet, ce qui parle aux sens et remue l'imagination, tel que le bruit, les émanations et tous les objets qui se présentent à notre vue, produisent des sensations sur les corps vivans. Les sortilèges sont les rêves d'un esprit blessé , et la magie ouvre un champ libre aux écarts de l'imagination. L'attirail de cette magie consiste dans les charmes, les enchantemens, les talismans et lesamulettes. Je placerai dans la même catégorie les arbres, les baquets, et l'eau, magnétisés, et tous les autres objets, comme anneaux, mouchoirs, billets de papier blanc ou écrit, etc. , auxquels des somnambules ou des magnétiseurs prétendent, au moyen de certains gestes de la main, infuser une vertu particulière, un fluide enfin qu'ils appellent magnétique, qui émane de leur propre corps, et qui est susceptible de se modifier suivant la volonté. Cette modification à volonté est véritablement un nouveau, miracle. Les magnétiseurs en sont prodigues comme on* voit. Ils paraissent ne pas en sentir

les conséquences. Il en est de même «les reliques de personnages non canonisés. Les autres causes qui agissent sur nos sens et qui ont produit tant d'illusions dans l'imagination des partisans de T aimant animal, sont la sympathie et l'antipathie, qui, si souvent, produisent des effets subits et surprenans entre deux êtres qui se voient pour la première fois, L'amour, l'amitié et la haine en sont l'expression. C'est dans ces deux sentimens i la sympathie et l'antipathie , que se trouve le principe du bien et du mal qu'un corps vivant peut produire sur un autre corps vivant , par la seule influence réciproque que le pouvoir de l'imagination met en jeu entre les êtres animés. L'homme doué d'une plus grande force de volonté et d'un plus grand courage, en impose à son ennemi par un coup-d'œil, par un attitude fière et menaçante, et sa présence seule semble enchaîner toutes les facultés de son adversaire. Les animaux carnassiers commandés par un véhément appétit, arrêtent leur proie et la frappent de terreur par un regard fixe. La perdrix ne peut plus s'envo-

(7« ) 1er , le lièvre perd l'usage de ses jambes, et le crapaud agité de mouvemens convulsifs par la vue d'un reptile f arrive , comme malgré lui, jusques dans la gueule du serpent qui , immobile , mais l'œil étincelant, l'attend pour le dévorer. Le crapaud lui-même , à son tour, par un regard affreux, fait tomber l'homme en syncope. J'ai connu dans la Suisse, en 1811, un prêtre à qui cela est arrivé. Un médecin du pays m'a certifié le fait; il l'a fait imprimer dans un ouvrage dont il m'a fait présent et que je possède. Que d'exemples encore de personnes nerveuses et délicates, qui tombent en crise , ou se trouvent mal, à la vue d'une araignée, d'une souris, etc. etc.! On pourrait pousser plus loin un exposé d'effets d'imagination de ce genre; mais il suffit de convenir qu'on entend par Magnétisme animal l'action réciproque que tout être animé en général exerce sur un autre être animé par le moyen des sensations que les sens qui constituent l'organisation des corps vivans reçoivent, pour les transmettre

à l'imagination. Cette action a lieu chez les hommes entre eux, ou bien entre les animaux seulement, ou enfin entre les hommes et les animaux, S'il est démontré que cette action réciproque s'opère par l'imagination , ainsi qu'on vient de l'expliquer , il est alors entièrement inutile de recourir à un fluide idéal qui sortirait du bout de nos doigts, et dont on n'a jamais pu donner de preuves évidentes. Un pareil système nous entraînerait , comme malgré nous , à admettre des croyances aussi absurdes qu'elles sont erronées. C'est en écoutant la raison qu'il sera moins difficile de comprendre comment un homme doué d'une grande puissance de caractère, d'une grande force de volonté , peut commander impérieusement, renverser tous les obstacles, et soumettre toutes les autres volontés par la supériorité de son génie. C'est dans ce sens qu'on pourrait dire mens agitât molem; car c'est véritablement l'esprit, l'âme et l'imagination, qui remuent la matière, sans contact , mais en commandant à d'autres

(73) êtres vivans de se mouvoir, d'agir et d'obéir àèl'impuIsion que nous leur donnons par un acte matériel de notre volonté. Il en est de même chez les animaux auxquels la nature a imprimé ce caractère de violence indomptable. C'est alors que l'animal féroce, instruit par son instinct, frappe de terreur et rend immobile, par un regard foudroyant , et à des distances plus ou moins grandes , la proie vivante qu'il a fixée, et qui, à l'instant, perdant pour ainsi dire toutes ses facultés, se soumet sans résistance à son vainqueur et lui sert de pâture. De tels effets, incontestablement naturels, ne sont -ils pas bien élonnans? ne donnent - ils pas la clé ou l'explication des charmes , des enchantemens , des sortilèges , des obsessions , des maléfices et de toutes les sorcelleries de la magie , dont la superstition et l'ignorance se sont de tout temps emparés pour les transformer en miracles d'un ordre surnaturel ? Les causes dont je viens de parler ne sont pas sans doute les seules qui dans la nature ne cessent de produire des phénomènes

physiologiques et psycologiques , et en présentent des effets variés et multipliés à Tin fini.

Je dois également faire mention de quelques effets singuliers d'émanations animales dans la Gymnote et dans la Torpille (i) , ainsi que dans certaines espèces d'insectes du genre des Charansons et des Coccinelles (2). Quelques magnétiseurs en

(1) Les espèces de la torpille , sorle de poisson , sont assez nombreuses. La torpille donne de l'engourdissement à celui cjni la touche , soit immédiatement, soit avec un bâton , ce que les physiciens attribuent à une sorte d'électricité:

ha gymnote, ou anguille tremblante de Surinam, parvient jusqu'à 5 pieds de long. Elle peut tuer à distance des poissons, et même des hommes qui se baignent, en dirigeant sur eux sa décharge électrique qui, ainsi que dans la torpille, agit par une action nerveuse qui tient à l'organisation de ces poissons.

Ces différens effets extraordinaires se trouvent rapportés en détail dans plusieurs ouvrages publiés par des naturalistes les plus habiles, et le Docteur Virey, savant médecin , en a rendu compte dans le Dictionnaire des Sciences médicales , à l'art. Magnétisme animal , T. 29, p. 524 et 525.

(2) Les charansons et les coccinelles sont des insectes coléoptères.

Un professeur de mathématiques, à Pise, le docteur Ranïet i Gerbi, publia à Florence, en 1 794, un Mémoire sur

( 75 ) ont à tort voulu tirer des inductions favorables au système du fluide magnétique

un insecte du genre des charansons , qui se trouve sur les chardons. Il lui donne le nom de anti odontalgicus , parce qu'en écrasant entre les doigts une douzaine de ces insectes, et les tenant jusqu'à ce que l'humidité en soit évaporée , les doigts s'imprégneront, selon cet auteur, pendant plus d'un an, de la vertu singulière d'apaisersur-le-champ la douleur que cause une dent cariée , en la touchant seulement plus ou moins de fois, et pendant quelques minutes. Si la douleur revient, il faut faire plusieurs attouchemens.

D'autres médecins italiens crurent reconnoitre les mêmes vertus a des charansons d'autres espèces, savoir , le charanson du Bouleau et celui de la Jacée , ainsi qu'à des insectes de plusieurs autres genres, tels que des scarabées. Ces médecins sont les docteurs Comparini, Cipriani et Zuc~ cagni.

Le docteur Carradori et le dentiste Hirsch, attachés à la cour de Weimar, accordèrent aussi la même propriété à différens coléoptères, pour produire le même effet, et entre autres à l'insecte nommé coccinella septem-punclata.

Le docteur Chaumeton , savant médecin, et l'un des collaborateurs du Dictionnaire des Sciences médicales , dans son article du Charanson, tom. IV, p. 53g , remarque que cette vertu des insectes est tout- à-fait illusoire. D'ailleurs , si des épreuves accompagnées de succès avaient pu accréditer une pareille opinion , on doit croire que l'imagination et la confiance y ont joué le principal rôle , de même que la crainte de l'instrument du dentiste , quelquefois , enlève sur-le champ une cruelle rage de dent.

( 7<S ) animal. Les notes ci - jointes mettront le lecteur à portée d'en juger par luimême.

Les enthousiastes du Magnétisme animal ne peuvent donc pas ou ne veulent pas comprendre que les procédés du Magnétisme tendent tous à émouvoir l'imagination des magnétisés. Ce n'est pas le fluide qui s'échappe du bout des doigts , qui produit le sommeil magnétique ; mais c'est le regard fixe du magnétiseur, qui fatigue et endort la personne sur laquelle il veut exercer une action ; il y ajoute des gestes ou passes , qui souvent effrayent, ou au moins causent une vive émotion , et doivent paraître bien extraordinaires à ceux qui y sont soumis pour la première fois. S'il en résulte un sommeil appelé magnétique , c'est un fait bien naturel qui se reproduit souvent , et que personne ne conteste. Jusque-là il n'est pas nécessaire de supposer une émission de fluide matériel qui s'échapperait d'un magnétiseur pour porter à distance des sensations dans le corps des per» sonnes qu'ils prétendent magnétiser à leur

(77) insu ? ou les faire agir par un acte mental.

Mais voici un autre miracle. Le magnétiseur prétend pouvoir agir, au moyen de son fluide, sur le somnambule bien endormi 3 ayant les yeux collés. Il vous dira : Je puis à volonté commander à ce somnambule , le faire mouvoir, marcher et agir : il me suffit de vouloir et d'étendre la main sans bruit ? et le charme opère. Cette expérience que je cite entre beaucoup d'autres > est bien simple et facile à vérifier. Cependant jusqu'à présent aucun magnétiseur n'a pu jamais la produire devant des hommes sans préjugés. J'ai assisté souvent à de pareilles expériences ; mais la manière dont elles ont toujours été exécutées ne m'a laissé qu'un souvenir de pitié. Si on voulait exiger de mettre un bandeau sur les yeux du somnambule , cette proposition étoit toujours rejetée comme désobligeante et impolie. Jamais les enthousiastes de l'aimant animal n'ont voulu se soumettre à une méthode expérimentale ? et jusqu'au mot expérience leur

( ?8 ) inspire de la répugnance; ils vont jusqu'à proclamer dans leurs discours et dans leurs ouvrages imprimés qu^il faut avoir la foi magnétique pour voir, pour croire et pour opérer les miracles magnétiques. Ils invoquent le témoignage des vrais croyans qui , d'ailleurs, sont en bien petit nombre, comparativement à la majorité des incrédules.Le calcul en serait effrayant, si l'on plaçait d'un côté le petit troupeau des adeptes du Magnétisme animal , et de l'autre tous les Philosophes , tous les Savans , tous les Physio^gistes , et enfin tous le* gens instruits, qui ne peuvent s'empêcher de vouer au ridicule les miracles non prouvés- du Magnétisme animal. On doit y joindre une classe d'hommes qui croient aux revenans , et pensent que des Esprits peuvent revenir de l'autre monde avec le pouvoir de jouer sur terre un rôle matériel , et de se permettre une infinité d'espiègleries pour effrayer et tourmenter les humains ; par exemple , de tirer pendant la nuit les rideaux d'un lit, de traîner de grosses chaînes de fer dans les greniers , etc. Une partie de ceux qui

( 79 ) croyent aux revenans se placent donc dans les rangs ennemis contre les magnétiseurs thaumaturges : ils ont assurément bien mauvaise grâce. C'est peut-être par jalousie de métier, s'ils refusent aux magnétiseurs le droit de faire des miracles; mais tout est compensé; car parmi les croyans aux Esprits il en est aussi qui croyent aux prestiges magnétiques, qu'ils attribuent au démon. Ils s'en autorisent pour dénoncer les magnétiseurs comme sorciers et suppôts du diable, et les feraient charitablement rôtir, s'ils en avaient le pouvoir. Les magnétiseurs , au contraire , loin de s'en fâcher , font leur profit de cette accusation, qu'ils mettent au nombre des preuves incontestables de leurs miracles magnétiques.

Il faut en convenir, les causes qui agissent et réagissent entre des êtres vivans , et qui en éprouvent réciproquement les effets , ont bien quelqu'analogie éloignée avec la manière dont l'aimant minéral exerce son action sur le fer. Sous ce point de vue , il ne répugnerait peut-être

pas de conserver la dénomination de Magnétisme animal , ainsi que je l'ai déjà dit , pour désigner les procédés qui mettent en jeu les causes dont nous venons de parler. Toutes ces causes servent à étendre le domaine de l'imagination , à corroborer son pouvoir^ mais non à prouver la réalité d'un aimant animal , qui exercerait une action réciproque entre des êtres vivans ? sans l'intervention des sens.

Quiconque douterait du pouvoir incalculable de l'imagination ? ignorerait jusqu'où s'étend son empire, en méconnaîtrait les effets surprenans , pourra s'en instruire dans une infinité d'excellens ouvrages publiés par les philosophes , les savans et par les plus habiles médecins. Qu'il ouvre le Dictionnaire des Sciences médicales , l'une des créations de l'esprit humain qui fait le plus d'honneur à la France, et qui , destinée à faire connaître les progrès de la science , lui a élevé un monument digne de l'état de splendeur dont brillent aujourd'hui toutes les connaissances humaines : il y verra la preuve de ce que

j'avance. Ceux qui n'ont fait aucunes études en physiologie , et qui osent s'ériger en juges sur cette matière , devraient lire et relire ce Dictionnaire à jamais célèbre. Ils y puiseraient au moins quelques notions les plus nécessaires pour rectifier leurs idées et se former le jugement. Je vais en citer un passage, qui proclame ce pouvoir étonnant de l'imagination. Il y est dit, tome xxiv , page i6: « S'il est dans notre système in tel» » lectuel une puissance admirable par son » éclat 3 son étrange mobilité, son énergie » pour disposer de toutes nos facultés , de » toutes nos passions , c'est sans contredit » l'imagination. Son empire est si étonnant, » qu'on l'a vue guérir sur-le-champ des ma- » lades aux portes du tombeau, et frapper » soudain de mort l'homme le plus furieux. » Elle opère, à proprement parler, de vrais » miracles > elle est la reine du système » nerveux , tant elle domine toutes les

» puissances de la sensibilité L'étude

» de l'imagination devient d'une si haute » importance pour le médecin comme » pour le philosophe , et cette faculté joue

(8, ) » un si vaste vole dans toutes les opéra- » tiops Je l'entendement humain, qu'il- est ». peut-être téméraire d'oser en retracer le » tableau. »

Tout magnétiseur accessible à la raison doit s'humiliera la vue de ce magnifique tableau, tracé de main de maître.

Oh! combien le système d'un fluide miraculeux , et non prouvé, se rapetisse ou plutôt s'anéantit devant la majesté Souveraine et incontestable de l'imagination ! Depuis trop long- temps ce prétendu fluide, repoussé par tous les savans, accueilli par l'ignorance et la crédulité, se traîne en redoutant la lumière , et s'efforce en vain de produire des titres controuvés. Les hommes sensés partisans du Magnétisme, réclament une réforme en France et en pays étranger. Ils sentent la nécessité d'en distinguer le système d'avec \àpratique. L'homme sans préjugés, qui est porté d'inclination à mettre en usage les procédés dits du Magnétisme animal, par un motif de charité ^ans la vue de faire le bien, de soulager so*- ?■ }?lab!e , au moral comme au physique, de

guérir les maladies; celui-là, dis-je , ne veut plus qu'on lui décerne ce titre ridicule de thaumaturge ( i ) ; à Dieu seul appartient la faculté de faire des miracles. Il n'est d'effets miraculeux que ceux que Dieu, qui est pur esprit, produit par sa volonté ; c^est de lui seul qu'on peut dire : mens agitât molem. Mais qu'un être vivant dont l'âme est enchaînée dans un corps , prétende remuer aussi la matière par un seul acte mental de sa volonté , n'est-ce pas un attentat contre la prérogative divine? Si des saints ont été délégués par la Divinité pour faire des miracles 5 cette croyance religieuse, qui exige nos respects et notre vénération, se trouverait froissée par la doctrine du Magnétisme animal. Les magnétiseurs^ qui s'arrogent le droit de faire des miracles sans prouver leur mission > sans vouloir f^'on examine les faits, ni qu'on

(1) Tr laairge, faiseur de miracles , mot tiré du grec Jsé de S-uvftcc (lhauma), merveille, miracle , et de Efjyffv ( ergori ) , ouvrage , et ipyttÇopcu (ergazomai), faire , opérer,

ks vérifie, qui exigent qu'on les croie sur parole , n'est-ce pas là une prétention démesurée, que ceux qui me liront pourront Qualifier comme ils le jugeront à ro os ? n° eW^ *""'

Les enthousiastes du système de I aimant

T HO HP 903IOI I9J *IUPi

animal vous disent : Croyez avant de voir ,

oïjsIsb $?£sten[ fil eb t .

ayez la foi au Magnétisme pour y croire *

et , vous présentant des miracles, ils vous ordonnent d'y ajouter foi d'après le témoignage de ceux qui ont voué une croyance aveugle au Magnétisme., Si vous leur ri *mandez des preuves , ils vous répondent • Pratiquez vous-même le Magnétisme , persuadez-vous bien que vous pouvez faire des miracles , et vous les opérerez. On engage à faire des expériences soumise une méthode , on leur demande la permis sion d'assister à leurs opérations miraculeuses? Ils vous signifient que les expériences sont impossibles, qu'ils doivent s'y refuser, et ils s'enfont un cas de conscience. L'incrédulité, disent-ils, et jusqu'au doute, ou une simple hésitation , fait manquer les miracles magnétiques. Ils vont

( 85 ) plus loin , ils vous disent que c'est par l'ignorance , et non parla science, qu'on peut prouver ces miracles et répandre la lumière sur les phénomènes du Magnétisme animal. Si on insiste et qu'on ose encore douter de la réalité de leurs miracles, si on leur témoigne qu'on n'est pas convaincu de la justesse de leurs raisonnemens, ils vous accablent de leur indignation et vous reproclient de manquer aux convenances. Peut-on voir des symptômes plus marqués de superstition et de fana-

tisme !

Toutes les allégations dont je viens de

faire un exposé fidèle, sont tirées des ou-

*ages imprimés de ceux qui soutiennent

i plus imperturbablement le pouvoir oc-

ulte et miraculeux de l'aimant animal ; je

pourrais les appuyer de citations précises.

D'autres se sont déjà en partie acquittés

de cette tâche; mais les bornes de cet écrit

ne me permettent pas , quant à présent;

d'entrer dans de plus grands détails.

Je dois ici prévenir que l'incrédulité de ceux qui refusent leur croyance aux opéra-

(86) tions des magnétiseurs thaumaturges, ne porte que sur les miracles magnétiques 9 et non sur les autres phénomènes bien assez extraordinaires de physiologie et de psyco* logie que les magnétiseurs peuvent également opérer, et qui dérivent de l'imagination. Cette distinction est nécessaire pour prévenir les reproches non fondés que les docteurs du dogme de l'aimant animal ne cessent de reproduire en accusant leurs adversaires de nier des faits incontestés. On ne cessera aussi de leur répéter qu'on ne veut pas nier les phénomènes , mais seulement les miracles magnétiques , pour lesquels on demande des preuves si constamment refusées par l'impassibilité de les administrer. Les partisans du Magnétisme animal devraient cependant montrer plus de reconnaissance pour les concessions qui leur ont été faites à ce sujet. Ils doivent s'apercevoir que les physiologistes s'accordent aujourd'hui à convenir des effets manifestes de communications par enthousiasme , par séduction, par imitation, ainsi que des guérisons étonnantes opérées

(«7 ) par les procédés du Magnétisme. Loin de nier ces effets , tous les savans les avouent; ils ont en quelque sorte , pour interprète , un médecin érudit(T), n-on moins illustre par son beau talent comme écrivain ^ que par ses connaissances profondes en physiologie. Ce savant éclairé a pris à tâche de rechercher scrupuleusement tous les faits magnétiques qu'il attribue à l'imagination , et d'en offrir de fortes et de nouvelles preuves 3 qu'aucun magnétiseur n'avait songé à présenter. Il les a décrits avec une rare sagacité et avec une érudition qui semble l'emporter sur les écrivains dévoués à la défense du système del'aimant animal 5 et pourrait à juste titre leur inspirer une sorte de jalousie. Ce physiologiste a soin de faire remarquer que ces phénomènes ont été observés de tout temps, sans qu'on y ait supposé l'intervention d'un fluide de V aimant animal que les M^g^étistes (2) ,

(1) M. le docteur Virey , médecin de la Faculté de Paris, l'un des savans collaborateurs du Dictionnaire des Sciences médicales.

(2) Magnétiste. Ce substantif des àeux genres servira à dénommer celui qui est persuadé de la réalité du fluide de

( qu'on me permette la création de ce nouveau mot qui Réchappe a V instant de ma plume , dont je continuerai à faire usage , et qui sera peut-être adopté) ? que les magnétistes, dis-je , nomment aussi le fluide de la volonté. Ils accordent à ce fluide une propriété particulière; celle de donner àcelui qui en est doué à un degré plus ou moins éminent, la faculté de pouvoir , avec la main , avec le doigt 7 ou seulement avec la volonté 5 par un simple acte mental? faire agir r marcher , prendre un objet quelconque à un somnambule magnétique , aussi facilement et plus vite peut-être ^ quon ne le ferait exécuter parle commandement de la voix. Les expressions que je viens de citer sont textuellement tirées de plusieurs ouvrages imprimés et publiés par différens Magnétistes.

Le célèbre médecin que j'ai désigné plus

l'aimant animal et de ses effets extraordinaires. Cette expression semble nécessaire pour éviter une périphrase toutes les fois qu'on veut désigner un partisan du système du Magnétisme animal. Le mot de Magnétiseur désigne plus généralement celui qui met en pratique les procédés du Magnétisme.

Iiaut ne se fait pas scrupule d'employer le mot de Magnétisme pour en indiquer les procédés et la pratique ? mais non le système. Voici comme il s'exprime dans le Dictionnaire des Sciences médicales , -tom. xxix, pag. 528 : 11 n'est pas étonnant que le Magnétisme ? dans là plupart des Névroses ' (i) , ait offert des cures éclatantes , car il agit éminemment sur le système nerveux : mais, ainsi que tous les auteurs savans ? il ne se dissimule pas toute la difficulté qui existe pour juger l'action que les systèmes nerveux de deux individus différens peuvent exercer l'un sur l'autre, et pour distinguer l'effet de l'imagination de la personne mise en expérience ? d'avec l'effet physique produit par l'imagination de la personne qui agit sur elle. C'est sans doute pour trancher la difficulté, s'épargner des raisonnemens , et se dispenser de produire des preuves admissibles , que les docteurs

(i) Névrose, terme de médecine. Il signifie classe des maladies nerveuses. Ce mot est tiré ilu grec ve*f>ov ( neuronne ), nerf.

( 9° ) Mystagogues (i),du dogme de F aimant animal, admettent sans difficulté des miracles magnétiques produits par un fluide idéal ? de l'existence duquel nos sens ne peuvent offrir aucun témoignage. On est donc en droit de dire que si les magnétistes ne veulent pas se soumettre au jugement des hommes sans préjugés , s'ils ne peuvent produire un seul fait palpable et évident pour toutes les intelligences , s'ils se refusent à toute méthode expérimentale dans la crainte de ne pouvoir s'en tirer avec honneur; s'ils se plaisent enfin à en imposer aux crédules et aux esprits faibles par des récits défaits miraculeux, invraisemblables et inexplicables 5 il est alors bien permis de penser qu'ils sont la dupe de leurs illusions et qu'ils se méprennent sur les causes auxquelles ils attribuent les phénomènes qu'ils produisent eux-mêmes. On pourrait du moins leur reprocher une tendance bien

(2) Mjstagogue , s. m., celui qui iuilie aux mystères d'un culte. Des mots grecs ^«W ( mystis ) , initié , et

àyxyoç ( ogôgos ) , guide } conducteur t dérivé de ôiya ( ago )} conduire.

marquée à créer une espèce de religion magnétique , et de vouloir l'organiser comme toutes les autres croyances religieuses; tout semble du moins l'annoncer. Déjà ils ont adopté des dogmes ; ils exigent une foi vive et aveugle, ils aiment le mystère, ils ont leurs révélations > ils ont des miracles ; ils prétendent à l'infaillibilité en voulant être crus sur parole. Il ne leur manque plus que d'établir une Grande-maîtrise, pour donner un clief à la secte des Magnétistes.

Il est donc urgent de considérer le Magnétisme sous deux points de vue : i° sous les rapports du système; 2° sous les rapports de la pratique. Que les magnétistes forment une secte , s'ils le jugent à propos ; mais il faut que les magnétiseurs sans préjugés , qui veulent se dévouer à la pratique du Magnétisme, ne soient plus confondus avec ceux qui soumettent leur raison à un dogme dont ils font un article de foi. Il faut que tout amateur de Magnétisme n'ait plus à rougir dans le monde en avouant l'intérêt qu'il prend à la pratique des procédés magnétiques. Ne suis-je pas souvent

témoin que des médecins , que des hommes instruits , que des personnages jouissant , dans la société , d'une grande considération • craignent de se donner un ridicule en paraissant s'occuper de magnétisme.

Je les ai entendus dire formellement :

Nous en reconnaissons les effets * mais il ne nous convient pas d être rangés au nombre de ceux qui adoptent un système non encore démontré , toujours contesté , qui dans les conversations est une source intarissable de plaisanteries, et qui enfin est repoussé par tous les Philosophes y par tous lesSavans, par tous les Physiologistes et les Médecins les plus habiles. Que d'Ecrivains, aussi, qui s'occupent de recueillir des faits tant anciens que modernes , qui présentent à ce sujet des réflexions et des observations les plus judicieuses, et qui y en les publiant , ont grand soin de garder l'anonyme , par modestie il est vrai , mais encore plus par la crainte de partager le ridicule dont le Magnétisme sera toujours frappé, tant que les partisans raisonnables de cette science seront confondus a\rec les

(93) enthousiastes du système de l'aimant animal et avec les magnétiseurs thaumaturges!

C'est par la même raison que la Société du Magnétisme animal à Paris se traîne depuis long-temps languissante; les membres qui la composent la désertent tous les jours : elle est aujourd'hui pour ainsi dire abandonnée, et presque anéantie. C'est là ou Ta conduit l'esprit d'intolérance qui s'y est introduit. Toutes les discussions contraires au système électro-magnétique animal y sont interdites : celui qui aurait osé y montrer des doutes sur ce dogme , et prononcer seulement le mot Im agination, aurait été regardé comme un hérétique. Les écrits soumis à la Société pour en être publiés, obtenaient facilement leur admission lorsqu'ils étaient conformes au système adopté. Quelques-uns ont été remaniés , repétris , pour les faire arriver à la hauteur de la doctrine orthodoxe. Si de nouveaux membres ont été admis sans avoir fait preuve d'un dévouaient sans bornes au dogme par excellence, leur admission faisait gémir le vrai croyant. La Bibliothèque périodique , que publiait cette Société, a par-

(94) tagé la même infortune. Ce n'est qu'avec de pénibles efforts et des retards multipliés qu'elle est parvenue à faire paraître depuis peu un dernier numéro qui correspond au mois de septembre i8rg. Cette marche vacillante , ou plutôt rétrograde , offre un contraste frappant avec les progrès sensibles que la pratique des procédés du Magnétisme fait tous les jours tant en France qu'en pays étrangers. Il est temps de débarrasser la Science magnétique des entraves qui en arrêtent le développement : il faut enfin réconcilier cette science avec le bon sens et ne plus la soustraire aux lois de la nature. Laissons aux magnétistes à renouveler des diatribes éternelles contre les médecins, contre les physiologistes et contre les philosophes ; laissons-les s'assimiler avec complaisance à ces hommes de génie qui ont été malheureusement persécutés pour des systèmes ingénieux ; pour des découvertes utiles qui > d'abord repoussés et combattus 7 ont été enfin adoptés par les savant. Les magnétistes espèrent en vain obtenir les mêmes honneurs. Il est temps

de tè( fuer des associations de magné-

tiseurs si de nouvelles bases , de former des Sociétés académiques composées de savans physiologistes et d'observateurs attentifs de la nature y pour en étudier les lois et y ramener les faits et les phénomènes de physiologie et de psycologie. Ces faits, dorénavant , seront soumis à la clairvoyance d'hommes instruits, sans préjugés, et guidés par des méthodes expérimentales. On sera bientôt convaincu de l'inutilité de supposer un aimant animal, ni un fluide pénétrant qui s'échapperait de la main d'un magnétiseur, et dont il est impossible de démontrer la réalité. Si les effets surprenans de psycologie et de physiologie curative peuvent s'opérer par le pouvoir de l'imagination en dérivant des lois de la nature, il sera alors absurde , pour les expliquer, de recourir à un fluide idéal et de lui attribuer des miracles surnaturels , qui n'existent que dans l'imagination d'hommes peu accoutumés à l'étude méthodique des sciences. Tl ne suffit pas de bien écrire pour soutenir e opinion erronée. Quand on part d'un

(96) faux principe, les grâces du slyl l'observation des règles de la logique d'école n'empêchent pas de déraisonner. De quoi s'agit-il? d'un système qui s'étaye de faits miraculeux, invraisemblables , entièrement hors des lois de la nature. Quiconque soutient un pareil système s'impose une grande et impérieuse obligation. Messieurs, leur dira*t-on , prouvez donc vos miracles et nousy croirons ; vous n'êtes pas infaillibles pour en être crus sur parole. Pourquoi prétenâez-vous que la foi au Magnétisme est nécessaire au préalable pour être dans cet état de grâce si nécessaire , dites-vous , pour parvenir aux jouissances ineffables réservées aux vrais croyans. Ce serait là une manière bien commode de raisonner , afin d'être dispensé de se soumettre à des expériences rigoureuses et de présenter des preu» ves admissibles qu'on a droit d'exiger : vous soutenez enfin que ces miracles ne peuvent se reproduire à volonté , sur-tout en présence des incrédules , fussent-ils de bonne foi , et qui veulent voir pour croire. Ne serait-il pas possible que des illusions aient

(97) pu vous séduire? Vous avouez que, pour magnétiser j il faut, avant tout, se mettre bien en rapport avec la personne sur laquelle on veut exercer une influence, et exciter en elle une sensibilité physique. Faites donc attention que par là vous mettez en jeu votre influence au moyen de plusieurs procédés T d'attouchemens , de frottemens , d'insufflations à chaud, cl 'intuitions , de paroles, de gestes et de passes , à diverses distances du corps ; et vous ne voulez pas voir que ce rapport 3 cette harmonie, s'établissent par l'intervention des sens et par l'imagination. Convenez-en donc , rien ici ne manifeste la présence de votre fluide. Un magnétiseur, par exemple, avec une attitude imposante , la figure animée, le regard fixe, étend avec assurance la main vers un être malade , dont Pesprit est affaibli par les souffrances ; et après s'être emparé de son imagination , il lui fait éprouver des crises et l'endort profondément. N'est-ce pas là agir sur un être faible par le sens de la vue? Ce magnétiseur présente ensuite une lettre devant

(98) les yeux du somnambule , ou la lui applique sur l'épigastre (i) ; il lui en demande le contenu 5 et, par ses questions, il réveille dans l'âme du crisiaque des circonstances et des antécédens sur la personne qui a écrit la lettre , et dont le somnambule aura entendu pailer, avec laquelle souvent il a eu des habitudes ; il arrive quelquefois, mais toujours rarement , que le somnambule dévoile jusqu'à un certain point , mais d'une manière vague , le sens de cette lettre 5 et tous les assistans de s'écrier aus sitôt : Miracle ! miracle ! L'exclamation lieu sur-tout si le phénomène concerne une personne absente et éloignée à des dis lances plus ou moins grandes , même auctslà des mers. N'est-ce pas là des effets de l'imagination produits par le sens de Fouie? Lorsqu'on présente cette lettre ou un livre ouverts devant les yeux du somnambule , sans la précaution de lui mettre un ban-

( i) Epigastre , partie supérieure du bas-venti p ; composé des mots grecs ttr) (épi), sur , et de yaa-rvf ( gastir ) , \ ventre»

deau sur les yeux , celui-ci entr'ouvre imperceptiblement les paupières , il nomme les lettres , il épèle les mots , il lit trèsdifficilement , et c'est ce que j'ai vérifié par moi-même : je ne vois là qu'une opération pénible par le sens de la vue. Les commotions dans l'air jouent encore un grand rôLe dans certains faits et produisent d'autres illusions: les émanations éveillent l'odorat, la chaleur ou le froid éveille le sens du toucher, qui est répandu sur toute la surace du corps; le bruit éveille le sens de ouïe. J'ai vu des somnambules interrogés sur le nombre et le nom des personnes présentes, répondre quelquefois d'une manière à-peu-près juste. Est-ce là un fait miraculeux produit par le fluide magnétique sorti du bout de vos doigts? Dites plutôt que le sens de l'ouïe a donné des notions suffisantes pour opérer ce prodige, et il n'est pas rare de voir, dans la société , des aveugles en faire autant. Les observations sommaires que je viens de présenter suffisent pour mettre sur la voie de prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter les

( ioo ) illusions que peuvent produire les phénomènes remarquables dont on serait témoin ? et qui souvent s'ont très -exagérés dans les récits qu'on en fait. Combien de méprises , combien d'absurdités de la part des somnambules , et que la plupart des magnétiseurs complaisans ont grand soin de taire, dans la crainte de faire tort au Magnétisme animal! Quoi qu'il en soit , n'est-il pas évident que les sens d'un somnambule, clans son état de crise, sont d'une "susceptibilité extrême , et qu'ils reçoivent des sensations d'une finesse dont il est difficile de se faire une idée? Pourquoi donc supposer un fluide occulte là ou l'imagination fait tout par le moyen des sens, qui lui rendent un compte si fidèle de toutes les idées qui se transmettent réciproquement ^ntre des êtres vivans?

Il faut donc en convenir , tcut le secret des magnétiseurs consiste à maîtriser l'imagination de cerx qu'ils veulent magnétiser} c'est ce qu'on appelle se mettre en rapport. Une partie des procédés mis en usage pour y parvenir sont de placer pied contre pied,

genou contre genou , main dans la main ; le magnétiseur prend 9 ainsi que je Pai déjà dit , un air grave , sérieux , concentré , l'œil fixe , quelques questions entrecoupées ou un silence affecté , des passes à distances ou des attouchemens, ou des frottemens sur les différentes parties du corps, suivant qu'il le juge à propos ; il applique les doigts sur les yeux , il pose la main sur le front ou sur l'estomac, puis des insufflations à chaud immédiatement sur la peau ou à travers un mouchoir, etc. , ét& Or, je demande si de pareils procédés mis en œuvre entre personnes de différents sexes , qui souvent se voient pour la première fois , ne doivent pas produire une grande émotion, quelquefois une espèce de frayeur , et enfin une vive impression sur l'imagination... Qu'on se figure un malade fortement affecté par le danger vit; ou imaginaire de sa maladie , ou par la crainte de la mort : c'est alors que cet être affaibli au moral et au physique est merveilleusement disposé à croire celui qui anponce avec un ton d'assurance qu'il veut

guérir la maladie et qu'il en a le pouvoir. De l'emploi de pareils procédés il résulte ordinairement des spasmes, des crises, des convulsions et quelquefois un sommeil plus ou moins profond , appelé magnétique. Le magnétiseur habile sait tout prévoir : il sait apaiser les convulsions , il prétend en prévenir le retour ; il parvient à persuader son patient ; il le questionne et le met enfin sur la voie de développer cette faculté instinctive dont tous les hommes sont doués à différens degrés , mais plus éminemment dans l'état surprenant de somnambulisme.

On peut encore admettre que si les magnétiseurs doivent se défier de l'enthousiasme pour observer plus sainement les phénomènes et se préserver de la manie d'en faire des récits exagérés, qui semblent flatter l'amour-propre , ils peuvent au contraire se livrer à toute leur exaltation, afin d'obtenir plus de succès dans la pratique des procédés du Magnétisme. Ici je laisse à tout homme qui raisonne, qui n'a aucun préjugé , qui ne s'est laissé asservir par aucun système, par aucune croyance , je lui laisse ,

( io3 ) dis— je , à juger par lui-même si les effets dont je viens deprésenter'une esquisse sont produits par un fluide électro-magnétique sorti du bout des doigts des magnétiseurs y ou s'ils ne sont pas plutôt la conséquence nécessaire des fortes émotions que reçoit l'imagination de la personne magnétisée.

Je ne prétends attaquer le Magnétisme animal que sous les rapports du système ; mais je le soutiens sous les rapports de la pratique , et celte pratique , bien dirigée , pourrait offrir, à beaucoup d'égards, un but d'utilité incontestable. Je ne veux en écarter que les théories fausses , les faitis exagérés et invraisemblables qui présentent un aspect merveilleux et surnaturel, qui les rendent absurdes. Je ne m/occuperai pas ici des abus et des dangers qu'on pourrait reprocher à la pratique du Magnétisme. Il y en a sans doute ; et de quoi ne peut-on pas abuser ? Mais la science du magnétiseur consistera à les éviter > à les prévenir. J'ai essayé de traiter cet objet dans un article séparé que je publierai par la suite.

( io4)

Nous verrons si parmi les partisans dufluide miraculeux de l'aimant animal , il s'en présentera quelques-uns qui persisteront à s'engager dans des défilés dangereux pour leur logique , sans calculer s'ils pourraient sortir avec honneur de la discussion. Ils sentiront s'il ne serait pas préférable de faire un pas rétrograde et abandonner la fausse position dans laquelle ils reslent perpétuellement foudroyés par la désapprobation formelle de tous les sa^ans et de tous les physiologistes les plus habiles, et continuellement exposés aux dérisions des gens du monde. Le Magnétisme ne doit le plus grand nombre de ses partisans qu'à la pratique des procédés magnétiques qui produisent des phénomènes et des guérisons étonnantes 3 et excitent vivement l'intérêt et la curiosité du public ; le système magnétique ? au contraire y repoussé dès sa naissance par tous les hommes éclairés , s'est toujours trouvé en butte à une opposition constante ? qui toujours a été en croissant : en effet ? les objections sérieuses qui lui ont été faites sont restées sans ré-

( io5)

ponses satisfaisantes. Pour s'en convaincre, il suffît d'examiner avec attention les écrits des défenseurs du Magnétisme animal ; on y verra qu'ils ont recours à de vaines subtilités pour éluder de répondre aux difficultés sérieuses qui leur ont été présentées 'y continuellement hors de la question j ils donnent comme preuves ce qui est contesté ; ils se perdent dans le vague de raisonnemens sans force qui ne portent aucun caractère de conviction , et ne persuadent que des hommes ignorans en physiologie^ ou ceux qui sont disposés à la crédulité. Le seul argument qui leur a paru victorieux, et dont ils ont tiré un grand parti , est le reproche que souvent ils font à leurs adversaires, de nier la réalité des phénomènes magnétiques. Ce reproche a perdu toute sa force aujourd'hui : cependant les magnétistes le reproduisent sans cesse et comme par habitude.

On doit convenir que si les physiologistes reconnaissent plus généralement la réalité des phénomènes étonnans que peu-

( io6 } / vent produire les procèdes dès magnéti-

seurs, on en est eil quelque sorte redevable à la persistance des partisans du fluide de l'aimant animal. Le choc des opinions a engagé des hommes érudits à des recherches curieuses sur les phénomènes de psycologie et de physiologie curative , qui , de tout temps, se reproduisirent spontanément ou artificiellement , mais qui étaient pour ainsi dire méconnus et rebutés. Tous cesr faits merveilleux présentement ne sont plus rejetés; on sait les apprécier, et ils sont admis } mais en les dégageaut de l'exagération dont la crédulité et l'ignorance des lois de la nature les avaient défigurés. C'est aux lumières que les physiologistes modernes ont répandues sur ces phénomènes anciens et nouveaux , que nous sommes véritablement redevables des progrès sensibles de la pratique du Magnétisme depuis quelques années.

Les vérités , trop sévères peut-être, que je viens de proclamer contre le système de Y action électro-magnétique animaly

( I07 ) ont déjà été senties par plus d'un partisan de ce système. Un illustre magnétiseur (i), disciple de Mesmer, est de ce nombre.

J'ose le dire, sans craindre d'être désavoué , c'est lui qui a poussé le plus loin la perfection des procédés du Magnétisme. Il nous en a enseigné la pratique beaucoup mieux que tout autre. C'est à lui que nous sommes redevables de savoir mettre en jeu les grands effets du somnambulisme spontané et du somnambulisme artificiel ou magnétique. Nous lui devons tous ce tribut de reconnaissance qui lui est dû , mais qu'un des défenseurs du système de l'aimant animal a oublié de lui rendre. En effet, il a dit d'une manière peu obligeante, que ce magnétiseur , l'un des plus expérimentés qu'on puisse citer, ri a jamais donné au Magnétisme la forme de somnambulisme y pas plus que tout autre. Il a vu et décrit ce phénomène $ beaucoup de gens Vont observé après lui. Un physiologiste célèbre [i] 5 qui n'est pas magnétiste ^ a

(i) M. le marquis de P. — (2) M. le docteur Yirey.

( io8 } été plus juste. Mesmer, qui avait saisi tous les rapports sous lesquels on peut considérer le Magnétisme , a sans doute parlé du somnambulisme ; mais il n'avait fait que l'indiquer et ne s'est jamais occupé de l'approfondir ni de nous faire connaître tout le parti qu'on pouvait en tirer.

Mesmer désavouerait peut-être aujourd'hui ceux qui défendent, contre toute raison, un système qui, en servant à élever sa fortune, a prouvé son génie ; car il a su par la force de son imagination exciter un enthousiasme presque général et exercer à lui seul un grand empire sur l'imagination d'un nombre considérable d'hommes avides d'une nouveauté aussi étrange, Ce phénomène, alors, déjouait véritablement, dès sa naissance, le système d'un fluide sortant du bout des doigts, auquel on attribuait des effets surprenans qui appartiennent incontestablement au domaine de l'imagination.

On ne peut nier que les aphorismes de Mesmer ne contiennent quelques idées sublimes et de grandes vérités. Le théorie d'un fluide universel est brillante 5 elle élève rame j

( I09 ) mais elle ne justifie pas l'admission d'un fluide particulier 5 d'un fluide idéal, qui sortirait du bout des doigts, et qui n'a jamais été prouvé, car Mesmer se refusait également à des expériences positives. Aussi jusqu'à présent ce système n'a pu se ranger à coté de ces vérités frappantes qui saisissent également tous les esprits.

Tel qui, par un attachement servile pour la doctrine de Mesmer , se place aujourd'hui parmi les derniers partisans d'un système dont les conséquences en démontrent l'absurdité , n'aurait pas eu peut-être le courage de se déclarer l'un de ses premiers disciples. Pour avoir eu le droit d'admirer les erreurs d'un grand homme , il faut savoir les reconnaître quand le temps les a démasquées. Il n'y a plus de gloire aujourd'hui à s'égarer sur les traces de Mesmer. La diversité des opinions, que le système de cet homme célèbre fit naître produisit un g*;and procès, qui ne semble interminable depuis quarante ans , environ, que par la ténaci^ d'un parti qui toujours fut en minorité, dont on voit le nombre

•f no ) diminuer sensiblement, mais dont le courage semble s'accroître par l'absurdité de la réalité d'un fluide qui, avec un acte mental de la volonté du magnétiseur, s'échappe du bout de ses doigts et opère des prodiges d'un ordre vraiment surnaturel. Le Parti que je viens de signaler s'est déclaré en opposition ouverte contre l'immense majorité des Philosophes, des Savans et des Physiologistes, à laquelle se réunissent tous les hommes instruits, et en général toutes les personnes qui , dans la société , ne sont pas disposées à adopter des systèmes, des préjugés et des opinions si constamment attaqués et combattus par l'arme du ridicule. L'opposition d'une minorité si disproportionnée a de quoi étonner , en observant surtout qu'on rencontre dans cette minorité des hommes respectables, remplis de probité, d'honneur, démérite , et même de connaissances scientifiques, qui les distinguent sous plusieurs rapports, et qui les dédommagent de tout ce qui leur manque du côté des sciences physiologiques, dont ils n'ont pas

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