‹ Le magnétismeChapitre 18 sur 43 · U FORGE DES AIMANTS · texte numérisé non relu

U FORGE DES AIMANTS

d'attraction; il exprime aussi la conductibilité relative de cet acier comparé au fer doux, et le rapport inverse exprime la force coercitive du même acier. Ainsi M. Jamin a trouvé pour un acier très dur 0,1 7, pour un acier fondu trempé 0,41, pour un acier au wolfram, recuit au blanc, 0,80; ces nombres montrent qu'un acier très dur a une conductibilité six fois moindre que celle du fer doux, et un acier très doux une conductibilité presqu'aussi grande que celle du fer. Les rapports inverses, — 5,9 — 2,4 — 1,2, — représentent la force coercitive de ces trois aciers.

Certains aciers très durs prennent un magnétisme notable, mais qui apparaît très peu au contact d'épreuve, à cause de leur grande force coercitive. Ils attirent peu la limaille, ont une force portative assez faible, mais leur énergie dissimulée reparait dès que l'on considère l'action à distance, car la conductibilité n'y est pour rien, c'est la charge magnétique vraie qui agit dans ce cas.

Un fer doux et un acier très dur également chargés de fluide magnétique produisent le même effet à distance, bien que l'acier se montre beaucoup plus faible en force portative, en intensité au contact et dans l'action sur la limaille. Ce ne sont pas les aimants les plus chargés de fluide qui portent le mieux, ce sont ceux qui ont la meilleure conductibilité. L'ignorance de ces principes a fait commettre bien des erreurs.

Le rôle des armatures s'explique d'ailleurs très simplement par la théorie de M. Jamin sur la constitution des aimants. Lorsqu'on met un morceau de fer à la suite d'un aimant tout fait, un certain nombre de filets

magnétiques se prolongent à travers Tarmature, et au lieu de finir à la surface de Tacier, viennent affleurer sur celle du fer. II n'y a qu'un simple déplacement, et la perte de Tacier est égale au gain du fer; mais, si nous réaimantons Tacier armé, en le passant dans une bobine, il se produit une distribution nouvelle, et le gain de l'armature peut être plus considérable que la perte de l'acier, de sorte que le magnétisme total se trouve en définitive augmenté. C'est ce qui arrive pour des aimants trop courts, dont les surfaces polaires sont insuffisantes pour l'épanouissement complet des filets que peut contenii' la section moyenne. L'armature ajoute alors le débouché qui manquait à l'aimant, et permet d'en accroître la force.

On obtient ainsi un aimant sursaturé. Au contraire, un aimant dont les surfaces polaires sont suffisantes ou plus que suffisantes par elles-mêmes, c'est-à-dire un aimant plein ou imparfaitement rempli, ne gagne rien par une réaimantation à laquelle on le soumet après l'avoir armé.

On trouve ici l'explication des différences très sensibles qu'on observe entre la force portative d'un faisceau qu'on aimante tout armé et la force qu'il garde après l'enlèvement du contact. Ainsi M. Jamin avait pu donner à un faisceau de lames en fer à cheval une force portative de 800 kilogrammes, mais aussitôt que le contact avait été arraché et qu'on voulait le replacer, l'aimant ne. portait plus que 500 kilogrammes, et c'était sa force de saturation persistante. L'aimant en question avait des surfaces insuffisantes, il avait été sursaturé, et après l'arrachement du contact il ne gar-

Page 1