‹ Le magnétismeChapitre 5 sur 43 · Eau · texte numérisé non relu

Eau

clairement de ce passage qu'au commencement du douzième siècle on connaissait déjà en Europe l'usage de la boussole.

Les auteurs du treizième siècle qui font mention de la boussole à flotteur sont nombreux : il suffit de citer Albert le Grand, Vincent de Beauvais, Brunetto Latini, l'Arabe Baïlak, qui nous apprend que les marins de la mer des Indes remplacent l'aiguille par un petit poisson de fer creux qui nage sans flotteur. C'est aussi à partir de cette époque que l'aimant s'appelle ccUamite en grec moderne, en italien et dans d'autres dialectes, du nom de la petite grenouille verte ou rainette, à laquelle on compare l'aiguille posée sur un roseau. La boussole à pivot est mentionnée, pour la première fois, dans un écrit qui date du commencement du quatorzième siècle.

Chez la plupart de ces auteurs, on ne trouve encore que des notions confuses sur la nature des attractions et des répulsions dues à la polarité magnétique. Cependant, Pierre le Pèlerin de Maricourt, dans la fameuse lettre adressée à Siger de Foucaucourt (1269)| donne déjà un exposé net et clair des phénomènes de polarité manifestés par les aimants naturels et les aiguilles aimantées. Lé savant P. Timothée Bertelli a donné récemment ^ une édition émendée de cette lettre, dont il existe dans les bibliothèques de l'Europe une douzaine de copies sans compter l'édition de Casser, qui est de 1558. Longtemps, pour avoir mal

*■ Dans le Bulletin de Bibliographie et d'histoire des Sciences mathématiques du princ , B. Bonoompagni (Rome, 18C8).

lu le titre S on avait attribué ce curieux document à un certain Pierre Adsiger, En outre, sur la foi d'uae note marginale du manuscrit de Leyde, on avait prélendu que Pierre de Maricouii; connaissait déjà la déclinaison de Taiguille aimantée; mais le texte même de la lettre prouve le contraire. En revanche, les notions que le Pèlerin possède sur là polarité magnétique sont d'une précision étonnante pour le temps.

il observe l'attraction des pôle» opposés et -la répulsion des pôles de même nom de deux aimants, en taisant flotter Tun sur Teau dans une jatte de bois, « comme un nocher dans sa nacelle » ( sicut nauta in navio)y et en tenant l'autre dans la main. Il constate qu'une aiguille de fer qui a touché un pôle d'aimant prend la vertu magnétique, que l'extrémité qui a touché le pôle sud de l'aimant se dirige vers le nord et est attirée par le pôle sud, et vice versa. Il brise un aimant, AD, en deux pour montrer qu'il en résulte deux aimants nouveaux, AB, CD, en tout semblables à l'aimant AD, et que les pôles contraires, B, C, mis en présence, s'attirent pour se fondre de nouveau et pour reconstituer l'aimant primitif AD.

Selon Pierre de Maricourt, l'aiguille pointe vers le pôle nord et non vers l'étoile polaire [stella nauiica)^ qui se trouve en général en dehors du méridien, excepté deux fois par jour, aux moments de ses passages. Il place le siège de la force directrice dans les

* Epistola Pétri Peregrini de Uaricourt ad Sygerum de FpucaU' court Militem de Magnele (Datée du siège de Lucera, 8 août 1269).

doux pôles du monde, et il dit que la pierre d'aimant porte en elle une similitude du ciel, puisqu'elle a deux pôles comme lui. Malheureusement il gâte cette énumératiou de faits positifs par quelques rêveries qu'il ajoute. Il prétend que non seulement les pôles de Faimant tendent vers les pôles du monde, mais que les autres parties de la pierre tendent vers le reste du ciel, d'où il suit qu'un aimant de forme sphérique, suspendu comme un globe céleste et mobile autour d'un axe parallèle à l'axe du monde, doit tourner avec le ciel et faire avec lui sa révolution en vingt-quatre heures. Il donne aussi, à la fin de sa lettre, le plan d'une roue à mouvement perpétuel, dont les dents sont sans cesse attirées par un aimant fixe. Ce qui vaut mieux, il indique la construction de deux boussoles. Tune à flotteur, l'autre à pivot. Cette dernière est une boîte circulaire, fermée par une glace, au centre de laquelle pivote un axe vertical qui porte en croix l'aiguille aimantée et une aiguille d'argent ou de cuivre, destinées à indiquer ensemble les quatre points cardinaux. Le bord de la boite est divisé en degrés, et on peut y poser une règle munie de deux styles pour viser un astre dont on veut connaître l'azimuth ou ia situation par rapport au méridien. « Par cet instrument, dit le Pèlerin, tu pourras diriger tes pas vers les cités et les îles et vers n'importe quels lieux du monde. »

L'idée d'assimiler l'aimant avec ses deux pOles au globe terrestre était une de celles qui séduisaient particulièrement l'esprit des physiciens du moyen âge. On arrondissait les pierres d'aimant, pour àes,

iS LE MAGNÉTISME.

façonner en sphères, sur lesquelles on plaçait un équateur, des méridiens et des parallèles, et qu'on appelait microgées ou terr elles. On espérait qu'on découvrirait ainsi plus facilement les mystérieuses propriétés de la force magnétique ; mais cette figure donnée à l'aimant est loin d'offrir les avantages qu'on croyait y trouver. Il y avait là pourtant le germe d'une idée féconde qui fut développée, d'une manière plus rationnelle, par William Gilbert, médecin de la reine Elisabeth dans un ouvrage plein de génie qu'il publia en 1660, trois ans avant sa mort et qui posa les bases de la science du magnétisme*.

Au seizième siècle en effet, la connaissance des phénomènes magnétiques est déjà fort avancée. Porta les expose d'une manière judicieuse dans sa Magie naturelle (Naples, 1589), et Gilbert, après avoir découvert un grand nombre de faits nouveaux, les réduit en corps de doctrine. Il considère la terre comme un gigantesque aimant dont les pôles ne sont pas situés exactement sur l'axe de rotation, ce qui explique la déviation de l'aiguille.

Cette déviation de l'aiguille aimantée, qu'on appelle la déclinaison^ avait été observée par Colomb en 1492. Elle était d'ailleurs, paraît*il, connue des Chinois dès le onzième siècle, et on la trouve marquée sur des cartes marines qui datent du commencement du quinzième siècle. V inclinaison de l'aiguille, ou l'angle qu'elle fait avec l'horixon lorsqu'elle est suspendue

*-"t>e Magnete magneticisque corpoi'ibus tl magno magncle Tellure ph9yiolo^a*nova. Londres, 1000.

par son centre de gravité, avait été observée dès 1543 par George Hartmann, vicaire d'une église de Nuremberg; cependant il est juste d'en attribuer la découverte à Robert Norman, qui Tobserva également et la fit connaître en 1570.

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