ISA
Lt; MAHA-15HAK VTA.
autres le levier de fer, et, jetant le délire dans Sourarman par ses multitudes de flèches, il le contraignit à se retirer. 1,235.
Et qui que ce soit de tes guemers, sire, n’eut arrêté ce héros, qui s’avançait, comme Indra, vereant des flèches en pluies d'orage. 1,236.
Ensuite Dhanandj.aya s’approcha détruisant , consumant de ses flèches tous les grands héros mômes de Kourou, comme le feu dévore une forêt d’arbres secs.
Ils ne purent supporter l’intolérable fougue du prudent fils de Kountî, tels que les hommes ne peuvent soulTrir le conUct du feu. 1,237 — 1,238.
Environnant les armées avec une pluie de flèches, le Pàndouide s’avança vers Pràgdjyotisha avec la rapidité du vol de Souparna. 1,239.
Arjouna-le-Victorieux tendit alors pour la ruine des kshatryas à cause du jeu perfide, qu’avait joué ton fils, sire, l’arc, qui rendit, certes ! la fortune souriante aux Bharatides périssants et qui ajoutait aux larmes des ennemis. 1.2A0 — 1,2A1.
Ton armée, bouleversée par le fils de Prithà, fut brisée, grand roi, de même qu’un navire échoué sur une montagne. 1,2A2.
Dix milliers d’archers revinrent au combat , héros, qui avaient pris une résolution terrible pour la victoire ou la défaite. 1,2A3.
Ces fameux guerriers, de qui la peur avait glacé le courage, lui (1) dirent : « Le fils de Prithâ a pris sur
(i) A qui? A Douryodliana, «ans doul£, maii» ü ii’egl p;is môme nonua«’ daiiti l’acUon iiitrciliiite ; nouvel indice <lc ccâ intrusiom: fréqueiiUs.
DIlON.V-l’AUVA.
lui (1) un pesant fardeau ; il peut souffrir toutes les charges dans le combat.
» Comme un éléphant de six ans, qui entre avec colère dans un champ de lotus, les foulerait à ses pieds (2), ainsi les efforts du Prithide ont écrasé ton armée. 1,245.
» Tandis qu’il détruisait tes bataillons, Bhagadatta, le souverain des hommes, monté sur son éléphant, fondit rapidement sur Dhanandjaya. 1 ,24(3.
» Le vaillant Arjouna le reçut avec sa voiture de guerre; et l’on entendit alors se mêler le tumulte du char avec le bruit de l’éléphant. » t,247.
Ces deux héros, Bhagadatta et Dhanandjaya, de se promener à travers le champ de bataille dans le char et sur l’éléphant, équipés suivant les règles de la guerre.
Du haut de son pachyderme, semblable à un nuage, Bhagadatta, tel que l’auguste Indra, lit pleuvoir sur Dhanandjaya une averse de traits. 1 ,248 — 1,240,
M<ais le vigoureux lils d’Indra, avec une autre pluie de flèches, trancha, avant môme qu’elle ne fût arrivée, la pluie des flèches de Bhagadatta. 1,250.
Ensuite le roi du Pràgdjyotisha, ayant arrêté cet orage de dard?, frappa lui- même de ses dards, auguste roi, Krishna et le Prithide aux longs bras. 1,251.
Après qu’il eut enseveli ces deux héros sous la grande multitude de ses flèches, il aiguillonna son éléphant pour la mort de l’Impéris-sablc et du fils de Prithâ. 1,252.
Aussitôt qu'il vit le proboscidien accourir, irrité comme
(t) Texte de Bombay : Artchhat.
(â) Mriiiniynt, édition de Bombay.
la mort, Djanârddana prit bien vite la droite avec son chariot léger. 1,253.
A peine était-il arrivé que Dhanandjaya, se rappelant que son devoir était de le mettre au nombre des morts avec son cavalier, fit tourner le dos à ce grand éléphant.
Or, CO pachyderme avait broyé les chevaux, les chars et les autres proboscidiens, auguste roi; mais Dhanandjaya irrité le plongea dans le monde de la mort.
« Que fit de Bhagadatta le fils courroucé de Pàndou et de Prithà? Ou que fit du Prithide le Prâgdjyotishain? s’enquil Dhritarâshtra. Conte-moi cette histoire, suivant la vérité. » 1,256.
Toutes les créatures pensèrent, répondit Sandjaya, que le Dàçârhain et le Pàndouide, auxquels s’attachait le Pi'àgdjyotishain, tombaient par cela w/émesous les dents de la mort. 1,257.
Des épaules de son éléphant, seigneur, il décochait continuellement des pluies de flèches, qui s'adressaient, Mahîrâdja, aux deux Krishnas, montés sur leur char.
11 blessa le fils de Dévakî avec ses dards acérés, travaillés en fer noir, à rempennurc d’or et tirés d’un arc parfaitement arrondi. 1,253—1,259.
Après qu’ils eurent percé i'hottwie-Pieu, les traits bien emplumés, remplis d’un toucher semblable il celui du leu et laucés par Bhagadatta, se plongèrent au sein de la terre. 1,260.
Le Prithide, ayant tranché son arc, immolé ses oflTiciers, semblait jouer avec le roi Bhagadatta, en combatt.ant avec lui. 1,261.
Son rival de lui envoyer quatorze leviers de 1er acérés.
DRONA-PARVA.
la?
pareils aux rayons du soleil ; mais l’Ambidextre les coupa chacun en trois morceaux, 1,262.
Le Pàkaçâsanide (1) ensuite dispersa le filet de mailles, qui tomba de l’éléphant sur la face de la terre, brisé en morceaux sous la grande multitude des flèches. 1,263.
L’éléphant à l’armure en pièce, que les dards avaient bien profondément blessé, resplendissait comme le roi des monts, dam un jour sans nuage, au front lavé par la chute des pluies. l,26â.
Ensuite, le Prâgdjyotishain d’envoyer au Vasoudévide une lance faite de fer au manche d’or; mais Arjouna la trancha en deux morceaux. 1,263.
Aussitôt qu’il eut coupé de ses traits l’ombrelle du monarque et son drapeau, Djishnou blessa en riant et d’une main hâtée le roi même des montagnes avec dix flèches.
Profondément frappé de ses dards bien empennés avec les ailes du héron, Bhagadatta, bouillant de colère, monarque des hommes, lança des leviers de fer sur la tête du Pândouide aux blancs coursiers, et poussa un cri. La tiare d’ Arjouna en fut toute bouleversée.
Quand Phâlgouna eut raffermi sur sa tête cette coifture dérangée : « Regarde bien ce monde! » dit-il au monarque. 1 ,266 — 1 ,267 — 1 ,268 — 1 ,269.
Rempli de colère, le prince, à qui ces mots s’adressaient, prit un arc lumineux et déversa une pluie de flèches sur le fils de Pàndon et sur Govinda. 1,270.
Dès qu'il eut coupé l’arc et mis en pièces les carquois, le Pândouide à la hâte le ble.ssa lui-même en tous ses membres de soixante-douze traits. 1,271.
(1) Le dlndrOf qui porte aussi le surnom de PàkaçAsana.
LE MAHA-BHAllATA.
Blessé, accablé de do ileur, son rival, manifestant l’astra de Vishnou, charma son croc et l’envoya avec colère dans la poitrine du fils de Pândou, 1,272,
Mais Kéçava se jeta devant le Pritliide, et, le couvrant, reçut dans le sein ce trait, destructeur de tout, que lançait Bliagadatla. 1,273.
Ce dard, il devint dans la poitrine de Kéçava un bouquet de fleurs et une guirlande. Arjouna dit alors, son àuie défaillante, ces mots à Kéçava : 1,27â.
« Sans combattre, as-tu dit, je conduirai tes chevaux, guerrier sans reproche. » El, i{uand tu as parlé ainsi, Püundarik.âksha, tu ne gardes [las ta promesse ! 1,275.
» Quand je .serais dans le malheur, ou quand je serais sans puissance pour arrêter l’ennemi, ce qui est à faire ne sera jamais lait par toi, tant que j’aurai la vie.
» Sache-le ! Mon arc au poing et tenant mes flèches, je suis capable de conquérir ces mondes des enfants de Manou, des Asouras et des Dieux. » l,27(i — 1,277.
« Ecoute ce mystère, guerrier sans reproche, lui répondit en ces termes le Vasoudévide, attendu qu’il tient aux temps antiques. 1,278.
» Revêtu de quatre formes, je m’ert’orce sans cesse pour la conservation du monde éternel ; et, après m’ètre partagé moi-môme, j’ai pris sur moi le salut des mondes.
» Une de mes formes, immuable sur la terre, suit les règles de la pénitence ; une autre forme regarde le monde des êtres, qui font le bien ou le mal. 1,279 — 1,280.
» Une troisième forme, associée au monde, est exercée par les enfants de Manou; une quatrième enfin dort un sommeil, qui dure mille années. 1,281.
Il Cette mienne forme se réveille au bout de dix siècles ;
DRüNA-PAIlVA.
elle accorde en ce temps les plus excellentes grâces à ceux, qui les ont méritées. 1,28?.
I) La Terre, ayant su alors que ce moment était arrivé, ■sollicita de moi une faveur : écoute ce qu’était cette grâce, (ju'elle me demanda pour Naraka. 1,283.
a Qu’un fils me soit accordé, à qui ni les Asouras, ni les Dieux ne puissent donner la mort, dit-elle : veuille me faire cette grâce, ô toi, à qui fut départi l’astra de Vishnou! « 1,284.
Il Aussitôt que j’eus entendu la Terre exprimer son vœu en ces termes, je lui accordai un astra supérieur, jamais stérile, celui, dont Vishnou me fit jadis présent. 1,285.
I) Et je dis : « Que cet astra. Terre, te rende à jamais son fruit ! Que rien ne puisse le détruire pour la conservation de Naraka ! 1,286.
» Défendu par cet astra, ton fils, le destructeur des armées ennemies, sera de toute manière inaffrontable à tous les mondes. » 1,287.
« Qu’il en soit ainsi ! u répondit-elle; et l’intelligente Déesse se retira, en possession de l'objet de son vœu. Voilà de quelle façon naquit Naraka, l’inallron table imuiolateur des ennemis. 1,288.
I) Ce mien astra est donc arrivé, auguste Prithide, entre les mains du Prâgdjyotishain ; il n’est personne en tous les mondes, compris même les Roudras avec Indra, qui soit à l’abri de la mort contre lui. 1,289.
» Pouvais-je éloigner autrement cet astra à cause de loi, fils de Prithâ? Maintenant que son invincible astra est lancé, immole donc le grand Asoura, Bhagadatla, le contempteur des Dieux, le superbe ennemi dans la guerre.
Lü MAHA-BHARATA.
liO
de même que jadis l’amour du bien m'a fait immoler Naraka. » 1,290—1,201.
A CCS mots adressés à lui par le magnanime Réçava, le Prithide couvrit r.apidement Bh,agadatta de scs traits acérés. 1,292.
Le héros aux longs bras, au grand cœur, darda sans trouble un nàrûtcha sur l’éiépli.ant au milieu de scs bosses frontales. 1,293.
La (lèche eut ft peine touché, le pachyderme, comme la foudre une montagne, quelle pénétra dans son corps Jusqu’au-dessous de l’cmpennure, de même qu’un serpent dans une fourmillière. 1,294.
Le proboscidien, stimulé maintes et maintes fois par Bhagadatta, n’exécutait plus sa parole, tel que des femmes n’obéissent point à la voix d’un indigent. 1,295.
Appuyant son corps avec .ses défenses, le grand éléphant se laissa aller sur la terre, et rendit l’âme eu poussant un cri de détresse. 1,29(3.
Et d’une flèche au.x nœuds inclinés, qui figurait la moitié du disque lunaire, le Pàndouide fendit le cœur du roi Bhagadatta. 1,297.
L’auguste prince, le cœur brisé eh deux par Kiriti, lâchant son arc avec ses traits, exhala le souille de .sa vie.
Sa tête, enveloppée des plus riches élolTes, tomba défaillante, comme une feuille brisée tombe d’un lotus, en fouettant sa tige. 1,298 — 1,299.
Paré de .ses bouquets d’or artiliciels, il tomba de son éléphant aux ornements d’or, aussi haut qu’une alpe, tel qu’un karnikâra en fleurs, que la fougue du vent a brisé, croule du sommet d'une montagne. 1,300.
Quand le fils d’Indra eut aiiattu dans le combat ce mo-
DRON,V-PARVA.
narque, aussi vaillant qu’lndra et l’ami du roi clos Dieux, il rompit, comme un vent orageux renverse les arbres, les guerriers ennemis, qui désiraient pour toi la victoire.
Dès que le Priihide eut immolé ce Pràgdjyotishain à la force sans mesure, cet ami toujours cher à Indra, il décrivit autour de lui un respectueux pradakshina.
Alors deux frères, les conquérants des cités ennemies, Atchala et Vrisliaka, fils du roi de Gàndhdra, tournèrent dans ce combat leur attaque contre Arjouna. 1,303.
Ces deux vaillants archers avant et après de blesser grièvement ce héros de leurs coups réunis avec des flèches acérées à la grande impétuosité. 1 ,304.
Mais le Priihide tua de traits aigus les chevaux et le cocher de Vrishaka le Soubalide ; il réduisit en menues parcelles, comme des grains de sésame, son arc, son ombrelle, son drapeau et son char. 1,305.
Cela fait, Arjouna de semer le trouble parmi les Gàndhàras, qui avaient le Soubalide à leur tête, avec ses armes variées et ses multitudes de flèches. l,30fi.
Dhanandjaya d’envoyer avec colère sous ses dards au monde de la mort cinq cents héros Gàndhâras, les armes levées. 1,307.
Vriihaka aux longs bras descendit à la hâte de son char, dont les chevaux avaient péri, monta dans le chariot de son frère et saisit un nouvel arc. 1,308.
Placés dans un seul et même char, les deux frères, Atchala et Vrishaka, blessèrent maintes et maintes fois Blbhatsou avec une grêle de flèches. 1,309.
Ces deux monarques, les magnanimes frères de ton épouse, frappèrent de coups affreux le fils de Prithâ,
comme s’ils étaient Bala et Vritra, acharnés à la fois contre le seul Indra. 1,310.
Prenant le P.ândouide pour leur but commun, les ('iândl)àras le percèrent de nouveau : ainsi les deux mois de la saison ardente pénètrent le monde avec leurs rayons (1) chauds. 1,311.
D'une seule llèche, Arjouna, sire, immola ces deux augustes princes, debout sur leur char, où ils se tenaient, les membres l'un .ù l'autre embrassés. 1,312.
Ces deux héros, frères germains, aux longs bras, aux yeux de sang, pareils à des lions, tombèrent s.ms vie du char, enveloppés dans le même sort (2). 1,313.
Dès qu’ils virent tombés du char sur la terre les corps de ces vaillants guerriers, chers à leurs parents et qui avaient étendu leur renommée sans tache par les dix points de l’horizon ; dès qu’ils virent étendus morts leurs oncles maternels, à qui la fuite n’était pas connue, tes fils, souverain des hommes, lancèrent une nuée d’astras !
A la vue de ses deux frères tués, Çakouni, versé dans une centaine de fourberies, jetant le trouble dans les deux Krishnas, fit naître un astra. 1,316.
Armés de bâtons en fer, de balles de fer, de pierres, de çataghnis, de lances, de massues, de pilons, de cimeterres, de tridents, de maillets d’armes, de pattiças.
De kampanas, de sabres, d’épées harponnées, de mouçalas, de haches, de rasoirs, de kshourapras, de nalîkas, de vatsadantas, de boucliers faits d’os, 1,317 — 1,318.
(1) 4nçûubhiSf édition de Bombay.
(2; Aikalakshanaâu,
DRONV-PARVA.
lis
De tchakras, de flèches, de traits barbelés et d’armes variées, les guerriers de toutes parts fondirent sur Arjouna des points cardinaux et des plages intermédiaires. 1,319,
Les ânes, les chameaux, les bullles (1), les lions, les tigres, les jeunes daims, les léopards (2), les ours, les chacals, les vautours, les singes et les serpents, 1,320,
DilTérents Rakshasas aflamés et des oiseaux divers de courir avec colère sur Arjouna. 1,321.
.Mais le fils de Kounti, l'héroïque Dhanandjaya, qui connaissait les astras célestes, eut bientôt dissipé ces ruses de l'ennemi sous des multitudes de traits décochés.
Battus par le héros, en butte à ses excellentes et solides flèches, ils s’enfuirent, blessés, poussant de grands cris ïi tous les points de l’espace. 1,322 — 1,323.
Ensuite, une épaisse obscurité se répandit en face du char d’ Arjouna ; et de ces ténèbres sortaient des voi.x affreuses, qui proféraient des menaces contre lui. 1,324.
Arjouna, qui semait la terreur dans cette grande bataille, dissipa cette horrible, cette épouvantable nuit par le grand, par le sublime astra de la lumière (3). 1,325.
Des torrents épouvantables de pluie succédèrent à cette obscurité disparue ; et Arjouna de manifester l’astra du soleil pour la destruction de la pluie (4). 1,326.
L’eau, qu’un astra déchaîne, est ordinairement desséchée par cet astra de C astre enflammé. Ainsi à chaque prestige divers, que le Soubalide imaginait, Arjouna le détruisait bientôt en riant avec la puissance d’un astra
(1-2) itahishôs,... khitrakâs, cdiUott de Bombay.
(3) Djyoti^hénaf édition de Bombay.
(4) Ambhasat^ texte do Bombay.
opposé. Enfin, tremblant de voir ses illusions dissipées, il fut frappé d’une flèche d’Arjouna. 1,327 — 1,828.
Çakouni, tel qu’un homme vil, s’éloigne, emporté par ses chevaux Rapides. Ces choses faites, Arjouna de montrer aux ennemis l’excellence de sa main, 1,32P.
Il versa un torrent de flèches sur les bataillons des Kourouides; et l’armée de ton fils, battue parle Priihide,
Fut séparée en deux, comme le Gange, puissant roi, devant le cours duquel se rencontre une montagne. De ces hommes éminents, les uns suivirent Drona;
Sur les pas de Douryodhana se pressaient les autres, sire, harcelés par les flèches de Kirîti. 11 nous était impossible de voir ce héros, tant l’armée était couverte de poussière! 1,332.
J’entendis le son du Gândiva éclater h. ma droite. Là, il dominait tout, les fanfares des conques, les roulements des tambours, le bruit des instruments de musique ; et s’en allait toucher la voûte du ciel. A droite, s'agitaient le combat des héros et les beaux faits d’armes, dont se couvrait Arjouna. Moi, je suivais les pas du vaillant Drona. Les armées d’Youdhishthira combattaient çà et là. 1,333—1,334—1,835.
Arjouna dispersa les maintes espèces d’àrmées, auxquelles commandaient tes fils, rejeton de Bharata, comme le vent dissipe dans la saison les nuages au sein du ciel.
Qui que ce soit ne fut point capable d’ .arrêter cet homme éminent, terrible, au grand arc, au torrent de flèches, qui s’avancait, tel qu’lndra, environné de pluies abondantes. 1,336 — 1,337.
Battus par le fils de Pritbâ, les tiens étaient dans un
DRONA-PARVA.
trouble extrême : il y en eut plusieurs, qui, en fuyant çà et li, tuaient leurs gens eux-mêmes. 1,338.
Les flèches aux ailes de héron, qu’Arjouna décochait et qui déchiraieiu les corps, volaient ensemble comme des sauterelles et couvraient les dix points de l’espace. 1,339.
Quand elles avaient fendu le cheval, le maître de char, l’éléphant et le fantassin même, elles entraient dans la terre , de même que les serpents dans une fourmilière. 1,340.
Il ne lançait pas une seconde flèche sur les guerriers, les chevaux et les éléphants. Brisés chacun d’une seule flèche, ils tombaient, la vie expirée. 1,341.
Les soldats immolés, les éléphants percés de projectiles, les chevaux tués émaillaient la face du champ de bataille, qui résonnait aux cris des chacals, des chiens et des corneilles. 1,342.
Dans cette tourmente de flèches, le père abandonne son fils, le fils quitte son père (1), l’ami délaisse son ami le plus cher. L’esprit occupé de leur seule conservation, les hommes, sous l’atteinte des traits du Prithide, désertent en ce moment leurs chevaux et leurs chars. 1,343.
« Après que le fils de Pàndou eut rompu ces armées, s’enquit Dhritarâshtra, vacillants et réduits à la fuite, que devint alors votre cœur, Saudjaya, tandis que vous ne voyiez, ni un lieu de refuge, ni personne, qui osât faire un exploit difficile pour snuvcr ces armées rompues? Raconte-moi cela, Saudjaya ! n 1,344 — 1,345.
Ainsi, des guerriers bienveillants pour ton fils, souve- * rain des hommes, lui répondit Sandjaya, les plus distin-
(t) Poulrat pilarom, étlition do Bombay.
viii 10
gués en renommée dans les mondes, suivaient Drona, en le défendant. 1,346.
Tandis qu'Youdhislithira, épouvantable, ému de colère, tenait ses armes levées, ils accomplissaient, en hommes, qui craignent la vérité, de nobles exploits. 1,847.
Ils couraient, .seigneur, au milieu de Bhimaséna à la vigueur infinie, de l’héroïque Sàtyaki et de Dhrishtadyoumna. 1,348.
« A Drona ! 4 Drona ! » s’écriaient les cruels Pàntchâlains, en s’excitant les uns tes autres. « Gardez qu’ils ne touchent à Drona ! » disaient tes fils, animant tous les Kourouides. 1,849.
Il A Drona ! à Drona ! •> exclamaient les uns. « N'abandonnons point Drona! » vociféraient les autres. Ainsi, Drona était la chance de ce cruel jeu pour les Kourouides et les Pàntchàlains. 1,350.
A chaque troupe de chars des Pàntchàlains, que Drona écrase, toujours là s’avance le Pàntchâlain Dhrishtadyoumna. 1,351.
Tandis que l’adversité du sort rendait ce combat si épouvantable, les héros s’approchèrent des héros, en poussant des cris effrayants. 1,352.
Les Pàndouides furent alors inébranlables aux ennemis; et, se rappelant les vexations, qu’ils avaient subies, ils ébranlaient au contraire les armées. 1,353.
Tombés sous le pouvoir de la colère, pleins de confusion, excités par le sens intime, ceux-ci, faisant le sacri- Tice de leur vie, revenaient, accablant Drona dans ce grand combat. 1,354.
Ces hommes à la vigueur infinie, qui jouaient leur existence dans cette bataille confuse, étaient comme une
DRONA-PARVA.
chûte de fers, comme un écroulement de pierres. 1,355.
Les vieillards ne se rappellent même pas qu’on ait livré jadis un combat de telle sorte, puissant roi ; ils n'ont pas même ouï dire qu’il en fût un semblable dans les temps passés. 1,356.
Dans cette perte des héros, la terre, accablée du fardeau, chancelle sous la grande multitude de ces armées conduites à leur fin. 1,357.
Répercuté par le ciel, le son de cette multitude d’armées tournoyantes, pénétra, bien épouvantable, dans l’armée d’Adjataçàlrou. 1,358.
Les bataillons des Pândouides, s’étant avancés par milliers vers le brahme guerrier, furent brisés avec les flèches aiguës de Drona, qui se promenaient dans la bataille. 1,359.
Tandis que, par un exploit merveilleux, le Bharadwàdjide taillait ces troupes en pièces, le généralissime des armées lui-même réussit par ses efforts à le cerner.
Nous vîmes alors Drona et le Pàntchâlain offrir à nos yeux une merveille, à laquelle il n'est rien de semblable; c’est mon opinion bien arrêtée. 1,360 — 1,361,
Pareil au feu, Nila de consumer par les étincelles de ses flèches l’armée des Koiironides, tel que. le feu flamboyant incendie une forêt. 1,362.
L’auguste fils de Drona, nourrissant un ancien désir, dit, en souriant de la manière la plus gracieuse, à ce guerrier, qui consumait les armées : 1,363.
« Nila, qu’as-tu besoin de ces nombreux guerriers, qu’enflamme la splendeur des flèches ? C'est avec moi, .seul à seul, qu’il te faut combattre! Hâte-toi de lancer tes dards sur moi! » 1,364.
us
Commt il parlait ainsi, Nlla, de ses traits, frappa ce prince, qui tournait vers lui sa face de lotus épanoui, aux yeux semblables aux pétales du lotus bleu, aux formes pareilles à des bouquets de nympbæas. 1,365.
Soudain, profondément blessé par lui de trois bhallas acérés, le Dronide trancha l’arc, le drapeau et l’ombrelle de son ennemi. l,36<t.
Nîla, prenant une épée et le meilleur des boucliers, sauta, léger comme un oiseau, à bas de ce char, désirant enlever la tête au corps d’ Açvatthâman. d ,367.
Le Dronide ravit, à coups de bhallas, comme en riant, à son corps aux épaules élevées, sa tête au nez charmant, ornée même de ses pendeloques. 1,368.
Le prince h la haute sUiture tomba, semblable à une feuille de lotus, sur le sein de la terre, tournant vers lui sa tête pareille à une lune en sa pléoménie, aux yeux tels qu’un pétale du nymphæa d’azur. I,3(i0.
Quand Nila à la splendeur sans mesure eut succombé sous le lils de l’Atchàrya, le trouble se jeta dans l’armée de Pàndou, étrangement émue. 1,370.
Tous les grands héros des Pândouides, vénérable monarque, agitaient cetle pensée : « Comment le fils d’Indra pourra-t-il nous sauver des ennemis (1) ? 1,371.
« Le vigoureux Nàrâyana détruit, à la droite de l’armée, ce qui reste aux conjurés de leurs bataillons 1 »
Vrikaudara ne put supporter ce mas.‘=acre de l’armée; il frappa de soixante traits Vâhlika et de dix flèches Karna. 1,372—1,373.
Désireux de trancher le fil de sa vie, Drona le perça
(1) Itif mânsfuif lexte de Bombay.
DRONA-PARVA. 149
lestement de ses dards acérés, au vol droit, à la pointe mordante. 1,374.
Ne voulant pas laisser d’intervalle entre f une et f autre, Drona lui décoclia vingt-six flèches, Karna douze, Açvatthâman treize ; 1,375.
Et le roi Douryodhana le couvrit de six traits ; mais Blilraaséiia même à la grande vigueur de les blesser tous en retour: 1,376.
Drona d’une cinquantaine de flèches, Karna de dix traits, Douryodhana de douze, et \eDron\de Açvatthâman de huit dards. 1,377.
11 s’approcha d’eux (1) en proférant des cris tumultueux ; il avait renoncé à sa vie dans ce combat, qui avait la mort pour commun partage. 1,378.
n Sauvez Bhtma! » s’écriait Adjâtaçatrou, excitant les guerriers ; et, tous à la vigueur sans mesure, les deux fils de Pândou et de Mâdrl, Youyoudhâna et scs compagnons, ils s’avancèrent près deBhlmaséna. Les hommes éminents, bouillants de colère, s’étant rassemblés de compagnie, défendus par les plus excellents des grands héros et désireux d’enfoncer l’armée de Drona, ces vaillants guerriera à la haute vigueur de s’approcher, Bhtmaséna à leur tête.
Mais le meilleur des maîtres de char, Drona, sans trouble, reçut les héros à la force supérieure, aux grands chars, va/rureux combattants dans les batailles. 1,382.
Ayant chassé la crainte de la mort (2), les tiens de marcher contre les Pàndouides. Le cavalier tuait le cava-
(1) Tân ranai, édition de Bombay.
(2) rdhyan mrityoubhayan krilwd, édition de Bombay.
LE MAHA-BHARm.
lier, le maître de char frappait le maître de char. 1,38.A.
Ce n’était que chûte de lances et d’épées; le combat s’y livrait avec des hachis ; mais le duel à l'épée était le plus grand des duels, sur l’horizon duquel se levaient d’horribles choses. l,38â.
La bataille était des plus épouvantables par le choc des éléphants; l’un tombait, la tète en bas, du haut de son éléphant; un autre tombait précipité de son cheval. 1,385.
Un troisième, blessé par lesdards, vénérable roi, faisait une chùte de son char. Là, un pachyderme, s’avançant hardiment, faisait choir sur sa poitrine la tète d’un autre homme, qui était tombé dans le combat sans cuirasse. D’autres éléphants broyaient d’autres guerriers (1), précipités à terre. 1,38(5 — 1,387.
Quelques-uns, porUnt les entrailles (2) st'dlantes des combattants, attachées à leurs défenses, erraient dans la bataille, écrasant les guerriers par centaines. Us brisaient, renversés à terre comme de grands roseau.v, les cuirasses de fer noir, les hommes, les chevaux, les chars et même les éléphants. Les ailes des vautours leur servent de couvertures, les souverains ont des lits : 1,388-1,389-1,390.
Couverts de honte, ils se couchent, quand l'heure en est arrivée, dans les plus douloureux. Le père tuait .son lils, vers lequel son char l’avait porté dans la guerre. 1,391.
Le fils n’observait aucune mesure à l’égard de son père : la roue était brisée, le drapeau mis en pièces, l’ombrelle tombée sur la terre : 1,392.
Le cheval s’enfuyait, ayant pris aux dents la moitié du
(Ij Sardii, teste de BoihIkij.
(2) Unittnlrnls Imra unira), lut'me édiliou.
DRONA-PARVA.
mors brisé. Le bras tombait avec son épée, on abattait la tète avec ses ornements. 1,393.
Un vigoureux éléphant broyait sur la terre le char, qu’il avait renversé : grièvement blessé par un pachyderme, le cheval tombait avec son cavalier. 1,304.
Cette grande bataille sans limite était des plus effrayantes: « Ah ! mon père! ah! mon lils! s’icriait-on; où es-tu, mon ami? où es-tu ? 1,395.
» Combats ! enlève ! lue-le ! » disaient-ils ; et l’on entendait ces différents mots, prononcés au milieu des menaces, des rires et des grinceuienls de dents. 1,39(5.
Le sang était versé des veines de l’homme, du cheval et de l’éléphant ; la poussière s’était calmée, et l’abattement de l’esprit s’était glissé dans les âmes craintives. 1,397.
Quand le tchakra avait rencontré le tchakra ennemi, le héros broyait de sa massue la tète du héros, au même instant qu’il avait échappé à l'astra. 1,398.
On se prenait aux cheveux ; on se livrait des combats horriblement épouvantables à coups de poings ; les vaillants guerriers, qui désiraient trouver une ressource dans une condition, qui n’en avait pas, se faisaient la guerre avec les ongles et les dents. 1 ,399.
Le bras levé de l’un était coupé avec son cimeterre ; lu bras de l’autre ici l’était avec son arc, avec sa flèche, avec son croc. 1 ,4üO.
Là, on criait les uns contre les autres; celui-ci tournait le dos, celui-là enlevait la tète du corps de tel, son égal.
L’n autre fuyait, en poussant des cris; celui-là craignait beaucoup de jeter un seul cri même; celui-ci perçait les siens, tel autre frappait les ennemis de ses traits acérés.
Un éléphant, pareil au sommet d’une uiontague, tom-
LE MAHA-BHAKATA.
bail sur la terre, blessé d’un nâràtcha, comme s’écroule, dans la chaude saison, le rivage d’un (leuve. 1,403.
En proboscidien, qui stillail de mada, tel qu’une montagne est arrosée d'eau, brisait le maître de char : à pied sur la terre, il fai.sait tête aux chevaux, il résistait aux maîtres de chars. 1 ,404.
Le délire entrait dans les hommes craintifs, au cœur sans énergie, à la vue de nombreux héros, consommé.s dans les armes, qui combattaient, arrosés de sang.
Tout était confus, l’armée ne distinguait rien ; tout était plongé dans les ténèbres, rien n’était défini parunc limite.
Ensuite, le généralissime des armées djt : « Ce temps pres.se ! n et il excita les Pândouides, quoiqu’ils n’eussent jamais besoin de ses instigation;?. 1,405—1,406 — 1,407.
Doués de bras vigoureux, les Pândouides obéissent à son ordre, et, s’enivrant de carnage, ils se précipitent vers le char de Drona, comme des cygnes sur un lac. 1,468.
« Prenez-le ! Courez ! Ne craignez pas ! Tranchez ! « se disaient-ils mutuellement. Ces cris tumultueux résonnaient en face du char de l’inaccessible Atchârya.
Mais Çalya, les deux Avantiens, Vinda et Anouvinda, le roi Djayadratha, Açvatthâm.an, Karna, K ripa et Drona les arrêtèrent. 1,400 — 1,410.
Quoique ex.altés par leurs nobles devoirs, inabordable.?, invincibles, les Pândouides et les Pàntchàlains, en butte aux coups des flèches, ne purent toucher Drona. 1,411.
Celui-ci au comble de la colère, décoebant ses traits par centaines, fit un immense carnage des Tchédiens, des Pàntchàlains et des Pândouides. 1,4 12.
On entendait en tous les points de l’espace, vénérable roi, le son de la corde de son arc, épouvantant les bommes, comme le bruit du tonnerre. 1,413.
DRONA-PARVA.
Dans cette conjoncture, Djishnou, après qu’il eut vaincu les nombreux conjurés, s’approcha du lieu où le vaillant Drona détruisait les Pàndouides. Victorieux des conjurés, Phàlgouna semblait aux yeux en avoir traversé les grands lacs aux ondes de sang, aux vastes tourbillons formés par des multitudes de flèches. 1,4IA — l,él5.
Nous vîmes le drapeau du singe enflaininô de splendeur, emblème de cet homme illustre, aux clartés semblables à l’éclat de l’astre lumineux.
Soleil, qui termine l’youga des Pàndouides, il avait consumé les Kourouides et desséché cette mer des conjurés, qui ne pouvait l’étro que par les rayons de ses astras. 1,417.
Aijouna incendia tous les Kourouides par la lumière de ses armes, tel qu’une comète, élevée sur l’horizon à la fin d’un yonga, en brûle tous les êtres. 1,418.
Atteints par les multitudes de ses milliers de traits, les éléphants, les chevaux, les chars et les guerriers tombèrent sur la terre, en proie aux tourments des flèclies. 1,419.
Blessés par les dards du Prithide, les uns poussaient des cris de détresse ; mais les autres ne jetaient pas un seul cri (1) ; ceux-là tombaient, l’ame exhalée. 1,420.
Se rappelant le serment du guerrier, il ne tua pas ceux des combattants, qui s'étaient enfuis, ou qui tombaient, en détournant la tête. 1,421.
Leurs chars admirables en fuite, et la plus grande partie des maîtres ayant la face tournée hors du combat, lesKou-
(1) Je peo?e, à cauRe de Tadverbe pounar et en raisoa de Taction précédente, que la prêposUien n apporte, daiiR son union avec le verbe iiw'dous, ta force de disjonction et qu'elle le aépKire de la aignificalioD du verbesitnple : c'est ici une aiMithése.
ibh
Lt; MAHA-BHARATA.
rouides de s’écrier : u Kariia I Karna ! » ou de soupirer : « Hélas! hélas! » 1,422,
A peine le fils d’Adliiratha eut-il entendu ces cris de gens, qui invoquaient son secours : « Ne craignez pas ! » dit-il ; et, sur cette promesse, il s’avança, la face tournée vera Arjouna. 1,423.
Alors le plus grand héros des Bharatides, l’inspirateur de la joie à tous les Bharatides, le plus excellent des lioiimies, qui savent les astras, de manifester l’astra du feu. 1,424.
Dhanandjaya courut avec ses multitudes de flèches sur les multitudes de flèches du guerrier aux grêles de flèches enflammées, qu’il décochait d’un arc enflammé, 1,425.
Quand l’Adhiralide eut arrêté les traits d'Arjouna, qui avaient la splendeur de la flamme, et l’astra au moyen de son astra, il poussa un cri et décocha de nouveaux traits. 1,426.
Dhrishtadyoumna, Bhîina et Sâtyaki au grand char s’approchent de Karna, et le percent chacun de trois .dards. 1,427.
Mais, aussitôt qu’il eut arrêté l’astra d’Arjouna avec ses pluies de flèches, Ràdhéya de trancher avec trois dards l’arc de ces trois guerriers. 1,428.
Les armes coupées, telles que des serpents, qui ont perdu leur venin, ces héros lui envoient de leur char des lances de fer, et poussent des cris comme des lions furieux. 1,429.
Ces grandes lances enflammées, à la vaste impétuosité, dardées par des mains vigoureuses, frappent, semblal)les a des serpents, sur le fils d’Adhiratha. 1,430,
Déchaînant ses multitudes de flèches, le rob ;ste Karna,
DRONA-PARVA.
les ayant coupées avec trois dards chacune, jeta des cris, en décochant ses traits au Prithide. 1 ,â31.
Et Arjouna, après qu’il eut percé de sept dards le fils de llàdhà, blessa de flèches à la pointe acérée le frère aîné de Karna. 1,A32.
Dès qu'il eut tué Çatroundjaya de six traits, il fit sauter aussitôt du char avec un trait en demi-lune, la tète de Vipâta. 1,433.
Kirlti de sa main seule tua ces trois frères germains du fils du cocher, à la face et sous les yeux des Dhritarâshtrides.
Ensuite, léger comme Garouda, s'étant élançé hors de son char, Bhlma, armé de la plus excellente des épées, immola quinze compagnons de Karna. 1,434 — 1,435.
Puis, étant remonté dans son char, où il prit un nouvel arc, il blessa avec dix flèches Karna ; avec cinq ses chevaux et son cocher. 1,436.
Dhrishtadyoumna, s’étant armé du meilleur des glaives et d’un bouclier resplendissant, extermina Tchandravannman et le Nishadain Vrihatkshattra. 1,437.
Cela fait, le Pàntchàlain remonte dans son char, où il prend un nouvel arc, blesse Karna de soixante-treize dards et pousse un cri dans ce combat. 1,438.
Çalvya, d’une splendeur égale à celle de la lune, saisit un autre arc ; il frappa le fils du cocher avec soixantequatre flèches, et rugit comme un lion. 1,439.
Avec deux bhallas, adroitement décochés, il trancha l’arc de Karna, et lança ensuite sur le héros lui-même trois dards en pleine poitrine, entre les deux bras. 1,440.
Enfin le roi Douryodhana, Drona et Djayadratha, arrachent Karna aux maim de Sàlyaki, et le retirent de celte mer, où il était comme submergé. 1,441.
LE MAHA-BIlAllATA.
Les autres, hommes de pied, cavaliers, chars, éléphants de ton parti, jetant la terreur parmi les coiiibattauts, se l>ortèient à la course vers Karna lui-même. 1,452.
Dhrishtadyoumna, Bhima, le Soubhadride, Arjouna, Nakoula et Sahadéva de voler, dans ce combat, à la défense de Sûtyaki. 1,443.
Ainsi, extrêmement épouvantable était cette bataille, engagée pour la perte de tous les guerriers, ce combat des tiens et des ennemis, d’hommes, qui tous avaient fait le sacrifice de leur vie. 1,444.
A pied ou monté sur des chevaux, des éléphants ou des chars, on combattait avec les fantassins, les chevaux, les chars ou les éléphants ; les maîtres de chars faisaient la guerre ,aux cavaliers, aux fantassins, aux éléphants ; les hommes de pied, jetés autour des chars, .aux éléphants, qui environnaient ces chars de combat. 1,445.
On voyait les cavaliers engagés avec les cavaliers, les éléphants avec les éléphants, les maîtres de chars avec les maîtres de chars, les hommes de pied avec les hommes de pied. 1,446.
Ainsi, la bataille était bien douée de toutes les qualités faites pour augmenter la joie des carnassiers; elle accroissait d’hommes intrépides, grâce à ces magnanimes, le sombre empire d’Yama. 1,447.
Les coursiers, les fantassins, les chars, les éléphants succombaient par troupes sous les éléphants, les coursiers, les chars et les guerriers ; les maîtres de chars tombaient sous les maîtres de chars, les armes levées ; les pachydermes tuaient les pachydermes ; les chevaux abattaient les chevaux ; les fantassins ma,ssacraient les compagnies de fantassins. l,44î>.
DRONA-PARVA.
Les chars exterminaient les éléphants ; les plus grands des proboscidiens immolaient des proboscidiens à la haute stature ; les hommes expiraient sous les chevaux; les plus excellents des chars envoyaient à la mort sur la terre les coursiers, montrant les dents, les yeux sortis de l’orbite, la langue pendante ; les cuirasses et les parures étaient broyées. I,ià9.
On périssait sous les meilleures des armes; on perdait la vie pour d’autres et nombreuses causes ; les éléphants, qui montraient de la crainte, étaient broyés sur la terre , meurtris par les roues des chars et les pieds des chevaux; un trouble immense régnait parmi les coursiers, les pachydermes et les hommes de pied atteints de blessures.
Tandis que sévissait là cet épouvantable carnage de gens, qui donnait du plaisir aux carnassiers, aux oiseaux, aux Rakshasas, les guerriers à la grande force erraient avec vigueur, irrités, sur le champ de bataille, s’entr’égorgeant les uns les autres. 1,450—1,451.
Les deux armées, bien détruites mutuellement en se voyant inondées par des Ilots de sang, fils de Bharata, se retirèrent lentement au sein de leurs quartiers, à l’heure où l’astre du jour est parvenu au mont Astra. 1,452,
LA MORT D’ABHIMAÎJYOU.
Nous iivions été rompus dans le jour précédent ; le projet de Drona était frappé de stérilité, Youdhishthira état bien gardé ; tous les tiens, la cuirasse brisée, avaient donc été vaincus dans le combat. Couverts de poussière, infiniment troublés, interrogeant tous les points de l'espace, nous avions conclu une suspension d’armes avec le con sentementdu Bliaradwàdjide; les ennemis, parvenus à leur but, nous avaient abandonnés, et nous étions les objets d’une grande moquerie au sujet du combat.
Tandis que tous les êtres vantaient les qualités sans nombre de Phâlgouna, et que l’amitié de Kéçava pour Arjouna était la matière de tous les entretiens, les Kourouides semblaient voir dans ce fait le blâme de leur conduite et demeuraient plongés dans le silence de leurs réflexions. Alors Douryodbana de parler en ces termes à Drona, au temps de l’aube matinale. 1.456—1,457.
DRONA-PARVA.
Irrité, affligé du succès de l’ennemi, mais habile à manier le discours, il tintce langage, avec affection et respect, aux oreilles de tous les guerriers : 1 ,â58.
« Nous sommes. (1), assurément ! un parti condamné à la mort, è le plus sage des brahuies ; car tu ne réussis pas maintenant à faire prisonnier Youdhishthira, quoiqu’il se soit offert devant toi ! 1,459.
« Si tu le voulais et si tu avais le désir de faire le prince ton prisonnier, cet ennemi, tombé sous tes yeux dans le combat, ne t’échapperait pas, tout défendu qu’il soit par les Pàndouides, comme par des Immortels. 1,460.
» Quand tu as accordé une grâce, tu te plais ensuite à faire l’opposé; mais les nobles cœurs ne brisent jamais ainsi les espérances d’un fidèle *em’/rur. » 1,461.
Plein de confusion à ces paroles : « Tu ne peux me connaître sous de telles couleurs, dit le Bharadwâdjideau monarque, moi, qui marche toujours dans ce qui t’est agréable. 1,462.
1) Les mondes, unis aux Rakshasas, aux'Ouragas, aux Yakshas, aux Gandbarvas, aux Asouras et aux Dieux mômes, ne seraient point capables de le vaincre, quand il e.st défendu par Kirîti. 1,463.
» De qui, s’il n’est Cica-TiTambaka lui-même, seigneur, les troupes s’en iraient-elles combattre là où sont Govinda, le créateur du monde, et Arjouna, le général des armées ?
» Je te dis la vérité, mon fils ; ce ne sera jamais autrement. Cependant, je combattrai le grand héros, leur vaillant chef. 1,464 — 1 ,465.
» J’étabbrai un ordre de bataille, que ne pourraient
{\f Bhavataff texte Bombay.
briser les Dieux mêmes : mais qu’on imagine un moyen quelconque, sire, pour écarter Arjouna. 1,400.
1) Il n’est rien, qui lui soit inconnu et qu’il ne puisse accomplir dans un combat ; il a recueilli çà et là entièrement la science de toute chose. » 1,407,
Tandis que Drona tenait ce langage, les troupes des conjurés provoquèrent de nouveau Arjouna à la bataille vers la plage méridionale. 1,408.
Ensuite s’éleva le combat du Prithideavec les ennemis, tel que jamais nulle part on n’entendit parler d’un pareil et l’on n’en vit un semblable. 1,409.
Alors brilla l’ordre de bataille, disposé par Drona; la vue en était aussi difficile à soutenir que celle du soleil brûlant, sire, quand il s’avance dans le milieu du jour.
Abhimanyou, à la voix du frère aîné de son père, brisa en plusieurs parties, Bharatide, cet ordre de bataille en disque de guerre, difficile à rompre dans le combat.
Après qu’il eut exécuté cet exploit ardu et tué des héros par milliers, aux prises avec six vaillants hommes, il tomba au pouvoir du fils de Douççàsana. 1,472.
Le Soubhadride abandonna le souille de la vie, terrible défenseur de la terre ; nous fûmes au comble de l'allégresse, mais le chagrin consuma les Pândouides. 1,473.
La mort d’ Abhimanyou arrivée, sire, nous conclûmes une supension d’armes. 1,474.
« Mon cœur est déchiré cruellement, Sandjaya, interrompit Dhritarûshtra, en recevant la nouvelle qu’il a succombé dans la bataille ce fils du lion des hommes, avant qu’il n’eût atteint l’âge de la jeunesse ! 1,475.
» Un devoir de kshatrya épouvantable est imposé aux
DRONAPARVA.
Kil
liommes, qui marchent dans le sentier du devoir, puisque le désir d’un royaume put faire que des héros ont dirigé leurs flèches contre un enfant! I,i7(î.
» Dis-moi, fils de Gavalgani, comment des gens nombreux, consommés dans les armes, ont pu tuer cet enfant, environné d’une extrême félicité et de qui jamais la crainte n’arrêtait les pas. 1,477.
» Raconte-moi, Sandjaya, comment le Soubhadride à la force sans mesure se jouait, dans la bataille, de l’armée des chars, où il semait la terreur. » 1,478.
Écoute avec attention, sire, lui répondit Sandjaya, je vais te narrer entièrement la catastrophe du Soubhadride, sur laquelle, Indra des rois, tu m’adresses ta question.
Je te dirai comment cet héroïque enfant se jouait de l’armée de chars, où il jetait la terreur; et comment il a brisé des héros difficiles à vaincre, animés par le désir de la victoire. 1,479 — 1,480.
I.a crainte agitait les tiens, comme, dans une forêt plantureuse d’arbres, de gazons et de broussailles, les animaux du bois, environnés par les flammes d’un incendie.
Insurmontables aux Dieux mêmes et méprisant la fatigue, les cinq Pândouides aux actions terribles dans les combats goûtaient, dans la compagnie de Krishna, le fruit de leur prouesse. 1,481 — 1,482.
11 n’existe pas, il n’a jamais existé et jamais il n’existera même un homme leur égal en naissance, en œuvres, en courage, en intelligence, en renommée, en gloire, en faveurs de la fortune. 1 ,483.
Certes ! le roi Youdhishthira dompté, qui se plaît dans le devoir de la vérité, sera toujours digne du ciel par son respect des brahmes et ses autres qualités. 1,484.
VIH 11
FÆ MAHA-BHARATA.
On dit que ces trois personnes, sire, ont une puissance égale : la Mort à la fin d’un youga, le vigoureux Djamadagnide et Bhlniaséna, debout sur son char. l,âS5.
Je ne vois rien sur la terre, qui soit égal au fils de Prithâ, qui tient l'arc Gândtva dans les combats, qui est adroit et fidèle aux choses de sa promesse. 1,486.
Ces six qualités sont inhérentes à Nakoula : le courage, une beauté incomparable, la répression des sens, la constance dans ses vœux, la modestie et une alTection infinie à l’égard de ses gourous. 1,487.
Sahadéva est, assurément, un héros égal aux Dieux Açvins par la valeur, la grâce des formes, la qualité du bien, la douceur et la profondeur du savoir. 1,488.
Mais cette réunion d’avantages accrus dans Krishna, augmentés dans les fils de Pândou, on les voyait tous rassemblés dans Abhimanyou. 1,489.
11 était, par sa fermeté, égal à Youdhishthira, par sa conduite à Krishna, par ses actions vigoureuses à Bhîmaséna aux œuvres épouvantables. 1,490.
11 était, pour la beauté, la bravoure et la science, égal à Dhanandjaya, pour la modestie à Nakoula et Sahadéva.
H Je désire entendre complètement, cocher, intei-rompit Dhritarâshtra, comment est tombé, sur le champ de bataille, Abhimanyou, l’invincible Soubhadride. »
Sois attentif, grand roi, lui répondit Sandjaya ; supporte cet intolérable chagrin : je vais te raconter la mort de ton noble parent; écoute bien cette hhlcire. 1,493.
Tous les rois, égaux à Çakra, furent placés dans cet ordre de bataille en disque de guerre, établi par l’Atchârya, 1,494.
DRONA-PARVA.
Les adolescents, environnés de la splendeur du soleil, furent mis aux lieux, où étaient les portes ; c’était alors une réunion de tous les fils de rois. 1,495.
Tous avaient prononcé le serment de l’initiation ; tous avaient des drapeaux couverts d’or, tous portaient des robes d’or, tous avaient des parures d’or 1,496.
Tous arboraient des enseignes d’or, tous étaient ornés de bouquets d’or ; les membres frottés d’aloësetdesandal, ils étalaient des guirlandes et des robes du tissu le plus délié. 1,497.
Désirant le combat, tous réunis, de courir sur l’Arjounide ; ils étaient dix milliers d'arcliers aux solides arcs.
Ils avaient mis à leur tète Lakslimana, ton petit-fils, d’un aspect agréable : tous, ils avaient les peines en commun ; tous, il avaient les mômes haines.
Ils rivalisaient l’un avec l’autre, ils se complaisaient dans leur bien mutuellement. Le roi Douryodliaiia, beau, semblable au souverain des Dieux, abrité sous une blanche ombrelle, environné de Kripa, Douççâsana et Karna, se tenait, Indra des rois, au milieu de l’armée.
En face de lui et tel qu’un soleil à son lever, était le généralissime de l’armée, Drona, sous les pompes de l’éventail et du chasse-mouche. 1 ,502.
Ensuite, venait le favori de la fortune, le roi du Sindhou, semblable au mont Mérou ; à ses côtés s’étaient rangés les guerriers, qui avaient mis Açvatthàman à leur tête.
C’étaient, grand roi, tes fils, pareils aux trente Tridaças, le roi du Gàndâra le joueur, Çalya et Bhoùriçravas,
Fameux héros, qui brillaient aux côtés du roi de Sindhou. Alors un combat tumultueux, horripilant, qui fit revenir la mort elle-même sur ses pas, de s’élever entre les tiens et les ennemis. 1,505 — 1,506.
Les Prithides s'approchèrent, Bhîmaséna à leur tête, de cette armée indomptable, que défendait le Bharadwâdjide.
Sâlyaki, Tchékitâna, Dhrishtadyoumna le Prishalide, le vaillant Kounlibhodja et Droupada au grand char,
L’Arjounide, Kshattradhîirman et le robuste Vrihatkshattra, le roi de Tchédi Dhrishtakétou, les deux fils de Mâdri, Ghatotkatcha, 1,500.
Le brave A’oudhâmanyou et l’invincible Çikandî, l’inaffrontable Outtamaàudjas et le grand héros Virâta, l,51(i.
I.es Draâupadéyains irrités, et le vigoureux Çiçoupàlide, les Kaikayains aux vastes forces et les Srindjayas par milliers; 1,511.
Ceux-ci et d’autres avec leurs armées, remplis, comme eux, de la cruelle ivresse des combats et consommés dans les armes, fondirent, d’un pied léger, sur le Bharadwàdjide, désireux de le combattre. 1,612.
Mais, sans trouble, le vigoureux fils de Bharadwâdja les arrêU dans leur marche vers lui avec une grande multitude de flèches : 1,513.
Telle se divi.se une masse con.sidérable d’eau, lorsqu’elle est arrivée devant l’obstacle insurmontable d’une montagne. Malgré sa ré'ishince, ils s’avancent vers Drona,
1 omme les flots de l’océan vers son rivage. 1 ,514.
Mais, accablés de tivaits, envoyés par son arc, les Pândouides, sire, ne purent tenir de pied ferme en présence du fils de Bharadwâdja. 1,515.
DRONA-PAllVA.
ie5
Nous vîmes la force merveilleuse de ses bras ; car il fut impossible de s’avancer vers lui aux Pàndouides, accompagnés des Srindjayas. 1,516.
A’oudhishthira, dès qu’il vit le brali me s’approcher dans une extrême colère, pensa mainte fois aux moyens d’arrêter Drona. 1,517.
Il songea qu’il n’y avait pas d’autre obstacle à jeter devant lui, et imposa au Soubhadridc la charge d’entraver l'irrésistible guerrier. 1,518.
Il adressa ce langage à Abliimanyou d’une force sans mesure, l'inimolateur des héros ennemis, non inférieur au Vasoudévide et à Phàlgouna : 1,519.
« Va, mon fils, et agis de manière que nous ne soyons pas exposés aux reproches d'Aijouna! Nous ne voyons aucun moyen de rompre cet ordre de bataille en disque de guerre. 1,520.
» Pradyoumna, ou Krishna, ou bien Aijouna, ou toi, jeune homme aux grands bras, vous êtes capiibles d’enfoncer cette disposition en tchakra ; mais on n’en trouve pas un cinquième. 1,521.
» Daigne accorder cette grâce, que sollicitent de toi, .Abhimanyou, tes pères, tes oncles maternels et les années entièrement. 1,522.
« Que, revenu du combat, mon fils, Dhanandjaya no puisse nous adresser des reproches : avance-toi, extermine l’année de Drona aux rapides astras ! » 1,523.
« Désirant la victoire de mes pères, lui répondit Abhimanyou, je vais entrer, sans balancer, dans l’armée de Drona, ferme, infiniment terrible et la meilleure des* m mées. 1,52A.
» Certes ! quand mon [lère m’enseigne dans l’extermi-
nation de l’armée un moyen de salut, je ne puis sortir du combat, quelle qu’y soit mon infortune ! » 1,525,
« Enfonce cette armée, 6 le meilleur des combattants, reprit Youdhishthira ; ouvre-nous une porte, et nous te suivrons, mon fils, par celle où tu feras ta route. 1,526.
« Nous te suivrons, tournant avec attention les yeux de tous les côtés, pour te défendre dans les combats, mon fils, toi, qui es l’égal de Dhanandjaya. » 1,527.
« Je te suivrai, moi, dit Bhlmaséiia, et Dhrishtadyoumna, et Sàtyaki, et les Pàntchâlains, et les Kalkayains, et tous les fortunés Matsyas. 1,528.
» Une fois brisé par toi cet ordre de bataille, nous ensuite, immolant çà et là tout ce qu’il y a de plus brave parmi les combattants, nous leur ferons mordre à tous la poussière. » 1,529.
« Bouillant de colère, tel que Garouda, reprit Abhimanyou, j’entrerai dans cette armée de Drona, inaccessible, flamboyante comme le feu. 1,530.
» J’accomplirai aujourd’hui cette action pour le bien de l'une et de l’autre famille; j'exécuterai ce qui fera la joie de mon père et de mon oncle maternel. 1,531.
» Tous les êtres seront témoins du trouble, que mon bras seul d’enfant jetera dans les combats au milieu des troupes de ces armées ennemies. 1,532.
I) Je ne suis pas le lils du l’rilbide, je ne suis pas né de Soubhadrâ, si je ne délivre aujourd’hui de la vie tout homme, qui viendra se présenter à moi dans le combat 1
n Si je ne fais p.as avec mon seul char huit morceaux dans le combat de ce cercle entier de kshatryus, je ne suis pas le lils d'Arjouna ! » 1,533 — l,53â.
« Ainsi puissent les Dieux ajouter à ta force, Soubha-
DRONA-PARVA.
dritle, pour que tu sois capable d’enfoncer, comme tu dis, l’inaccessible armée de Drona, repartit Youdhishthira,
» Défendue par les plus vaillants guerriers aux grands arcs, à la grande vigueur, qui i-essemblent à Maroute, aux Poudras, aux Sàdhyas, et qui ont le courage des Vasous, du feu et du soleil ! « 1,535 — 1,536.
A ces mots d'Youdhishthira, Abhiraanyou excita son cocher Soumitra : « Pousse rapidement dans le combat tes chevaux vers l’armée de Drona. » 1,537.
11 pressa donc contre l’armée ennemie le conducteur de ses chevaux (1). 1,538.
Kxcité par lui : « Marche ! marche! » le cocher répondit ces paroles, sire, à Abhimanyou : 1,539.
« Les Pândouides viennent de t’imposer, vénérable jeune homme, une charge excessive et périlleuse : commence par réfléchir dans ton esprit sur ta force, et veuille ensuite combattre. I,5â0.
» En ellét, Drona l’Atchàrya est un homme adroit, qui s’est fatigué pour acquérir les plus puissants astras; et toi, tu es habile dans la guerre (2), c’est vrnil mais tu fus élevé au milieu des plus grandes délices.» l,5âl.
« Cocher, lui répondit en riant Abhimanyou , quel Drona peut valoir une famille et un kshalrya complet? Je livrerais, au front de la bataille, un combat .A Çakra luiméine, accompagné des années immortelles : mon cœur de kshalrya ne ressent à cette heure aucun étonnement.
» Cette armée d’ennemis n’est pas à mes yeux plus qu’un
(1) Tautologie, répétition <lu Ter» précédent.
(2) yojdd/uiüiçarada^t tcito de lîombay.
seizième kalâ (1) ! Ne crains pas! La terreur me suivra, secondé dans le combat par la pensée qu’Arjouna est mon père et que Vishnou, le vainqueur du monde entier, est mon oncle maternel. » Abhinianyou, méprisant les paroles de son cocher, lui dit encore : « Marche, sans différer, à l’armée de Drona ! » Et le cocher, son cœur dans la tristesse, d’aiguillonner ses chevaux, âgés de trois ans, couverts d’ornements d’or. Poussés par Soumitra vers l’armée de Drona, les coursiers
Y coururent, sire, pleins de force et de vitesse. Aussitôt qu’ils le virent s’approcher ainsi, tous les Kourouides. sous les ordres de Drona, s’élancèrent à sa rencontre, et les Pândouides le suivirent. 1,548 — 1,54P.
Arborant pour son drapeau le plus excellent des karnikaras et revêtu d’une cuirasse d’or, l’Arjounide, inférieur 4 Arjouna seul, attaqua sans terreur, dans son désir de combattre, les principaux guerriers de Drona, comme un jeune lionceau fond sur des éléphants. 1,550.
Ceux-ci, remplis de joie, livrèrent un combat, destructeur des hommes : ce fut un moment tel qu’un tourbillon de la Gangâ qui se jette dans la mer. 1,551.
Alors s’éleva, sire, une bataille tumultueuse, bien épouvantable, de héros, qui se faisaient la guerre et s’entrégorgeaient les uns les autres. 1,552.
Tandis que s’agitait ce combat plus qii’éponvantable. l’Arjounide pénétra dans cet ordre de bataille, qu’il enfonça en dépit de Drona. 1,553.
Des troupes de fantassins, de chars, de guerriers, mon-
(i) La Mîizicaui partie du diamèlru de la lune.
DRONA-PARVA.
lés sur des éléphants et des chevaux, environnèrent, pleines de joie, ce héros à la grande force entré au milieu des ennemis, que son bras immolait. 1,554.
Les .sons des divers instruments de musique, les menaces, les cris de guerre, les clameurs de bataille, les vociférations, les rugissements, les ordres de : « Arrête! arrête! » les terribles voix de : « Hala! hala!... N'approche pas!... Arrête!... Viens à moi (1)! » prononcés par les uns; « Me voici, moi, ton ennemi! » répétés par les autres mainte et mainte fois, le barrit des éléphants, le tintement des clochettes, les rires, le piétinement des chevaux, le bruit des roues faisaient résonner la terre. On fuyait l’Arjounide çà et là. 1,555 — 1,550 — 1,557,
Le vaillant guerrier à la grande force ('2), aux ra)>ides astras, qui savait l’endroit des articulations, perça d’une main prompte, sire (3), les combattants, qui accouraient, de ses flèches, qui fendaient les articulations. 1,558.
Malgré les blessures de flèches acérées, empieintes de différents caractères, ils fondirent sur lui dans le combat, poussés par le désir de la mort, comme des sauterelles dans le feu. 1,550.
Alors, il couvrit la terre de leurs corps et de leurs membres détachés, tel que, dans un sacrifice, on couvre d’herbes kouç.as la circonférence de l’autel. 1,500.
L’Arjounide tranchait aux liens, p.ar milliers, les maniques, défenses de leurs doigts, les flèches et les arcs, l'épée et le bouclier, le croc et les rênes, les leviers de
fl) Aihi widrt, lê-ile fie Bombay.
3) XwUd édition de Bombay.
(3) Râdjany même texte.
fer, les haches, les massues, les balles de fer, les traits barbelés, les sabres et les pattiças (1), les bhindipâlas, les pilons, les tridents, les dards et les kampanas, les aiguillons, les grandes conques, les lances, les ciocs (2), les maillets d'armes, les javelots, les lacets, les pilons et les pierres, les colliers, les bracelets, les onguents d’une odeur exquise et ravissante.
I.a terre, telle que si Garoiida l'eût jonchée de serpents déchirés à cinq chefs, resplendissait de têtes, qui brillaient mêlées avec le sang, ornées d'un beau nez (3), d'une jolie bouche, de cheveux charmants, de^pendeloqiies intactes, versant le cruor flots et mordant de colère la coupe de leurs lèvres. 1,565 — 1 ,566.
Elles portaient des bouquets de fleurs agréables aux yeux, des turbans ou des diadèmes, parés de perles ou de pierreries, et .semblables à ce que sont, dans le ciel, le .soleil et la lune ; elles offraient les formes des lotus séparés de leurs tiges. 1 ,567.
Le Phâlgounide couvrit la terre, en ce jour, de nombreuses tètes d’ennemis aux célestes odeurs, et qui semblaient encore prononcer des paroles affectueuses et •sages. 1,568.
Il renversa des chars divers, pareils .’i la ville des Candharvas, les premiers par le joug, aux flanc.s ornés de peintures, inclinés par leurs timons, rejetés loin d’eux.
Qui avaient leur .appareil de guerre brisé, qui étaient
(1) Avant ce raot, il en est un dt^jà nommé, les leviers de fer.
(2) lolcrprélatioii du commentaire.
(3) Soundè'du, édition de Bombay.
DRONA-PARVA.
sans siège, sans caisse de voiture, sans roues, et dont les maîtres gisaient parmi les débris, sans pied ni jambe, sans nez, les dents cassées, leurs couvertures éparses. Il tailla en pièces, par milliers, en tous les points de l’espace, Bharatide, les combattants frappés de ses flèches.
Puis, s’attaquant aux éléphants et à leurs cavaliers, il abattit les bannières, les crocs, les drapeaux, les carquois, les armures, les ceintures de pachydermes, les tapis et les colliers des proboscidiens. 1,57’2.
Avec ses (lèches à la pointe aiguë, il trancha les clochettes, les trompes, l’extrémité des défenses, les ombrelles (1), les guirlandes et les suivants de pied des ennemis. 1,573.
Il resplendissait, immolant tes compagnies d’éléphants inondés de sang, d’urine, d’excréments, les chevaux (2) de bonne race, légers, à l’œil, à l'oreille, à la queue fermes, nés dans le Balkhan, le Kambodje, le Vanàyou et les montagnes, conduits par des cavaliers instruits, combattants avec le trait barbelé, le sabre et la lance de fer. Il frappait ces guerriers eux-mèmes, la cuirasse et le bouclier rompus, les clochettes brisées, leurs riches tiares renversées, les chasses-mouches abattus çà et là. (les iiiiil/ievreiises bêtes avaient la langue pendante, les yeux sortis de l'orbite; elles portaient les entrailles et le foie chassés de leur bassin, et réjouissaient les troupes des carnassiers à la vue de ce gras festin.
(t) Tchfinlra, éditiou de üombay.
(2) Le» dcMX leAte» écrivent ici vtïhùias; mais il est évUlenl (|u'ü faut mettre vàdjinaSf des coursiers, equos.
Ainsi, seul, coranie Vishnou, il avait exécuté cette prouesse difficile, supérieure, inconcevable (1), et il avait broyé le corps de ta grande armée, comme Tryambaka, le Dieu aux trois yeux, à la vigueur infinie, avait jadis brisé l’épouvantable armée des Asouras. Quand il eut accompli, dans cette bataille, une œuvre intolérable aux ennemis dans le combat, l’Arjounide 1,578 — 1,579.
Rompit môme entièrement tes troupes de fantiissins. Dès qu’ils eurent vu ton armée très-mal traitée de celte manière sous les flèches acérées du Soubhadride seul, telle que l’armée des Asouras par Kàrttikéya, tes fils, jetant les regards sur les dix points de l’espace,
La bouche desséchée, les yeux vacillants, couverts de sueur, le poil hérissé, privés de force pour disputer davantage la victoire à l’ennemi, les faeuhés de leur âme tournées vers la fuite, 1,580 — 1,581 — 1,582.
Désirant la vie, gémissants, s’adressant avec des cris mutuels les noms de leurs familles, abandonnaui [lariiii les morts, alliés, parents, frères, pères et fils, quittaient le champ de bataille, hâtant la course de leurs chevaux et de leurs éléphants. 1,583 — l,58â.
Aussitôt qu’il vit son armée brisée par le jeune héros à la force sans mesure, Doiiryodliana, vivement irrité, fondit lui-môine sur le Soubhadride. 1,585.
Dès qu’il vit le roi s’avancer dans le combat vers l’adolescent guerrier, Drona de parler ainsi aux combattants, souverains des peuples, qui l’environnaient : 1,580.
<1 Avant que le vigoureux Abhimanyou n’abatte sous nos yeux cette noble enseigne, fondez sur lui! Ne craignez pas! Sauvez le fils de Kourou ! » 1,587.
{i) Textti de Iloinbay.
DRON.\-PARVA.
Alors ses puissants et victorieux amis, reconnaissants de ses hii nfaits, d’environner en ce moment ton héroïque lils. 1,583.
Drona, le Dronide, Kripa, Karna, Kritavarman et le Suubalide, Vrihadbala, le roi du Madra, le fort Bhoùriçravas, Cala, Paàurava et Vrisliaséna, déchaînant des liait-s acérés, arrêtèrent le Soubhadride avec une grande averse de flèches; 1,589 — 1,590.
Et, l’ayant fasciné, ils sauvèrent Douryodhana; mais le fils d’Arjouna ne put supporter qu’ils eussent arraché de sa bouche, pour ainsi dire, cette proie. 1,591.
Le Soubhadride, avec une épaisse multitude de flèches, contraignit ces grands héros à tourner le dos avec leurs chevaux, avec leurs cochers, et poussa le rugissement du lion. 1,59*2.
Mais les braves guerriers, irrités, à la tête desquels marchait Drona, ne purent pas souffrir l’audition de ce cri, qui ressemblait à celui d’un lion, affamé de chair. 1,593.
Après qu’ils l’eurent cerné entièrement avec une foule de chars, ils décochèrent sur lui des multitudes de traits, marqués de caractères variés. 1,594.
Ton petit-fils les coupa dans l’air de flèches acérées et perça les archers eux-mêmes : ce fut comme une chose merveilleuse. 1,595.
' Irrités par lui et brûlants de le tuer, ils enfermèrent le Soubhadride, qui ns savait pas fuir, dans un cercle de traits, semblables à des serpents. 1,59(5.
L’Arjounide seul, tel qu’un rivage, éminent Bharalide, contint avec ses flèches cet océan de tes armées, pareil ii uné mer répandue à l’entour dune ‘de. 1,597.
Parmi tous ces héros, qui coinbatfaient et se détruisaient
l’un l’autre, il n’y eut personne, qui tournât le dos, soit de la part d'Abhiuianyou, soit du côté des ennemis.
Tandis que s’agitait ce combat horrible , inspirant l’épouvante, Doussaha perça de neuf traits Abhimanyou;
Douççàsana de douze, Kripa le Çaradvatide de trois ; mais Drona de dix-sept flèches, semblables à des serpents ; 1 ,600.
Vivinçati de soixante-dix, Kritavarman de sept, Vri- , hadbala de huit, Açvatthàman de sept; llhoùriçravas de trois dards, le souverain du Madra de six traits, Çakonni de deux flèches, et Dourjodhana, sire, de trois projectiles. 1,601 — 1,602.
L’auguste Abhimanyou, l’arc à sa main et comme s’il dansait, Mahârâdja, les blessa en retour de trois dards chacun. 1,603.
Effrayé par tes fils et bouillant de colère, il fit admirer la vigueur, qu’il devait aux leçons du maitre et à laynatique de son art. l,60â.
11 arrêta le flls d’Açmaka, qui accourait avec ses chevaux domptés, soumis à la voix du cocher et rapides comme le vent ou Garouda. 1,605.
Le fortuné et vigoureux fils d’Açmaka, s’étant placé en face du Soubhadride, le blessa de dix flèches et lui cria :
K Arrête ! arrête là 1 » 1,606.
Abhimanyou avec dix flèches abattit son cocher, ses chevaux, son drapeau (1), et fit tomber en riant sur la terre ses deux bras, son arc et sa tête. 1,607,
Quand ce héros, qui avait pour chef Açmaka, eut suc-
(1) DwaJjan, texte de Bombay»
DRONA-PARVA.
coinbé sous les coups du Soubhadride, toute son artn(''e plia, ne pensant qu'à fuir. 1,608.
Ensuite Karna, Kripa, Drona, le Dronide, le roi du Gàndhâra, Cala, Çalya, Bhoûriçravas, Krâtha, Soniadatla, Vivinçati, Vrishaséna et Soushéna, Koundabhédi, Pratarddana, Vrindaràka, Lalittlia, Prabàhou, Dîighalotchana et Douryodhaiia irrité l’ensevelirent (1) sous des pluies de flèches. Profondément blessé des traits, lancés par ccs guerriers aux grands arcs, Abhimanyou
Saisit à l’intention de Karna un dard, qui brisait les cuirasses et les corps. Aussitôt qu’il eut rompu sa cuiras.se et fendu son corps, le trait 1,612.
Pénétra dans la terre, sire, comme un serpent dans une fourmillière. Le guerrier fut troublé de ce coup .violent jusqu’à en chanceler. 1,613.
Karna fut ébranlé dans ce combat, tel qu’une montagne dans un tremblement de terre. Le vigoureux héros irrité frappa trois guerriers de trois nouveaux traits acérés : Soushéna, Dîrghalotchana et Koundabhédi. Karna de lui décocher vingt-cinq nàrâtchas ; Açvatthâman vingt et Kritavaruian sept. Irrité de ces dards, qui couvraient tous ses membres, l’enfant du fils d’Indra
Était vu, se promenant au milieu des armées, de même que la mort, son lacet à la main. Çalya se trouvait prés de lui, il fut enseveli sous une pluie de flèches. 1,617.
I.Æ héros aux longs bras poussait de grands cris, effrayant tes armées. Ensuite le jeune guerrier, instruit dans les
(1) Avniirm, édition de Bomliay.
astras, perça de ses flèches, qui fendaient les membres, le roi Çalya, qui s’ affaissa sur son char et perdit connaissance. Quand elle le vit ainsi blessé sous les yeux du Bharadwâdjide par l’illustre fils de Soubhadrà, toute l'armée s'élança; mais dès qu’elle vit le héros aux longs bras, couvert de dards empennés d’or, fixer sur elle ses yeux,
Les liens s'enfuirent, comme des gazelles attaquées par un lion. 1,6*21.
Honoré pour la renommée du combat par les chœurs (les Siddhas, des Tchâranas, des Mânes, des Dieux et p.ar les troupes des êtres, qui vivent (1) sur la surface de la terre, il brillait à l’instar (2) du feu, arrosé de beurre clarifié. 1,622.
« Qui des miens, reprit Dhritarâshtra, ont arrêté dans le combat ce fils d’Arjouna, tandis qu’il écrasait ainsi de ses flèches les héros aux grands arcs ?» 1 ,(523.
Ecoule, sire, lui répondit Sandjaya, le grand jeu, qu’a joué dans ce combat l’adolescent guerrier, qui désirait enfoncer l’armée des chars, défendue par le Bharadwîdjide. 1,624.
Lorsque le frère puîné de Çalya eut vu le souverain du Madra immolé dans la bataille par les flèches du Soubhadride, il s’avança avec colère, dispersant ses flèches.
L’Arjounide, à la main prompte, de trancher avec des traits la couche (3), la caisse du char, son cocher, son drapeau, son ombrelle, ses quatre chevaux, ses pieds, ses mains, son cou et sa tête, son drapeau de guerre, ses
(î-2) AvnnUaîagalais yath\f telle de Bombay.
(3^ lalpanif éditioo de Bombay.
DRONA-PARVA.
carquois, son joug, son timon, le plancher de sa voiture, son guidon, les deux gardes de ses roues, et tout son appareil de combat. Personne ne le vit- plus, il tomba détruit sur la terre, ses robes et ses parures dispersées.
L'adolescent à la vigueur sans mesure le brisa comme le vent brise une grande montagne; et ses suivants de s’enfuir épouvantés à tous les points de l’espace. 1,629,
A la vue de cet exploit de l’Arjounide, tous lesBhoùlas de s’écrier (1) partout en ces termes, fils de Bharata : « Bien 1 Bien ! » 1,630.
Quand le fils d’ArJouna eut brisé le frère de Çalya, les guerriers proclamèrent les noms, la demeure, la famille de ce héros bien vanté. 1 ,631 .
Des hommes aux vastes forces couraient avec colère, tenant k la main des armes diverses, les uns sur des chevaux, des éléphants et des chars, les autres à pied.
Menaçant le fils d'ArJouna avec le grand bruit des flèches, avec le fracas de la roue des chars, avec des rugissements, des grincements de dents, des vociférations, des cris de guerre, des invectives et d’autres sons provocateurs de la corde des arcs. Us disaient : a Vivant, tu ne pourras nous jeter hors de la vie 1 »
Dès que le Soubhadride les entendit parler ainsi, il blessa en riant, pour ainsi dire, chacun de ceux, qui avaient commencé par l’attaquer lui-même. 1,635.
Voulant montrer des astras divers et légers, l’héroïque Arjounide livra d’abord un combat avec douceur. 1,636.
(1) Sampran^dous, texte de Bombay.
Le Krishnide, que nulle dilTérence ne séparait des deux Khrishnas, fit voir quel astra il avait reçu de Dhanandjaya, quel antre il avait reçu du Vasoudévide. 1,637.
Qu'inspirer la terreur mainte fois est une charge pesante et loin des forces humaines (1) ! Soit qu’il encochât ou décochât ses flèches, on n’entrevoyait aucun intervalle. 1,638.
On voyait briller dans toutes les plages de l’horizon le cercle de son arc; tel resplendit en la saison de l’automne le disque flamboyant du soleil. 1,639.
On entendait le son de la corde, fils de Bharata, ce bruit de la surface, qui ressemblait au fracas du nuage, vomissant les éclats des grandes foudres dans la saison.
Plein de pudeur, d’un aspect agréable, rendant l’honnepr à qui de droit, mais irascible, il combattait avec les astras et les flèches, désirant honorer les héros.
Né doux, il était devenu épouvantable, grand roi, comme le divin auteur du jour, victorieux des pluies au temps de l’automne. 1,642.
11 décocha mainte fois avec colère et par centaines ses traits divers, empennés d’or, aiguisés sur la pierre, comme le soleil ses rayons de lumière. 1 ,643.
Le guerrier â la haute renommée inonda, sous les yeux du Bharadwâdjide, l’armée des chars de dards â fer de cheval, de vatsandantas, de flèches en fer, de demi-
(1) Sous ne tovous aucun moyen de rendre ces accusatifs, jetés là'au milieu du loitc et qui ne dépendent, ni d’une préposition exprimée, ni du ^erbe de la phrase, qui précède, ni du verbe de la phrase suivante, que de les considérer comme une interjection. Art de la ponctuation dans nos langues modernes, que tu es à loi ^eul uu lucide commentaire !
DRONV-PAIWA'.
lunes, de bhallns et même d’andjalikas. Ensuite, cette armée de tourner le dos sous l’atteinte des traits.
B Mon âme est partagée en deux, Sandjaya, entre la honte et la joie, s’enquit Dhritarâshtra, quand je pense que cette armée de mon fils fut arrêtée par le Soubhadride. 1,6/16.
» Raconte-moi tout avec étendue, fils de Gavalgani ; quel fut CO jeu du Soubhadride, comme celui de Skbanda avec les Asouras. » 1,647.
Eh bien ! je te dirai, lui répondit Sandjaya, ce carnage plus qu’épouvantable, et comment fut ce combat tumultueux d’un seul contre un grand nombre, 1 ,648.
Debout sur son char, Abhimanyou, le maître de chars aux efforts consommés, déch.aina scs pluies homicides sur tous les tiens, dompteur des ennemis, maître des chars aux efforts consommés. 1,649.
Tel qu’une torche à la roue d’une voiture, il envoy.a rapidement ses dards à Drona, à Kripa, à Çalya, au Dronide, à Bhodja, à Vrihadbara, â Douryodhana, au Som.adattide, au vigoureux Çakouni, .A tous les différents monarques, aux fils de rois et aux armées diverses.
L’auguste Soubhadride se montra impétueux dans tous les points de l’espace, fils de Bharata, immolant les ennemis avec des astras supérieurs. 1 ,650 — 1,051 — 1 ,652.
A la vue de cette prouesse de l’Arjounide à la vigueur sans me.sure, tes armées furent ébranlées mainte et mainte fois. 1,653.
L’auguste Bharadwâdjide à la grande science , ses yeux épanouis de joie, tint alor , hâtant ses paroles, ce langage à Kripa : 1,654.
LElMAHA-BHARATA.
II semblait exciter le cmur de ton fils, Bharatide, en voyant nu Soubhadride une telle habileté dans le combat : « Voici le jeune Abhimanyou , qui marche en avant des Prithides, et réjouit avec tous ses amis le monarque Youdhishthira, Nakoula, Sahadéva et le Pândouide Bhtinaséna, ses parents, ses conjoints, ses amis et les autres, qui, n’étant pas ses amis, ne sont pas ses ennemis.
» Nul autre, qui porte l’arc, n’est, à mon avis, son égal dans le combat. S’il en a le désir , il exterminera cette armée ; et pour quelle raison n’aurait-il pas ce désir? » A ce langage accompagné de joie, Douryodhana jeta ses yeux avec colère sur l’Arjounide, et regarda en souriant Drona. 1,658 — 1,669,
« L’Atcbârya, le plus instruit de tous les hommes au front consacré, qui savent les Védas, dit-il à Kama, au roi Vàhlika, à Douçç;‘isana, au souverain du Madra et à chacun des autres fameux héros, est un insensé, qui ne veut point iminulcr ici le fils d’Arjouna, 1,660 — 1,761,
» Certes! la Mort elle-même ne voudrait pas combattre (1) en bataille contre ce félon; combien plus, assurément, un autre mortel I C’est la vérité, que je vous dis-là,
» H protège le fils d'Arjouna, parce qu’il est son disciple : pour lui, ses disciples sont des fils bien-aimés, une postérité vertueuse, 1,662 — 1,663, i> Drona le conserve et cet Arjounide s’imagine que la vigueur est à lui ! Écrasez-le, sans tarder, cet insensé, qui professe tant d’estime pour soi-même, » 1,664,
A ces paroles, sire, ils s’avancent avec fureur, sous les
(1) Voud<ihyetf texte de Bombay.
DRONA-PARVA.
yeux du Bharadwâdjide, vers le fils de la Sâtwatî, impatients de le tuer. 1,665.
Douççâsana, le tigre des Kourouides, lorsqu’il eut ouï ce langage, répondit en ces termes à Douryodhana ;
U Je le tuerai , grand roi ! je te l’assure , en dépit des fds de Pàndou et squs les regards des Pântchâlains.
» Je ferai aujourd'hui ma proie du Soubhadride, comme Ràhou dévore l’auteur du jour !» Et il ajouta avec des cris (1) ces nouvelles paroles au souverain des Kourouides : 1,668.
« Aussitôt que les deux Krishnas, à la vigueur infinie, auront appris que j’ai dévoré le Soubhadride, ils passeront, c’est indubitable, du monde des vivants au monde des morts! 1,669.
» A la nouvelle que ces deux héros ne sont plus , les fils de Pàndou, ces fruits de son épouse, abandonneront la vie dans un même jour; c’est évident ! 1,670.
» Donc, ces ennemis étant tués avec eux, tous tes ennemis sont morts ! Étends sur moi , sire , ta pensée d'une manière propice : j’immolerai tes ennemis. » 1,671.
Quand il eut parlé ainsi, Douççâsana, ton fils, s’avança irrité vers le Soubhadride, en criant, et déchargea sm' lui des pluies de flèches. ,1,672.
Abhimanyou envoya vingt-six traits acérés, vainqueur des ennemis, sur ton fils, qui s’approchait avec colère.
Furieux comme un pachyderme en rut, Douççâsana de livrer combat au fils de Soubhadrâ. 1,673— l,67à.
Ces deux guerriers , décrivant des cercles avec leurs
(i) Outiroufya, édilioD de Bombay.
LE MAH A-BH.UUTA.
chars, trottant, soit à droite, soit à gauche, combattirent, également habiles dans la science de la conduite des chars. 1,075.
Ensuite, les hommes firent éclater un bruit immense de panavas, de timbales , de tambours, de scies, de grosses caisses, de tambourins, de jharjharas, mêlé à des cris de guerre, qui semblaient sortis du sein des eaux salées. 1,676.
Les membres percés de flèches, le prudent Abbimanyou adressa avec un sourire les paroles suivantes à Douççâsana, l'ennemi placé en face de lui : 1,677.
« Par bonheur, je te vois tombé sous ma main dans cc combat, héros orgueilleux, déserteur du devoir, injurieux, et qui fais ton principal objet des invectives. 1 ,678.
» Le voilà donc arrivé par suite de la colère de ton cœur exalté (1), qui ravit le bien d'autrui et que la fui-eur a jeté hors du calme, ce moment, où il le faut payer cc que tu as proféré, enivré de ta force, dans l'assemblée, aux oreilles du roi Dhritarâsthra, paroles amères, qui ont irrité Dharmaràdja-Youdhishthira et auxquelles Bhîma (2) répondit en de nombreuses paroles détachées (3), quand il fut arrivé à ce jeu perfide , qui est la force du Soubalide môme! 1,679—1,680 — 1,681.
» Cupide, qui étoulfes en toi la science, adonné à l'offense, aux choses les plus ennemies, et qui enlèves le royaume de mes pères, ces terribles archers 1 1,682.
» Reçois à l'instant môme, insensé, le fruit amer de tes
(t) SiahiVmannSft édition de Bombay.
(2-3) Bhlmas... bahva^addham; it u’o»d dire : incohérentes. Texte de Bombay.
DRONA-PARVA.
vices ; je vais t’immoler de mes flèches sous les regards de l’armée entière. 1 ,683.
t> Aujourd'hui, je vais acquitter la dette du monarque irrité, de Krishnâ, imp,atiente.rfc injurit, et de mon père, qui a le désir de la vengeance, 1,684.
» Aujourd’hui, Kourouide, je vais acquitter dans ce combat la dette de Bbtmaséna ; et tu ne m’échapperas pas * vivant, à moins que tu n’abandonnes la bataille. <> 1,686.
A ces mots, l’immolateur des héros ennemis, le guerrier aux longs bras d’encocher une flèche, qui devait porter la mort à Douççâsana et qui avait la force (1) du vent, du feu et de la mort. 1 ,686.
Le trait s’approcha rapidement de sa poitrine, il fendit le guerrier à l’endroit de la clavicule, où il pénétra avec son empennure, comme un reptile dans une fourmillière.
Il fut blessé encore de vingt-cinq dards, tirés entière ment jusqu’à l’oreille et qui avaient un toucher semblable à celui du feu (2). 1,687 — 1,688.
Le trouble s’empara du guerrier atteint profondément; il s’affaissa sur le banc de son char ; et Douççâsana, grand roi, tombadans une grande faiblesse. 1,689.
Son cocher à la hâte emmena du milieu du champ de b.ataille Douççâsana évanoui, accablé par les flèches du Soubhadride. 1,690.
A ce spectacle, les Pândouides, les Draâupadéyains et Virâta, les Pàntchâlains et les Kalkayains de pousser des rugissements de guerre. 1,691.
Alors les soldats des Pândouides, dans l’allégresse, fl -
(1) Littéralement : la tplendmr,
(2) Affni, édition de Bombay.
LE MAHA-HHAllATA.
rent parler de toutes parts tous les iastruments de musique de différente espèce. 1,(>92.
Eux, qui avaient d’abord vu cet ennemi démesuré, orgueilleux, jamais vaincu, ils contemplaient en souriant cet exploit du Soubhadride. 1,693.
Les grands héros, lils de Draâupadl, qui portaient au * sommet de leurs drapeaux les images des deux Açwins, d'Indra, de Maroute et d' Varna, 1,606.
Sâtyaki, Tcbékitâna, Dbrishtadyoumna et Çikandl, lc.s kalkayains, Ührishtakétou, les Matsyas, lesPàntcbâlains, les Srindjayas l,66ô.
Et les Pàndouides remplis de joie, Youdhishthira à leur tête, coururent alors d'un pied hâté sur l’armée de Drona, qu'ils désiraient enfoncer. 1,696.
Ensuite, fut livré un grand combat des ennemis avec les tiens, héros, qui ne savaient pas fuir et désiraient la victoire. 1,697.
Tandis que se déroulait ainsi, puissant roi, cette bataille plus qu’épouvantable, Douryodhana tint ce langage au fils de Kâdhâ : 1,698.
« Vois l’héroïque Douççâsana, tombé au pouvoir d’Abhimanyou, tandis que, semblable au soleil, qui brûle de ses rayons, il immolait nos ennemis dans le combat. 1,699.
» Enivrés de leurs forces et bouillants de colère, tels que des lions, voici les Pàndouides, qui accourent, se hâtant pour sauver le Soubhadride. » 1,700.
A ces mois, Karna, auteur du bien pour ton lils, versa dans sa colère des pluies de flèches acérées sur 1 iual frontablc Abhim.anyou. 1,701.
Affichant devant lui son mépris, lehéros blessa de flèches
DRONA-PARVA.
supérieures et mordantes les suivants du Sonbhadride sur le champ de bataille. 1,702.
Mais Abhimanyou au grand cœur, sire, désirant faire Drona son prisonnier, frappa d’une[main trop hâtée Ràdhéya de soixante-treize dards. 1,703.
Alors «aucun maître de char ne put éloigner de Drona le petit-fils du Dieu à la main armée de la foudre, qui écrasait les plus grands des maîtres de chars. l,70â.
Désirant obtenir la victoire sur tous ceux, qui portent l’arc, l’orgueilleux Karna, montrant les plus excellentes des (lèches, blessa par centaines le fils de Soubhadrâ.
L’auguste disciple de Râma, le plus habile de ceux, qui s.avent décocher le trait, accabla de ses dards Abhimanyou l’ennemi inaffrontable dans le combat. 1,705 — 1,700.
Inondé ainsi sous des pluies de flèches par le fils de Ràdhâ, le Soubhadride, semblable à un Immortel, n’en fut pas brisé dans la bataille. 1,707.
Quand il eut tranché avec des bhallas mordants, aiguisés sur la pierre, aux nœuds inclinés, les enseignes des liéros, .Abhimanyou de harceler Kr«rna avec ses flèches, [)areilles à des serpents, décochées d’un arc complètement arrondi; et bientôt il eut abattu, en riant, pour ainsi dire, son cocher, son ombrelle et ses chevaux. 1,708 — 1,709.
Karna lui envoya cinq dards aux nœuds inclinés, et le fils de Phâlgouna les reçut tous, sans qu’il en fût aucunement troublé. 1,710.
Dn moment après, le vigoureux héros tranchait avec un seul trait l’arc et le drapeau de Karna, dont la fragments tombaient sur la terre. 1,711.
Dès que son frère, de qui la naissance suivit immédiatement la sienne, vit Karna tombé dans la détresse, il
bamla un arc solide et s'avança vers le Soubhadride.
Les Pànclouides et leurs suivants jetèrent de grandes clameurs : on battit les instruments de musique et l’on félicita le fils de Soubhadrâ. 1,712 — 1,713.
L’arc à sa main, remplissant l'air de ses cris, faisant résonner mainte et mainte fois sa corde; il renversa précipitamment l’un des chars de ces deux magnanimes.
L’orgueilleux rival en riant blessa rapidement l’inaffrontable Abhimanyou de dix flèches avec son cocher, son drapeau, son ombrelle et ses chevaux. 1,71A — 1,715.
Les tiens furent transportés de joie, lorsqu’ils virent, harcelé de dards, ce Krishnide, qui exécutait une œuvre plus qu’humaine, un exploit digne de son père et de ses ayeux. 1,716.
Mais Abhimanyou, ayant bandé un arc, en riant, abattit avec un trait sa tête, qui tomba du char sur la terre, comme un karnikâra, qui tombe d’une montagne au souffle impétueux du vent. A la vue de son frère immolé, Karna, sire, se laisse aller au trouble de la douleur et de la crainte. 1,717—1,758.
Quand il eut fait tourner le dos à Karna sous ses dards aux plumes de héron, le Soubhadride, sans tarder, attaqua les autres fameux héros eux-mèmes. 1,719.
Abhimanyou à la vaste renommée, à la splendeur brûlante, rompit avec colère ces diverses armées, composées de fantassins, de chevaux, de chars et d'éléphants. 1,720.
Karna, que le Soubhadride harcelait de flèches nombreuses, se relira du combat avec ses rapides coursiers, et son armée fut divisée. 1,721.
Dans l’atmosphère, couverte des flèches d’ Abhimanyou comme par des sauterelles, sire, comme par les gouttes
DRONA-PAllVA.
(le la pluie, il était impossible de rien distinguer, 1,722.
Personne dans tes combattants, sire, excepté le Sindhien, ne tint le pied ferme devant la certitude de périr sous les flèches acérées. 1,723.
Le Soubhadride emplit de vent sa conque, taureau des Ilharatides, et su porta rapidement vers rarmée Bharatienne. l,72â.
L’Arjounide se promenait çà et là au milieu des armées Kourouides, et sa rapidité consumait les ennemis, tel qu'un feu déchaînéau sein d’une forêt. 1,725.
Harcelant de ses flèches acérées les hommes, les chevaux, les éléphants et les chars , entré au thilieu des bulaiUons, il remplit la terre avec des monceaux de corps mutilés. 1,726.
Tranchés par les dards excellents, sortis de l’arc du Soubhadride, et, trop attachés à la vie, des hommes fuyaient, tuant ceux de leurs gens, qui tournaient la face devant eux. 1,727.
Ces traits acérés, nombreux, épouvantables, aux œuvres terribles, entraient, d’un vol rapide (1), au sein de la terre, après qu’ils avaient mis en pièces les chars, exterminé les chevaux et les éléphants. 1,728.
On voit, sur le champ de bataille, les bras coupés, ornés encore de parures d’or, avec leurs armes, les maniques, défense de leurs doigts, les massues et les bracelets. 1,729.
Les flèches, les arcs et les cimeterres, des corps et des têtes, décorées de colliers et de leurs bouquets de fleurs, étaient par milliers, éiendus sur la terre avec des couples
(1) DjagmurûçUf éüiüoQ de Boiobay.
LE M, VBA-BHARATA.
abattus (1) en grand nombre, des roues et des moyeux brisés, des liens (2), des timons, des jougs, les bancs et tous les appareils de guerre. 1,730.
Iæs tridents, les arcs et les épées étaient répandus au milieu des grands étendards, des boucliers, des arbalètes (2), des flèches disséminées de tous les côtés.
Dans un instant, souverain des hommes, la terre fut d<; l’aspect le plus épouvantal)le, pareille à un lieu, où l’on ne peut marcher, par les cadavres des kshatryas, des éléphants et des chevaux immolés. 1,731 — 1,732 — 1,733.
Les fils de rois, déplorant la mort les uns des autres, élevèrent de grands cris, qui augmentaient la crainte des gens timides. 1,734.
Tous les points de l’horizon résonnèrent de cette clameur, éminent Bharatide. Le fils de Soubhadrâ errait, brisant les chars, immolant, avec l’armée, les éléphants et les plus généreux coursiers. 1,735.
On voyait l’Arjounide, au milieu des armées Bharatiennes, abattant les ennemis par sa fougue, tel qu’un feu déchaîné au sein d’une forêt (4). 1,736.
La poussière, qui enveloppait l’armée (5), fds de Bharata, nous empêchait alors de voir ce jeune guerrier parcourir tous les points de l’horizon et les plages intermé-
(1-2) Patitais, édititioo de Borabâv. On ne trouve dans aucun dictionnaire une eiplication satisfaiftaute pour bandhoura^ que nou» dérivons ici de BAüDH^ îigare, ÜohUingk et Rotli u'oul pas métne ce mot, peut-être l’ont-ilB iK)rlé à vandh ? Nous verrons plus tard; en aUendanl, je soumets & mes Juges mon humble interprétation.
(3) TchApa, répété pour la deuxième fois.
(4) C'est à peu près dans les mêmes termes et le même ordre la stance numérotée 1,723.
DRONA-PARVA.
diaires, enlevant les existences des éléphants, des chevaux et des guerriers. Dans un instant, je vis encore, tel que le soleil en plein midi, Abhimanyoïi consumer les troupes d'éléphants. Ainsi brillait au milieu de l’armée, puissant monarque, Abhimanyou, le petit-fils d'Indra et l’égal d'Indra même dans les batailles.
» Quel héros vigoureux des armées d’Youdhishthira suivit cet enfant, qui nageait dans un bonheur sans fin, interrompit Dhritaràshtra, ce fils de famille, orgueilleux de la vigueur de ses bras, habile dans les batailles et qui, renonçant à sa vie, se plongeait dans les armi’es avec ses coursiers généreux, âgés de trois ans? » 1,741 — 1,742.
Sandjaya lui répondit :
Y'oudhishthira, Bhîmaséna, Çikhandl, Sâtyaki, les deux jumeaux, Dhrishtadyoumna, Virâta, et Droupada avec les Kaikéyains, 1,743.
Dhrishtakétou irrité et les Matsyas s’élancèrent tous dans le combat. Marchant dans celte route même, ses pères avec ses oncles maternels, 1,744.
Guerriers à la tête de nombreuses armées, se portèrent en avant pour le sauver ; mais, dès qu’ils virent ces héros accourir, les tiens de tourner le dos. 1,745,
Dès que ton gendre, plein de splendeur, vit cette grande armée de ton fils prendre la fuite, il courut aussitôt pour l’arrêter. 1,746.
Le roi Djayadratha, fils du Sindhien, accompagné de les cupides fils, grand roi, arrêta les Prilhides avec leur armée. 1,747.
Envoyant un astra céleste, l’héroïque Vriddhakshattride, archer terrible, s’avança, grand roi, comme un éléphant, d’un lieu profond. 1,748.
« Une ch.irge excesaivetnent pesante, à mon avis, fut imposée au Siitdhien, observa /tro/Dhritarâshtra, puisque seul il arrêta les Pândouides, qui voulaient prendre mes filsl 1,749.
» 11 est donc en lui , je pense, une force et une bravoure plus que merveilleuses. Dis- moi quelle est sa vigueur et quels furent les exploits terribles de ce magnanime.
» Quelle aumône a distribuée? Quelle offrande a versé dans le feu? Quel sacrifice a célébré ? Quelle pénitence a religieusement observée le roi du Sindhou, pour que seul il ait pu arrêter les fils irrités de Prithâ ? » 1,750 — 1,701.
A la suite de la victoire, que Bhimaséna obtint sur lui dans le rapt de DraâupadI, répondit Sandjaya, son orgueil humilié se soumit à une austère pénitence dans le but de mériter une grâce. 1,752.
S'étant détourné des objets sensuels agréables aux organes des sens, endurant la faim, la soif, la chaleur, maigre et les nerfs saillunt», étendus ; 1,763.
Louant l’étemel Brahman, il se rendit favorable le Dieu Çarva, et le bienheureux, fléchi par sa dévotion, le couvrit de sa miséricorde. 1,754.
A la fin du sommeil, Hara dit au fils du roi des Sindhiens : « Choisisune grâce 1 Jesuiscontent, Djayadrathal Que désires-tu ? » 1,755.
A ces paroles, que Çarva lui adressait, le monarque du Sindhou, Djayadratha, incliné, scs mains jointes au front et l’âme comprimée, répondit en ces mots à Roudra:
e Que je pufjîse arrêter seul, avec mon char, dans la batiiille, tous les Pândouides au courage, à la force épouvantiiblcs. » Il dit ainsi, fila de Bharata. 1,750 — 1,757.
Le souverain des Dieux répondit à Djayadratha, qui lui parlait de cette manière : « Je t’accorde cette grâce, mon
DRONA-PARVA. loi
ami, et je n’en excepte que Dhanancljaya, le fils de Phithâ! Mais, pour les quatre autres fils de Pàndou, tu les arrêteras dans la bataille. » — « Qu'il en soit ainsi !» dit à son tour le prince, qui se réveilla sur ces mots. 1,758 — 1,750.
Par le don de cette grâce et par la puissance de ces astras célestes, seul, il arrêta donc, avec son char, l’armée des Pândouides. 1,760.
Au bruit de sa corde, la terreur envahit les kshatryas ennemis, et ton armée fut pénétrée d’une joie immense.
Dès que les guerriers virent cette charge remise toute entière au monarque du Sindhou, ils coururent, en poussant des cris (1), au lieu où se tenait l’armée d’Youdhishthira. 1,761 — 1,762.
Écoute quelle est la vaillance du roi de Sindhou, sur laquelle tu m’interroges, Indra des rois ; je te raconterai tout. Écoute de quelle manière il combattit les fils de Pândou. 1,763.
Son char était traîné par de grands chevaux du Sindhou, (I la fougue destructive, dociles à la voix du cocher, habiles à bien conduire et d’une vitesse égale à celle du vent.
Sa voiture, construite avec art, offrait aux yeux les formes de la ville des Gandharvas : son grand sanglier d’argent resplendissait à l’infini sur son drapeau.
11 brillmt, par toutes les marques de la royauté, l’éventail, le chasse-mouche, les drapeaux, sa blanche ombrelle, comme la reine des étoiles au milieu du ciel.
Exécutés en fer, mais ornementés d’or, de pieireries, de diamants, de perles, les rebords saillants du tour de
(1} Ouikrouçya, texte de Bombay.
son char brillaient aussi comme un ciel parsemé d’étoiles.
L’Arjounide, brandissant son grand arc, semant les nombreuses multitudes de ses flèches, en remplit cet ordre de bataille, qu’il mit en pièces. 1,768.
Djayadratha de frapper Sâtyaki de trois flèches, Vrikaud.ara de huit, Dhrishtadyoumna de cinq et Virâta de dix. Droupada de cinq traits acérés et Çikhandi de dix, les Katkayains de vingt-cinq et les Draàupadéyains de trois dards chacun. 1,76$) — 1,770.
Il blessa Youdhishthira de soixante-dix flèches, et dispersa ce qui restait par la grande multitude de ses traits : ce fut comme une chose admirable. 1 ,771.
L’auguste fils de Dbarma, sire, ayant visé son arc, le trancha, en riant, avec un bhalla jaune-noir. 1,772.
Mais l'autre, saisissant un nouvel arc dans l’intervalle seulement d’un clin-d’œil, blessa de dix traits le fils de Prithà, et de trois individuellement chacun des autres.
Aussitôt que Bhima eut reconnu sa légèreté de main, il abattit rapidement sur la terre son arc, son drapeau et son ombrelle. 1,773 — 1,774.
Le robuste guerrier saisit un nouvel arc, vénérable mon.-irque, et, l’ayant muni de sa corde, il fit tomber le drapeau de Bbîma, son arc et ses chevaux. 1,775.
Le héros à l’arc tranché sauta à bas du char sublime, qui avait perdu ses coursiers, et s’élança sur le véhicule de Sâtyaki, comme un lion au sommet d’une montagne.
Les tiens alors : << Bien^ Bien ! » s’écrièrent-ils, pleins d’allégresse, applaudissant mainte et mainte fois la prouesse de celui, qui règne sur le Sindhou.
DRONA-PARVA.
Tous les êtres d’applaudir même à l'exploit de ce prince; car seul, par la puissance de son astra, il avait soutenu les efforts des Pàndouides irrités. 1,778.
Le Sindhien ferma la route des fils de Pândou, que le Soubhadride avait jalonnée déjà d’élépbants et des plus vaillants guerriers, immolés de sa main. 1,779.
Les héros Pàntchâla ns, Matsyas et Kalkéyains suivirent les Pàndouides; mais, en dépit de leurs efforts, ils ne purent résister au roi du Sindhou. 1,780.
A chaque guerrier des ennemis, qui tâche de rompre l’armée de Drona, le Sindhien oppose son irrésistible puissance par l’effet de la grâce, qu’il a obtenue. 1,781.
Tandis que les Pàndouides trouvaient dans le roi du Sindhou un obstacle à la victoire, qu’ils désiraient, une bataille des plus épouvantables s’engagea entre les tiens et les ennemis. 1,782.
Entré dans l’armée, l’inaffrontable et resplendissant Aijounide, fidèle à la vérité, l’agita comme la mer est agitée par un makara. 1,783.
Les plus éminents des hommes s’élancèrent sur le Soubhadride, dompteur des ennemis, qui, tel qu’un éléphant conducteur de troupeau, semait le trouble par ses pluies de flèches. 1,784.
Entre lui et ses rivaux à la vigueur sans mesure, qui dispersaient continuellement des averses de traits, naquit un combat épouvantable. 1,785.
Irrités par ces ennemis et par cet orage de flèches, quand il eut tué le cocher de Vrishaséna, l’Arjounide trancha son arc. 1,786.
Le vigoureux héros frappa ses chevaux de traits, quialvni 13
lOA
laient droit au but ; et l’enneiui fut alors emporté (1) hors du champ de bataille par ses coursiers, qui marchaient comme le vent. 1,787.
Le cocher d'.Abhimanyou arrêta le char, en se jetant au travers : « Bien I Bienl » s’écrièrent, transportées de joie, les multitudes de chars. 1,788.
Vasâtlya accourut vile, allant à la rencontre du héros, qui marchait d'un pied rapide et qui, irrité comme un lion, écrasait les ennemis de ses flèches. 1,789.
Il inonda Abhimanyou de soixante dards empennés, d’or, et lui dit : « Je vis pour te châtier, et tu ne m’échapperas point vivant ! n 1,790.
Le Soubhadi'ide perça au cœur d’une flèche, qui volait au loin, ce héros à la cuirasse de fer; et, la vie déjà expirée, il tomba sur la terre. 1,79).
Aussitôt qu’ils virent Vasâiiya tombé sans vie, les éminents kshatryas irrités, faisant vibrer leurs arcs de formes diverses, en grand nombre, d’environner ton petit-fils, sire, désirant l’immoler. Ce combat du Soubhadride avec les ennemis était merveilleux. 1,792 — 1,793.
Le Pbâlgounide avec colère de trancher les corps, les arcs, les flèches, les têtes avec leurs boucles-d’ oreille, ornées de leurs bouquets. 1,79A.
On voyait les bras coupés, brillants de leurs parures d’or, portant la manique, défense de leurs doigts, tenant des cimeterres, des pattiças ou des haches, au milieu d&s vastes drapeaux tombés, des vêtements, des décorations, des bouquets, au milieu des chasse-mouches et des ombrelles, des tiares, des colliers, des cuirasses et des boucliers, 1,796—1,796.
(i) Apahritas, texte de Bombay.
Des attaches, des timons, des jougs, des bancs, des appareils de guerre, des moyeux brisés, des roues en pièces et des couples d’attelage en grand nombre. 1,797.
La terre était jonchée de caisses de chars, d’étendards, de cochers, de coursiers, de chariots de guerre et d’éléphants inanimés. 1,798.
Des héros kshatryas, monarques de pays divers, immolés dans leur désir même de la victoire, rendaient épouvantable l’aspect de la terre. 1,799.
La personne d’Abhimanyou était invisible dans ce combat, où il parcourait avec colère tous les points de l'horizon et les plages intermédiaires. 1,800.
lien était ainsi de sa cuirasse et de toutes ses parures d’or. Nous vîmes seulement les formes de son arc et de ses flèches. 1,801.
Tandis que ses dards enlevaient les combattants, qui que ce soit ne put arrêter sur lui ses regards, comme sur le soleil, arrivé au milieu de sa carrière. 1,802.
L'.lrjounide ravissait donc les vies des héros, tel que la mort, une fois l’heure venue, ravit les existences de tous les êtres. 1,803.
Aussi vaillant que Çakra, levigoureux Abhimanyou, fils du fils de Çakra, jetait une vive splendeur, en semantalors de trouble les bataillons ennemis. 1,805.
Entré dans l’armée, Indra des rois, et semblable à la mort des émi nents kshatryas, il surprit Satyakravas comme un tigre, qui apparaît soudain aux yeux d’une gazelle.
Ce guerrier vaincu, les fameux héros, prenant à la hâte des armes diverses, fondirent sur Abhimanyou.
(1) HataiSf édition de Bombay.
LE MlHA-BHARm.
« Moi avant tous les autres ! A moi le premier coup ! » s’écriaient ces éminents kshatryas, se disputant de courage : ils arrivèrent tous ensemble, désirant tuer le fils d'Arjouna. 1,807.
Il dévora ces armées déchaînées de guerriers accourant; tel dans la mer un cétacée, qui rencontre un banc de petits poissons. 1,808.
Tous ceux, quels qu’ils soient, qui, sans tourner le dos, s’approchèrent de lui, ne s’en retournèrent pas, de même que des fleuves, une fois entrés dans la mer, n’en sortent plus. 1,809.
Aussi agitée qu’un navire au milieu de l’océan, surpris parun grand cétacée (1) et troublé par la fureur du vent, l’armée était ébranlée. 1,810.
Le prince, nommé Roukmaratha, vigoureux fils du souverain, qui règne sur le Madra, releva le courage de l’armée effrayée et lui tint sans crainte ce langage : 1,811.
« Héros, c’est assez trembler : cet homme n’est rien, quand je vis. Je vais le faire mon prisonnier vivant ; n’en doutez pasl » 1,812.
A ces mots, porté sur un char léger, resplendissant, artislement travaillé, le vigoureux héros fondit sur le Soubhadride. 1,813.
Il frappa Abhimanyou de trois dards en la poitrine et poussa un cri de victoire ; mais celui-ci lui rendit en échange trois flèches dans le bras droit et trois flèches dans le bras gauche. 1,81 A.
Quand il eut rompu son arc et blessé ses deux bras, à droite et à gauche, il fit promptement tomber sur la terre
(1) Uahigriha, testa <le Bombay
DRONA-PARVA.
sa tête, ornée de beaux yeux et de sourcils charmants.
Dès qu’ils virent ce Roukmaratha, ce fils orgueilleux de . Çalya, brisé par l'illustre Soubhadride, qu’il voulait prendre vivant, 1,815 — 1,816.
Ces guerriers, fameux héros, fils de rois, sire, amis du fils de Çalya, enivrés de la cruelle ivresse des batailles, arborant des drapeaux, dont l’or avait changé la matière, bandant aussitôt leui'S arcs, qui avaient la taille d’un palmier, enfermèrent de tous côtés l’.lrjounide dans une averse de flèches. 1,817 — 1,818.
A peine eut-il vu l’héroïque Soubhadride invaincu, couvert de ces multitudes de traits, seul dans ce combat contre ces héros doués d’une prompte vigueur, jeunes et bouillants de colère, Donryodbana fut transporté de joie, s'imaginant qu’il était déjà en route pour la demeure d’Yama. 1,819—1,820.
Dans un clin d’œil, ces fils de rois rendirent l’Arjounide invisible, en lui décochant individuellement trois dards chacun, empennés d’or et qui portaient gravés différents caractères. 1,821.
Nous le vîmes tous, vénérable monarque, blessé et couvert de ces flèches comme de sauterelles avec son cocher, son char et son drapeau. 1,822.
Grièvement blessé, irrité comme un éléphant, que maltraitent les coups d’aiguillon, il décocha l'astra des Gandharvas, Bharatide et fit jouer de nombreuses illusious. 1,823.
11 fascina les ennemis avec cet astra, qui fut donné, en récompense de sa dure pénitence, à Arjouna par les Gandharvas, sur qui règne Tombourou. 1,824.
On le vit manifester rapidement ses astras dans le com-
LK MAHA-BHARATA.
bat, sire, comme une torche attachée à la roue d’un char, un à un, ou par centaine, ou par millier. 1,89.6.
Après qu’il eut’ fasciné les ennemis par les illusions de son astra, nommé C astra de la cuirasse et du char, il déchira par centaines, sire, les corps des maîtres de la terre. 1,826.
Les âmes de ces êtres animés s’en allèrent dans l’autre monde, où les chassaient les flèches acérées ; et les corps de tomber sur la terre. 1,827.
Le Phâlgounide coupa de ses bhallas .aigus les arcs, les chevaux, les cochers, les drapeaux, les bras ornés de bracelets et les têtes à tous ces guerriers. 1,828.
Telle qu’un bosquet de manguiers brisé à la cinquième année de sa production, cette centaine de fils de rois fut ainsi détruite par le fils de Soubhadrâ. 1 ,829.
Douryodhana fut épouvanté, quand il vit succomber sous les coups d’un seul homme tous ces jeunes princes accoutumés au plaisir (1), en courroux comme des serpents. 1,830.
L’ayant vu broyer les fantassins, les cavaliers, les éléphants et les chars, Douryodhana de s’avancer vers lui d’un pied, dont la colère précipitait les p.as. 1,831.
Il avait à peine rempli un instant que déjà le combat de ces deux guerriers était confus et tumultueux ; enfin ton fils de tourner le dos, harcelé par les flèches. 1,832.
« Comme tu le dis, cocher, interrompit Dhritarâshtra, ce combat d’un seul contre plusieurs était confus, épouvantable. Je serjiis porté à regarder la victoire et le courage du magn.Tnime Soubhadride comme une merveille.
(I) SoukautchUia, teite de Bombay.
DRONA-PARVA.
Mais il n'y a rien, qui soit très-surprenant en des hommes, qui mettent leur appui dans le devoir ! 1,833 — l,83è.
>1 Quand Douryodhana eut tourné le dos et quand les cent fils de rois eurent succombé, quelle rènommée fut-il donné aux miens d’acquérir avec le Soubhadride ? »
La bouche desséchée, les yeux hagards, lui répondit Sandjaya, couverts de sueur, le poil hérissé, les facultés de leur àme, tournée vers la fuite, sans espérance de victoire sur les ennemis, 1,835 — 1,836.
Se hâtant d’abandonner amis, alliés, parents, frères, fils et pères, ils fuyaient, pressant la course de leurs chevaux et de leurs éléphants. 1,837.
Les voyant rompus, Drona, Açvatthàman, Vrihadbala, Kripa, Douryodhana, Kama, KritavarmanetleSoubalide, avec ceux, qui plus d’une fois avaient montré le dos à ton petit-fils,sire, m^u^m’ers fondirent, bouillants décoléré, Soubhadride invaincu. 1,838 — 1,839.
Mais Lakshmana à la grande splendeur, élevé dans les plaisirs, instruit à manier l’arc et la flèche, emporté par la fierté de la jeunesse, courut seul contre l’Arjounide.
Son père revint derrière lui, entraîné par la tendresse paternelle, et les autres fameux héros retournèrent au combat sur les pas de Douryodhana. I,8è0 — 1,8A1.
Ceux-ci l'inondèrent de leurs flèches, comme la nuée couvre d’eau une montagne ; mais lui, il les écrasa de même que le vent dissipe les nuages. I,8â2.
Le Krishnide aborda dans ce combat, tel qu’un éléphant en rut fond sur un pachyderme en folie, ton héroïque petit-fils, cet inaifrontable Lakshmana, d’un aspect agréable à voir, élevé en des plaisirs infinis, semblable au fils du souverain des richesses et qui se tenait près
de son père, son arc levé »« main. 1,843 — 1,844.
Quand il en fut venu aux prises avec Lakshniana, le Soubhadi'ide, immolateur des héros ennemis, fut percé dans la poitrine, entre les deux bras, de flèches mordantes et bien acérées. 1,845.
Le héros aux longs bras en fut irrité autant cpje le .serpent frappé d’un bâton. Alors ton petit-fils, grand roi, tint ce langage à ton petit-fils: 1,840.
« Regarde bien ce monde, car tu vas passer dans l’autre : je vais te conduire au palais d’Yama, sous les yeux de tes parents I » 1 ,847.
A ces mots, l’immolateur des héros ennemis, leSoubhadride aux longs bras, tira de son carquois un bhalla, semblable h un serpent déchaîné. 1 ,848.
Le trait, lancé par sa main, enleva des épaules la tête de Lakshmana, ornée de ses pendeloques, charmante à voir, avec son beau nez, ses charmants sourcils et ses jolis cheveux. 1,849.
A la vue de Lakshmana étendu mort : « Hélas ! hélas 1 » s’écrièrent les armées. « Tuez ÏArjounide ! » cria à ses kshatryas le plus éminent des guerriers, Douryodhana, irrité que son fils bien-aimé eut péri. Ensuite Drona, Kripa, Kama, Vrihadbala, le fils de Drona, Kritavarman- Hàrddikya, ces six héros, environnèrent l’Arjounide, qui, les ayant percés de ses (lèches aiguës, leur fit tourner le dos.
Il fondit, avec colère, sur la grande armée du Sindhien. Mais, revêtus de cuirasses, les Kalingains, lesNishàdas et le vigoureux fils de Rrâthabri, fermèrent la route avec une armée d'éléphants. Ce combat, souverain des hommes, fut par de-là toute mesure et comme une chose gagnée après de longs désirs. 1,850—1,851—1,852—1,853—1,854.
DRONA-PARVA.
1/Arjounicle ensuite dispersa l’année audacieuse des éléphants, tel que le vent à la marche incessante dissipe par centaines les nuages rassemblés dans le ciel. 1,855.
Krâlha ensevelit l’Arjounide sous les multitudes de ses flèches; et les autres héros de retourner au combat, Drona à leur tète, 1 ,856.
Semant des astras supérieurs, ils coururent sur le Soubhadride ; mais celui-ci les arrête et harcèle de ses dards le fils de Kràtha. 1,857.
Se hâtant avec ses faisceaux de traits incomparables, animé par le désir de le tuer, il abattit ses chevaux, son cocher, son drapeau, son ombrelle, ses deux bras, tenant des flèches et portant des bracelets, sa tête enfin, coiffée de la tiare. Quand ils virent, couché mort, ce guerrier, doué de la gloire, de la puissance des astras, de la force, du savoir, de la vertu et de la naissance, la plus grande partie des héros se mit en fuite ! 1,858 — 1,850 — 1,860.
« Quels vaillants guerriers ont cerné, après qu’il fut entré ainsi dans l’armée, s’enquit Dhritarâshtra, le jeune Soubhadride invaincu, qui ne savait pas fuir dans les batailles, qui accomplissait des exploits dignes de sa naissance, et qui semblait voler au milieu des airs avec ses chevaux âgés de trois ans, vigoureux, de bonne race ? »
Entré dans l’armée, AbhimanyoulePândouide, répondit Sandjaya, inonda de ses flèches acérées tous les princes de ta cause, qui fuyaient. 1,863.
Mais six héros : Drona, Kripa, Karna, Vrihadbala, le fils de Drona, Kritavarman-Hàrddikya, l’enfermèrent dans leur cercle. 1,864.
Ayant vu que cette charge, qui suipassait les forces,
LE MAH\-BHAR\TA.
avait été déposée sur les épaules du Sindhteo, ton armée, grand roi, fondit sur Youdhishthira. 1,865.
Les autres fameux héros, bandant leurs arcs, qui avaient la taille d'un palmier, firent pleuvoir sur l'héroïque Soubhadride les eaux de leurs flèches. 1,866.
Mais le fils d'Arjouna, immolateur des héros ennemis, de clouer à leur place, dans le combat, avec ses traits, tous ces guerriers aux grands arcs, versés dans toutes les sciences. 1 ,867.
11 blessa Dronadecinquante dards, Vrihadbala de vingt, Kritavarman de huit fois dix, Kripa de soixante traits.
Açwatthâman fut percé de dix flèches empennées d’or, à la grande impétuosité, et lancées d’une corde tirée jusqu’à l’oreille. 1,868 — 1,869.
Le Phâlgounide frappa, au milieu des ennemis, Karna à l'oreille (1) d’un trait supérieur, barbelé, jaune et noir. 1,870.
Il abattit les chevaux de Kripa et ses deux cochers de l’avant-train et de l’arrière ; puis, il le frappa lui-mème avec dix dards entre les deux seins. 1,871.
Le vigoureux tua, sous les yeux de tes héroïques fils, Vrikshâraka, qui augmentait la gloire des Kourouides.
Le Dronide intrépide envoya vingt-cinq menus traits à ce guerrier, qui brisait tout ce que les ennemis avaient de plus courageux. 1,872 — 1,873.
Mais le fils d’Arjouna, vénérable roi, blessa en revanche précipitamment avec ses flèchesaiguës Açwatthâman sous les yeux des Dhritaràshtrides. l,87à.
De soixante d.ards terribles, bien lumineux, à la pointe
(I) Kaman karnai, Jeu da moU ; karna eigailie une oreille.
DRONA-PARVA.
brûlante (1), le Dronide, l’ayant percé lui-même, ne réussit pas à l’ébranler plus que le mont Malnaka. 1,875.
Le vigoureux Krishnide (2) à la grande splendeur blessa en retour son cruel ennemi avec deux fois soixante-dix traits, empennés d’or. 1,876.
Drona le couvrit de cent flèches, Açwatthâman de soixante, l’un par amour de son fils, l'autre pour sauver son père dans le combat. 1,877.
Karna lui décocha vingt-deux bhallas, Kritavarman quatorze, Vrihadbala cinquante et Kripa le Çaradvatide dix traits. 1,878.
En échange (3} de leurs coups, l’Arjounide les blessa tous de dix flèches individuellement; mais le souverain des Koçalains le blessa lui-même d’un trait barbelé.
Abhimanyou fit tomber sur la terre ses chevaux, son drapeau, son arc et son cocher. Le roi de Koçala sans char, l'épée à la main et le bouclier au bras,
Désirait enlever des épaules du Phàlgounide sa tète ornée de pendeloques ; mais celui-ci blessa d'une flèche au cœur le fils de roi, Vrihadbala, monarque des Koçalains (4) ; et le guerrier au cœur fendu tomba sur la terre. Il brisa dix milliers de rois magnanimes, qui vomissaient des paroles funestes, qui portaient l’arc et le cimeterre. Quand il eut tué Vrihadbala, il se promena dans la ba-
(1) TigmndhârQlt, texte de Bombay.
(2) Leb deux textes disent ici Ttn et l’autre le Dronide; mais il esi évi* denlqu'ii s'agit de son adversaire, et qu'il faut un nom patronymique dérivé des surnoms 'd’ArJoiina.
(3) Force de la préposition praii en composition avec le verbe dans le mol pratyavadhlt.
(4) Koça/ândm ndhipantf texte de Bombay.
taille, frappant d'immobilité par ses pluies de flèches tes guerriers aux grands arcs. 1,881 — 1,882 — 1,883 — 1,884. .
Le Phâlgounide blessa de nouveau Karna à l’oreille (1 ) avec un trait barbelé ; puis, redoublant ses coups, le frappa de cinquante dards, allumant en lui une ardente colère. 1,885.
Le fils de Ràdhâ le perça en retour avec les tiens ; et, le corps tout couvert de (lèches, Abhimanyou jetait, Bharatide, un vif éclat. 1,886.
11 fît porter (2) dans sa colère une écume de sang à Karna lui-même (3) ; et ce hérbs brillait, inondé de sang et couvert de flèches; 1,837.
Et ces deux magnanimes, les membres hérissés de traits et arrosés de sang, étaient alors tels que deux kinçoukasen fleurs. 1,888.
Ensuite, le Soubhadride immola les six héros, ministres du vaillant Karna avec leurs chevaux, leurs cochers, les drapeaux et les chars. 1,889.
Sans trouble, il blessa avec dix traits individuellement ces guerriers aux grands arcs : ce fut comme l'apparition d’une merveille. 1,890.
Puis, ayant frappé de six flèches le fîls du Mâgadhain, il renversa le jeune Açvakétou sur les corps sans vie de ses chevaux et de son cocher. 1,891.
Aussitôt qq’il eut percé avec un dard en fer de cheval Bhodja, issu des rois de Mrittikavatl et qui portait un éléphant sur son drapeau, il poussa un cri, en disséminant ses flèches. 1,892.
(1) Karnan knrnaif jeu de moU j karna Biguiflo une areiUe, (2-3) Apyakai'oif édilioo de Bombay.
DRONA-PARVA.
Quand le fils de Douççasâna eut percé de quatre dards ses chevaux et d’un seul trait son cocher, il blessa avec dix lefils d’Aijouna. 1,893.
Dès que le Krishnide eut riposté au DouççAsanide par les blessures de dix flèches, il dit ces mots à haute voix, ses yeux rouges de colère ; 1,894.
n Ton père, abandonnant la bataille, s'en est allé, comme un homme vil ; mais, par bonheur ! tu sais combattre; tu ne seras point délivré maintenant! » 1,895.
A peine eut-il articulé ces paroles, il commença par lui décocher un nâràtcha, fourbi par l’ouvrier ; mais le Douççâsanide le trancha en trois morceaux. 1,896.
S’abstenant de le combattre, l’Arjounide blessa de trois flèches Çalya; et celui-ci riposta sans trouble avec neuf traits aux ailes de héron, lancés an cœur; ce fut, sire, comme une chose merveilleuse. Quand le fils d’Arjouna eut coupé son arc, il tua ses deux cochers de l’avant-train et de l’arrière. 1,897 — 1,898.
Il le frappa de six traits en fer et passa à un autre héros. Après qu’il eut tué Çatroundjaya, Tchandrakétou, Mahâmégha, Souvartchas et Soûryabhâsa, victorieuxd e ces cinq héros, il blessa le Soubalide ; et, l’ayant percé de trois dards, celui-ci tint à Dour^ odhana ce langage :
« Tnons-le tous, avant qu’il ne nous tue l’un après l’autre! Que Drona, Kripa et les autres pensent, sire, au moyen de lui donner la mort. » 1,901.
Karna, le fils du Soleil, dit ensuite à Drona dans la bataille : R Avant qu’il ne nous détruise tous, hàte-toi de nous dire comment on peut lui donner la mort ! »
Drona au gr,aud arc leur répondit à tous : « 11 y a pour
sa mort une certaine occasion favorable, que l’on peut saisir à la vue même de cet adolescent. 1,902 — 1,003.
B Elle existe, quelque minime soit-elle, contre ce Pândouide, lion des hommes, qui s’avance maintenant par tous les points de l’horizon et contemple la légèreté.
» On voit le cercle de son arc dans les routes deschars, soit qu’il encoche ses traits, soit qu’il les décocheavec rapidité. l,90â — 1,905.
B Cet immolateur des ennemis, le Soubhadride, il fai encore ma joie, quoique, brisant les souffles de mon existence, il me fascine avec ses flèches. 1,906.
8 11 me réjouit au-delà du possible, ce Soubhadride, qui se promène dans le combat et en qui les grands héros irrités ne voient pas un temps à saisir. 1 ,907.
B Je n’entrevois aucune différence dans le combat entre ce héros à la main prompte, décochant ses longues flèches dans toutes les plages de l’horizon, et l’archer du Gândtva. B 1,908.
Karna, blessé par les traits de l’Arjounide, répondit à Drona ; « 11 faut rester debout ! b dit le serment du kshatrya. Ainsi je reste, quoique accablé par Abhimanyou.
B Effrayants, inspirant la plus grande épouvante, semblables à la flamme du feu, les projectiles de ce jeune et brillant guerrier détruisent aujourd’hui mon cœur, b
L’Alchârya répondit avec lenteur, en souriant, au fils du Soleil : « Sa cuirasse est imbrisable ; c’est un jeune homme d’une admirable yigucur. 1,911.
» C’est moi, qui lui ai enseigné à porter la cuirasse de son père : c’est une science, que ce conquérant des cités ennemies sait, pour sûr, entièrement. 1,912.
DRONA-PARVA.
» 11 est possible, avec des flèches associées, de trancher son arc, sa corde, ses traits, ses chevaux et ses deux cochers de l’avant et de l’arrière. 1,913.
» Fais cela, Râdhéya au grand arc, si tu le peux ; et, quand tu l’auras forcé à tourner le dos, fais jouer ensuite tes armes. 1,914.
s S’il tient son arc à la main, il est impossible de le vaincre aux Asouras et aux Dieux mêmes : commence donc par lui enlever son arc et son char, si tu veux obtenir la victoire. » 1,915.
A peine eut-il entendu ce langage de l’Atchârya, Karna, le fils du Soleil, se hâta de trancheravec ses traits l’arc du héros, qui lançait des flèches d’une main légère. 1,916.
Bhodja immola ses chevaux, le Gotamide ses deux cochers de l’avant et de l’arrière ; les autres ensevelirent, sous des pluies de dards, le guerrier à l’arc coupé.
Les six grands héros, se hâtant à propos, inondèrent impitoyablement, avec des pluies de flèches, cet enfant privé de char, et qui n'avait pat d' autre dlfemeur que lui seul. 1,917—1,918.
Le beau jeune homme à l’arc coupé et sans char, ne s’écartant pas de son devoir, s’élança dans les airs, armé d'un cimeterre et d’un bouclier. 1,919.
L’Arjounide, tel que Garouda, le roi des oiseaux, se promena beaucoup dans le ciel, avec force, avec légèreté, grâce aux voies parfaitement heureuses et par les autres moyens. 1,920.
« Le voici, qui fond sur moi, l’épée à la main ! » s’écriaient dans ce combat les guerriers aux grands arcs, les yeux levés en l’air ; et ils le blessaient, quand ils voyaient un défaut dans sa garde. 1,921.
D'un kshourapra, le vainqueur des ennemis, Dronaà la grande splendeur lui trancha, d'une main hâtée, dans le poing même, 'son glaive à la poignée faite de pierreries.
Ràdhéya, avec des traits acérés, mit en pièces son bouclier sublime. Alors, sans épée, sans bouclier, le corp.s tout rempli de flèches, il redescendit du ciel sur la terre, et fondit irrité sur Drona, le t.hahra levé.
Le corps embelli par la flamme, la poussière et son disque de guerre, tenant à la main un tchakra immense, il brillait d'un éclat infini. Dans ce moment, Abhimanyou était admirable et présentait, dans ce combat, l’image du Vasoudévide. 1,925.
Avec ses habits, que le sang versé rendait d’une seule et même rougeur, avec les sourcils contractés, qui s’ar- (juaient au bas de son front, avec son terrible cri de guerre, Abhimanyou, arrivé au milieu des rois les plus vaillants, jetait des flammes dans la bataille. 1,926.
Fils de la sœur de Vishnou, se parant des armes de Vishnou, il brillait, comme un autre Djanârddana, debout sur un char dans la bataille. 1,927.
Dès que les rois virent la personne, dont les Dieux mêmes ne peuvent soutenir l’aspect, qui avait ses armes levées sur les plus excellents des ennemis (1), et qui était ombragée de cheveux, dont le vent agitait les boucles.
Profondément troublés, ils brisèrent en plusieurs morceaux son disque de guerre ; et le grand héros, fils de Krishna, saisit une massue énorme. 1,92S — 1 ,929.
Abhimanyou aux longs btas, que les ennemis avaient
(1) Oudyat arivarAyoudhanf Icxte de BoDibay.
DRONA-PARVA.
rendn sans char et sans arc, sans épée et sans disque de guerre, n’en courut pas moins sur Açvatthâman. 1,930, A peine eut-il vu sa massue levée comme une foudre flamboyante, soudain l’éminent guerrier déserta le siège du char , et sa valeur se changea en la faiblesse des femmes {?). 1,931,
Lorsqu’il eut tué avec la massue ses chevaux et ses deux cochers de l’avant-train et de l’arrière, le Soubhadride, le corps tout couvert de flèches, parut aux yeux comme un porc-épic, 1,932,
Il broya Kâlikéya, un des fils de Soubala, et massacra soixante-dix-sept Gândhâras, ses suivants, 1,933,
Il immola ensuite dix maîtres de chars, soumis au pouvoir de Brahma ; et, quand il eut tué sept héros Kaikéyains et dix éléphants, 1,93 A,
11 écrasa, à coups de massue, le char du Douççâsanide et ses chevaux. Mais l’inalfrontable fils de Douççâsana, irrité, ayant levé son pilon, vénérable roi, fondit sur Abhimanyou, en criant : « Arrête I arrête là ! » Ces deux héros, les massues levées, se désirant la mort l’un à l’autre,
Ennemis redoutables, combattirent, de même que jadis le Dieu aux trois yeux avec Andhaka. Ces deux immolateurs des ennemis, s’étant frappés mutuellement avec le bout de leurs massues, tombèrent sur la terre, au milieu du combat, comme deux drapeaux détachés du temple d’Indra, Mais déjà debout, le Douççâsanide, qui ajoute à la gloire des Kourouides, assène un coup de sa massue au front sur le Soubhadride, au moment qu’il se relève. Etourdi par le combat et par la fougue de cette massue, le vaillant fils de Soubhadrâ s’étendit, sans connaissance, vm , lû
sur la terre. C’est ainsi que seul contre plusieurs, majesté, ce jeune héros tomba dans la bataille,
Après qu'il eut agité l’armée entière, comme un éléphant, qui foule aux pieds une moisson de lotus. Ce vaillant guerrier brillait, dans sa mort, tel qu’un éléphant des forêts, tombé sous les coups des chasseurs. 1,941.
Les tiens environnèrent ce héros, couché sur la terre, de même qu’après la saison froide on entoure un feu calmé, qui a dévoré une forêt. 1,942.
Lui, qui avait consumé l’armée des Bharatides, il était là comme un vent apaisé, qui a rompu les cimes des arbres, comme un soleil descendu à son couchant, 1,943.
Tel qu’une lune éclipsée, tel qu’une mer tarie, comme un visage, qui ressemble à la lune pleine et dont les boucles en ailes de corbeaux tiennent les yeux couverts.
Remplis d’une joie immense à la vue de ce guerrier, étendu mort, les grands héros de ta cause poussèrent, à plusieurs fois, des rugissements, tels que des lions.
Cette joie des tiens, souverain des hommes, était extrême ; mais les autres héros versaient des larmes de leurs yeux. 1,946.
Les Bhoùtas de jeter des cris dans l’atmosphère, à l’aspect de ce valeuieux enfant abattu, comme la lune tombée du ciel. 1,947.
Les six fameux héros Dhritarâshtrides> à la tête de qui étaient KarnaetDrona, dirent alors: i.Ce n’est qu'un seul homme gisant sur la terre ; mais ce n’est point là tout notre devoir à nos yeux ! » 1,943.
Après la mort de ce héros, la terre jeta une vive splen-
DRONfV-PAUVA.
deur ; et les troupes des constellations, avec la lune en son plein, semblèrent parer le ciel de guirlandes.
I.A terre resplendissait, jonchée de /raiV,« à l'empennurc d’or, inondée par des fleuves de sang, pleine de têtes des héros, brillante de leurs pendeloques, couverte d'étendards, d’amples turbans variés de couleur, de chassemouches, de couvertures multicolores des éléphants et de très-grandes armes éparses, d’ornements bien éclatants des chars, des chevaux, des hommes et des pachydermes, de cimeterres acérés, jaunes, semblables à des serpents déchaînés, toute parsemée d’arcs et de flèches coupées, de tridents, de sabres, de traits barbelés, de kampanas et d’autres armes diverses. 1,950 — 1,951 — 1,952 — 1,953.
La terre était hérissée des coursiers expirés ou respirant encore, inondés de sang, et des cavaliers, que le Soubhadride avait immolés, au milieu des crocs, des drapeaux, des armes, des cottes-de-mailles, des éléphants à la haute stature, mis en pièces par les flèches et semblables à des montagnes écroulées, avec des combattants, des cochers, des chevaux, des pachydermes géants abattus, qui formaient sur le sol des lacs pleins aux ondes agitées.
La terre présentait un aspect épouvantable, effrayant les gens timides, par ses compagnies de fantassins immolés, aux parures et aux armes diverses. 1,957.
Quand ils virent, tombé sur la terre, ce héros, qui avait une splendeur égale 5 celle du soleil et de la lune, la joie des tiens fut extrême ; au même degré fut l’abattement des Pàndouides. 1,958.
Dès qu’Abhimanyou fut couché mort, ce guerrier enfant, qui n’avait pas encore atteint l’âge de la jeunesse.
toute l'armée s’enfuit sous les yeux de Dharmarâdja.
Aussitôt qu’il vit l’armée se briser à la mort du Soubhadridc, Adjâtaçatrou adressa les paroles suivantes à ces héros : 1,959 — 1,960.
O 11 s’en est allé au Swarga ; il n’a pas été frappé, tournant le dos à l’ennemi ! Arrêtez-vous ! Ne tremblez pas ! Nous vaincrons les ennemis, n 1,961.
En parlant ainsi à ces guerriers ailligés, le meilleur des combattants, Dharmarâdja à la grande splendeur, à la grande énergie, refoulait en soi-même sa douleur. 1,962.
D’abord il immola dans le combat ces ennemis, fds de rois, aux formes de serpents ; ensuite l'ombré de l’Arjounide le suivit dans la bataille. 1,963.
Il a fait mordre la poussière à dix mille hommes et au grand monarque du Koçala, le palais d’Indra fut donc ouvert, pour sûr, h ce Krishnide, égal au Vasoudévide et à Phâlgouna. l,96i.
Après qu’il eut renvereé chars, éléphants, chevaux et guerriers, non rassasié de combat, non digne de larmes, auteur de bonnes actions, il est parti pour ces mondes de lumière, qui sont la récompense des œuvres saintes et la conquête de la vertu. 1,966 — 1,966.
Lorsque nous eûmes tué le plus vaillant guerrier d’entre eux, accablés de leurs flèches, arrosés de sang, nous revînmes vers l’heure du soir à notre camp. 1,967.
Promenant avec lenteur nos yeux (1) ennemis sur le
(1) Nirikshùmànâs, Sic cum ed. Cale, legendum pro nirikshyamânéSf lisoni-nous dans Bopp. 11 veut dire avec l'édition de Bombay ; car c'est elle, qui écrit fait bien nirihhnmànâff tandis que le texte de Calcutta met jci avec inadvertance nirikshyamûnâs.
DRONA-PARVA.
champ de bataille, nous y rentrâmes, grand roi, sans âme et plongés dans le découragement. 1,968.
On vit encore, durant cette nuit, régner les auspices si nistresdu jour : cet armistice était merveilleux : il n'av.iit aucun bruit favorable ; et le soleil, pareil à un chaperon de lotus rouges, arrivé au mont Asta, paraissait hésiter à descendre. 1,969.
Attirant à soi les splendeurs des parures, des boucliers, des cuirasses, des sabres, des lances et des excellentes épées, le soleil semblait conduire la terre et le ciel vers des formes aimables, et s'approchait lui-méme des apparences du feu (1). 1,970.
Le sol était couvert d’étendards, de crocs, de cottes-demailles, de cochers renversés et d'un grand nombre d’éléphants, semblables à des cimes de montagne aux vastes nuages flexueux, comme abattus sous les coups de la foudre : toutes ses routes n'existaient plus 1 1,971.
La terre brillait, en quelque sorte, monarque des hommes, d’ennemis tués, de flèches, de grands chars mis en pièces, de drapeaux, d’étendards, de cochers, de chevaux abattus, d’appareils de guerre, de fantassins (2) broyés et de souverains immolés. 1 ,972.
Elle resplendissait, s’ offrant aux yeux avec des formes terribles, étalant des ornements de cavalerie épars, des couvertui-es de toutes les couleurs, des troupes de chars et de chevaux, des cavaliers tués, montrant les dents, la langue pendante, les yeux sortis de leur orbite et les entrailles de leur bassin. 1,973.
(1) Oupüiti })Avakan, Ut&te do Bombay.
(2) PatUy édition de Boaibay.
Dr • zûd b, GoogU
LE MAIIA-BHARATA.
Des horames d'escorte, des chars, des chevaux, des éléphants tombés dans l’infortune, des armes, des robes, des parures, des boucliers sont épars ; des monceaux de couvertures et de couches du plus haut prix gisaient alors sans maître, pour ainsi dire, sur la terre; car leurs maîtres n’étaient plus. 1,974.
La joie transportait les chiens, les chacals, les corneilles, les grues, les vautours, les loups et les hyènes ; des oiseaux, buveurs de sang, des troupes de Rakshasas et des bandes de Piçàtchas inspiraient, sur le champ de bataille, la plus profonde épouvante. 1,975. '
Plus d’un Rakshasa ricanait, entraînant les cadavres ; ils déchiraient la peau, buvaient le sang et la graisse; arrivés ainsi à la chair et à la moëile, ils brisaient la moôlle épinière. 1,976.
11 coulait alors un fleuve, inspirant l’épouvante, d'iflicile à traverser, sorti des plus vaillants guerriers, et semblable à laVattarant, dans un lit, rétréci pai' des montagnes d’éléphants, qui avait du sang pour ondes, des monceaux de cadavres pour flots, des chars en guise de barques, des tètes humaines irnur lotus, de la chair au lieu de vase, et des projectiles de toutes les sortes disséminés pour guirlandes de plantes aquatiques. Roulant dans ses flots les morts et les vivants, il coulait au milieu du champ de bataille et causait une profonde terreur. 1,977—1,978.
Là, où sont les horribles troupes des Piçàtchas à l’aspect effroyable, on les voit manger, boire et pousser des cris. Dans une grande joie, les chiens, les chacals, les oiseaux carnasners mangent avec eux, glaçant d’effroi tous les êtres animés. 1 ,979.
Les guerrier.s, contemplani ce champ à 1 aspect épou-
vanuble, plein de corps mutilés, que ces bêtes soulevaient et semblaient faire danser, ce théâtre d une bataille, qui avait augmenté l’empire du roi des Mânes, ravirent, avec lenteur, les bienfaits du sommeil. 1,980.
Les peuples virent alors, semblable à Çakra, cet Abhimanyou au grand char, couché mort sur le champ du combat, ses ornements tombés ou échappés, comme un feu, où l’on a cessé, dans l’assemblée, de verser le beurre clarifié. 1,981.
.Après que ce vaillant Soubhadride, le chef des compagnies de chars, eut été renversé hors de lavie,tous, déposant leurs arcs, déposant l’armure et quittant leurs chars, environnèrent le roi Youdhishthira, au-dessous duquel ils s’assirent. Plongés en des réflexions sur cette catastrophe, leur âme s’en était allée vers le Soubhadride.
Le royal Youdhishthira, vivement aflligé, se lamenta sur la mort du vaillant Abhimanyou au grand char, le fils de son frère : 1,984.
« Quand il eut enfoncé l’intrépide armée de Drona par le désir de faire une chose, qui me fût agréable, il est entré dans son ordre de bataille comme un lion au milieu des vaches. 1,985.
» Brisés par lui, des héros aux grands arcs, consommés dans les armes, ivres de la cruelle fureur descombaLs, venus en ennemis dans le conflict, ont pris la fuite devant lui. 1,986.
» Notre mortel ennemi Douççâsana, qui montrait le front dans la bataille, fut bientôt réduit par ses flèches à tourner le dos, sans connaissance. 1 ,987.
» Lorsqu’il eut franchi la grande mer infranchissable
des armées de Drona, ce vaillant fils de Krishna, engagé avec le Douççâsanide, est passé dans les demeures d’ Yama.
D De quels yeux verrai-je, maintenant que le Soubhadride est mort, Arjouna, le fils de Kountî 7 Ou la vertueuse Soubhadrâ, qui ne verra pas avec mot son fils bien -aimé ?
» Que répondrons-nous, éloigné du vrai, mais sans embrasser le mensonge, à ces deux héros, Dbanandjaya et Hrishîkéça? 1,990.
» C’est moi-méme, qui, dans mon désir de la victoire, et bien que j'aime ce qui est agréable à Soubhadrâ, à Kéçava et à mon frire Arjouna, suis la cause de cet affreux malheur! 1,991.
» Quel avare prévoit ses fautes? La folie est la mère de la cupidité. J* ai voulu avoir du miel, et je n’ai pas vu sous moi un tel précipice I 1 ,992.
» Nous avons mis le premier devant nous dans la guerre cet enfant, à qui nous devions donner la première place dans les festins et dans les chars, pour les couches et pour les parures 1 1,993.
» Comment? Ce jeune enfant, habile dans les combats, ne méritait-il point qu'on le traitât avec plus de ménagements, comme un coursier généreux, embarrassé dans une forêt ou dans une route inégale? 1,994.
» Hélas! puissions-nous être en ce moment couchés à ses côtés sur la terre, consumés par les yeux désolés de BIbhatsou, endanimé de colère ! 1,995.
1) Non avare, plein de sagesse, pudique, patient, vigoureux, il était doué de nobles formes, beau, honorable, constant, aimable et dévoué à la vérité. I,99i5.
» Le vigoureux Priihide aux actions puissantes, de qui
DRONA-PARVA.
les Dieux vantent les exploits, qui lit mordre la poussière aux Nivâtakavatchas et aux Kilakéyains, par qui les PaAulomas, habitants de la Ville-d'or, ces ennemis du grand Indra, furent immolés avec leurs armées dans le seul espace d’un clin d’œil, le fils de cet homme auguste, qui donne la sécurité aux ennemis, s’ils demandent la vie sauve, il n’a donc pu aujourdhui être défendu par nous du péril (1) ! Sa grande vigueur fait courir aux Dhritaràshtrides un immense danger. En effet, irrité de la mort de son fils, il éteindra les Kourouides !
» A sa vue, assurément, le vil Douryodhana, qui entraîne à la mort son parti, gémira d’abandonner la vie avec ses vils compagnons. 2,001.
» Depuis que j'ai vu tomber ce petit-fils du plus grand des Dieux au courage, à l’énergie sans pareille, je ne trouve plus aucun plaisir ni dans la victoire, ni dans un royaume, ni dans l’immortalité, ni même à partager le monde des Dieux. »
Tandis que ce fils de Rountl, Youdhishthira gémissait ainsi, Krishna-Dwalpàyana, le grand anachorète se présenta devant lui. 2,002 — 2,003.
Après qu’il l’eut honoré suivant les convenances, Youdhishthira, assis au-dessous de lui et consumé par le chagrin, que lui inspirait la mort du fils de son frère, tint ce langage au solitaire : 2,00A.
« Environné par de nombreux et fameux héros, avec lesquels la vertu n’est pas unie, le Soubhadride a succombé dans la bataille, les armes à la main, contre de vaillants guerriers. 2,005.
(i) Bhavat, iimore.
0 Enfant, mais doué d’une intelligenceau-dessus de son âge, immolateur déjà des ennemis, il combattait dans la bataille, quand, à bout de ressource, je m’adressai principalement à lui en ces mots : « Ouvre-nous une porte au milieu du combat ! » Dans cette circonstance obéie, nous fûmes arrêtés par le Sindhien. 2,006 — 2,007.
» Les hommes, qui vivent de combats, n’en doivent jamais désirer, assurément ! un semblable. Telle était la bataille, que lui livrèrent les ennemis, qu’elle fut sans égale. 2,008.
I) C’est là ce qui me brûle vivement, ce qui me remplit des larmes du chagrin. Accablé à chaque instant par cette pensée, je ne puis trouver un moment de tranquillité. >>
Le révérend Vyâsa répondit en ces termes à Youdhishthira, qui gémissait ainsi, troublé par la fougue de sa douleur : 2,009— 2,010.
(I Youdhishthiraà la grande science, habile dans tous les Traités, les hommes tels que toi, éminent personnage, ne se laissent pas abattre dans les infortunes par le désespoir. 2,011.
» Ce héros s'en est allé dans le Swarga, après qu’il eut immolé un grand nombre de vaillants guerriers, après qu’il eut accompli, comme le plus excellent des hommes, une œuvre, qui n’était pas d’un enfant. 2,012,
» On ne peut se soustraire au destin, Youdhishthira; la mort enlève également, fils de Bharata, les Oânavas, les Gandharvas et les Dieux. » 2,013.
s Ces maîtres de la terre, lui répondit Youdhishthira, les voilà, qui gisent sur la face de la terre; c'est au milieu de leurs armées que furent tués ces guerriers à la grande force, qu’on appelle maintenant des morts. 2,014.
DRONA-PARVA.
»• Une myriade de vigoureux éléphants, des hommes de forme semblable à celle des hommes, et d’autres d’une vigueur égale à la fougue du vent, furent tués ici dans le combat. 2,015.
» Je ne vois nulle part une personne, qui puisse tuer dans la guerre ces êtres vivants; car ils étaient doués de courage, ils étaient dotés de force et d’énergie. 2,016.
« 11 faut, disaient-ils, triompher les uns des autres. » Ils avaient cette pensée sans cesse fixée dans le cœur ; mais ils furent tués, et ces hommes à la grande science gisent, l’âme exhalée. 2,017.
B Ils sont morts ! » est un mot, qui existe dans le monde et duquel résulte une signiûcation. Ces rois de la terre au courage épouvantaide sont morts pour la plupart. 2,018.
» Des héros sans mouvement, à l’âme en cet instant sans courage, sont tombés sous le pouvoir de l’ennemi ; et des fils de roi irrités sont allés en la présence d’ Yama (1).
» Ici naît mon doute. D'où vient le mot : « Ils sont morts? B Qui est le maître de la mort? Doù vient-elle? Comment les créatures sont-elles enlevées par la mort ?
» Explique-moi ce mot : « elle enlève » mon ayeul, toi, qui ressembles à un Immortel. » 2,021.
Le bienheureux anachorète répondit cette parole consolante au filsde Kounti, Youdhishlhira, qui l’interrogeait ainsi : 2,022.
« On raconte à ce sujet, sire, cette ancienne histoire, que Nàrada jadis narra au roi Akampana. 2,023.
(!) VaIvvaîïaua, fâtif disent les deux textes ; nous risquons ce chsnpement, VaivuimiHy pour uldeuir un sens raisonnable.
» Ce monarque lui-même, Indra des rois, avait éprouvé dans la mort d’un fils le plus grand des malheurs, le plus intolérable, qui soit au monde, c’est mon sentiment. 2,02â.
» Je vais te raconter l’origine sublime de la mort ; ensuite, tu seras délivré du chagrin, qui naît de tes liens d’alTection. 2,025.
» Écoute cette histoire, mon fils, de ma bouche, qui te la raconte, cette légende fortunée, qui conserve la vie, détruit le chagrin, augmente la prospérité, 2,026.
» Qui est purificatrice, qui anéantit les troupes des ennemis et qui est la félicité des félicités. Ce récit historique est comme une lecture des Védas. 2,027.
» Sans cesse, tous les matins, les plus grands des régénérés doivent l'écouter, s'ils désirent le bonheur, un royaume et une longue vie à leur fils. 2,028.
» Jadis, dans l’âge Krita, mon fils, vivait le roi Altampana. Son fils, nommé Hari, égal en vigueur à hârâyana, beau, consommé dans les armes, intelligent, robuste, semblable à Çakra dans la guerre, tomba au pouvoir de l’ennemi, un jour qu’il combattait au front et dans le milieu même du combat. 2,029 — 2,030.
» Il fut environné nombre de fois par les ennemis, à la tête de la bataille, tandis qu’il dispersait des milliers de flèches sur les éléphants et les guerriers. 2,031.
» Quand cet exterminateur des ennemis eut accompli un exploit difficile dans le combat, il fut tué par les ennemis, Youdhishthira, dans la bataille, au milieu de l’armée. 2,032.
» Après que le roi eut fait célébrer pour lui toutes les cérémonies des morts, consumé de chagrin, il se lamentait jour et nuit ; et son âme ne pouvait goûter aucun plaisir.
BHISHMA-PARVA. 22i
» Ayant appris que son chagrin avait, comme origine, l’infortnne de son fils, le Dévarshi Nârada se rendit auprès de lui. 2,033—2,034.
» Dès qu’il vit le rishi des Dieux arrivé, l’éminent roi de l’honorer suivant la convenance et de lui raconter cette lamentable histoire. 2,035.
» Le roi des rois lui narra toutes les circonstances de ce maiheur, la victoire, qu’avait remportée les ennemis dans le combat, et la mort de son fils. 2,036.
c Mon vigoureux fils à l’éclatant héroïsme, d’une splendeur égale à celle de Vishnou et d’Indra, marchant avec hardiesse, fut tué par de nombreux ennemis dans la bataille. 2,037.
» Qu’est-ce que la mort, révérend ? Pourquoi l’énergie, la force, le courage? Je désire entendre, suivant la vérité, ces questions résolues, ô le plus excellent des sages. »
» Lorsqu’il eut ouï ces paroles du roi, l’auguste Nârada, le donateur des grâces, lui raconta cette légende vaste et qui détruit le chagrin, causé par la mort d’un fils :
n Écoute, monarque aux longs bras, cette histoire dans une grande étendue, telle que la chose s’est passée, souverain de la terre, et telle que je l’ai entendue moi-môme raconter. 2,040.
U Les êtres étaient sortis des mains du créateur: Brahma à l’immense splendeur, l’ayeul des mondes vit, dans celte première création, que son univers n’était point alors soumis à la destruction. 2,041.
U Sa pensée naquit, souverain de la terre, sur la perte de ce monde ; et, quand il y eut rêvé, il ne vit pas que funivers fût nullement ravagé par la mort. 2,042.
» Soudain, au milieu des cienx, il naquit de sa colère un feu, qui reoiplit, avec tous les points de l’espace, les plages intermédiaires, qu’il semblait vouloir incendier.
1) Des guirlandes de flammes environnèrent l’atmosphère, le ciel et la terre ; l’auguste Dieu brûlait le monde avec tous ses êtres, mobiles et immobiles. 2,043 — 2,044.
» Cette puissante Déité, par la grande impétuosité de sa colère, semblait répandre la terreur chez toutes les créatures animées et inanimées, dont il faisait ses victimes,
» Alors Çiva-Hara-Sthânou, le souverain de la nuit et des êtres animés, portant les cheveux en gerbe de l’anachorète, vint implorer le secours du Dieu Brahma, assis au plus haut des deux. 2,045 — 2,040.
» Ce Sthànou, s’étant prosterné devantlui. par l’amour du bien des créatures, le grand anachorète, la divinité première, lui dit, comme s’il eût jeté des flammes:
« Quelle est cette chose, qui te fait agir ainsi librement, mon fils 1 Tu es né de mon amour, ô toi, qui es digne d’amour ! Je ferai tout ce qui t’est agréable. Dis, Slhânou, que désires-tu ? h 2,047—2,048.
« Tu as fait quelque effort à cause de ta création de tous les êtres, lui répondit Sthànou ; c'est par toi que fut créé, et que s’est accru l’ensemble des êtres de chaque e.spèce. 2,049.
1) Néanmoins, ces créatures sont aujourd’hui consumées entièrement par ta colère. Sois-moi donc propice, auguste Dieu ; c«r je les ai vues d’un œil plein de pitié. » 2,050.
« Je ne mets pas mon plaisir dans la destruction, lui dit Brahma : « Que cela soit ainsi ! » ai-je pensé ; et c’est par l’amour de ce qui est utile à la terre, que la colère est entrée dans mon ctrwr, 2,051%
DRONA-PARVA.
» Cette Déesse, accablée de son fardeau, m’excitait sans cesse à la destruction, grand Dieu, par la douleur, que cette charge lui causait ; 2,052.
U Et, comme je ne trouvais pas alors, pour ce globe sans mesure, une mort, qui fût, comme je le désirais, variée dans l'espèce, la colère me saisit. 2,053.
« Sois-moi propice, monarque de la terre, me dit-elle ; ne t’irrite point au sujet de cette mort ; ne détruis pas les êtres immobiles et mobiles. 2,05/j.
i> Par ta grâce, seigneur, j’ai coutume de suivre ce monde, distinct en trois époques : ce qui doit être, ce qui est passé, ce qui existe maintenant. 2,055.
» Enflammé de colère, ta divinité a créé, pour ainsi dire, le feu de sa colère : il consume les arbres, les fleuves et les monceaux de pierre. 2,056.
» 11 brûle tous les lacs, toutes les plantes grimpantes ou rampantes (1) et les gazons. 11 n’épargne rien dans ce monde des êtres immobiles et mobiles. 2,057.
» Cet univers des créatures animées et inanimées est réduit en cendres : étends sur moi, seigneur, ta bienveillance ! Que ta colère ne soit pas, en vérité I ma seule grâce ! 2,058.
» Tous ces êtres, que tu as créés (2), Dieu, périssent de toute manière. Que cette flamme cesse donc et s’éteigne en toi !
« Abaisse tes regards sur tout cela. Dieu, par l’amour du bien des créatures : fais de manière que tous ces êtres animés cessent de périr. 2,059 — 2,060.
(1) OulapàSf texte de Bombay.
(2) Srishtàf, édition de Bombay.
WVONA-PARVA.
rocher à la mort elle- même, si j’étais tombé dans ses mains. 2,6t9.
» A plus forte raison, certes ' vos majestés, qui sont toutes les souveraines de la terre, pourront-elles me défendre contre Phâlgouna seul, qui désire me tuer 1
s J’ai entendu les cria de joie des Pàndouides, qui m’inspirent une grande épouvante ; et mes membres s’affaissent, princes, comme ceux d’un homme, qui va mourir. 2,620 — 2,621.
» Cest ma mort, sans doute, que leur a promise l'archer à l’arc Gândtva; et c’est là ce qui fait pousser des cris de joie aux Pàndouides, arrivée l’heure des chagrins.
» Ni les Rakshasas, ni les Ouragas, ni les Asouras, ni les Gandharvas, ni même les Dieux ne peuvent agir d’une antre manière ici, combien moins les souverains des hommes 1 2,622 — 2,623.
» Accordez-moi donc ce que je demande, s’il vous plait, éminentes personnes ; ou je vais me rendre invisible de façon que les Pàndouides ne puissent me voir ! » 2,624.
Au roi, qui gémissait ainsi, l’àme troublée par la crainte, le monarque Douryodhana répondit, comme ayant la plus grande part dans cette afimre, qui était bien la sienne: 2,626.
« Ne crains pas, tigre des hommes : qui en effet oserait vouloir s’approcher de toi, éminent guerrier, environné des héroïques ksbatryas. 2,626.
» Moi et le fils du Soleil, Karua, Tchitraséna, Vivinçati, Bhoûriçravas, Çala, Çalya, l’inaiTrontable Vrisbaséna,
« Ponroumitra, Djaya, Bhodja et le Kambodjain Suudakshina, Satyavrata aux longs bra.s, Vikarna et Ooiirmoukba, 2,627 — 2,628.
viu
LE MAH4-BHARATA.
B Oonççà«ana, Soob&hou et le Kftlingain, les armes levées, les deux Avantiens, Vinda et Anouvinda, Drona, Açvatthâman, son fils, et le Soubhalide ; 2,620.
B Ceux-ci mec mu» et d'autres en grand nombre, ' souverains de contrées diverses, nous t'environnerons de nos armées. Que l'inquiétude soit donc bannie de ton cœur ! 2,630.
» Et toi-mème n’es-tu pas le plus excellent des maîtres de chars, prince à la splendeur infinie 7 N'es-tu pas un héros toi-mème? Comment, Sindhien, peux-tu voir le danger venir à toi des P&ndouides 7 2,631.
B Mes onze armées déploieront leurs efforts dans le combat pour te sauver : ne crains donc pas, Sindhien ; que la terreur s’enfuie maintenant loin de toi 1 » 2,032.
Ainsi rassuré par ton fils, sire, le monarque du Sindhou, accompagné de Douryodhana, se rendit cette nuit vers Drona. 2,633.
Il embrassa les piedsdu brahme, souverain des hommes; il s’assit, incliné, sur un siège inférieur auprès de l'Atchârya et lui adressa cette demande : 2,63A.
« Que ta sainteté me dise la supériorité de Phâlgouna dans l'adresse à toucher un but, sa vigueur à lancer loin une flèche, sa légèreté de main et la fermeté de ses blessures. 2,635.
I) Je désire apprendre avec vérité, Atchârya, en quoi excelle sa science ; veuille me dire ce qu’il en est véritablement d’Arjouna en lui-même, u 2,636.
« Vous avez reçu mêmes leçons, Arjouna et toi, lui répondit Drona ;‘mais il y a $on côté l’exercice et la dureté de l’apprentissage : Arjouna est donc supérieur à toi! 2,637.
Digitizod
DRONA-PAUVA.
» Mais tu ne dois trembler ici d'aucune manière devant le Pi ilhide dans la guerre ; en effet, n’est-ce pas moi, qui te sauverai du danger, mon fils? 11 n’y a pas de doute ici. 2,638.
» Les Immortels eux-mëmes ne sauraient prévaloir contre celui, que protège la force de mon bras ; j’établirai un ordre de bataille impénétrable au fils |de Prith même. 2,639.
» Combats donc I ne crains pas 1 et, observant tou devoir, suis, puissant héros, la route, où tes ayeux et ton père ont marché avant toi I 2,6i0.
U Tu as lu suivant la règle tous les Védas, l'oblation fut versée par toi saintement dans les feux sacrés, tu as célébré de nombreux sacrifices : la mort n’a donc plus rien de terrible pour toi I 2,6èl.
» Ayant obtenu de hautes destinées, difficUes à acquérir pour les hommes lâches, tu gagneras les mondes les plus élévés, divins, conquis par la force des bras.
n Les Kourouides et les Pândouides, penses -y-bien, le Vrishnide et les autres hommes, moi et mon fils, nous sommes tous périssables. 2,6A2 — 2,6A3.
U Nous sommes tous successivement tués par la mort plus forte que nous ; accompagnés chacun de nos œuvres, nous irons tous dans l’autre monde. 2,6ââ.
» Les héros kshatryas obtiennent en pratiquant les devoirs du guerrier ces mondes, que méritent les ascètes en cultivant la pénitence. » 2,6â5.
Ainsi rassuré par le Bharadwâdjide, le roi du Sindhou bannit la crainte et tourna son esprit à son combat futur avec le Prilhide. 2,6â6.
Ensuite, éclata la joie de tes armées, souverain des
hommes, et le bruit terrible des instruments de musique se mêla avec les cris et les rugissements de guerre. 2,0A7.
Alors que le Prithide eut juré la mort du monarque des Sindhiens, le Vasoudévide aux longs bras tint ce langage
Dhanandjaya : 2,0A8.
a Connaissant l'opinion de tes frères et la promesse, que tu fis en ces termes : n Je tuerai le Sindhien ! >• je dis que c'est un juste châtiment. 2,6A(>.
» Mais tu prends là une charge infiniment pesante, sans m'avoir consulté : comment ne serons-nous donc point exposés à la risée du monde entier ? 2,650.
» J'ai envoyé des espions dans le camp du fils de Dhritarâshtra; à leur prompt retour, voici les nouvelles, qu'ils nous ont annoncées. 2,6.’)!.
» Après que tu eus juré la mort du roi de Sindhou, prince auguste, ils nous ont entendu proférer de grands cris de guerre et faire éclater le son des instruments de musique. 2,652.
0 Effrayés de ce bruit, les Dhritarftshtrides ont dû penser avec les Sindhiens (1) : « Ces cris de guerre ne sont pas jetés sans une cause ! » 2,653.
» Les Kouronides ont répondu à ces cris par d’autres vastes clameurs, poussées, guerrier aux longs bras, par les fantassins, les hommes de cheval et d'éléphants, avec un fracas épouvantable de chars. 2,65A.
■ « Quand il eut appris la mort d'Abhimanyou, Dhaiiandjaya, pensent-ils, fut ceitainement accablé de douleur ; il sortira cette nuit avec colèro I » 2,665.
» C’est ainsi que fut reçue, héros aux yeux de lotus,
(1) édition <)e Bombiv.
DRONA-PARVA.
par cea guerriers consumés en efforts et dévoués à la vé> rité, ta promesse vraie de porter la mort au roi de Sindhou.
a Tous, Douryodhana et ses ministres étaient 'effrayés, le cœur défaillant, comme de timides gazelles. Alors l’hé* roique roi, Djayadratha, le souverain du Madra, se lè>e avec ses ministres, et, consterné, profondément affligé, il se rend au quartier de Souyodbana lui-méme.
■> Quand il eut délibéré, au temps du conseil, sur tous les moyens de salut, il adressa, dans l'assemblée du roi, ce discours au Dhritarâsbtride : 2,650.
a Demmn Dbanandjaya s'avancera, disant : <> Voici le meurtrier de mon fils. » Il a juré ma mort au milieu de son armée. 2,660.
a Ni les Raksha.sas, les Ouragas et les Asouras, ni les Gandharvas, ni lesDieuxue peuvent empêcher qu'un serment de l’Ambidextre ne soit pas suivi de son effet.
» Défendez-moi dans le combat. Que Dbanandjaya u' obtienne pas la gloire d’avoir mis le pied sur vos tètes. Disposez donc les choses de manière qu’il en soit ainsi.
a Mais, si l’on u’embiasse pas ma défense dans la bataille, rejeton de Kourou, accorde-m'en la permission, sire, je vais retourner dans mon palais. » 2,663.
U A ces mots, que la crainte lui avait inspirés, Souyodhana, l’esprit perdu et baissant la tète, se plongea dans ses pensées. 2,66A.
c Quand le roi du Sindhou le vit dans l’affliction, alors de lui adresser ce langage doux, utile pour lui-méme, accompagné de déférence : 2,665.
« Je ne vois pas ici, entre vos majjstés, un archer d'une
telle énergie, qu’il puisse repousser dans un grand combat l’astra d’Arjoona par un astra opposé. 2.666.
» Qui pourrait tenir le pied ferme devant Arjouna, qui manie l’arc Gândtva et qui a le Vasoudévide pour compagnon, comme en lace même de Çatakratou 7 2,667.
n On dit que jadis, sur le mont Himâlaya, le fils de Prithâ combattit à pied l’auguste Mahéçvara à la grande puissance. 2,668.
n Avec son char seul, excité par le roi des Dieux, il a tué des milliers de Dànavas, qui habitaient la Ville-d'Or.
» Uni au sage Vasoudévide, le fils de Kountl pourrait détruire les trois mondes eux-mêmes avec les Immortels ; c’est là mon sentiment. 2,669—2,670.
» Je désire que tu m’accordes, si tu le juges àpropos, d’étre défendu par le magnanime Drona et par son héroïque fils. »
* L’Atchàrya fut alors vivement sollicité par le monarque. L’ordre de bataille est arrêté, Aijouna, etleschevaux sont préparés. 2,671—2,672.
U Karna, Bhoûriçravas, Drona, l’inabordable Vrishaséna, Kripa et le roi du Hadra, ces six héros seront à la tête des armées. 2,673.
n Drona a disposé déjà l’arrangement de ses bataillons en char, en lotus et dans un demi-ordre ; rhéroïqueDjayadratha, le souverain duMadra, ivre de lacruelle fureur des batailles, se tiendra bien défendu au milieu de la corolle du lotus, ou dans le flanc de l’ordre en aiguille. Ces six héros, de qui l’arc, l’astra, la vigueur, les souffles vitaux et la bravoure, née du sang de leurs ayeux, sont trèsdifficiles à supporter, ont une résolution bien arrêtée. Tu ne peux arriver jusqu'à Djayadraiha, Prithide, avant de les avoir vaincus. 2,674 — 2,675 — 2,676.
DRONA-PARVA.
» Songe à la vigueur, que ces six héros possèdent individuellement : car, s’ils sont réunis, tigre des hommes, il est impossible de les vaincre dans un lestant! 2,677.
» De plus, je consulterai (Ij des ministres, versés dans les délibérations et amis de ta majesté, sur un plan de conduite utile pour toi-mème et le succès de ton aflaire. v 2,678.
< La vigueur de ces six héros du Dhritarâshtride, que tu crois supérieure à la mienne, répondit Arjouna, n’est pas même égale à la moitié de ma force : c’est mon sentiment. 2,679.
» On me verra, meurtrier de Madhou, moi, qui désire la mort de Djayadratha, briser avec le mien l’astra de tous ces héros. 2,680.
» J'abattrai la tète du roi de Sindhou sur la face de la terre, malgré la rivalité de Drona et les gémissements de son armée. 2,681.
» Quand bien même les Sâdhyas, les Rendras, les Vasous avec les Açwins, Maroutte avec Indra, les Viçvadévas avec Içvara, les Mânes avec les Gandharvas, Souparna, les mers et les montagnes, le ciel, l’air, la terre, cette plage et les champs infinis de l’espace, les villages, les forêts, les êtres immobiles ou mobiles ; quand bien même le roi de Sindhou, meurtrier de Madhou, les aurait tous pour ses défenseurs ; 2,682—2,683 — 2,68A.
» Demain, Krishna, tu le verras succomber sous mes flèches dans un combat ! je te le jute avec vérité, et je touche mes armes en confirmation de ma promesse,
9 S’il est un grand héros, qui soit le défenseur de ce
(I) Manirayishyàmi, é<lilion de Bombey ; celle de Calcutta imprime ici eue bute inorme.
LE MAHA-BUAfiATA.
criminel insensé, je marcherai contre lui, Kéçava, fut-ce Drona même le premier I 2,685—2,686.
» Souyodbana pense que ce jeu det armts est attaché à la personne de ce prince : ayant donc brisé la pointe de son armée, je m’avancerai vers Djayadratha. 2.687.
» Demain, on verra les guerriers aux grands arcs brisés par moi dans la guerre de mes flèches aiguës et resplendissantes, comme des cimes de montagnes, qui volent en éclats sous la foudre. 2,688.
» Le sang coulera en ruisseaux du corps des chevaux, des éléphants, des guerriers, tombés ou tombants, percés de mes dards acérés. 2,689.
» Égales au vent ou à la peusée, les flèches, envoyées pai’ le Gândiva, enlèveront la vip par milliers, aux chevaux, aux éléphants, aux guerriers. 2,690.
V Les hommes verront ici dans la guerre quels astras épouvantables j’ai reçus de Roudra, d'Indra, de Varouna, de Kouvéra et d’ Yama I 2,691.
» Tu me verras détruire dans la bataille avec celui de Brahma les astras de tous les guerriers, qui défendent le roi du Sindhou. 2,692.
» Demain, tu me verras dans le combat joncher la terre, Kéçava, avec les têtes des souverains, coupées de mes traits impétueux. 2,69.3.
» Je rassasierai les carnassiers, je dissiperai les ennemis, je réjouirai les amis, je broierai le roi du Sindhou.
U Immolé sous mou bras, le roi du Sindhou, ce grand pécheur, dépourvu de bonnes qualités, né dans la patrie du péché, causera delà douleur aux siens. 2,69A — 2,695.
, i: Tu verras, déchiré de mes flèches sur le champ de bataille avec ses princes, ce Sindhien, artisan d'œuvres
iniques, qui mange tanit distinction des mets (1) et dn lait de tous les animaux. 2,606.
» L’aurore venue, Krishna, j’agirai de telle sorte que Souyodhana aura cette pensée : << Il n’existe pas sur la terre un second arclierégal à ce héros dans le combat 1 » » Le céleste Gândlva sera mon arc, moi le combattant, toi le cocher, illustre Hrishikéça : y aurait-il une chose, dont je ne pusse trfompher dans la bataille ? 2,697— 2608.
» Grâce à toi, Bhagavat, est-il une chose, que je ne n’aie pas obtenu dans un combat ! Si tu connaissais un seul fardeau, que je fusse incapable de soutenir, ne me blâmerai.s-tu pas? 2,690.
O Sache que cette promesse, jurée ici par moi, Djanârddana, est aussi certaine que la beauté est inséparable de la lune, que l'e.-)u ne peut être séparée de la mer.
n Ne méprise pas mes astras, ne méprise pas mon arc solide, ne méprise pas la vigoenr de mes bras, ne méprise pas Dhanandjaya. 2,700—2,701.
» Je vais marcher au combat et vaincre ce qui est même invincible. Sache que Djayadratba a déj.'t perdu la vie dans le combat ; eVsr ouMifdr je dis là une vérité. 2702.
« La vérité est impérissable dans un brahme ; impérissable est le respect dans les hommes de bien ; la prospérité est impérissable dans les sacrifices; impérissable est la victoire dans N&ràyana. ■ 2,703.
Quand il eut ainsi parlé à Hrishikéça aux longs cheveux, le fils d’Indra, Arjouna de lui crier en personne à luimême son ordre en ces termes : 2,704.
a Tu dois agir de maoiêre que mon cltar soit prêt à
(2) SarvakahinAHna, édilioD de Bombay.
l’heure, Krishna, où l'aube succède à la nuit; U te faut y mettre la plus grande diligence. » 2,705.
Accablés par la peine et le chagrin, soupirant comme deux boas, le Vasoudévide et Dhanandjaya ne purent goûter un instant de sommeil durant celte nuit. 2,706.
Quand ils surent que Nara et Nûràyana étaient consumés de colère, les Dieux avec Indra d'agiter avec trouble cette pensée : « Que s'ensuivra-t-il de cette affaire ? »
Des vents horribles, épouvantables soufflèrent, pronostics d’événements terribles ; les yeux virent dans le soleiî une massue et nn corps mutilé. 2,707 — 2,708.
Des foudres tombèrent du ciel sans nulle cause ; des trombes de vent furent accompagnées d’éclairs ; la terre elle-même trembla avec ses bois, ses eaux, ses montagnes.
Les mers, séjours des makaras, furent soulevées, grand roi, et les fleuves commencèrent à rebronsser chemin vers leurs sources. 2,709 — 2,710.
Du plus petit au plus grand, les éléphants, les hommes, leschevaux elles chars augmentèrent la joie des carnassiers dans ce moment, où allait s’accroître le royaume d'Yama.
» Les montures de pleurer et de lâcher sous elles les excréments et l’urine. Toutes tes armées dans le trouble virent tous ces prodiges effrayants et qui faisaient se hérisser le poil d’épouvante ; toutes entendirent, éminent Bharatide, la promesse terrible de l’Ambidextre à la grande vigueur. 2,711 — 2,712 — 2,713.
Ensuite, le Pâkaçàsanide aux longs bras dit à Krishna : «Console Soubhadrâ, ta sœur, et sa jeune bru. 2,71A.
w Bannis, meurtrier de Madhou, le chagrin de ses brus et de ses amis ; relève leur courage, seigneur, par tes discours assaisonnés de flatterie et de vérité. » 2,715.
DRONA-PARVA.
Vivement affligé, le Vasoudévide se rendit au palais d’Arjouna, et consola sa sœur, pleine de tristesse, accablée sous le poids de la douleur, qu'elle ressentait de son fils :
« Ne te désole pas avec ta bru, fille de Vrisbni, au sujet de ce jeune prince, lui dit le Vasoudévide. Il est une heure suprême, que la mort a fixée pour chacune de toutes les créatures. 2,716—2,717.
s Que cette mort ne t’inspire aucun chagrin ; elle était digne de ton fils, né dans une noble famille, sage et surtout kshatrya ! 2,718,
» Félicite-toi (1) 1 II fut un grand héros, ferme, d’un courage égal à celui de ses pères ; il a obtenu la voie désirée des héros, suivant la règle des guerriers. 2,710.
n Après qu’il eut vaincu et plongé dans la mort un bien grand nombre d’ennemis, il a conquis les mondes créés purs, impérissables, où tous les désirs ont leur satisfaction. 2,220.
•> l’on fils est entré dans la voie, où aspirent les hommes de bien par la science, les Védas. la chasteté et la pénitence. 2,721.
I) Tu es la fille d’un héros, l'épouse d'un héros, la mère d'un héros, la parente des héros : ne pleure donc pas ton fils, dame illustre ; il est parvenu à la plus haute des routes. 2,722.
» Le Sindhien, femme à la jolie taille,'ce cruel immolateur d’un enfant, cet artisan d’œuvres iniques recevra, une fuis cette nuit écoulée avec ses parents, avec la troupe de ses amis, le fruit amer de son orgueil. Il ne sera pas délivré du Prithide ; il est entré déjà dans Amaràvati.
(I) UtUralement : par bonheur.
LEMAHA-BHARATA.
» Demain, la tête enlevée de ce roi de Sindhou roulera dans le combat : elle sera emportée hors des limites (1) du champ de bataille. Fais donc reposer ton chagrin et cesse de pleurer. 2,725.
» Mettant le devoir du kshatrya avant tout, il est entré dans la voie des gens de biens, où nous irons, nous et ceiix, qui vivent du métier des armes. 2,726.
» Ton fils à la poitrine large, aux longs bras, ignorant la fuite, dirigeant un char, est parvenu au Swarga, femme à la jolie taille ; étouffe ainsi ton chagrin. 2,727.
» Plein d’énergie, il a suivi son père et ses parents du côté de sa mère ; héros au grand char, il a succombé, mais après qu'il eut immolé des ennemis par milliers.
» Console ta bru et ne conçois pas, reine, un trop vif chagrin au sujet de ce jeune kshatrya. Demain, quand tu auras appris un bien grand exploit, qui ne te sera point désagréable, femme heureuse, bannis ton chagrin.
I) Ce qui fut promis par le Prithide arrivera de la manière promise et non autrement : en effet, ce que désire faire ton époux ne sera jamais sans porter du fruit. 2,730.
» Quand bien même les enfants de Manou, les serpents, les Piçatchas, les Larves, qui volent et qui rôdent la nuit, les Asouras et les Dieux viendraient au secours du roi de Sindhou, arrivé dans ce combat, ils ne pourraient, tous réunis, l’arracher de ses mains, une fois que l’aurore dissipera les ténèbres ! » 2,73f.
Après que le magnanime Kéçava eut articulé ce discours, Soubhadrâ, accablée par le chagrin, que lui donna-t
(i) Samanla, édition de Bombay.
DRONA-PiiRVA.
la mort de son ûls, soupira ces mots vivement affligée.
U Pourquoi t’es-tu donc, iils de moi infortunée, approché de cette guerre, où tu devais trouver la mort, enfant, qui avais uneJ»ravoure égale à celle de ton père 7
» Comment vois-je couvert de la poussière du combat, mon filj, ton visage aux yeux charmants, aux belles dents, azuré comme la fleur du lotus bleu 7 2,734.
Il On te voit donc étendu à terre, héros, qui ne savais pas fuir, avec ton beau cou, ta belle figure, tes longs bras, tes larges épaules, ta vaste poitrine et ton ventre non saillant ! 2,735.
U Les Bhoûtas te contemplent sans dou|«, comme une lune montée sur l'horizon, avec tes yeux charmants et tes jolis membres rassemblés près de ton corps, arrosé par les bles.sores des armes ! 2,736.
» Comment git-il maintenant, étendu sur la terre, ce héros acr,outumé au plaisir, lui, de qui la couche était jadis couverte des tapis les plus précieux 7 2,737.
» Ce guerrier aux longs bras, que suivaient jadis les femmes les plus illustres, comment, renversé dans le combat, n’a t-il maintenantpour le suivre que de sinittres chacals 7 2,738.
» Lui, que louaient jadis, en des chants inspirés parla joie, les encomiastes, les bardes et les ménestrels, comment n'est-il environné aujourd’hui^ que par des troupes de carnassiers aux cris épouvantables. 2,739.
» Qui entre tous les PAntch&lains, seigneur, ou les héros de Vrishni et les Pàndouides, tes protecteurs naturels, te laissa tuer sans protection 7 2,740.
» Sans avoir pu rassasier mes yeux de ta vue, mon
LF, MAHA-BHARATA.
irréprochable fils, infortunée, je descendrai certainement en ce jour dans les demeures d’Yama. 2,781.
n Comment verrai-je encore, mon fils, ton pAle (1) visage, autrefois animé par de grands yeux, des cheveux annelés, des parfums exquis et des paroles gracieuses?
» Honnie soit la force des Pântchâlains ! honnie soit la bravoure des héros de Vrisbni ! honnie soit l’adresse à l’arc du fils de Prithâ 1 honnie soit la vigueur de Bhlma* séna! 2,742—2,783.
» Honnis soient les Ralkayains, les Tchédiens, les Matsyas et les Srindjayas, qui ne purent pas soutenir ta vue, héros, quand tu fus arrivé au combat 1 2,788.
» Aujourd’hui que ta splendeur (2) est éteinte, la terre semble à mes yeux un désert ; maintenant que je ne vois plus Abhimanyou, le neveu du Vasoudévide et le fils de l'archer du Gâodtva, comment pourrai-je te voir étendu sur la terre toi, que je voyais en héros, monté sur un char. 2,785 — 2,780.
» Hélas! héros, je te vms et je te perds! Tu es pour moi comme la richesse dans un songe I Ah I les choses humaines ne sont pas durables : ce n’est, assurément I qu’une goutte d’eau vacillante. 2,787.
» Et cette épouse, ensevelie en de tels soucis, comment pourrai-je supporter sa douleur, comme celle de la vache, à qui l’on a ravi son fils. 2,788.
» Hélas I tu fais ton départ avant le temps, mon fils, et tu m’abandonnes au moment de me donner ton fruit, à moi, qni ai un si brûlant désir de ta vue I 2,789.
(t) Je préfire lire nirvamam, malgré l'une et l'eutre éilition. (2) Svastlÿam, texte de Bombay.
DRONA-PARVA.
> La route de la mort est sans doute bien mal connue des savants eux-mèmes, puisque tu as trouvé la mort sans défenseur sur un champ de bataille, où tu avais pour ton défenseur Kéçava lui-mème. 2,750.
» Obtiens la route des sacrificateurs, des brahmes, qui sont doués de l'aumône, qui ont dompté leur &me, qui pratiquent la continence et qui ont visité les saints ttrthas, des hommes consommés dans la science, pleins de libéralité, dociles envers leurs gourous et qui distribuent par milliers des présents honorifiques.
O Va dans la route des héros, qui combattent sans connaître la fuite, et qui meurent dans la bataille sur les corps des ennemis, qu’ils ont immolés. 2,753.
> Cette voie resplendissante de ceux, qui célèbrent des sacrifices qui, distribuent des vaches par milliers et qui donnent aux brahmes le nalvéçika(l) désiré. 2,75A.
n Va dans la route, qui est la voie des brahmes, mon fils, qui ont renoncé à l’orgueil, la voie de ceux, qui donnent des trésors aux brahmes secourables. 2,765.
» Va dans la route, mon fils, qm est la voie, où aspirent les hommes aux vœux parfaits, où aspirent les maris d’une seule épouse. 2,766.
a Cest la voie étemelle des rois, qui appartiennent au second des quatre ordres et qui sont purifiés par des œuvres saintes, bien observées et religieusement accomplies.
n Va, mon fils, dans la voie des hommes sensibles aux maux des malheureux, qui leur donnent à jamais une part dam leur richtue et qui sont revenus delà cruauté.
(i) Prêtent fait II un brahme, maître de maiton.
DRONA-PAUVA.
sainte et variée. Autant que le nuage verse de gouttes dans une pluie, autant qu’il y a d’étoiles au ciel, 2,214.
U Autant que le cours du Gange a de sable, autant qu’il y a de grands rochers dans le Mérou, autant que la mer contient de pierreries et d’étres animés ; 2,215.
» Autant Givi, le fils d’Ouçlnara, fit des présents de vaches dans un sacrifice. Brahma ne put trouver parmi nous, soit qu’il fût, soit qu’il eût été, soit qu’il dût être, un homme meilleur que lui (1) pour conduire le char de son empire (2). Ses sacrifices étaient variés et regorgeaient de toutes choses. 2,216 — 2,217.
I) Des colonnes victiiuaires et des sièges d’or décoraient son palais; l’entourage de son château et ses portes arcadées étaient d’or; un million et dix mille brahines y trouvaient une nourriture et des breuvages exquis et purs.
I) Dans les enceintes de ses sacrifices, on voyait des narrations agréables assaisonner des mets variés, da grands lacs de lait et de caillé, des rivières et des montagnes d'aliments splendides. 2,218 — 2,219.
» 11 se plaisait à dire aux peuples : « Buvez, baignezvous, mangez ! » Aussi Roudra, satisfait de ses œuvres saintes, lui accorda-t-il une grâce. 2,220.
Il En récompense de ses libér.alités, il lui donna une richesse intarissable, la gloire, /« perfection dans les cérémonies, le don de plaire à toutes les créatures, quelque chose qu’il voulût dire, et le Swarga (3) sublime. 2,221.
» Quand il eut obtenu ces grâces désirées, Çivi au temps venu, monta au ciel. Si ton fils est mort, c’est qu’il
(l’2) Dhouras..* narauUaman, telle de Bombay.
(3) Swargamuttamam, même texte.
YIII
possédait les quatre qualités à un plus haut degré que toi. 2,222.
n Ne donne pas de larmes à ton fils, comme s'il était moins vertueux que son père. Celui, qu’il te faut blanchir, c’est l’homme, qui n’a pas offert de sacrifices et qui ne mérite pas de récompense. » Ainsi parla le Dévarshi. 2,223.
O Nous avons appris, Srindjaya, poursuivit Nârada, la mort de Râma le Daçaratide, auquel ses sujets accordaient avec joie leur affection, comme des fils légitimes à leur père ; 2,22â.
O Ce prince à la splendeur sans mesure, en qui se trouv.aient des vertus innoinbr.ables et qui demeura ferme quatorze années dans les ordres de son père. 2,225.
I) Frère aîné de Lakshmana, il habita avec son épouse dans une forêt ; et cet éminent fils de Manou immola dans le Djanaslhâna les Rakshasas. 2,226.
» 11 tua, pour sa conservation, quatorze milliers de ces cruels Démons ; et, tandis qu’il séjournait là, se présenta le Rakshasa, nommé Râvana. 2,227.
» Fascinant Râma et son frère puîné, cet rsprit impur enleva la Vidéhaine, son épouse. Ensuite Râma irrité immola dans la guerre , tel que jadis le Dieu aux trois yeux détruisit Andbaka, l’artisan de péché, ce Poulaslide, invincible aux ennemis. Ce héros aux longs bras tua dans une bat tille avec son armée ce Râvana, à qui les Asouras ni les Dieux ne pouvaient donner la mort, et U arracha de la terre cette épine des brahmes et des Immortels. Cet exploit si utile aux créatures fut applaudi par les Tridaças mêmes. 2,228 — 2,229 — 2,230.
» Après qu’il eut rempli de sa gloire le monde entier, honoré par les chmurs des Dieux et plein de compassion
DRON.V-PARVA.
pour toutes les créatures, il fut sacré roi avec tout le cérémonial de l’étiquette (1). 2,231,
» L’auguste seigneur, qui défendait les peuples par sa justice, offrit un grand sacrifice et cent açvaniédhas, sans obstacle, où abondaient l’or et l’argent. 2,232,
» 11 sacrifia au souverain des Dieux, et son oblation procura une grande joie A cet Immortel; il offrit, sire, plusieurs autres divers sacrifices, accompagnés de nombreuses qualités. 2,233.
.1 Toujours doué des vertus, enflammé de sa propre splendeur, Râma vainquit la faim et la soif; il fut supérieur à toutes les maladies des corps animés par des âmes. 2,23â.
» Râma le Daçarathide brilla par-dessus tous les êtres et plus que tous les enfants de Manou, les Dieux et les risbis. 2,235.
» Tant qu’il garda les rênes du royaume, l’habitation ce la terre fut dans Râma : alors, on n’abandonnait pas la vie, et il n’en était pas autrement pour tous les êtres, qui ont reçu les souilles de l’existence. 2,236.
» Tant que Râma tint les rênes de l’empire, les enfanta de Manou ressemblaient aux deux Açwins ; les forces du corps brillaient à l’entour de l'homme, et les malheurs n’existaient pas. 2,237.
» Lescréaturesjouissaientd’une longue vie, les jeunes ne mourraient point alors ; et, trouvant le plus grand charme dans les quatre Védas, on obtenait les demeures du ciel.
» De tous les côtés, sur les montagnes, au bord des fleuves, dans les jardins, on offrait des oblations (2) aux
(1) Vividhom.
(2) éditioa de BomUy.
Zi h
Mânes (1) , aux Dieux ; on célébrait le sacrifice : les contrées ignoraient la piqûre des moustiques ; les tigres elles serpents étaient pour rllei des races éteintes.
)i En ce temps , on ne trouvait pas la mort dans les eaux ; la flamme ne brûlait personne : l’appétit des choses vicieuses, l’avarice et la sottise n’existaient pas alors.
» Tous les hommes exerçaient les professions désirées et réglées ; les castes étaient obscn'ées : le souverain, qui avait exterminé les Rakshasas, rendait aux Dieux et aux Mânes la swadhà et l’honneur du sacrifice, que les Rakshasas avaient détruit dans le Djanasthâna. Les hommes avaient mille fils et vivaient dix myriades d’années.
2,2â0— 2,2ÛI— 2,242.
» Les vieillards n’offraient pas alors de mets funèbres • à leurs puînés : les jeunes gens avaient le teint azuré, les yeux couleur de sang, le courage d’un éléphant en rut.
» Ils avaient de longs bras, qui descendaient jusqu’aux genoux, des épaules de lion, une grande force : leur vie durait dix mille ans et dix centaines d’années.
» Rama, tendrement aimé de toutes les créatures, conduisait le char de féUit : « Râma est aimable et charmant (2) 1 » c’était le sujet des entretiens de tous ses peuples. 2,245.
» Tant que Râma tint les rênes de l’empire, le monde reçut de Râma tout son charme. Après qu’il eut affermi
(1) C'est ainsi que le commentateur explique le mot nù/ipoitt/nm, inconnu aux Diclionoaire».
(2) Râman, rdman Râma; c'est un jeu He roots intraduisible en français, roinoïc le suivant : « Rfiin tt mman djoyat Râmat'..,
DRONA-PARVA.
la puissance royale dans ses huit parties et qu’il eut habilement dirigé ses sujets des quatre classes, il s’éleva au Swarga. Si ton fils est mort, Srindjaya, c’est qu’il possédait les quatre qualités à un plus haut degré que toi.
M Ne donne pas des larmes à ton fils, comme s’il était moins vertueux que son père. Celui, qu’il te faut blanchir, c’est l’homme, qui n’a pas offert de sacrifices et qui ne mérite pas de récompense. » Ainsi parla le Dévarshi.
U Nous avons appris encore, Srindjaya, poursuivit Nàrada, la mort du roi (1) Bhaglratba, du nom de qui la Gangà aux amas de pépites d’or fut appelée Bhâglrathl.
» Ce prince, qui, surpassant les fils des rois et les monarques eux-mémes, donna aux brahmes un millier de mille jeunes filles aux ornements d’or (1). 2,249 — 2,250.
» Toutes ces vierges étaient portées sur des chars ; quatre chevaux conduisaient les chars ; chacun d’eux était flanqué de cent éléphants, tous avec des guirlandes d’or.
» Un millier de chevaux suivaient les pas de chaque éléphant (1) ; après chacun des coursiers, venaient cent vaches ; des troupeaux de chèvres et de brebis escortaient les vaches. 2,251 — 2,252.
» La sainte rivière de s’avancer avec l’abondance de ses eaux, et de lui donner des présents très-considérables : vivement troublée à son approche, elle s’assit dans son anka. 2,253.
» La Gangâ-Bhâgirathi fut jadis la courtisane Ourvaçl: devet)ue d'abord la fille du roi, elle devint alors son fils.
w Les Gandharvas joyeux, qui ont l’éclat du soleil et de
(1) Kiplioaiion du coimuuntalre.
qui (1) la voix articule de belles choses, ont chanté cet hymne aux oreilles des hommes, des Mânes et des Dieux;
« La Déesse Gangâ, qui coule vers la mer, choisit pour son père ce rejeton d’ikshwâkou, le roi Bhagîratha, qui célébrait un sacrifice, riche de nombreux honoraires.
■ » Cette cérémonie était brillamment ornée de la pré-
sence des Dieux et du chœur des Immortels, accompagnés d’Indra, acceptée convenablement, tout obstacle levé, exempte de maladies. 2,254 — 2,255 — 2,256 — 2,257.
» Iæ sage Bhagiratha a emporté les mérites du sacrifice, en quelque lieu qu’il l’ait offert et quel que soit le brahme, qui ait présenté ce qui était cher à lui-même. »
»On ne doit pas enlever au brahme (2) toute richesse, qui lui fut agréable ; car c’est par la grâce des brabmes que ce roi fut ravi de ce monde dans celui de Brahma.
U Les rayons du soleil d’ici-bas, s’ils veulent que leur chemin les conduise vers ce monarque souverain, devront célébrer deux grands sacrifices, où ils donneront comme nourriture les plages de l’horizon. 2,260.
» Si ton fils est mort, Srindjaya, c’est qu’il possédait les quatre qualités à un plus haut degré que toi. Ne donne pas des larmes à ton fils, comme s’il était moins vertueux que son père. 2,261.
» r.elui, qu’il te faut blanchir, c’est l’homme, qui n’a pas cflert de sacrifices et qui ne mérite pas de n' compense. » Ainsi parla le Dévarshi. 2,262.
K Nous avons appris même, Srindjaya, poursuivit Nà-
(1) ValgouvAdinaSf édition de Boiuhay.
(2) Brdhmanasyaf tente de Bombay.
DRONA-PARVA.
rada, la mort du rejeton d’Élavila, ce Dilipa aux centsacri- (ices, auxquels assistaient un million cl dix mille brahuies, tous sacrificateurs, ayant des fils doués du sens Védiu, de la science et de la vérité ; ce Dilipa, empereur de toute la terre, célébrant divers sacrifices, qui donna aux brahmes ce globe entier, rempli de richesses. Sa route dans lessafices était faite d'or. 2,263 — 2,2f)4 — 2,265.
» Accomplissant, pour ainsi dire, le devoir, les Dieux avec Indra se réunissaient (1) là où sont dans f habitude de se rendre un millier d’éléphants, semblables à des montagnes. Toute la salle de ses as.seiiiblôes, brillante de la plus haute splendeur, était d’or. Il y avait des montagnes de mets, variées, et même des rivières de liqueurs di>-erses. Dans une étendue de mille brasses, ce prince avait ses colonnes à victimes faites d’un or massif. L’enceinte circulaire du sacrifice et son parvis étaient d’or, comme les poteaux victimaires. Distribués en sept chœurs, six milliers d’Apsaras exécutaient pour lui des danses en ces assem-
blées, où Viçvàvasou lui-même faisait parler joyeusement la vlnâ. Au sentiment de tous les Bhoûtas, ce monarque possédait un caractère de vérité. « Ils gisaient, étendus le long des routes, gorgés de riz bouilli avec d’ épaisses couches de sucre. » Ce qui est merveilleux, à mon avis, et qu’il ne partage pas avec les autres rois,
U C’est que, tombés sous les coups du tchakra, avec
(1) Ici, danit le texte de Bombay, se trouTent plusieurs stances, qui san» doute, manquaient au manuscrit, que l’éditeur de Calcutta mil sous preat»e. Nous allons 'es ajouter, sans les chiffrer, pour ne pas nous s'parer de notre édition, où l'éloge de Dilipa noos semble trop court, si l'on omet ces distiques oubliés.
LE MAH\-BHAllATA^
lequel Diltpa combattait, il ne les submergea pas dans les aux. Les hommes, qui virent ce monarque à l’arc solide, aux paroles de vérité, mériter une éminente récompense, ont conquis le Swarga même. Il y avait cinq bruits, qui ne \ieillirent jamais dans le palais de ce roi, issu du soleil ;
» C’étaient la récitation des Védas, le son de la corde de son arc, les invitations à boire, à sucer, à manger ! Si ton fils est mort, Srindjaya, c’est qu'il possédait les quatre qualités à un plus haut degré que toi. 2,270.
« Ne donne pas des larmes à ton fils, comme s’il était moins vertueux que son père. Celui, qu’il le faut blanchir, c’est l’homme, qui n’a pas ofl'ert de sacrifices et qui ne mérite pas de récompense. » Ainsi parla le Dévarshi.
« N’avons-nous pas appris, Srindjaya, la mort de Màndhâtri, fils d’ Youvanâçva ? C’était un roi victorieux des trois mondes, où habitent les hommes, les Asouras et les Dieux. 2,271 — 2,272.
(I Lui, que les Dieux Açwins ontjadis extrait du sein de son père. — Ce monarque, errant à lâchasse, altéré, avec des chevaux fatigués, aperçut une fumée : c’était uii sacrifice, où il vint, tenant sa corde et sa flèche. Les célestes Açwins, ces excellents médecins, entrevirent C cn/ant à naître, arrivé le temps des couches, dans le ventre d' Youvanâçva, et en pratiquèrent l’extraction des entrailles mêmes de son père. Dès qu’ils virent ce nourrisson, qui avait l’éclat d’un Dieu, couché dans le giron de son père,
« Les Immortels de se dire l'un à fautre : « Qui cet enfant tètera-t-il? » — « C’est moi-même, qu’il tétera, à vos yeux 1 » répondit le fils de Vasou. 2,270.
DRONA-PARVA.
» A peine eut-il ainsi parlé qu’nn lait immortel apparut aux doigts d’Indra : k II me tétera ! » répéta par pitié le roi des Dieux, touché de compassion pour cet enfant. 2,277.
» C'est ainsi que les Dieux lui firent ce nom de Màndhâtri (1). La main du magnanime Indra distilla dans la bouche du nouveau-né d’Youvanâçva les gouttes de lait et d'ambroisie. L'enfant suçait la main d'Indra et croissait de jour en jour (2). 2,278 — 2,279.
» En douze jours, il devint égal à un enfant de douze ans. Il ne mit qu'un seuljouràsubjuguer cette terre entièrement. 2,280.
» Juste, ferme, héroïque, dévoué à la vérité, ses organes des sens vaincus, Màndhàtri, son arc à la main, triompha de Djanamédjaya, de Soudhanvan, deGaya, deÇoùna(3), de Vrihadratha, d’Asita et de Nriga même. Des lieux, où le soleil se lève jusqu'aux lieux où il se couche, tout cet immense espace fut nommé le champ de Màndhàtri, fils d’Youvanàçva. Il célébra des centaines d’açva-médhas et cent ràdjasoûyas. 2,281 — 2,282 — 2,283.
n 11 donna aux brahmes, roi des hommes, les Matsyas aux terres rouges, aux mines d’or, grosses de population, grandes de cent (S) yodjanas, des montagnes de mets, ou à sucer, ou à manger, des plus exquis et de plusieurs espèces. Le reste des brahmes était abandonné (5) au peuple. 2,284—2,285.
» On voyait briller des amas de liqueurs, de mets, d’a-
i) moif oiiatri, 6ur<mr, qui boit.
(2} Ahtià^ teito de Knmhay.
(3) Le teite de Bombay porte ici de Pourou,
(4) ÇatayoïljanaUf texte de Bombay.
(5) Bounjûnau hVjatai^ même texte.
üiuents, des montagnes de nourritures, des lacs de beurre clarifié, qui avaient des sauces pour vase, du lait pour écume, des mélasses pour eau, 2,286.
1) Des oiseaux, des reptiles. LcsGandharvas,les Yakshas, les hommes, les Asouras et les Dieux assiégeaient ces montagnes et ces belles rivières aux flots de Lait et de miel.
» On voyait là rassemblés des brahines, parvenus 5 la rive ultérieure des Védas; il n'y avait aucun brahme ou rishi, qui ne fût pas doué de la science. 2,287 — 2,288.
» Quand il eut mis de tous côtés la terre, qui a pour ses bornes les mers et qui est pleine de richesses, en la possession des brahines, le grand roi descendit alors à son couchant. 2,289.
» 11 s’éleva aux mondes de la pureté, après qu’il eut rempli de sa gloire éclatante (1) toutes les plages de l’horizon. Si ton fils est mort, Srindjaya, c’est qu’il possédait les quatre qualités à un plus haut degré que toi. 2,290.
I) Ne donne pas des larmes à ton fils, comme s’il était moins vertueux que son père. Celui, qu’il te faut blanchir, c’est l’homme, qui n’a pas offert de sacrifices et qui ne mérite pas de récompense. » Ainsi parla le Dévarshi.
(I Nous avons appris, Srindjaya, poursuivit Nûrada, la mort d’Yayàll, fils de Nahousha, après qu’il eut célébré par centaines des râdjasoùyas et cent açva-médhas, mille poundartkas (2) et des centaines de vâdjapéyas (3), un millier d’atirâtras {/i) et des sacrifices de quatre en quatre mois, à sa volonté, 2,291 — 2,292 — 2,293.
» Des agnishthomas (5) et différentes cérémonies aux
(i) Édition de Bombay.
(2-3-t-S) Eapècea de Mcrificca.
DRONA-PARVA.
nombreux dons honorifiques. « Est- il une richesse, qui n'appartienne pas aux brahmes sur la terre 1 a se demanda-t-il. 2,29â.
» Dès qu'il eut agité cette pensée, il mit tous les biens entre les mains des bruhmes. Dans la grande guerre des Asüuras et des Dieux, ayant fait alliance avec les Immortels, il partagea toute cette terre en quatre portions sous quatre monarques. Quand il eut offert des sacrifices de mainte sorte, il engendra légalement des enfants sublimes au sein de Dévayàni, Aâuçanasi et Dharmishtâ. Semblable à un Immortel, il coula sa vie dans les lorôis des Dieux.
» Ne suivant que l’impulsion de ses désirs, comme un second Indra. Alors que ce prince, versé dans tous les Védas, n’eut pas trouvé un seul instant de relâche pour ses appétits, 2,29S.
11 entra dans la forêt avec son épouse, après qu’il eut chanté ces vers : « Il est donc vrai que le riz, l'orge, l'or, les troupeaux, les épouses ; 2,299.
» Que tout cela ne peut même suffire à un seul homme ! » Ayant roulé cette pensée, il trouva le calme. Ainsi, lorsqu’il eut abandonné tous ses désirs, Yayâti parvint à la paix de l’esprit. 2,300.
» Dès qu’il eut fait asseoir Pourou sur le trône, le monarque se confina dans un bois. Si ton fils est mort, Srindjaya, c’est qu’il possédait les quatre qualités à un plus degré que toi. 2,301.
« Ne donne pas des larmes à ton fils, comme s’il était moins vertueux que son père, (ielui, qu’il te faut blanchir, c’est l’homme, qui n’u pas offert de sacrifices et qui ne
LE MAHA-BUARATA.
mérite pas de récompense.» Ainsi parla le Dévarshi. 2,302.
« N’avons-nous pas appris, Srindjaya, poursuivit Nàrada,la mort de Nâbhâga, surnommé Ambarlsha ? Seul, il soutint la guerre contre un millier de mille rois, qui désiraient le vaincre en bataille. Il s’avança de tous les côtés en ennemi. Versés dans la science des combats et des astras, ils étaient formidables et vomissaienldes paroles funestes. 2,303 — 2,30à.
» Après qu’il eut acquis la force, déposant le trouble de l’âme, il trancha sous la puissance de ses astras les ombrelles, les armes, les drapeaux, les chars et l’existence môme de ces rois. 2,305,
» Ayant déposé leurs armures et désirant la vie, ceux ci le supplièrent ; ils vinrent chercher la protection de ce prince secourable, dis;int : « Nous sommes à toi! » 2,306.
» Lorsqu’il eut réduit ces rois sous sa puissance et qu'il eut subjugué cette terre, vertueux monarque, il oflrit divers sacrifices et célébra différentes oblations, conformément aux Traités de morale. 2,307,
» Dans ces cérémonies, les brahmes, traités avec les plus grands honneurs, étaient complètement rassasiés et les autres hommes mangeaient des aliments, doués de toutes les qualités : 2,303.
» Des confitures, des galettes de pâte ferme, des gâteaux pleins de choses agréables au goût, du riz bouilli dans l’eau, des crêpes, de grandes grappes de raisin, et des mets artistement préparés, des condiments, du rhum, des tartes des breuvages de riz bouilli avec du gros sucre, des coulis bien assaisonnés, doux et agréables.
DRONA-PARVA.
» Les brahmes mangeaient là du beurre clarifié, du miel, du lait, des fruits et des racines bien douces ; ils ùuraient de l’eau fraîche, du caillé, des liqueurs.
» Connaissant la source de leurs plaisirs, ils se gorgeaient de boissons enivrantes ; les buveurs absorbaient à satiété des breuvages, qu’ils accompagnaient de paroles chantées, 2,311 — 2, .312.
» Là, où des milliers d’hommes joyeux chantaient des chansons pleines des louanges de Nabhâga, dansaient et tombaient ivres sur la terre. 2,313.
» Dans ces sacrifices, Ambarlsha ne négligeait pas de faire des présens aux rois venus par centaines de mille et aux brahmes sacrificateurs, accourus par dizaines de millions. 2,31à.
» Quand il célébrait ses différents sacrifices, il ne négligeait pas d’honorer de ses dons, sans oublier leurs compagnons et leurs serviteurs, les rois au front consacré et les fils de rois par centaines, tous portant des cuirasses d’or, abrités sous de blanches ombrelles, éventés par des chasse-mouches et montés sur des chars d'or.
» Il les donna aux brahmes avec des monceaux de trésors et de bâtons pour le commandement. Personne, entre ceux, (jui nous ont précédés, n’a jamais agi, et, parmi ceux qui nous suivront, n’agira jamais de la manière que fit le roi Ambarlsha aux innombrables présents. C’est ainsi que les grands rishis le reçurent avec joie comme un de leurs célestes compagnons. 2,315 — 2,316 — 2,317 — 2,318.
y Si ton fils est mort, Srindjaya, c’est qu’il possédait les quatre qualités à un plus haut degré que toi. Ne donne pas des larmes à ton fils, comme s’il était moins vertueux que son père. 2,319.
2hà
)i Celui, qu’il te faut blanchir, c’est l’homnie, qui n’a pas offert de sacrifices et qui ne mérite pas de récompense. » Ainsi parla le Dévarshi. 2,320.
a Nous avons appris, Srindjaya, poursuivit N.lrada, la mort du roi Çaçavindou. Favori de la fortune, doué d’un courage, qui ne se démentit jamais, il célébra différents sacrilices. 2,321.
1) Ce magnanime possédait cent mille épouses, Æt chacune d’elles individuellement lui donna un millier de fils. 2,322.
» Tous ces jeunes princes étaient valeureux; ilsavaient chacun un million de sacrificateurs; c’étaient des rois parvenus .A la rive ultérieure des Védas et qui célébraient les plus grands sacrifices. 2,323.
» Tous ces jeunes princes avaient des cuirasses d’or; tous, ils étaient les plus grands des archers ; tous étaient des .souverains, qui sacrifiaient avec dçs açvamédhas. 2,324.
» Dans un açvamédha, le roi des rois, leur père, donna ses fils aux brahmes : cent chars et cent éléphants suivaient individuellement les pas de chacun d’eux. 2,325.
» Des jeunes filles aux belles parures d’or venaient derrière chaque fils du roi ; chaque jeune fille précédait cent éléphants, et chaque éléphant était suivi de cent chars.
» Chacun de ces chars marchait devant une cèntaine de chev.aux à la course rapide, aux guirlandes d’or; chaque cheval devançait un millier de vaches, et derrière chacune d’elles arrivaient cinquante brebis.
» Dans le grand sacrifice d’un açvamédha, Çaçavindou à l'éminente fortune donna cette richesse infinie aux brahmes. 2,328.
DRONA-PARVA.
>1 Autant il y a de colonnes victiniaires en bois dans le grand sacrifice d'un açvamédha, autant et même plus il y avait de ces colonnes en or. 2,329.
» C’étaient des montagnes, avec une lieue d’élévation, en breuvages, en friandises, en mets divei-s:l’açvamédha de ce monarque accompli, les restes équivalaient au treizième (1). 2,330.
n Us étaient remplis de gens satisfaits, bien repus, exempts de maladies, libres d’obstacles. Quand il eut long-temps possédé cette terre, Çaçavindou monta au ciel. 2,331.
» Si ton fils est mort, Srindjaya, c’est qu’il possédait les quatre qualités à un plus haut degré que toi. Ne donne pas des larmes à ton fils, comme s’il était moins vertueux que son père. 2,332.
» Celui, qu’il te faut blanchir, c’est l’homme, qui n’a pas offert de sacrifices et qui ne mérite pas de récompense. » Ainsi parla le Dévarshi. 2,333.
« Nous avons appris encore, Srindjaya, poursuivit Nàrada, la mort du roi Gaya, rapide comme un esprit, qui, durant cent années, mangea les restes du sacrifice.
» Ensuite, le Feu de lui accorder une grâce : « Par ma pénitence, mes vœux, ma continence, mes mortifications et la faveur de mes gourous, dit-il, choisissant la grâce, je désire connaître lesVédas. Par ma fidélité à garder les devoirs de ma catte, par mon éloignement de nuire à d’autres, je désire une richesse intarissable.
(i) Nous ne recevons pRs cette explication du commentaire: //y avait fà des tas de restes.
» E', comme j’ai toujours eu foi aux brahmes en toutes mes largesses, qu’il me naisse des fils en des conditions, qui ne soient pas autres que celles où je suis né moimême. 2,337.
» Si la foi accompagna mes dons de nourriture, que mon cœur se complaise dans le devoir et que je ti’éprouve jamais d’obstacle, 6 Feu, pour .accomplir les choses du devoir. » 2,338.
« Il en sera ainsi ! » répondit-elle; et la divinité disparut en ces lieux. Gava obtint, justement alors tout ce qu'il uvail demandé et triompha de ses ennemis. 2,339.
Il Dunant toute la révolution de cent années, ce roi célébra différents s.acrifices avec les présents convenables, à la nouvelle et à la pleine lune, au renouvellement des saisons, à chaque quatrième mois et dans les offrandes des prémices à la fin de la saison des pluies. Il immola ceni milliers de taureaux et cent centaines de chevaux.
2,350— 2,3âl.
O Ne cessant pas de s’élever, il donna cent milliers de nishk.as d’or et même six myriades de vaches, pendant cette durée de cent années, 2,352.
U Dans toutes les cérémonies de nakshatras, il faisait des présents, nommés les nakshatras ; et, comme Lunus, comme Angiras, il offrait différents sacrifices. 2,353.
»Ce roi fit toute cette terre d’or avec un sable de pierreries, et l’abandonna aux brahmes dans le grand sacrifice d’un açva-médha. 2,355.
» Toutes ses colonnes victimaires étaient laites d’or, tous ses vêtements étaient de pien'es fines ; tout ce que possédait Gaya était riche et ravissant pour toutes les créatures. 2,355.
DRONA-PARVA. 257
B II distribuait aux brahmes satisfaits et même à tous les êtres de grands biens, assortis à tous les désirs.
» Les différentes classes de créatures, qui habitent dans les rivières, les fleuves, la mer, les îles, les continents (1) et les forêts, dans les villes, dans les royaumes, dans l’atmosphère et dans le ciel, trouvèrent à se rassasier dans la perfection de ses sacrifices : « Nul autre, disaient-elles, n'est égal à celui de Gaya.» 2,346—2,347—2,348.
» L’autel de Gaya sacrifiant avait vingt-six yodjanas de large et trente yodjanas de long ; il en avait vingt-quatre devant et derrière ; il était fait d’or et jonché de perles, de pierreries et de diamants. 11 donna aux brahmes des vêtements et des parures. 2,349 — 2,350.
» Infiniment généreux, il fit, comme il a été dit, d’autres présents aux brahmes, dans ces lieux, où étaient des montagnes d’aliments non touchés, des canaux et des rivières de liquides artistement construits, des monceaux d'onguents, de parures et de vêtements en toutes les espèces.
» Par la vertu de ce sacrifice, Gaya devint célèbre dans les trois mondes ; il fut un anachorète aux œuvres impérissables et le lac de Brahma le reçut en ses eaux saintes.
» Si ton fils est mort, Srindjaya, c'est qu’il possédait les quatre qualités à un plus haut degré que toi. Ne donne pas des larmes à ton fils, comme s’il était moins vertueux que son père. 2,353 — 2,354.
» Celui, qu'il te faut blanchir, c’est l’homme , qui n’a pas offert de sacrifices et qui ne mérite pas de récompense. » Ainsi parla le Dévarshi. 2,355.
(l) Fona, placé entre le« mois J/e» et mer».
Vin
« Nous avons appris encore, Srindjaya, poursuivit Nftrada, la mort deRantidéva, le fils de Sankrita, ce magnanime, auquel étaient deux cent mille cuisiniers. 2,356.
'» Il donna aux brahmes toute l’opulence, que la droite raison fit alDuer dans ses mains ; il avait lu tous les Védas, et il réduisit les ennemis sous leur puissance , avec les bestiaux, dont la guerre l'avait rendu maître : c'était un prince aux vœux parfaits, cultivant le sacrifice, suivant les règles, et que beaucoup d’hommes, qui aspiraient au Swarga, avaient pris comme modèle. 2,367-2,358-2,359.
■> Du monceau de ses boucliers lirait sa naissance une rivière, la Mahânasà, d'où vint d’abord sonïiomdeTchariiiavati. Auparavant, elle coulait dans l’Agnihotra. 2,360.
U 11 donna aux brahmes des nishkas d'or en proportion de sa puissance. « A toi ce nishka ! disait-il ; à toi ce nishkal... A toi!... à toi! » U distribuait ainsi des milliers de nishkas d'or. Ensuite, quand il eut repris haleine , il donna une seconde fois des nishkas. 2,361 — 2,362.
U Quand il avait distribué dix millions de nishkas : « Ce que je donne maintenant, disait-il, est peu de chose ! » Mais chaque jour il recommençait ses présents : quel autre en fit jamais autant 1 2,303.
« Si le brahme retire de moi sa main, une grande, une éternelle douleur fondra sur moi ! 11 n’y aura nul doute il cela! » Et, sur cette pensée, il distribuait sa richesse,
U Des taureaux aux cornes dorées, par milliers, et dont chacun était suivi par cent vaches. On disait alors que le nishka avait une valeur égale à cent huit souvarnas.
» 11 donna aux brahmes durant cent années, plus la moitié d’un uiois, les moyens de célébrer l’agnihotra, les moyens de célébrer le sacrifice. 2,364 — 2,365 — 2,366.
DRONA-PARVA.
U II fallait qu’il donnât aux rishis de jeunes chameaux, des vases, des marmites, des terrines, des lits, des sièges, des litières, des maisons et des palais, ainsi que des arbres divers et différentes nourritures. Le sage Rantidéva ne possédait rien, qui ne fût d’or. 2,367 — 2,368.
» A la vue de cette félicité plus qu’humaine de Rantidéva, des hommes, versés dans les Pourânas, de chanter là ces vers: 2,369.
« Jamais avant on n’a vu dans les palais mêmes de Kouvéra, combien moins entre les hommes, une richesse égale à celle, qui nous ra.ssasie ! 2,370.
» Être l’hôte un seul jour de Rantidéva, le fds de Sankrita, vaut mieux, évidemment, disaient-ils avec étonnement, qu’habiter le palais môme du Dieu, qui préside aux richesses! » 2,371.
« On recevait alors vingt-un milliers de taureaux ou de vaches ; et les cuisiniers aux pendeloques de pierreries étincelantes jetaient là ces cris : 2,372.
« Mangez! Voici de la sauce en abondance : la viande n’est plus maintenant comme elle était auparavant! » Toute chose quelconque, que possédât Rantidéva, l’or en était la matière ; 2,373.
U II la donna toute aux brahmes dans un sacrifice étendu. Les Dieux venaient en sa présence recevoir leur portion de beurre clarifié, 2,37A.
» Les Mânes leurs offrandes au temps convenable, et les principaux tous les objets de leur désir. Si ton fils est mort, Srindjaya, c’est qu’il possédait les quatre qualités à un plus haut degré que toi. 2,375.
» Ne donne pas des larmes à ton fils, comme s’il était moins vertueux que son père. Celui, qu’il te faut blanchir,
LE M\HA-BHARATA.
c’est l’homme, qui ti’a pas offert de sacrifices et qui ne mérite pas de récompense. » Ainsi parla le Dévarsbi.
« Nous avons appris, Srindjaya, poursuivit Nârada, la mort de Bharata, fils de Doushmanta, qui resplendit au milieu des bois, après qu’il eut accompli des actions difficiles à exécuter par d’autres, 2,376 — 2,377.
» Lui, qui, enfant vigoureux, ayant ravi par sa fougue l’énergie aux lions, blanchis par la neige de l'Himavat, qui ont pour armes les dents et les ongles, les entraînait derrière lui et les enchaînait. 2,378.
» Il dompta et soumit à son pouvoir les cruels tigres, les plus féroces de* animaux, qui vivent dant t es montagnes, où l’arsenic rouge est en contact avec les autres métaux des sommets. 2,379.
» 11 prenait par les dents, raconte-t-on, les serpents les plus forts, la gueule sèche, avec les autres carnassiers et 'es éléphants en fureur, leur faisait tourner le dos et les réduisait en sa puissance. 2,380.
» Il entraînait les buffles vigoureux, excellents sur les plus robustes ; il domptait par sa force les centaines des plus superbes lions. 2,381.
» Il vainquit avec le cimeterre les puissants srimfiras, et beaucoup d’autres animaux ; il enchaîna, au milieu des bois, Kritatobhaprâna ( 1 ) et lui rendit ensuite la liberté. 2,882.
» Ces prouesses lui firent donner par les brahmes le
(1) Le commeoUire explique ce mot par ceux*ci : fayant amené comme dans un Mais qui amena-t-il ? Est-ce unRakshasa? Eat-
ce un Piçatcha? Il se lait; et son «ilence nous oblige à ne voir dans ce root qu’un simple nom propre. SrimAra, dit Wilson, est un nom, que les lexicographes donnent à plusieurs animaux : dans son incertitude snr la signification propre» nous ne cherchons pas à l’interpréter.
DRONA-PARVA.
nom de Sarva-damana (1). Sa mère l’arrêtait : « Ne fais pas de mal, lai disait-elle, aux êtres vivants. » 2,383.
» Ce héros plein de vigueur célébra cent açva-médhas, le long de l’Yamounâ; il immola trois cents chev.aux sur les rives de la Sarasvatt et quatre cents sur les bords de la Gangâ. 2,384.
I) 11 offrit encore mille açva-médbas, cent ràdjasoîiyas et de grands sacrifices, riches de présents convenables et dus honoraires les plus distingués. 2,385.
vu Quand il eut vaincu le monde entier, deux jours et plus furent consacrés à la célébration (2) d'un agnihotra. Après que ce royal fils de Çakountalâ, Bharata eut -acrifié avec des milliers de mille vâdjapéyas, bien couverts d’herbes kouças, et qu’il eut rassasié les brahmes de richesses, il donna là à Kanva un millier de padmas d’or pur. Ce prince à la haute renommée avait une colonne victimaire d’or, et l’or embrassait son autel dans une circonférence de cent brasses. 2,386 — 2,387 — 2,388.
» Une fois réuni avec les brahmes, élevé jusqu’aux Dieux sous la loi d’Indra, il donna aux brahmes, par centaines, par myriades et par dix millions, des chevaux dorés, bien décorés, resplendissants de toutes les ravissantes pierreries, des éléphants, des chars, deschameaux, des chèvres et des brebis, des serviteurs et des servantes, des richesses, du froment, des taureaux, des vaches avec leur veau, des vill.''.ges, des maisons, des champs et des parures diverses. 2,389 — 2,390—2,391.
L’âme superbe, toujours victorieux de ses ennemis et
t) Onme-domans.
(S) IthUnà , taite ds Bombtjr.
LE MAHA-BHAKATA.
jamais vaincu, il devint empereur du monde entier. Si ton fils est mort, Srindjaya, c’est qu’il possédait les quatre qualités à un plus haut degré que toi. 2,392.
» Ne donne pas des larmes à ton fils, comme s’il était moins vertueux que son père. Celui, qu’il te faut blanchir, c’est l’homme, qui n’a pas offert de sacrifices et qui ne mérite pas de récompenses. » Ainsi parla le Dévarshi.
« Nous avons appris, Srindjaya, poursuivit Nârada, la mort de Prithou, fils de Vénya, que les grands risbis avaient sacré monarque universel au milieu d’un râdjasoùya, 2,393. — 2,39A.
« Prithou est célèbre par les efforts de son rouroge, disaient les peuples : il a vaincu tous les ennemis. 11 nous sauvera (1) malgré nos blessures ('2). » C’est de là que lui vint le nom de Kshatrya (3). 2,395.
U C’est l’amour, qui fit naître pour lui sans doute le nom de roi, parce que les sujets disaient à la vue de Prithou, fils de Vénya : u Nous sommes remplis d’aflection pour ce prince (â). » 2,396.
» La terre nourrissait les fruits, sans être labourée : c'était une Kdmadouh (5) pour le fils de Vénya; et tout&s les vaches, comme celle de l’abondance, remplissaient les vases de lait, les uns après les autres. 2,397.
» L’herbe kouça était faite d’or, elle était douce au toucher, elle procurait du plaisir. Le liber des arbres composait leurs habits; ils eu étaient couverts et couchaient dans leurs vêtements. 2,398.
(i-2-3) Kshatân.... tràsyatai.,,, KshairyOt formé «Je» troi» proinièrff syllabes de» deux premiers mol», en rejetaut As de (râsyatai,
(4) Rddja.... raktas.
(5) Qutf omnia Oftiufa yræbcty vmxa. llopp.
BHISHMA-PARVA.
» Ils avaient tilors pour mets des choses douces, agréables, exquises, semblables à l'ambroisie; il n'y avait personne, qui fût privé d'aliments. 2,300.
» Les hommes étaient sans maladie, sans crainte, heureux en toutes leurs affaires : ils habitaient, au gré de leurs désirs, sous le feuillage des arbres ou dans le sein des cavernes. 2,400.
» La division par villes et par royaumes n'existait pas alors : la joie des créatures était de se distribuer suivant leur gré, suivant leur plaisir. 2,401.
H II avait affermi la surface des eaux h l'endroit où elle.s SC jettent dans la mer ; les montagnes présentaient une route nu voyageur, et il n'y avait pas de fracture dans les drapeaux. 2,402.
» Tandis qu’il était doucement assis, les ascètes, les Dieux des montagnes, les Asouras, les Ouragas et les hommes, les sept grands rishis, modèles de pureté, les Gandharvas, les Apsaras elles-mêmes et les Mânes s'approchaient de lui et disaient : n Tu es un monarque universel, tu es un kshatrya ! Tu es notre roi, notre défenseur et notre père. » 2,403 — 2,404.
’i Accorde-flous, grand roi, les grâces, que nous désirons, seigneur, et par lesquelles nous puissions goûter en paix des satiétés éternelles. » 2,405.
« Oui ! » répondit le fils de Vénya. Prithou saisit l’arc Adjayava (1) et ses flèches épouvantables, incomparables; et, quand il eut songé un instant, il dit à la terre : 2,406.
[i)Sam-<Ufaile.
Il Viens ici, Terre ! Hftte-toi de verser l’eau pour ces êtres, qui la souhaitent. Ensuite, je donnerai, s’il te plaît, à chacun la nourriture de la manière qu’il en à le désir!» 2,407.
Il Héros, lui répondit la Terre, veuille me donner tes ordres, en ma qualité d’être ta fille ! » — «Oui ! » repartit Prithou, et le sage ordonna tout en conséquence. 2,408.
» Tout l’ensemble des êtres vinrent alors tirer le pis de la terre. Les ascètes se présentèrent les premiers avec le désir de la traire. 2,409.
Il Elle se tenait là sous la forme d’une vache, pleine d’alTection pour .son veau et appelant des vases pour y jeter son lait. Un fàla fleuri fut son premier veau, et la main de Plaksha fut celle, qui la traya. 2,410.
Un v.Tse de cuivre éclatant reçut la semence virile cachée, dont elle fut traite ensuite. Le mont Oudaya était alors son veau, et la haute montagne du Mérou exprima le lait de sa mamelle. 2,411.
» Après, on lui pressa le pis daus une jatte de pierre, où elle stilia goutte à goutte les plantes médicinales et les pierreries. Le Dieu par excellence futalors celui, qui pressura le sein, et l’aimable p.arure fut tirée de ses tettes.
Les Asouras à leur tour vinrent la traire dans un vase, auquel la magie donnait ses formes; le Bicéphale fut celui, qui la traya, et Virotcbana était alors son veau.
» Les hommes en exprimèrent l’agriculture et les céréales semées sur la surface de la terre : l’anachorète, fils de rÊtre-exi.‘=tant-par-1ni-même, était leur veau ; et c’était Prithou, qui pressait 1a mamelle. 2,414.
DRONA-PARVA.
» On soutira le poison de la terre dans un vase en forme de courge : le serpent Dhritaràshtra maniait le pis, et Takshaka alors était son veau. 2, Al 5.
» Les sept grands rishis et des anachorètes aux œuvres infatigables firent couler de son sein les volumes sacrés: Vribaspati pressait la mamelle ; le rythme des Védas en était le vase à traire, et Lunut, le roi du soma, était le veau. 2, Al 6.
» La terre fut traite par des mains vertueuses, qui en exprimèrent le secret et te silence : Kouvéra tenait pour elles le pis, et le Dieu, qui a pour enseigne le taureau, était en ce moment le veau. 2,A17.
» Les Apsaras et les Gandharvas recueillirent de la erre, dans un vase en feuilles de lotus, les pures odeurs : Tchitraratha fut, dans cette fonction, leur veau, et l’auguste Dieu, qui répand en tous lieux sa lumière, pressait la mamelle. 2,A18.
O Les Mânes trayèrent en des vases d’argent la Swadhâ : Yama, le fils de Vivaçvat, était le veau, et la Mort tirait le pis de la vache. 2,A1P.
« C’est ainsi que l’ensemble des êtres animés trayait le lait de la terre, avec lequel ils entretiennent la vie des créatures, grâce à des offrandes perpétuelles de veaux et de vases de lait. 2,A20.
» Après que Prithou, l’auguste fils de Vénya, eut célébré différents sacrifices, qu’il eut rassasié les êtres de toutes les choses désirées, agréables au cœur, 2,A21.
H Le roi fit d’or tous les princes quelconques, qui sont à la surface de la terre, et les donna aux brahmes dans le grand sacrifice d’un aç.va-raédha. 2,A22.
U Ce monarque de modeler ainsi en or soixante milliers
et soixante centaines d'éléphants, qu’il donna encore àces brahnies. 2,A23.
I) Enfin, ce roi fit représenter également en or ce globe entier, orné de pierreries et de perles, et le donna aux brahmes. 2,A2&.
n Si ton fils est mort, Srindjaya, c'est qu’il possédait les quatre qualités à un plus haut degré que toi. Ne donne pas des larmes à ton fils, comme s’il était moins vertueux que son père. 2,A2ô.
» Celui, qu’il te faut blanchir, c'est l’hombie, qui n’a pas offert de sacrifices et qui ne mérite pas de récompense. » Ainsi parla le Dévarshi. 2,A26.
<1 L’héroïque Ràma aux grandes mortifications, continua Nârada, ce fils de Djamadagni, à la renommée supél ieure, vénéré dans le monde des héros, mourra lui-même, sans avoir rassasié ses désirs. 2,427.
» Aussi, environne-t-il de sa gloire cette terre, dont il fait le bonheur. Parvenu à une prospérité sans pareille, il ne changea point de condition. 2,428.
). On lui dit que son père chéri avait reçu une offense des ksbatryas ; alors il fit mordre la poussière à Kàrttavtrya, que les ennemis n’avaient pu vaincre dans un combat ; 2,429.
» Et, par milliers, il immola soixante-quatre myriades de Rakshasas. Avec son arc seul (1), il vainquit dans celte guerre quatorze mille ennemis des brahmes, rassemblés pour la mort. 11 en fit d’autres prisonniers et tua Dantakroûra. 2,430 — 2,431.
» 11 tua un millier d’ennemis avec la massue, un millier
(1) AikAta dAanouihà, édition de Bombay.
DRONA-PARVA.
d’autres avec l’épée ; un millier de Halhayas tombèrent sous ses coups, dans un combat au milieu de la forêt Oudbandhana. 2,432,
U Les héros gisaient avec les chars, les éléphants et les chevaux, immolés par le sage Djamadagnide, irrité de la mort de son père. 2,433. ,
» Ràma en sacrifia dix mille sous les coups de sa hache. Il ne put supporter (1) ces paroles, que les anachorètes élevaient à grands cris, 2,434.
» Quand les plus éminents brahmes soupiraient ces mots en pleurant : « Au secours, Ràma, fils de Bhrigou ! » Ensuite, l'auguste Djamadagnide immola de ses flèches acérées les Kâçmiras, les Daradas, les Kountikshoudras, les Kamâlavas, les Angas, les Vangas, les Kâlingas, les Vidéhains, les Tàmraliptakas, les Rakshovâhâs, les Vitahotras, les Trigarttains, les Màrtlikàvatas, les Çivis et d’autres kshatryas par milliers, de pays en pays.
» 11 immola par milliers des kshatryas au nombre de cent milliers de dix millions. Il remplit des canaux et des lacs avec un sang, pareil à la fleur de bandoudjiva (2) ou couleur de la cochenille ; et, quandileutréduiten sa puissance tous les dix-huit continents, le rejeton de Bhrigou
n Célébra des centaines de sacrifices, purs, riches des honoraires convenables et les plus distingués. Kaçyapa reçut de Ràma, le Djamadagnide, cette terre pleine de troupeaux de bétail, de forêts et de villages, avec un autel
1} Amrishyaia, iexto de Bombay
(2) Peniapeiti Phœnicta.
de huit coudées en hauteur, fait d'or massif, rempli par des centaines de toutes les pierreries, et que des centaines de drapeaux ornaient comme de guirlandes. Ce présent fut suivi par des centaines de mille éléphants aux ornements d’or. 2,AA0 — 2, AAI — 2,AA2.
• Râma, dans le grand sacrifice d* un açva-médha, fit don à Kaçyapa de la terre, qu'il avait purgée des brigands et remplie d’un peuple aimé et docile. 2,AA3.
» Lorsqu’il eut fait vingt-et-une fois la terre sans ksbatryas, et qu’il eut célébré des centaines desacrifices, l’auguste héros la donna aux brahmes. 2,AAA.
» Le brahme Mârttcha reçut la terre, formée de sept continents, et dit à Ràma : « Sors de la terre, à l’ordre, que je te donne. •> 2,AAô.
a Quand, à la voix de Kaçyapa, il eut .accordé, seigneur des flèches, la mer, la souveraine des fleuves, le plus brave des guerriers, exécutant l’ordre du brahme, 2,AA6.
a Habita la plus haute des montagnes, le Mahéndra, mont sublime. Ainsi, aimé pour des centaines de qualités, l’anachorète, qui ajoute à la gloire des Bhrigouides, le Djamadagnide à la renommée supérieure, à la grande lumière, mourra lui-mème. Cependant il possède les quatre qualités à un plus haut degré que toi, et il est plus vertueux que ne fut ton fils. 2.AA7 — 2,AA8.
a Ne pleure pas ton fils, comme tu pleurerais un homme, qui n’a point offert de sacrifices et qui ne mérite point de récompense ! Ceux, qui po.ssèdent les qu.atrc qualités à un plus haut degré que toi, ou qui te surpassent par des centaines de-perfections, 2,AA0.
» Ou sont déjà morts, Srindjaya, ou doivent mourir, 6 le plus vertueux des plus éqiinents hommes. » 2,AôO.
DRONA-PARVA.
» Quand il eut entendu cette narration pure, qui ajoute à la vie et qui renferme tous les degrés de la perfection, le roi Srindjaya de garder le silence et de ne pas répondre un seul mot. 2,A51.
i> Tandis qu’il était assis de cette manière, le vénérable saint, Nârada lui dit: u Tu as entendu, prince à lagrande splendeur, ce récit de ma (1} bouche, qui le raconte.
I) Est-ce que ta foi est morte, comme celle d'un roi des Çoûdras 7 » A ces mots, joignant les mains et désirant ton filt, Srindjaya repartit : 2,A52 — 2,A53.
a Après que j’ai entendu, seigneur aux longs bras, cette narration fortunée, sublime, des antiques râdjarshis, qui ont célébré des sacrifices, riches de présents honorifiques ; 2,à5&.
4 Un étonnement religieux a dissipé mon chagrin, comme l’obscurité, où viennent à luire les rayons du soleil; aucune souillure n’est plus sur mon âme, le trouble de mon esprit est calmé ; dis : que ferai-je? » 2,A55.
« 11 est heureux, dit Nârada, que tu aies banni ton chagrin. Dis ce que tu désires : tu obtiendras tout, quelqu’en soit l’objet. Nos paroles ne sont jamais vaines. • 2,A56.
•( Je suis content, répondit Srindjaya, que ta sainteté me soit favorable. L’homme, à qui sourit ta divinité, peut assurément tout obtenir. » 2,457.
« Je te rends ton fils mort, reprit Nârada, à qui les ennqpiis ont eu le tort d’arracher la vie ; je le retire du Naraka, d’où l’on ne revient plus, comme une victime, tombée sous le couteau du sacrifice. » 2,458.
(1) Les deux édition» portent le datif mahya ; je suppose que c’est uue fente pour le génitif marna, s’accordant atec ktrttayatas
U Accordé par le rishi favorable, alors, seüiblable à un fils de Kouvéra, le fils de Srindjaya apparut miraculeusement à ses yeux. 2,A60.
n Le roi fut heureux de voir son fils réuni avec lui ; il célébra des sacrifices purs, riches de présents convenables et les plus distingués. 2,A60.
n L’homme, qui ne sacrifie pas, est privé d’enfants ; il est timide, il n'arrive pas au comble de ses désirs et n'est point habile dans la guerre. Rendu à la vie, héros plein de courage, favorisé du succès, il défit les ennemis par milliers. L'héroïque Abhimanyou a quitté celte terre, il fut tué, le visage tourné devant l’armée. 2,461 — 2,462.
» Ton fils s’en est allé à ces mondes impérissables, que l'on obtient, quoiqu’ils soient, par la continence, la science, les saintes écritures et les pieux sacrifices. 2,463.
B Les sages ont le continuel désir de mériter le Swarga par de bonnes œuvres ; mais les hôtes du Swarga n’aiment point ce ba.s-monde autant que le Swarga lui-même.
» 11 est donc impossible de ramener sur la terre ce fils d’Arjouna; qui a péri dans labataille, et qui est entré dans le Swarga, quelque fût son désir, qu’il n'ait pas vu satisfaire ici-bas. 2,464 — 2,465.
» Ton fils est allé dans la voie éternelle, où l’on obtient de le suivre par de brillants sacrifices, et dans laquelle passent les hommes, qui célèbrent des oblations sublimes, et les yogis, qui voient l’indistinct avec l'œil de la pensée. 2,466.
1/ Il s’en est allé de cette fin de la vie dans la condition de la renaissance ; il brille comme un roi par les rayons de son âme immortelle. Abhimanyou est entré dans ce corps de l’âme, tissu des lueurs de la lune, et qui est
DRONV-PARVA.
augmenté pai' les brahmes : il ne mérite donc pas ces pleurs, que tu lui donnes. 2,4(57.
» Fort de cette science, sois ferme, triomphe de tes ennemis, obtiens la constance! Ce ne sont pas les vivants, irréprochable prince, qu’il te faut déplorer ; mais ceux, qui ne sont pas entrés dans le Swarga. 2,468.
» En effet, grand roi, c’est augmenter son péché : que le sage donc, secouant le chagrin, déploie ses efforts pour le salut. 2,469.
» Qu’il pense à la joie, au désir de lagloire, à l’obtention du plaisir. Le sage, qui a la connaissance de ces vérités, ne s'abandonne pas au chagrin, et ne donne pas au chagrin le nom de chagrin. 2,470.
» Sache bien ces pensées : relève-toi ! Sois dévoué ! Ne te désole pas ! Tu as entendu l’origine de la Mort et ses pénitences incomparables. 2,471.
U Connaissant ainsi, grand roi, l'égalité de toutes les créatures, la mobilité des puissances, et ce fils de Srindjaya, qui est mort, et qui fut rendu 4 la vie, ne te lamente pas. Adieu 1 je m’en vais. » A ces mots, le révérend disparut et ne fut plus visible en ces lieux. 2,472—2,473.
Quand le plus excellent des sages, le souverain de la parole, le révérend Vyâsa, semblable à un firmament libre de nuages, s’en fut allé, après qu’il eut consolé Youdhishthira; 2,474.
Quand celui-ci eut ouï raconter cette perfection de sacrifices, que possédaient les’ Indras des rois, ses devanciers, à l’énergie semblable à celle deMahéndra, et qui jouissaient d’une richesse, que la droite raison avait seule rassemblée dans leurs mains, 2,475.
Youdhishthira de l'honorer dans son cœur : il bannit son chagrin, et de nouveau il pensa : « Que vais-je dire à Dbanandjaya? » 2,A70.