LA PROMESSE
Le jour où s’était déroulé cet épouvantable carnage des êtres animés, à l’heure, que le soleil arrive au mont Asta et que le temps du crépuscule commence ; après que les armées eurent quitté le champ de bataille pour rentrer dans leurs quartiers, le fortuné roi, qui a pour enseigne un singe, victorieux des troupes des conjurés, grâce à ses divins astras, s’avança vers son camp, monté sur son char te Triomphant, et, dans sa marche, arrosant de pleurs sa poitrine, il dit ces mots à Govinda :
« Pourquoi mon cœur tremble-t-il, Kéçava, et ma voix hésite-t-elle? Pourquoi desprésagessinistres coulent-ils (1) sous mes yeux, et mon corps s’alTaisse-t-il ? 2,480.
« Les augures défavorables s’attachent à moi et ne sortent pas de mon cœur 1 Ces prodiges, qui circulent sur
(1) Sfamtonti, édition d« Bombay.
Tlll
la terre, dans tons les points de l’horizon, sont extrêmement terribles et jettent en moi l’épouvante 1 2,481.
» De tous les côtés on voit des pronostics de plusieurs espèces, qui annoncent des obstacles. Puisse la félicité descendre sur le roi, à qui mon respect est dû, et sur ses ministres! » 2,482,
« Sans aucun doute, lui répondit le Vasoudévide, le bonheur de ton frère et de ses ministres s’accomplira : il ne lui arrivera rien autre chose, qui soit un peu malheureux. » 2,483.
Ainsi ces deux héros, ayant adoré le crépuscule, s’avançaient, montés sur le même char et se racontant ce qui était advenu en ce combat, qui avait vu la fin des héros.
Ayant exécuté une œuvre bien difficile, Arjouna et le Vasoudévide arrivèrent à leur camp, d’où la joie était bannie, où la splendeur était éteinte. 2,484 — 2,485.
Qu.and rimmolateur des héros ennemis, Bîbhatsou au cœur allligé vit son quartier, qui se présentait avec des formes abattues, il dit à Krishna : 2,486.
« Les instruments de musique ne font pas entendre maintenant leurs concerts de triomphe, Djanârddana, mêlés aux sons des tymbales, lies conques et des tambours de guerre. 2,487.
» On ne fait pas maintenant parler les vlnàs, jointes aux accords des cymbales frappées avec la baguette : on ne récite pas les prières saintes ; les bardes dans mes armées ne chantent pas de chansons délicieuses, unies aux louanges de leurs cAe/s. Les guerriers à ma vue se retirent, baissant la tète. 2,488 — 2,489.
» Ils ne s’inclinent pas devant moi, qui ai cependant exécuté des exploits comme les jours précédents. Puisse
DRONA-PARYA.
aujourd'hui, MAdh&va, descendre la félicité sur> mes frères! 2,490.
» Mon âme n’est ancunement purifiée de la iristeste, ô toi, qui donnes l’honneur, quand je vois le trouble agiter, impérissable guerrier, les parents du roi même des Pântchâlains, et ceux de Virâta, et l’universalité de tous mes guerriers. Le fils de Soubhadrâ ne vient pas maintenant à ma rencontre, joyeux, le sourire sur la bouche, accompagnant mes frères, avec le plaisir, qu’on éprouve an sortir du combat. » 2,491 — 2,492-2,49.1.
En causant ainsi, ils entrèrent dans leur camp, où ils virent les Pândonides, l’âme éperdue et dans un profond accablement. 2,494.
A l’aspect de ses frères et de ses fils, ce héros, qui a pour son drapeau un singe, ne voyant pas accourir le Soubhadride, articula, hors de lui-même, ces paroles :
« Je vois sur tous vos visages une teinte sinistre, et je n’aperçois pas Abhimanyou, et vous ne me saluez pas!
a J’ai ouï dire que Drona avait formé un ordre de bataille en disque de guerre, et qu’il n’y avait parmi vous aucun homme pour l’enfoncer, hors mon fils, le Soubhadride. 2,497.
a Je n’ai pas ordonné à cet enfant de sortir du milieu de son armée! Ne lui auriez-vous (1) pas commandé de pénétrer dans l’armée des ennemis? 2,498.
I) Plus d'une fois, dans la guerre, ce héros enfonça l’armée des ennemis : n’aurait-il pas péri dans le combat, ce fils de Soubhadrâ, immolateur des héros ennemis?
(i) Kalchichit, texte de Bombar.
» ' Comment ce fils aux yeux de sang, aux longs bras, semblable à Oupéndra et tel qu’un lion dans les montagnes, est-il tombé, dites-le-moi, sur le champ de bataille? 2,499—2,500.
» Quel homme, égaré par la mort, a pu tuer ce fils chéri de Soubhadrâ, toujours bien-aimé de Draâupadi, de Kéçava et d'Ambà elle-même. 2,601.
» Comment a-t-il péri sur le champ de bataille, ce guerrier semblable au héros de Vrishni, au magnanime Kéçava pour le courage, la grandeur d’âme et la science?
» Si je ne vois pas ce héros bien-aimé de la Vrishnide et toujours caressé par moi, je vois par cela même qu’il fut précipité dans les demeures d’A’ama, 2,502 — 2,503.
B Comme un jeune lionceau (1), cet enfant, aux yeux de faon de gazelle, au courage de proboscidien en rut, aux cheveux doux et bouclés, 2,504.
» Paisible, sans envie, aux paroles aim.ables, qui parjait avec le sourire sur la bouche, qui exécutait toujours la parole de son gourou, et qui, dans l’enfance, accomplissait des choses, qui n’étaient pas d’un enfant, 2,505.
» Aux grands efforts, à la grande énergie, aux grands yeux de lotus bleu, doué de compassion .A l’égard des hommes dévoués aux Oieitx, rempli de mansuétude e^ qui ne se modelait pas sur les hommes vils. 2,506.
1* Reconnaissant, plein de science, consommé dans les armes, qui jamais ne tournait le dos, de qui les combats étaient toujours le plaisir et qui ajoutait sans cesse à la crainte des ennemis, 2,507.
» Uni à l’utile et à l’agréable des siens, désireux de la
(I) Sinhopotamioa, teite de Bombay.
DRONA-PARVA.
rictoire pour ses pères, et qui avait secoué la crainte dans les combats, quoiqu'il n'eût jamais combattu auparavant.
» Si je ne vois pas mon fils, ce grand héros compté au nombre des héros estimés, ce jeune homme, doué de la force des bras, qui possède la moitié et plus de mes qualités dans les combats, qui fut toujours aimé de Pradyoumna, de Kéçava et de moi-même, je vois ouvert devant iui ces demeures sombres d'Yama! 2,508-2,509-2,510.
» Si je ne vois pas mon fils au nez charmant, au joli front, aux belles lèvres, aux beaux sourcils, aux beaux yeux, je m’en irai dans les demeures d’Yama. 2,511.
» Quelle tranquillité peut exister pour mon cœur, quand je ne vois plus son visage, sa bouche charmante, qui aies sons des cordes d’une lyre, et de qui la voix ressemble au chant du kokila mâle? 2,512.
» Quelle tranquillité peut exister pour mon cœur, quand je n’entends plus sa voix au timbre incomparable, difficile à acquérir parmi les Dieux mêmes ? 2,513.
» Quelle tranquillité peut exister pour mon cœur, quand je ne vois plus ce jeune prince ti poli dans ses inclinaisons de corps, et qui avait tant de plaisir à écouter la voix de scs pères? 2,514.
» Si je ne le vois maintenant, quelle tranquillité peut exister pour mon cœur? Enfant si délicat, quoiqu’il fût un héros; accoutumé à des couches de haut prix, 2,515.
» 11 gtt sans protection sur la terre, quoiqu’il fût, sans aucun doute, le plus excellent des protecteurs ! De sinistres chacals, errants à l’entour de son corps, percé de blessures, sont maintenant les seuls assistants de ce prince, sur lequel veillaient, reposant dans sa couche, les épouses mêmes des Immortels! Celui, qui se réveillait du somme'l
jadis aux chauts des poètes, des méoestrels et des bardes,
» Il n’a peut-être que les voix ennemies des bêtes sauvages pour se réveiller maintenant ! Son charmant visage, accoutumé à l’ombre des parasols. 2,518.
» Couvert de poussière, n’a peut-être maintenant pour se couvrir, que la poussière du combat 1 Hélas I mon fils, est-il possible que la mort t’enlève forcément à jamais loin de moi, privé de bonheur, et qui n’étais pas encore rassasié de ta vue? Peut-être maintenant Sanyamant (1), la voie éternelle des hommes de bien, 2,619 — 2,520.
I) Heureuse et charmante, brille infiniment, grâce .’t toi, de tes splendides rayons. Peut-être en ce moment le Vivasvatide, et Varouna, et Çatakratou, et le souverain des richesses honorent-ils ton arrivée, formidable guerrier, comme celle d'un hête agréable ! u Quand il eut plusieurs fois gémi de cette manière, tel qu’un marchand, de qui le navire fut pillé, 2,521 — 2,622,
Pénétré d’une profonde douleur, il interrogea Youdhishthira: « Après qu’il eut fait le carnage des ennemis, rejeton de Kourou, s’en est-il allé au ciel, le vLsage tourné par-devant, combattant, les armes à la main (2) , contre les plus vaillants hommes ? Sans doute, en cette lutte, où il combattit avec de nombreux efforts contre les plus vertueux guerriers, 2,623 — 2,52é.
» Privé de secours, mais ayant besoin d’un appui, sa pensée, pour sûr, s’est reportée vers moi. Accablé par Kariia, Drona, Kripa et les autres de flèches acérées, em*
{{) La capitale du roi dee morte, Yama. (3) SonAÀym.
DRONA-PARYA.
preintes de différents caractères, à la pointe bien laisante, naon fils, Tâme éperdue, s’est écrié mainte et mainte fois ; « Puisse tou secours venir ici, mon père, afin de mç sauver! » 2,52ô — 2,529.
» Tandis qu’il gémissait ainsi, je pense, des homm^ criminels l’ont abattu sur la terre I Cependant, mon fils, qui est le neveu du meurtrier de Aladhou, 2,527.
» Lui, que j'ai engendré dans Soubhad| â, ne put tenir un tel langage I Mon coeur est peut-être fait avec l'essencç même du diamant; il est donc bien solide, 2,528. ,
» Puisqu’il n’éclate pas, quand on m’a ravi l’aspect de cet enfant aux yeux colorés (l), aux longs bras! Comment ces grands héros u cruels ont-ils pu lancer des flèches, qui brisent les articulations, sur cet enfant, le neveu du Vasoudévide et mon fils, qui toujours, d’une âme empressée, accourant à ma rencontre, jetait la joie dans mon cœur. 2,529 — 2,530.
» Pourquoi ne vient-il pas s’offrir sous mes yeux, après qu’il a tué les ennemis accourus? C’est qu’il glt, sans doute, baigné dans son sang, étendu sur la terre I 2,531.
» 11 orne la terre de ses membres, comme un soleil renversé Je verse des larmes sur Soubhadrâ, car, à
la nouvelle que notre fils, au lieu de sauver sa vie par la fuite, a péri dans le combat, elle mourra, consumée par le désespoir I Que va me dire Soubhadrâ, quand elle ne verra point Abhimanyou ? 2,532 — 2,533.
» Et Draàupadl elle-même 7 Que dirai-je à ces deux femmes en proie à la douleur? 11 faudra donc que mon cœur soit fait avec l’essence du diamant, s'il n’éclate pas
(1) LitUr*l«meDt ; rouget.
en mille morceaux, quand je verrai pleurer mon épouse, rongée par le chagrin I J’ai entendu les rugissements de victoire des DhritarAshtrides orgueilleux. 2,ô3A— 2,635.
■ Je brûle de combattre avec Krishna ces héros, maintenant que j’ai entendu leurs cris et compris ce gu’ilt signifient. Ges grands héros, ils ont tué un enfant, ne pouvant immoler Btbhatsou ! 2,536.
B Pourquoi vous réjouir, 6 vous, qui avez la science de l’injustice? Voyez mainten.int la vigueur des Pândouides! Pourquoi, si joyeux de ce que vous avez fait dans le combat une chose odieuse à Kéçava et Arjouna, rugissez-vous comme des lions, quand l’heure du chagrin est arrivée 7 Le fruit de celte action criminelle va bientôt retomber sur vous! 2,537 — 2,538.
a A-t-on commis une cruelle injustice, comment ne porterait-elle pas bientôt son fruit? » C’est ainsi que. leur a parlé jadis le fils de lavalçyâ; et, quand il leur eut lancé cette flèche, il se retira, plein de chagrin et de colère. Pourquoi ne m’as-tu pas dit cela, Krishna, dans la bataille? Vois! j’aurai bientôt consumé tous ces fameux héros « cruels ! b 2,539— 2, 5A0 — 2,541.
Le Vasoudévide arrêta le Prithide, affligé de la perle de son fils, les yeux noyés de larmes, enseveli dans ses pensées et plongé dans les soucis, que lui causait la mort de son fils. 2,542.
« N’agis pas ainsi I dit Krishna au prince, tombé dans une amère douleur. C'est la route de tous les héros, qui ne savent pas fuir ; 2,543.
B Et surtout des kshatryas, de qui la vie est dévouée aux combats I Les hommes, qui savent les Traités sur les devoirs, ô le plus excellent des hommes intelligents, ont
DRONA-PARVA.
&it cette route aux héros, qui combattent rt ne fuient pas. La mort attend, pour sûr, dans le combat, les héros, qui ne savent pas tourner le dos. 2,6A4 — 2,5A6.
» Âbhimanyou s’en est allé dans les mondes réservés aux gens, qui accomplissent des œuvres saintes, il n’y a là-dessus aucun doute. C’est la route, 6 le plus éminent des Bharatides, où aspirent tous les héros. 2,5AÔ.
« Que le kêhalrya reçoive la mort dans le combat, la face tournée par-devant : » C’est ainsi que le devoir a parlé, A toi, qui donnes l’honneur. Et lui, après qu’il eut tué des héros et des fils de rois à la grande force, 2,ôà7, a 11 a obtenu, son visage tourné par-devant, cette mort dans le combat, objet des désirs de tous les héros. Ne te désole pas, tigre des hommes : ce devoir étemel fut rempli jadis par tes vertueux devanciers. La mort dans le combat est le désir de tous les kshatryas. Voici tes frères, é le plus vertueux des Bharatides, et ces rois, tes amis, qui sont tous consternés du chagrin, où ton âme est plongée, 6 toi, qui donnes l’honneur ; consoles-les par tes paroles flatteuses. 2,5â8 — 2,649 — 2,650.
a Tu ne dois pas t’abandonner au chagrin pour des malheurs connus ou que tu connaîtras. » Ainsi Krishna aux œuvres merveilleuses relevait l’esprit du Prithide.
Ensuite, le fils de Prithâ dit à ses frères d’une voix balbutiante : « Je désire entendre, souverain de la terre, comment est mort Abhimanyou aux longs bras, aux grands yeux de lotus. Contemplez ces ennemis de mon fils, immolés par moi dans une bataille avec leurs enfants, avec leurs chevaux, leurs chars et leurs éléphants ! « En vtnt-il aux mains avec le Dieu, qui porte la foudre même, commemi le Soubhadride, pensais-je, pourrait-il succomber à la mort,
LE MAHA-DHARATA.
au milieu de vous tous, consommés dans les armes et les traits à la main. Mais, si j’avais su que lesPàntchâlains et les Pindouides fussent tellement incapables de sauver mon fils, moi-même alors je l’eusse défendu! Comment, après qu’il eut jeté l'infortune entre eux, Abhimanyou a-t-il trouvé la mort au milieu des ennemis de vous, montés sur vos chars et décochant des pluies de flèches. Hélas 1 il n'est pas de courage en vous ! Il n'est aucune force virile eu vous, {De la ttance 2,551 à la stance 2,558.)
» Puisqu'on a renversé Abhimanyou sous vos regard^ dans le combat ! Je me blâme moi-même de m'être éloigné, quand je vous connaissais pour des hommes craintifs, sans aucune énergie, et de qui la résolution n'était pa.s bien arrêtée I Vous, qui n'avez pas défendu mon fils, vous ne savez donc que jeter des paroles dans vos assemblées sur les richesses et les parures, sur les cuirasses, les traits et les armes diverses ! » Tandis qu'il articulait ces mots, il se tenait, l'épée à la main et le meilleur des boucliers attaché à son bras. 2,558 — 2,559— 2,5(30.
Il était impossible à qui que ce soit d'arrêter ses yeux sur Blbhatsou 1 Ses amis eux -mêmes ne pouvaient ni adresser la parole à Arjouna, ni le regarder en ce moment où, consumé par la douleur de son fib, poussant maint et maint soupir, irrité, comme la mort, il avait son visage rempli de larmes. 2,561 — 2,562.
Si l'on excepte son frère aîné, le fils de Pândou, et le Vasoudévide I car ces deux personnes, qui suivaient le cœur d' Arjouna, pouvaient lui parler dans toutes les circonstances. en raison de leur amitié et du respect, qu'il avait pour eux. Le monarque tint alors ce langage au héros irrité, aux yeux de lotus et sur l'âme de qui pesait
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lourdement la douleur de son flls. 2,563 — 2,56A — 2,565.
a Quand tu te fus avancé, guerrier aux longs bras, contre l’armée des conjurés, lui répondit Youdhishthira, l’AtchArya, cherchant à me prendre, fit un violent effort. 2,566.
n Noos arrêtâmes de tous cétés Drona et sa nombreuse armée. Quand il eut disposé en ordre de bataille contre nous l’armée des chars, qui déployait ses efforts dans le combat, 2,567.
» Le brabme arrêté, me trouvant bien gardé, nous accablant de ses flèches nombreuses, acérées, eut bientôt jeté la mort parmi nous. 2,568.
» Écrasés par Drona, nous ne pouvions fixer nos yeux sur l’armée du gourou : combien moins n’étions-nous pas capables de l’enfoncer ! 2,569.
» Tous nous dîmes alors à ton fils le Soubhadride, incomparable en courage : « Romps cette armée, mon fils ! » C'est ainsi que nous lui parlâmes, seigneur. 2,570.
» De cette manière, excité par nous, ce vigoureux combattant, comme un coursier généreux, voulut porter sur lui cette charge, quelque insoutenable qu’elle fût. 2,571.
» Doué d'énergie et de tes leçons sur les asti'as, cet enfant pénétra dans l'armée, tel que Garouda au sein de la mer. 2,572.
» Nous, désirant entrer dans la route, par où il avait pénétré au milieu de l’armée, nous avons suivi l’héroïque fils de la Sattwâtide. 2,673.
» Mais nous fûmes tous arrêtés par le vil roi du Sindhou, Djayadratba, grâce à la faveur, qu’il avait reçue de Roudra. 2,57A.
» Ensuite, Drona, Rripa, Karna, Açvattbâman, le Reça-
lien, Vrihadbala et Kritavarman, ces six héros, firent obstacle au fils de Soubhadrâ. 2,575.
» Après qu’il eut accompli des exploits au-dessus de la puissance humaine, l'enfant, que tous ces nombreux et grands héros empêchaient dans la bataille, fut à la fin privé de son char. 2,S7d.
1) Sans retard, poussé par la mort, le Douççàsanide attaqua ce jeune homme, tombé dans le plus profond danger et que les autres avaient réduit sans char. 2,577.
B Abhimanyou immola des milliers d’éléphants, de chars, de chevaux et de guerriers ; il brisa huit milliers de chars et tua neuf centaines de pachydermes, deux mille fils de rois, un grand nombre de héros sans marques, et fit passerduchamp de bataille au Swarga le roi Vrihadbala. 2,578 — 2,579.
» Cest alors que cet enfant d’une vertu supérieure s’est approché de la mort ; et ce malheur est arrivé en surcroît de notre chagrin. 2,580.
» Voilà comment ce tigre des hommes a conquis le monde du Swarga ! b A peine Arjouna eut-il entendu ce langage, qu’avait tenu Dharniarâdja. 2,58t.
a Hélas ! mon fils ! » dii-il en soupirant ; et, agité par la douleur, il tomba sur la terre. Tous les Pândouides, le visage consterné, d’environner Dhanandjaya. 2,582,
Ils se regardaient les uns les autres avec abattement, les yeux immobiles. Dès qu’il eut recouvré la connaissance, le fils d’Indra, tout rempli de colère, 2,533.
Tremblant comme de la fièvre, soupirant mainte et mainte fois, frottantl’une de ses mains avec l’autre, gémissant, les yeux noyés de larmes et les regards comme ceux d’un insensé, articula ces [laroles : 2,584 — 2,585.
DRONA-PARVA.
« Je vous promets une chose, qui aura sa vérité. Demain, j'immolerai Djayadratba, si, tremblant, la crainte de la mort ne lui fait point abandonner les Dritarâshtrides.
» Oui I Demain je tuerai Djayadratba, à moins qu'il o’aille implorer votre secours, ou Krishna, le plus grand des hommes, ou ta majesté elle-même, grand roi I
a Demain, je tuerai Djayadratba, qui a fait une chose agréable au fils de Dhritar&shtra, qui a perdu le souvenir de son amitié envers moi, et qui s’est souillé d’un acte criminel dans la mort d’un enfant I 2,588.
» Tous ceux, qui, le défendant, les armes à la main (1), s’exposeront à mes coups, quels qu’ils soient, fussent-ce même Kripa et Drona, puissant roi, je les couvrirai de mes flèches ! 2,589.
« Si je n’exécute pas cette promesse, éminents hommes, que je n’obtienne jamais, d les plus grands des héros, les mondes réservés aux actions pures. 2,500.
B Que les mondes des meurtriers de leurs mères, des assassins de leurs pères, de ceux, qui trouvent du plai^ dans un adultère avec les épouses de leur gourou ; que le séjour étemel des méchants , 2,501.
» Les mondes de ceux, qui chargent d’invectives les gens de bien, qui intentent des procès injustes, qui s’approprient un dép t et qui foulent aux pieds la vérité,
n Des hommes infâmes, qui épousent une femme, dont les prémices furent accordés à un autre, des assassins d’un brahme, des meurtriers d’une vache; 2,592 — 2,593.
(1) Smkhyai, nmai.
» Qae lesmondes de ceux, qui mangent sans raison de la chair, des gâteaux, du sanyâva (1), du kriçara (?) même, des fruits, du riz bouilli, de l’orge oa du lait,
I) Puissé-je être soudain plongé dans ces lieux, si je n’immole pas Djayadratha I Que j’entre dans la route malheureuse, de qui méprise infiniment le plus grand des brahmes, loué e/e tous, adonné à la lecture des Védas, eie cet homme, qui mai che accompagné du dédain pour ses gourous, les gens de bien et les vieillards, qui touche le feu, les brahmes et les vaches avec le pied, qui répand son urine, ses excrétnents, son crachat dans les eaux, si je n’immole Djayadratha ! 2,6flA — 2,ô9ô— 2,506 — 2,507.
» Que la route des hommes, qui se baignent tout nus, de l’bdte d’une femme stérile, du juge, qui reçoit des présents, des trompeurs et des gens aux paroles vaines,
» Des hommes, qui s’ôtent (3) la vie à eux-mêmes, qui jettent des calomnies mensongères, qui reçoivent les ordres (A) de leurs serviteurs, appuyés sur leurs épouses et leurs fils, 2,508 — 2,500.
» Des çoûdras, qui mangent une nourriture trop exquise, sans faire aucune distinction de caste ; que j’entre dans ces routes épouvantables, si je n'immole Djayadratha ! 2,600.
U Que la route de l’homme, qui abaudonne son fidèle serviteur, se faisant un plaisir d’obéir à la voix du maître, qui ne le nourrit pas et qui adresse des reproches aux gens venus à son aide, 2,601.
» Qui n’offre point la çraddbâ à son proche, qui la
(t) Espèce de galette*
(2) Riz et pois, bouillis ensemble arec quelques épices.
(3-4) Svâtmâpaharinâm..., i<mdiçyfanMmâmy édttioo deBomUcy.
mérite ; mms qui, époux d'une çoûdri l’ofirirait volontiers à celui, qui ne la mérite pas, 2,602.
» Du buveur de liqueurs spiritneuses, de l’homme, qui franchit les bornes, de l’ingrat, de celui, qui vomit le blâme contre scs frères ; que j'enlre dans cette route, si bientôt je ne tue Djayadratha ! 2,603.
B Puissé-je être jeté dans ces routes, qui s’éloignent de la vertu, que j’ai détaillées ici, dans toutes les autres, qui ont échappé à ma parole, 2,604.
n Si demain, après cette nuit écoulé.;, je n’immole Djayadratha ! Écoutez de ma bouche encore cette autre promesse ! 2,605.
B Lorsque ce criminel sera étendu mort et que le soleil descendra à son couchant, j’environnerai ici le feu allumé ; 2,600.
B Et ni ce monde des êtres immobiles et mobiles, ni le monde supérieur, ni les Brahmarsbis et les Dévarshis, ni les esprits noctivagues des Mânes, ni les reptiles, ni les oiseaux, ni les hommes, les Asouras et les Dieux, ne sont capables de sauver l’ennemi de mes mains ; 2,607.
» Dût-il se réfugier au sein de l’horrible Pâtàla, ou dans le ciel, ou dans la ville des Dieux, ou dans la cité de Diti ! L’aurore venue, j’enlèverai à l’ennemi d’Abbimanyou sa tète, coupée net avec des centaines de flèches ! » 2,608.
A ces mots, il tira la corde du Gândtva, qui se mut de droite à gauche, et, dépassant tous les sons, le bruit de cet arc alla toucher le ciel. 2,609.
Djanârddana, pour accueillir cette promesse d’Aijouna, remplit de vent Pàntcbadjanya ; et Phâlgouna irrité lit parler sa conque Dévadatta. 2,610.
Le Pàntchadjanya, bien rempli du vent, que lui envoyait la bouche de l’impérissable, chassant les sons du sein de l’instrument, ébranla, comme à la fin de l’youga, les champs de l’esprit infini, les deux, les enfers et le monde. 2,611.
Ensuite, les concerts des instruments de musique éclatèrent par milliers ; et les Pândouides saluèrent avec des cris de guerre la promesse du magnanime. 2,612.
DJayadratha se lève à ce grand bruit des Pândouides, qui désiraient la victoire, et apprend alors de ses espions ce que signifiait un $i vaste tumulte. 2,613.
Le cœur plein de tristesse, environné de chagrins, il se plongea dans ce large océan de soucis, comme dans une eau profonde. 2,6lâ.
Enseveli dans ses réflexions, le Sindhien se rendit à l’assemblée des rois : il exposa l’inddenten cette auguste réunion. 2,615.
Épouvanté par le père d’Abhimanyou, il tint ce langage avec confusion : « Celui, qui était né de Pândou et dans une famille, à laquelle on ne peut refuser le titre de kshatrienne, environné de la tendresse de Çakra, 2,616.
» Cet insensé, assurément ! veut m’enmener avec lui dans les demeures d'Yama ; adieu soit donc à vous I Je m’en retourne en mon palais, conduit par le désir de prolonger ma vie. 2,617.
» Ou bien sauvez-moi, vous, éminents ksbatryas, qui avez une puissance irrésistible d’astras ; accordezmoi, héros, la sécurité contre le Prithide, ce qui est mon désir. 2,618.
» Drona, Douryodhana, Kripa, Kacna, le roi de Madra, Vâhlika, Douççàsana et les autres sont capables de m'ar-
DRONA-PARVA. 289
racheràla mort eUe-même, si j’étais tombé dans ses mains. 2,610.
■> A plus forte raison, certes ! vos majestés, qui sont toutes les souveraines de la terre, pourront-elles me défendre contre Phâlgouna seul, qui désire me tuer 1
» J'ai entendu les cris de joie des Pândouides, qui m’inspirent une grande épouvante ; et mes membres s’affaissent, princes, comme ceux d’un homme, qui va mourir. 2,620 — 2,621.
U Cest ma mort, sans doute, que leur a promise l’archer à l’arc Gândiva; et c’est là ce qui fait pousser des cris de joie aux Pândouides, arrivée l’heure des chagrins.
» Ni les Rakshasas, ni les Ouragas, ni les Asouras, ni les Gandharvas, ni même les Dieux ne peuvent agir d’une antre manière ici, combien moins les souverains des hommes ! 2,622 — 2,623.
» Accordez-moi donc ce que je demande, s’il vous plaît, éminentes personnes ; ou je vais me rendre invisible de façon que les Pândouides ne puissent me voir ! u 2,62i.
Au roi, qui gémissait ainsi, l’âme troublée par la crainte , le monarque Douryodhana répondit , comme ayant la plus grande part dans cette ailaire, qui était bien la sienne : 2,625.
« Ne crains pas, tigre des hommes : qui en effet oserait vouloir s’approcher de toi, éminent guerrier, environné des héroïques kshatryas. 2,626.
» Moi et le fils du Soleil, Kama, Tchitraséna, Vivinçati, Bhoûriçravas, Çala, Çalya, l’inalfrontable Vrishaséna,
» Pouroumllra, Djaya, Bhodja et le Kambodjain Soudakshina, Satyavrata aux longs bra.s, Vikarna et Oourmoukha, 2,627—2,628.