IX
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traversé la mer de Drona, l'océan de Bhîshma, et me noyer avec mon armée dans l'eau si étroite d'Açwatthâman! 9,223.
» Que le roi Douryodhana accomplisse maintenant son désir ! J'ai causé dans le combat la mort de l'Atchârya à la vie juste; 9,224.
»> Moi, à cause de qui le jeune Soubhadride, inexpérimenté dans les combats, est tombé sans défense, immolé par de nombreux et cruels guerriers, plein de valeur.
» Moi, à cause de qui Krishna fut traînée dans l'assemblée, où elle m'adressa une question ; et on la vit avec les esclaves (1) remplissant les fonctions d'une servante.
» Moi, versé dans les astras de Brahma, qui suis Fauteur que les Pântchàlains, commandés par Satyadjit, sont tombés avec leurs racines dans les efforts, qu'ils déployaient pour ma victoire ; 9,228.
» Moi, qui fus la cause de notre injuste exil au milieu des bois, sans qu'on nous ait arrêtés, sans qu'on nous ait suivis, malgré nos désirs ; 9,229.
» Moi, qui, gonflant en nous le cœur outre mesure,
(1) Je me rappelle cette observation, qui appartient au regrettable M. Eugène Burnouf : le mot poutra, disait-il, correspond quelquefois au pais des Grecs, qui veut dire un enfant et un esclave.
(2) Là, vient un distique, qui n'est point à sa place, qui appartient à un autre ordre de choses, qui ressemble au début subitement tronqué d'une narration commencée, qui touche à des faits antérieurs, et que nous préférons mettre dans une note, parce qu'il interrompt ici d'une manière fâcheuse la suite des idées : « Tandis que les autres étaient fatigués, le Dritarâshtride, qui désirait tuer PhàlKOiina, s'étant revêtu de sa cuirasse pour la défense du Sindhien,,... »
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m'en irai (1) à la mort de cette manière, tué avec mes parents ! » 0,230.
Tandis que le fils de Kountî parlait ainsi, leDâçârhain, se hâtant d'arrêter l'armée avec ses deux bras, lui répondit en ces termes : 9,231.
« Que les flèches soient promptement déposées ! Et que l'on descende des chars ! C'est le moyen, que le Magnanime a préparé ici pour résister à son arme. 9,232.
» Tous, mettez pied à terre de vos chars, de vos éléphants, de vos coursiers ! Ainsi l'astra ne pourra vous ôter la vie, quand vous serez à terre et désarmés. 0,233.
» Car plus vous combattez contre la puissance de l'astra, et plus s'accroît la force de ces Rourouides. 9,234.
» Mais cette arme, elle ne pourra tueries hommes, qui. descendus de leurs montures, auront rejeté leurs dards.
» Tous ceux, quels qu'ils soient, qui combattent ici contre elle, fût-ce seulement de pensée, elle leur arrachera la vie et les plongera dans le Pâtâla. » 9,235 — 9,236.
A ces paroles du Vasoudévide, tous s'empressent de quitter les armes, et de fait et de pensée. 9,237.
Aussitôt que le Pândouide Bhîmaséna les vit tous, sire, avec le désir d'abandonner leurs traits, il dit ces mots, transporté de joie : 9,238.
« Qui que ce soit ne doit plus d'aucune manière lancer de flèches ici ! Je vais avec mes seuls dards arrêter l'astra du fils de Drona. 9,239.
» Avec cette massue pesante aux formes d'or, j'attaquerai dans ce combat le talisman du Dronide, et je le détruirai ! 9,240.
» Car il n'existe sur la terre aucun homme d'une valeur
(i) Asmâsu.... Iiii/firt/iai..., gamishyâmi, texte de Bombay.
égale à mon courage, comme il n'y a pas dans le ciel un astre égal au soleil. 9,241.
» Voyez mes bras solides, semblables à la trompe du roi des éléphants et capables de renverser la montagne même des frimas ! 9,2Zi2.
» J'ai un souffle de vie, qui est égal à celui d'une myriade de serpents boas ; je suis l'unique ici-bas parmi les hommes, comme Indra est dit au ciel le guerrier unique entre les Dieux. 9,243.
» Qu'ils contemplent aujourd'hui la vigueur de mes bras et de mes grasses épaules pour arrêter l'astra brûlant, enflammé du Dronide !9, 244.
» S'il n'existe pas d'homme, qui puisse affronter l'astra Nârâyanain, je le combattrai, moi ! sous les yeux des Kourouides et des fils de Pândou ? 9,245.
» Arjouna ! Arjouna-Bîbhatsou ! il ne faut pas déposer ton arc ! Il fera tomber sa colère, comme un nuage la clarté de la lune. » 9,246.
« J'ai déposé mon arc Gândîva, lui répondit son frère, pour les brahmes, pour les vaches et pour l'astra de Nârâyana : c'est là mon vœu le plus sacré. »
A cette réponse d' Arjouna, Bhîma, le dompteur des ennemis, s'avança vers le fils de Drona, sur un char, qui avait l'éclat du soleil et le fracas des nuages.
Dans l'espace d'un clin-d'œil, le fils de Kountî à la rapide vaillance s'approcha de lui avec légèreté, dispersant une multitude de flèches. 9,249.
Açwatthàman, l'inondant à son tour de flèches enchantées, déchirant les membres, à la pointe enflammée, et telles que des serpents à la gueule ardente, dit en riant au guerrier, qui accourait : « (Test assez ! » et soudain le
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fils de Prithà se vit couvrir dans le combat comme d'étincelles d'or. 9,250—9,251.
La forme de Bhîma était alors dans cette bataille, sire, telle qu'à la fin du jour celle d'une montagne, toute couverte de mouches phosphorescentes. 9,252.
Plus il envoyait de traits et plus l'astra de Drona s'accroissait, puissant roi, comme un feu augmenté par le vent. 9,253.
Lorsqu'elle le vit prendre des forces nouvelles, l'armée des Pân clou ides, mais non Bhîma au courage épouvantable, fut saisie d'un immense effroi ; 9,254.
Et, déposant de toute part ses armes célestes sur la face de la terre, elle descendit entièrement de ses chars et de ses chevaux. 9,255.
Dès qu'ils eurent rejeté leurs flèches et quitté leurs coursiers, l'astra à la grande vigueur tomba sur la tête de Bhîmaséna. 9,256.
Tous les êtres et surtout les Pândouides de pousser des cris plaintifs, car ils voyaient alors Bhîma environné de flammes. 9,257.
Aussitôt que Dhanandjaya vit son frère entouré par l'astra divin, il le couvrit avec celui du souverain des eaux, afin de repousser le feu. 9,258.
Personne en ce moment ne put entrevoir le héros plongé dans l'astra de Varouna, tant l'action d'Arjouna fut prompte, et le feu complètement couvert ! 9,259.
Enseveli avec son cocher, son char et ses coursiers dans le talisman du fils de Drona, il était impossible de fixer les yeux sur lui ; il semblait, avec sa guirlande de flammes, un feu déposé dans un autre feu. 9,260.
Les flèches se précipitaient sur le char de Bhîma, telles
406 LE MAHA-BHAR/VTA.
qu'à la retraite de la nuit, sire, les étoiles tombent sur le mont Asta. 9,261.
Couvert par le fils de Drona avec son cocher, son char et ses chevaux, il avait disparu dans le feu. 9,262.
De môme qu'à la fin des temps le monde, avec ses créatures inanimées et animées, entrera comme nourriture dans la gueule du divin Agni, de même Bhîma était englouti par la puissance du talisman. 9,263.
On ne distinguait plus le Pàndouide (1) placé dans la splendeur du charme; ainsi le feu ne serait plus distingué, s'il était mis dans le soleil, ou l'auteur du jour au milieu du feu. 9,264.
Lorsqu'ils virent l'astra ainsi répandu sur le char de Bhîma, le Dronide dans l'exaltation et sans aucune opposition dans la guerre, 9,265.
Toutes les armées des Pàndouides, qui avaient déposé leurs armes par milliers, et les grands héros, qui avaient tourné le dos, Youdhishthira à leur tête, 9,266.
Le Vasoudévide et Arjouna à la vive splendeur, ces deux vaillants guerriers, descendirent à la hâte de leur char et coururent vers Bhimaséna. 9,267.
Ces deux braves entrèrent dans le feu même causé par le charme du fils de Drona, et se plongèrent en cette pleine magie. 9,268.
La flamme née de l'astra ne put les brûler, parce qu'ils avaient déposé leurs armes, que l'on avait mis en jeu l'astra de Varouna, et que l'énergie de Krishna était supérieure. 9,269.
Nara et Nârâyana arrachent de force à la violence du
(i) Pândavan, texte de Bombay.
DRONA-PARVA. 407
eharme Bhîma et toutes ses armes, afin de calmer l'astra de Nâràyana. 9/270.
En vain on le retirait du péril, l'héroïque fils de Kounti criait encore, et l'invincible astra du Dronide s'accroissait toujours plus en cruauté. 9,271.
« Qu'est-ce, fils de Pândou ? lui dit le Vasoudévide. On a beau te retenir, enfant de Kountî, tu ne t'abstiens pas encore du combat. 9,272.
» Si ces rejetons de Kourou pouvaient être vaincus dans une bataille, nous combattrions avec eux, et ces éminents guerriers combattraient ici avec nous. 9,273.
» Nous tous, qui sommes les tiens, tu nous vois descendus de nos voitures ; bâte-toi donc, fils de Kountî, de quitter aussi ton char. » 9,274.
A ces mots, Krishna l'enleva de son chariot et le mit à terre, soupirant comme un serpent et les yeux rouges de colère. 9,275.
Aussitôt qu'il eût mis pied à terre, et qu'on lui eût fait quitter ses armes, l'astra Nàràyanain de s'appaiser; et il ne tourmenta plus les ennemis. 9,276.
Quand ce feu intolérable et d'une telle nature se fut calmé, la sénérité régna sur les points cardinaux du ciel et dans toutes les plages intermédiaires. 9,277.
Les vents soufflèrent propices, les volatiles et les quadrupèdes vécurent en paix ; et la joie, souverain des hommes, enivra et les montures et leurs cavaliers.
Dès que le feu épouvantable fut retiré de ce lieu, Bharatide, le sage Bhîma resplendit à l'égal du soleil, qui s'élève à la fin de la nuit. 9,278—9,279.
Lorsqu'elle vit l'astra funeste appaisé, l'armée Pân-
àOS LE MAHA-BHARATA.
douide, échappée au carnage, se releva avec le désir d'immoler ton fils. 7,280.
L'armée rétablie de pied ferme et ce charme éludé, auguste sire, Douryodhana adressa ce langage au fils de Drona: 9,281.
« Açwatthâman, lance une seconde fois cet astra impétueux, car voici que les Pântchâlains ont refait leurs rangs et qu'ils désirent de nouveau la victoire. » 9,282.
A ces paroles de ton fils, vénérable monarque, le Dronide, soupirant avec une profonde affliction, lui répondit en ces termes : 9,283.
« Cet astra ne revient point ; il ne sied pas deux fois, majesté ; rappelé, il donnerait la mort, je n'en fais aucun doute, à l'homme, qui le mettrait en jeu. 9,284.
» Le Vasoudévide a repoussé de la manière, que tu l'as vu, cet astra ; et c'est pour cela, souverain des peuples, qu'il n'a pas exterminé l'ennemi sur le champ de bataille.
» Ou la défaite ou la mort ! La mort vaut mieux que la victoire ! Car ils étaient vaincus ces ennemis, semblables à des morts, depuis qu'ils avaient mis bas les armes ! »
h Fils de l'Atchârya, lui répondit Souyodhana, si l'on ne peut lancer deux fois cet astra, que ces meurtriers d'un révérend soient immolés par d'autres, ô le plus excellent desjiommes, qui ont la science des astras.
» Ta vigueur est sans mesure, et tu possèdes, comme Tryambaka, des charmes divins. En effet, si tu le voulais, Pourandara lui-même dans sa colère ne serait pas délivré de tes mains. » 9,287—9,288.
« Après que cet astra eut été repoussé et que Drona
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eut succombé, victime de la trahison, que fit, demanda le roi Dhritarâsthra, que lit ensuite le Dronide, quand Douryodhana lui eut adressé ces paroles ; 9,289.
» Quand il vit les Prithides s'approcher, les armes à la main, pour le combat, et marcher en tête de l'armée, affranchis de l'astra Nârâyanain? » 9,290.
Aussitôt qu'il connut, reprit Sandjaya, la mort de son père, le guerrier, qui arbore une queue de lion pour enseigne, ayant mis bas la crainte, courut avec colère sur le Prishatide. 9,29i.
A la fin de sa course, l'éminente personne le blessa avec une rapidité extrême, de vingt-cinq kshoudrakas ;
Et Dhrishtadyoumna de percer le fils de Drona, flamboyant comme le feu, sire, avec soixante-quatre flèches.
Il frappa son cocher de vingt traits, empennés d'or, aiguisés sur la pierre, et ses quatre chevaux de quatre dards acérés. 9,294.
11 blessa, en poussant des cris, le Dronide à coups redoublés, ébranlant en quelque sorte la terre, et ravit les existences à tout le monde, pour ainsi dire, en ce grand combat, 9,295.
Le Prishatide, consommé dans les armes, aux résolutions arrêtées, fondit sur le fils de Drona lui-même et fit revenir la mort sur ses pas. 9, 296.*
Le meilleur des maîtres de chars, lePântchâlainàl'ârne infinie déchargea sur la tête d'Açwatthâman une pluie, faite de traits. 9,297.
Le Dronide couvrit de ses dards dans le combat ce héros irrité, et, n'oubliant point la mort de son père, le blessa de dix flèches. 9,298.
11 trancha, avec deux rasoirs bien décochés, l'arc et le drapeau du roi des Pântchâlains, et le fatigua avec de nouveaux traits. 9,299.
Le Dronide le réduisit dans ce grand combat sans cocher, sans char, sans chevaux ; il couvrit de flèches avec colère tous les guerriers attachés à ses pas.
Ensuite il courut, monarque des hommes, sur l'armée des Pântchâlains en détresse, aux formes agitées, aux blessures infligées par la pluie de ses flèches.
Voyant les guerriers tourner ledosetDhrishtadyoumna accablé, Çaînéya de pousser rapidement son chariot sur le char du fils de Drona. 9,302.
11 perça Açwatthâman de huit flèches aiguës, et blessa de nouveau ce brahme irrité de vingt traits aux formes diverses. 9,303.
Il en blessa ainsi le cocher; il frappa ses quatre chevaux de quatre dards lancés avec étude, et coupa, en homme adroit, son arc et son drapeau. 9,304.
Il dissipa son char ornementé d'or avec ses quatre chevaux, et le blessa grièvement au cœur de trente flèches dans le combat. 9,305.
Accablé de cette manière, sire, Açwatthâman à la grande force, environné par des multitudes de traits, ne trouvait pas ce qu'il avait h faire. 9,306.
Tandis que les choses se passaient ainsi pour le fils du révérend, ton héroïque fils, secondé par Kripa, Karna et les autres, ensevelit sous ses flèches le Sâttwatide.
Douryodhana le blessa de vingt traits, Kripa le Çaradvatide de trois, Kritavarman de dix, Karna de cinquante, Douççàsana de cent et Vrishaséna de sept dards. Tous le
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frappèrent lestement de tous les côtés avec leurs flèches acérées. 9,307—9,308—9,309.
Mais Sâtyaki réduisit en un seul instant, sire, tous ces grands héros sans char, et les contraignit à tourner le dos. 9,310.
Quand Açwatthâman eut repris la connaissance, éminent Bharatide, il se plongea dans ses pensées, tourmenté par la douleur et soupirant mainte et mainte fois. 9,311.
Puis, remontant sur un autre char, le terrible fils de Droha, arrêtant Sâtyaki, répandit sur lui plusieurs centaines de flèches. 9,312.
Dès qu'il vit le fils du Bharadwâdjide accourir dans le combat, ce grand héros le réduisit une seconde fois sans char et le força de nouveau à prendre la fuite.
A l'aspect du courage de Sâtyaki, les Pàndouides firent résonner leurs conques avec des sons très-éclatants et poussèrent des rugissements de guerre.
Aussitôt qu'il l'eut privé de son char, Sâtyaki au courage infaillible, immola trois mille grands héros sous les ordres de Vrishaséna. 9,315.
Il tua avec eux une myriade d'éléphants, conduits par Rripa, et trente milliers de chevaux, commandés par Çakouni. 9,310.
Le vigoureux Dronide, étant remonté sur un autre char, s'avança avec colère près de Sâtyaki, désireux de lui arracher la vie. 9,317.
L'ayant vu revenir, armé de traits acérés, le Çinide, dompteur des ennemis, fendit son corps mainte et mainte fois avec des flèches plus en. elles encore. 9,318.
Profondément blessé par Youyoudhàna de ses dards,
M2 LE MAHA-BHARATA.
marqués de différents caractères, l'héroïque fils de Drona lui dit, en riant, avec colère : 9,319.
« Çaînéya, je sais quelle affection tu portes au meurtrier de l'Atchârya; tu empêches qu'il ne soit lui-même dévoré par moi ; eh bien! je te jure, Çaînéya, sur la vérité et sur ma pénitence, que je ne me reposerai pas dans la guerre que je n'aie exterminé tous les Pântchâlains.
» Que Ton range ici toutes les armées, qui obéissent aux fils de Pândou, toutes les forces, que comptent les Vrishnides, j'anéantirai les Somakas! » 9,322.
A ces mots, Açwatthâman de lancer au Sâttwatide une flèche supérieure, aux beaux nœuds, semblable aux rayons du soleil, tel que jadis Hari envoya sa foudre sur Vritra.
Après qu'il eut percé le guerrier non inférieur (1) en flèches, le trait décoché par lui de percer la terre et de s'y plonger, comme un reptile en sifflant entre dans une caverne. 9,323-9,324.
De même qu'un éléphant, tourmenté par le croc aigu, ce héros, la cuirasse brisée, inondant sa blessure de sang, rejeta des mains son arc et sa flèche. 9,325.
Il s'affaissa, il s'assit, humide de sang, sur le banc de son char, et son cocher le ravit en toute hâte au fils de Drona. Ce fléau des ennemis blessa, au milieu des sourcils, un autre héros, Dhrishtadyoumna, d'un nouveau trait, bien empenné, aux nœuds inclinés. 9,326 — 9,327.
Atteint grièvement par-devant et blessé par-derrière, le Pântchâlain s'évanouit dans le combat, et chercha un appui dans son drapeau. 9,328.
(1) Nous lisons : na, au lieu de : sa çarâvara.
DRONA-PARV*. A13
Cinq héros du parti des Pândouides coururent vîtement à lui, qui était, sire, comme un éléphant en rut, qu'un lion a blessé. 9,329.
C'étaient Kirîti, Bhimaséna, Vrihatkshattra, le rejeton de Pourou, le prince héréditaire des Tchédiens et Soudarçana du Mâlava. 9,330.
Tous ces braves , armés de leurs arcs et jetant des lamentations, environnèrent de tous côtés l'héroïque filsdeDrona. 9,331.
Déployant leurs efforts au vingtième pas, tous de lancer à la fois de toutes parts cinq traits individuellement sur le fils irrité de l'anachorète. 9,332.
Le Dronide avec vingt-cinq traits aigus, semblables à des serpents, coupa ensemble leurs vingt-cinq dards.
Il perça de sept flèches acérées le petit-fils de Pourou, avec trois le prince du Mâlava, avec un seul le fils de Prithâ, et Vrikaudara de six traits. 9,333— 9,334.
Ensuite, tous ces grands héros, sire, de blesser ensemble et séparément, le fils de Drona avec leurs dards acérés, empennés d'or. 9,335.
Le prince héritier frappa Açwatthâman de vingt flèches, Arjouna de huit traits, et chacun des autres avec trois individuellement. 9,336.
Açwatthâman de percer Phâlgouna de vingt dards, le Vasoudévide de dix, Bhîma de cinq, le roi de la jeunesse avec quatre, le prince du Mâlava et le descendant de Pourou avec deux chacun. 9,337.
Quand il eut blessé de six flèches le cocher de Bhimaséna, et tranché avec deux son arc et son drapeau ; quand il eut enseveli, après cet exploit, le fils de Prithâsous une pluie de traits, le Dronide poussa un épouvantable rugissement de guerre. 9,338.
La terre, l'atmosphère, le ciel, les points cardinaux, les plages intermédiaires, tout était couvert des flèches trèsacérées, aux formes terribles, à la pointe de couleur jaune, que le Dronide semait devant lui et par-derrière. 9,339.
Des splendeurs formidables étaient répandues sur son char. Le héros, semblable au roi des Dieux, coupa à la fois de trois dards la tête de Soudarçana et ses bras, pareils au drapeau d'Indra. 9,340.
Dès qu'il eut percé le Pourouide avec une lance de de char, qu'il eut réduit à coups de flèches son chariot en morceaux menus comme des graines de sésame, qu'il eut coupé ses bras, saupoudrés du sandal le plus exquis, il enleva d'un bhalla la tête à son corps. 9,341.
Lorsqu'il eut blessé de ses traits, semblables au feu de la flamme, le jeune prince héritier, seigneur de Tchédi, il donna à la mort, avec son cocher et ses chevaux, ce héros, azuré comme un lotus. 9,342.
Quand le Pândouide vit immolés devant ses yeux le prince du Mâlava, le rejeton de Pourou et Y auguste Tchédien, roi de la jeunesse, 9,3^3.
Bhîmaséna aux longs bras ressentit une bouillante colère; puis, avec des centaines de flèches acérées, pareilles à des serpents, le terrible ennemi couvrit dans la bataille ce fils de Drona. Celui-ci à la grande vigueur déchaîne une averse de traits, 9,344 — 9,345.
Et blesse dans sa colère Bhîmaséna de ses flèches aiguës. Le Pândouide aux longs bras, à la grande force, trancha dans ce combat son arc d'un kshourapra et perça d'un trait le fils du brahme. Cet homme au vaste cœur, rejetant son arme coupée, 9,346 — 9,347.
Saisit un nouvel arc et déchira Bhîma de ses dards. Ces deux vaillants héros, pleins de vigueur dans la bataille,
DRONA-PARVA.. 415
Répandirent l'un sur l'autre une grêle de flèches, tels que deux nuages pluvieux. Des projectiles à l'empennure d'or, aiguisés sur la pierre, gravés avec le nom de Bhîma, couvrirent le Dronide, comme des masses de nuages voilent l'auteur de la lumière ; et des traits aux nœuds inclinés, lancés par celui-ci à centaines de mille, inondèrent Bhîma rapidement. Couvert dans ce combat par le fils du Bharadwâdjide, qui a la science des batailles,
Il n'en fut nullement ému, grand roi, ce fut comme une chose merveilleuse ! Ensuite, Bhima aux longs bras lui envoya dix nârâtchas acérés, ornementés d'or et semblables au bâton d'Yama. Ils arrivent à la clavicule du cou, vénérable monarque, la fendent, et pénètrent chez le Dronide, comme des serpents dans une fourmillière. Profondément blessé par le magnanime Pàndouide, Açwatthâman 9,352—9,353—9,354.
De s'appuyer sur la hampe de son drapeau et de fermer les yeux. Quand il eut repris sa connaissance au bout d'un instant, souverain des hommes, 9,355.
Baigné de sang au milieu du combat, il entra dans la plus vive colère. Atteint grièvement par le Pàndouide au grand cœur, 9,356.
Le guerrier aux longs bras se lança rapidement sur le char de Bhîmaséna, auquel il envoya, Bharatide, une centaine de traits à la splendeur brûlante, tirés jusqu'à l'oreille et semblables à des serpents. Orgueilleux de ses batailles, le Pàndouide Bhîma, songeant à l'énergie de ce héros, fit tomber lestement sur lui dos averses de traits. Mais le Dronide. ayant coupé son arc avec des flèches,
Mrt LE MAHA-BHARATA.
Le frappa dans sa colère avec des traits aigus en pleine poitrine. Bhîmaséna, au comble de la fureur, saisit un nouvel arc, 9,360.
Et blessa le Dronide de cinq dards acérés dans le combat. Versant leurs masses de flèches, tels que deux nuages à la fin de l'été, 9,361.
Ils s'en couvrirent l'un l'autre dans la bataille, les yeux rouges de colère ; ils firent éclater, celui-ci sur celui-là, les bruits épouvantables de leurs paumes. 9,362.
Pltins de colère, ils se combattirent mutuellement, désirant chacun tirer vengeance des coups reçus. Faisant vibrer un arc immense, ornementé d'or, 9,363.
Le Dronide regarda face à face Bhîma, décochant ses flèches. Tel que le soleil à la splendeur enflammée, parvenu en automne au milieu de sa révolution diurne,
Soit qu'il prît sa flèche ou qu'il encochât son trait, soit qu'il tirât sa corde ou qu'il lançât le dard, les spectateurs ne pouvaient saisir aucun intervalle. 9,364 — 9,365.
L'arme du Dronide, lançant des flèches, était alors, grande majesté, un disque, semblable à une roue, autour de laquelle pirouette une torche. 9,366.
On voyait les traits, lancés de son arc par centaines et par milliers, voler dans les airs, tels que des nuées de sauterelles. 9,367.
Partis de l'arc du Dronide, les dards épouvantables, aux ornements d'or, étaient répandus continuellement sur le char de Bhîma. 9,368.
Nous vîmes alors, Bharatide, le courage merveilleux, la force, l'énergie, la puissance et là résolution de Bhîmaséna ! 9,369.
De tous les côtés, il amoncelait des pluies très-
effrayantes de flèches, telles que des pluies d'eau entassées par les nuages à la fin des chaleurs. 9,370.
Désirant la mort du fils de Drona, Bhîma à l'effrayant courage versait des pluies de traits, comme une nuée dans la saison pluvieuse. 9,371.
Cet arc terrible de Bhima au dos en or resplendissait dans cette grande bataille, de même qu'un second arc de Çakra. 9,372.
Les flèches, qui apparaissaient donc par centaines et par milliers, couvraient dans ce combat le fils de Drona, qui avait la beauté des batailles. 9,373.
Le vent ne pouvait circuler, auguste sire, au milieu de ces multitudes de flèches, que lançaient ainsi les deux héros. 9,374.
Ensuite, le Dronide envoya, par le désir de la mort du Pàndouide, ses traits aux ornements d'or, frottés d'huile de sésame, à la pointe reluisante. 9,375.
Bhiuia fit tomber du haut des airs chacun de ses traits en trois morceaux avec ses flèches ; et, après cette victoire sur le fils de Drona, lui cria : « Arrête ! arrête ! »
Le vigoureux Pàndouide irrité jusqu'au désir de sa mort, lui expédia de nouveau une averse de traits horribles, épouvantables. 9,376 — 9,377.
Quand il eut arrêté par la magie de ses astras ces pluies de flèches, le fils de Drona, qui possédait la science des astras, lui trancha lestement son arc, 9,378.
Et le blessa lui-même de ses flèches innombrables dans le combat. Le vigoureux à l'arc coupé lui rendit promptement sa blessure et lança sur le char du fils de Drona une pique de fer bien épouvantable. Le Dronide, montrant la légèreté de sa main, abattit dans le combat tout à coup, xi '17
M S LE MAHA-BHARATA.
avec ses flèches acérées, cette lance, qui accourait, semblable à un grand météore enflammé. Dans cet instant même, Bhîma saisit un nouvel arc,
Et Vrikaudara de blesser en riant le Dronide avec ses dards. Açwatthâman en retour, puissant roi, ouvrit, d'une flèche aux nœuds inclinés, le front du cocher de Bhîmaséna. Profondément blessé par le vigoureux fils dubrahme, le cocher tomba dans l'évanouissement et lâcha les rênes de ses coursiers. N'étant plus retenus par le conducteur évanoui, les chevaux de Bhîma se mirent à courir, Indra des rois, au galop sous les yeux de tous les archers. Dès qu'il vit Bhîma emporté hors du champ de bataille par ses coursiers en fuite, 9,382—9,383—9,384—9,385.
Le brahme invaincu fit résonner joyeux son énorme conque ; alors tous les Pântchâlains et le Pândouide Bhîmaséna, 9,386.
Ayant abandonné le char de Dhrishtadyoumna, s'enfuirent effrayés à tous les points de l'espace. Le Dronide, accroissant le trouble, suivit rapidement les pas de l'armée enfoncée des Pândouides, les harcelant par-derrière de ses flèches acérées ; et la crainte d' Açwatthâman chassa aux divers points de l'horizon tous les kshatryas, taillés en pièces par ce fils de Drona. 9,387—9,388—9,389.
Dès qu'il vit cette armée en déroute, le fils de Kountî à l'âme incommensurable, Dhanandjaya de l'arrêter, désirant la mort du fils de l'Atchârya. 9,390.
Alors, comprimés ainsi avec des efforts par le Vasoudévide et Dhanandjaya, sire, les guerriers en fuite retinrent leurs pas. 9,391.
Quand il les eut rejoint un à un avec les membres des
DRONA-PAKVA. 419
Somakas, avec les Matsyas et les autres, il retourna vers les Kourouides (1). 9,39*2.
Puis, s'étant avancé en courant vers le guerrier, qui a pour enseigne une queue de lion, l'Ambidextre dit ces mots à l'héroïque Açwatthâman : 9,393.
« Fais-moi voir ce que tu as de puissance et de force, ce que tu as de science et de courage, ce que tu as d'amitié pour les Dhritarâshtrides et de haine pour nous! Montre-moi encore ton énergie suprême ! Le meurtrier de Drona, le Prishatide brisera lui-même ton orgueil,
» Semblable au feu entier de la mort, égal au trépas des ennemis. Affronte et le Pântchâlain, et moi, accompagné de Kéçava; j'étoufferai aujourd'hui, présomptueux, ton arrogance dans la guerre. »
« Le fils de l'Atchârya est vigoureux, Sandjaya ; il est digne d'honneur, observa le roi Dhritarâshtra ; son amitié est en Dhanandjaya et l'amitié de ce magnanime est en lui. 9,398.
» Jamais avant, on ne vit en Bîbhâtsou un discours tel et si injurieux (2). Pourquoi ce fils de Kountî adressa-til à son ami un langage si amer? » 9,399.
Quand le prince héréditaire, sire, et Vrihatkshattra, le rejeton de Pourou, eurent trouvé la mort, lui répondit Sandjaya; quand Soudarçana du Mâlava eut satisfait aux règles de l'arc et des flèches; 9,400.
Quand Dhrishtadyoumna, Sâtyaki et Bhîma vaincus
(1) Kaduravdn, texte de Bombay.
(2) Parousham, même texte.
eurent jeté par leurs discours l'agitation dans les membres d'Youdhishthira, 9,401.
Un déchirement intérieur naquit à Bîbhatsou au souvenir de ses peines, seigneur ; et le chagrin engendra une colère plus grande, qu'il n'avait jamais ressenti avant.
Il adressa donc en homme vulgaire ce discours grossier, indécent, brutal au Dronide, fils d'un Atchârya et digne de ses respects. 9,402 — 9,403.
A ces mots blessants, que le Prithide avait prononcés d'une voix à déchirer tous les membres (1), le plus grand des héros, majesté, soupirant (2) de colère, 9,404.
Le Dronide vigoureux de s'irriter contre le fils de Prithâ et surtout contre Kéçava. Debout sur son char et déployant ses efforts, il toucha l'eau. 9,405.
Le fils de l' Atchârya prit à rencontre des troupes d'ennemis, qu'il voyait et qu'il ne voyait pas, l'astra d'Agni tout à fait inaffrontable aux Dieux mêmes. 9,406.
Il charma une flèche ardente comme un feu sans fumée ; et le meurtrier des héros ennemis, entré de tous côtés dans la colère, décocha son arme. 9,407.
Une bruyante averse de traits se produisit dans les airs ; et le Prithide, enveloppé dans la flamme du feu, en fut inondé. 9,408.
Des météores tombèrent du ciel, les plages ne brillèrent plus ; une effrayante obscurité se répandit tout à coup sur l'armée. 9,409.
Les Rakshasas et les Piçâtchas rassemblés de pousser des cris; des vents sinistres soufflèrent, et le soleil avait perdu sa chaleur. 9,410.
(1) Çwasan.... sarvamarmabhidû girâ, texte de Bombay.
Les corneilles de criailler dans toutes les plages d'une manière épouvantable ; et les nuages tonnaient, versant une pluie de sang. 9,411.
Les volatiles, les bestiaux criaient (1) , les vaches mugissaient (2) et les solitaires aux vœux saints, une fois qu'ils étaient sortis de leur âme, ne retrouvaient plus la tranquillité. 9,M2.
L'ensemble des trois mondes était en quelque sorte consumé et pénétré de douleur, ses grands éléments confondus, le soleil, pour ainsi dire , attiré hors de sa place. 9,ûl3.
Couchés sur la terre, les serpents, brûlés par la flamme de l'astra, s'élançaient dans l'air en sifflant, pour éviter ce feu épouvantable. 9,/il/i.
Les êtres aquatiques eux-mêmes, Bharatide, étaient la proie des flammes ; et, dans leur humide séjour incendié, ils ne rencontraient nulle part de tranquillité. 9,/il5.
De tous côtés, tombaient, en haut et en bas, des points cardinaux, des plages intermédiaires, de l'atmosphère, de la terre, les pluies de flèches avec la rapidité du vent ou de Garouda. 9, h 16.
Atteints par les traits du fils de Drona, qui avaient la vélocité de la foudre, les ennemis tombaient consumés, comme des arbres brûlés par le feu. 9, M 7.
Torturés par les flammes, les grands éléphants succombaient de tous côtés sur la terre, poussant des cris épouvantables, qui ressemblaient au fracas des nuages.
D'autres gigantesques éléphants couraient, fuyant les flammes; tremblants, ils jetaient des barrits, comme jadis
fl-2) Vinédus, texte de Bombay.
dans la forêt, quand ils étaient environnés par l'incendie spontané du bois. 9,418 — 9,419.
On voyait, auguste seigneur, des troupes de chevaux ou des bandes de chars, telles que des cîmes d'arbres, en proie au feu d'une forêt brûlante. 9,420.
Des multitudes de chars tombaient çà et là par milliers. Le vénérable feu, Bharatide, consumait dans le combat toute cette armée, comme la flamme de la destruction finale brûle toutes les créatures au terme d'un youga. Dès qu'ils virent dans ce grand combat l'armée Pândouide victime de cet incendie, 9,421—9,422.
Transportés de joie, les tiens, majesté, firent éclater des rugissements de guerre. Exaltés, victorieux, ils battirent allègrement des milliers de tambours, mnrqués de signes divers. Au milieu des ténèbres , qui enveloppaient le monde, on ne voyait pas, dans cette vaste bataille, sire, l'armée complète et le Pândouide Ambidextre. Jamais avant, nous n'avions pu voir; jamais avant, nous n'avions entendu parler d'une chose telle
Que cet astra, suscité dans la colère du fils de Drona ! Mais Arjouna de lancer, puissant roi, l' astra de Brahma, créé par le Dieu, né dans un lotus, pour repousser tous les astras. Un instant après, les ténèbres des'appaiser.
Un vent favorable souflla, les plages devinrent sereines, et nous vîmes là une chose merveilleuse : une armée complète immolée, avec des formes méconnaissables, consumée par le feu de l' astra. On voyait ces deux héros aux grands arcs, Arjouna et Kéçava, libres d'ennemis,
DRONA-PARVA. 423
Tels que l'on verrait briller ensemble le soleil et la lune dans les cieux. L'archer du Gândîva et le Vasoudévide étaient sans blessures l'un et l'autre. 9,430.
Joint (1) à son allié, Arjouna avec son char, ses chevaux, son drapeau, ses guidons, ses armes excellentes, brillait sur le plancher de sa voiture, inspirant la terreur à tes gens. 9,431.
Des cris de joie, mêlés au bruit des tambours et des conques, éclatèrent aussitôt parmi les Pàndouides, exultant d'allégresse. 9,432.
L'opinion des deux armées était alors qu'ils avaient succombé ; et tout à coup ils voyaient Arjouna et Kéçava revenus à la vie, remplis de joie, sans blessure, inspirant des sons aux deux meilleures des conques. A la vue de cette gaîté des Prithides, les tiens furent profondément émus. 9,433—9,434.
Quand le Dronide vit ces deux héros triomphants, échappés au danger, il s'abima dans la douleur, puissant roi, et songea un moment: «Qu'est-ce que c'est?» 9,430.
Après qu'il eut rêvé, tout livré à ses pensées affligeantes, il poussa de longs et brûlants soupirs, et fut comme abandonné de son âme. 9,436.
Le Dronide, ayant rejeté son arc, Indra des rois, sauta à bas de son char : « Honte! s'écria-t-il, honte à cet astra avorté ! u et il se précipita hors du champ de bataille.
Il vit devant lui Vyâsa à la demeure éminente, le compilateur du Véda et des Rasas (2), l'ordonnateur sans péché des Védas, brillant, comme un nuage d'amour.
(1) Youktas, texte de Bombay.
[2) Livre, où sont renfermés les sentiments poétiques.
Dès que le fils de Drona l'eut aperçu debout devant lui, propagateur de la race de Kourou, il lui rendit hommage, baissant la tête, et lui adressa ces mots en homme consterné : 9,437— 9,438— 9,439.
c Hélas, hélas ! Serait-ce magie? ou libre volonté? Nous ne savons pas ! Comment cet astra est-il tombé sans coup ? Quelle faute ai-je donc commise? 9,440.
» Est-ce une chose très-petite ou très-grande que la ruine des mondes ? La vie de ces deux Krishnas est un moment difficile à traverser ! 9,441.
» Jamais ni les Piçâtchas et les Rakshasas, ni les Gandharvas et les Asouras, ni les oiseaux, ni ceux, qui ont pour cause de leur mouvement le saut ou les ailes, ni les enfants de Manou 9,442.
» N'auraient pu frapper d'impuissance cet astra, que j'ai lancé. Ce charme flamboyant, destructeur de tout, accompagné de la plus haute épouvante, envoyé de ma main, ne peut se calmer qu'après l'extermination d'une armée complète en ses quatre corps. Pourquoi n'a-t-il pas tué ces deux hommes vertueux, Arjouna et Kéçava?
» Réponds à ma demande, révérend, selon ce qu'il en est : je désire entendre cette chose, grand anachorète, suivant la vérité. » 9,445.
« Je vais te révéler entièrement, lui répondit Vyâsa, cette grande chose, qui inspire une telle question à ton incertitude ; applique ton esprit; écoute! 9,446.
» Ce Dieu nommé Nârâyana, l'ancêtre des ancêtres, le créateur de l'univers, naquit le fils d'Yama pour la chose présente. 9,447.
» Tenant ses bras levés et doué d'une vive splendeur,
DRONA-PARVA. 425
semblable au soleil flamboyant, il se rendit au mont des frimas, où il pratiqua une austère pénitence. 9,44S.
» Le Dieu aux yeux de lotus s'y dessécha lui-même, vivant de l'air, pendant six milliers et autant de centaines d'années. 9,449.
» Quand il eut enduré deux fois cette éminente mortification, il en subit de nouveau une troisième, remplissant de splendeur toute la cavité, qui s'étend de la terre au ciel. 9,450.
') Après que cette pénitence l'eut identifié, mon fils, avec l'Être absolu, il vit des yeux de son âme le créateur de l'univers, la cause première, le seigneur du monde, l'Invisible, le maître de tous les Dieux, le potentat par excellence, plus petit que ce qui est égal à un atome, et plus vaste que les plus grandes choses ;
» Roudra, Içâna, Rishabha, Hara, Çambhou, Kapardî, la cause la plus efficace des êtres, qui pensent, des créatures immobiles et des animaux, qui se meuvent ; 9,453.
» Prachétas au grand cœur, à la terrible colère, le ravisseur de tout, qu'il n'est pas facile de voir, qu'il est difficile d'arrêter, le héros à la vigueur infinie, armé d'une cuirasse d'or, de deux carquois célestes et d'un arc divin ;
» Le Dieu à l'arc Pinâka, qui porte la foudre, une pique enflammée, une hache, une massue, une immense épée, un pilon ; qui tient à sa main un trident ou le bâton fatal, l'Éclatant, le Revêtu de la dépouille d'un tigre, le coiffé endjata; 9,454 — 9,455.
» L'Immortel aux éblouissantes pendeloques, accompagné des plus éminents sacrifices, orné de toutes les qualités, environné par les troupes des Bhoûtas, l'Unique en
pénitence, le Dieu, qui s'approche des vieillards, riches de prières tt de sacrifices ; 9,656.
» L'Eau, la Plage, l'Air, la Terre, le Soleil et la Lune, le Feu et la parole, le monde intelligible, la cause de l'immortalité, le fils d'Yama, l'Être, qui tue les ennemis des brahmes, celui, que ne peuvent voir les mortels à la conduite vicieuse. 9,457.
» Il vit, grâce à sa dévotion, ce Devoir, à qui sont dus les sacrifices et qui a la forme de l'univers ; qui brûle par la pénitence, qui ne refuse point sa vue aux brahmes d'une vie sainte, et que voient avec les yeux de l'âme les fortunés mortels, quand ils ont étouffé le péché. 9,458.
» Aussitôt qu'il le vit de son corps, de son intelligence, de son cœur, de sa voix même, le Vasoudévide s'en réjouit d'une âme transportée. 9,459.
» Nârâyana de s'incliner en présence du Dieu, qui porte une guirlande d'yeux, jetée autour de soi, le plus grand trésor des astras et l'origine de toutes les choses, 9,460.
» Le magnanime et l'auguste donateur des grâces, accompagné de Pârvatî dans sa vaste beauté, et qui se jouait, environné de chœurs, escorté des troupes de Bhoûtas,
» Içâna, l'Indistinct, l'Impérissable, qui, sans naissance, est l'âme de toutes les origines. L'Immortel aux yeux de lotus, s'étant incliné aussitôt devant Roudra, Y ineffable homicide d'Andhaka, célébra avec dévotion les louanges de la Divinité aux yeux en nombre impair :
« Dieu premier, Dieu, qui dois être le choix des mortels, amoureux de la délivrance (1), les Pradjâpatis (2), qui
(i-2J Commentaire,
DRONA-PARVA. 427
jadis, entrés dans cette terre, ont conservé ton antique création et sont devenus les gardiens de ce monde, ont reçu de toi la naissance. 9,464.
» De toi sont nés encore, nous le savons, toutes les troupes variées des êtres, lesYakshas, les Gandharvas,les Garoudas, les hommes, les Piçâtchas, les Rakshasas, les Nâgas, les Asouras, les Dieux et les Viçvadévas. 9,465.
» Les attributs d'Yama, d'Indra, du Dieu des richesses, de Varouna, des Mânes, de Twashtri et de Soma t'appartiennent ! Ta forme est la lumière; le son de ta voix, c'est l'air, le vent est ton toucher, l'eau est ton goût et la terre ton odeur. 9,466.
» Brahma, le temps, les brahmes, ce qui est mobile et immobile est né de toi, cause divine! Ainsi que les gouttes de la pluie viennent individuellement des mers (1), de même elles y retournent une à une à la dissolution des mondes. 9,467.
» Possédant cette connaissance, j'ai pensé que la naissance et la mort des êtres sont identiques avec toi! Deux âmes ont la racine dans le ciel, comme deux arbres aux belles feuilles ; les paroles en sont les branches, et sept figuiers religieux en sont les gardiens. 9,468.
» Dix autres organes, que tu as créés, conservent la cité, qu'on ne peut vaincre, et il en est un autre au-dessus de ces dix. Ce qui est, ce qui fut et ce qui sera tire de tol sa naissance, avec tous ces mondes, qui circulent ici.
» Aime-toi, car je t'ai aimé et je t'aime en toi-même ! Ne me fais pas du mal, si j'ai conçu des sentiments, que tu vois d'un œil ennemi. Il n'y a d'autre sagesse que la
(i) Commentaire.
conscience (1). Quiconque a cette science, il s'identifie à la cause absolue sans partage (2). 9,469 — 9,470.
» Je t'ai loué, parce que j'ai voulu te rendre hommage et que j'ai pensé, 6 le plus grand des Dieux, que tu méritais un tel éloge (3). Célébré par moi, accorde les grâces inaccessibles, que je désire, ô toi, qui as tiré du néant la magie des êtres par ta supériorité. » 9,470 (4).
» A ces louanges du saint, le Dieu à l'âme inconcevable, au cou d'azur, à l'arc Pinâka, accorda au Vasoudévide les grâces, dont il était bien digne. 9,471.
« Par ma faveur, lui dit-il, Nâràyana, tu posséderas une âme à la vigueur sans mesure parmi les hommes et parmi ceux, qui ont reçu la naissance des Gandharvas et des Dieux. 9,472.
» Ni les hommes, les Piçâtchas, les Rakshasas et les grands Ouragas, ni les Gandharvas, les Asouras et les Dieux mêmes ne pourront soutenir ton attaque. 9,473.
» Ni les Garoudas, les Nâgas, les tigres et les lions (5) , ni les Viçvadévas ou un Dieu quelconque ne pourra triompher de toi dans le combat. 9,474.
» Ni par le trait ou la foudre, ni par le feu ou le vent, ni par le sec ou l'humide, qu'il tremble ou qu'il soit ferme, personne ne causera jamais, grâce à moi, tes soucis ni tes alarmes ! Si même tu vas à la guerre, tu y seras supérieur à moi ! 9,476 — 9,477.
» Sache que Vishnou jadis obtint ainsi mes grâces : ce Dieu marcha dès-lors, fascinant le monde par sa magie.
(1-2) Commentaire.
(3) Idem.
(4) Faute de numération dans le texte de Calcutta.
(5) Viyonhljas, Commentaire. Ce distique est marqué 9,475 : nous allons suivre cette erreur.
DRONA-PARVA. 429
» Sa pénitence fit naître un grand anachorète, semblable à ce Dieu, nommé Nara : n'oublie jamais qu'il portera le nom d'Arjouna. 9,478 — 9,479.
» Les livres enseignent que ces deux rishis sont les premiers des anciens Dieux, et que chaque guerre les vit naître pour se mêler aux affaires du monde. 9,480.
» Né terrible par l'œuvre de cette violente pénitence, conçois promptement, saint anachorète, de la colère et de l'énergie. 9,A81.
» Ton excellence, savante comme un Dieu, a connu que le monde est tiré de la substance de Çiva ; et tu as mis ton corps dans la maigreur (1) par des macérations, voulant faire une chose, qui me fût agréable. 9,482.
» Tes mains ont façonné ici une brillante statue de beurre clarifié (2), qui avait la forme d'un grand homme; et tu m'as sacrifié, ô toi, qui donnes l'honneur, par des prières, des oblations et des offrandes jetées dans le feu.»
» Ainsi honoré par lui (3) dans sa première existence, l'Ineffable se réjouit, et lui accorda les dons éminents, qu'il savait renfermés dans son (4) cœur. 9,483 — 9,484.
» La cérémonie de la nativité, la pénitence, les méditations en l'Être absolu sont excellentes en ces deux héros et dans toi : le Dieu est honoré dans chacune des guerres par eux sous la forme du Linga et par toi dans son image. 9,485.
» Kéçava est plein de dévotion en Roudra : il est né de
(1) Commentaire.
(2) Âtra havis, texte de Bombay.
(3-4) Tai.... tava, disent les deux textes; ce doitêlre une faute; en effet, ce n'est pas à Nàràyana, que Vyâsa parle, mais au fils de Drooa.
Roudra; il honore l'auguste Linga, mais il sait queBhava est la forme de tout. 9, A 86.
» C'est en lui que se font les abstractions sur l'âme ; c'est en lui que se font les méditations sur l'Écriture: c'est en lui que les grands Rishis, les Siddhas et les Dieux ont offert leurs sacrifices. 9, 487.
» L'éminent Sthânou est dans ce monde l'unique objet des désirs ; mais Krishna, l'auteur de toute chose, est celui-là seul, auquel on doit sacrifier ; il est même le sacrifice éternel. 9,488.
» L'auguste Dieu, qui arbore l'enseigne du taureau, assure une joie incomparable à quiconque honore le Linga, sachant qu'il est l'origine de tous les êtres. » 9,489.
Aussitôt qu'il eut ouï ces paroles de Vyâsa, l'héroïque fils de Drona fit son adoration à Roudra et mit Kéçava dans une profonde estime. 9,490.
Le poil hérissé et l'âme soumise, il salua respectueusement le grand anachorète Vyâsa; et, quand il vit l'armée devant lui, il fit conclure une suspension d'armes. 9,491.
Il fut, seigneur des hommes, le médiateur de l'armistice entre les fils de Pândou et les Kourouides, au milieu de qui la chute de Drona avait jeté la consternation.
Ce brahme, qui avait lu entièrement les Védas, quand il eut soutenu le combat cinq jours durant, et anéanti une armée, était passé dans le monde de Brahma.
« Après que le Prishatide eut arraché la vie à l'héroïque Drona, s'enquit Dhritarâshtra, que firent ensuite les miens et les Pândouides ? » 9,494.
Après que le rejeton de Prishat eut immolé cet héroïque
DRONA-PARVA. 431
Drona, répondit Sandjaya, Dhanandjaya, le fils de Kountî, au milieu des Kourouides enfoncés, 9,495.
Ayant vu, immense prodige, qui lui apportait la victoire ! Vyâsa, venu de lui-même, éminent Bharatide, adressa à son compagnon cette demande : 9,496.
« J'ai tué des ennemis dans la guerre avec les multitudes de mes flèches reluisantes, et je vois devant moi venir un homme, qui ressemble au feu ! 9,497.
» J'ai levé ma lance flamboyante, et, dans quelque plage, qu'elle soit allée, mes ennemis, grand anachorète, ont été brisés. 9,498.
» On pense que les ennemis rompus par elle ont tous été rompus par moi ; armé d'elle, je vais sur les pas (1) des armées enfoncées. 9,499.
» Dis-moi, Adorable, quel est ce mortel éminent, que je vois, le trident à sa main, environné de splendeur et ressemblant au soleil. 9,500.
» Il ne touche pas de ses pieds la terre ; il ne lance pas son trident, et des milliers de tridents tombent devant la splendeur de son trident ! » 9,501.
« Fils de Prithâ, lui dit Vyâsa, tu as vu Içâna-Çankara, le donateur des grâces, le premier des Pradjâpatis, l'âme auguste des splendeurs, le monde, la terre, l'atmosphère, le Dieu éminent, souverain de l'univers entier. Va implorer les secours de ce Dieu magnifique , le maître du monde, 9,502—9,503.
» Mahadéva, le Magnanime, le Dominateur, Çiva aux trois yeux, aux cheveux en gerbe, Roudra aux longs bras, le Feu, le Revêtu d'un habit d'écorce, 9,504.
(1) Anuvradjâmi, texte de Bombay.
/i32 LE \JAHA-BHAR\TA.
» Le Grand-Dieu, Hara, Sthânou, celui, qui dispense les grâces, le suzerain du monde, le chef du Cosmos, le supérieur à tout, la joie de l'univers, l'empereur suprême, 9,505.
» La matrice du monde, l'île du monde, le Victorieux et la voie , où circule ce monde, le créateur de tout, la forme de tout, le favori de la renommée, 9,50b'.
» Le seigneur de tout, l'Homme de l'universalité et l'auguste souverain des œuvres, Çambhou, l'Etre-existant-parlui-même, le roi des créatures, l'origine de ce qui est, ce qui fut ou ce qui doit être, 9,507.
» L'Yoga, le maître des yogas, Sarva, le souverain des souverains de l'univers entier, ce qu'il y a de mieux en tout, ce qu'il y a de mieux dans le monde, le bien par excellence, l'Être assis au plus haut des cieux, 9,508.
» Le créateur des trois mondes, l'Unique, le réceptacle des trois mondes, l'Invincible, le protecteur du monde, celui, à qui ne sont connus, ni la naissance, ni la vieillesse, ni la mort, 9,509.
» L'âme de la science, le perceptible seulement à la science, le trésor de la science, le très-difficile à discerner, le dispensateur à ses fidèles des grâces, que sa bienveillance leur a préparées. 9,510.
» Ceux, qui composent la cour de cet être auguste, ont des formes de différente espèce : ce sont des nains, des hommes à la coiffure en gerbe, des chauves ; ceux-ci ont le cou très-petit, ceux-là un énorme ventre. 9,511.
» Les uns ont un corps gigantesque, ils sont capables de grands efforts; les autres ont de longues oreilles. Ils ont des bouches horribles et sont revêtus d'habits, qui inspirent le dégoût. 9,512.
DRONA-PARVA. 433
» Adoré par de tels êtres, Mahâdéva, l'irrésistible seigneur, le resplendissant Çiva marche toujours devant toi mon fils, accompagné de sa faveur, dans cette bataille effrayante, qui fait se dresser le poil d'épouvante. Qui, fils de Prithâ, si l'on excepte l'héroïque Dieu Mahéçwara aux formes multiples, oserait affronter seulement de pensée cette armée, défendue par Karna, le Dronide etKripa, ces guerriers aux grands arcs ? 9,513 — 9,ôl/i — 9,515.
» Qui pourrait tenir le pied ferme devant ce Dieu placé en face de lui? Il n'existe pas dans les trois mondes un être, qu'on puisse dire son égal. 9,516.
» A l'odeur seule de sa colère dans le combat, les ennemis, déjà tués pour le plus grand nombre, hors d'euxmêmes, tremblent et tombent! 9,517.
» Les Dieux se tiennent dans le ciel, lui adressant l'adoration , et les hommes, qui ont fait la conquête du Swarga, et les autres enfants de Manou, qui habitent ce monde! 9,518.
a Ceux, qui adorent, Çiva, le Dieu généreux, Roudra, l'époux d'Oumâ, obtiennent le bonheur dans ce monde et passent dans la plus haute des voies. 9,519.
» Adresse ton adoration, fils de Kountî, à cet être toujours paisible, à Roudra au cou bleu, doué d'une jeunesse éternelle, environné de splendeur ; 9,520.
» A Kapardi aux longues dents saillantes, au distributeur des grâces, au vertueux Çankara, les yeux dorés, les cheveux teints avec la couleur de la nuit ; 9,521.
» A l'Amour aux yeux bruns, à Sthânou, à l'Homme, au Dieu, qui porte des cheveux noirs, au Dieu, qui est chauve, plus petit qu'un atome, entouré de lumière ;
» Au Soleil, au Dieu des Dieux, au Rapide, visité par de ix 28
saints pèlerinages, à Sarva, doué de formes multiples, à l'Aimable, revêtu d'habits charmants; 9,522 — 9,523.
» A Mîthousha (1), coiffé d'un turban, à la jolie bouche, aux mille yeux, à l'hôte de la montagne, au Très-humble, au maître, à celui, qui porte le vêtement d'anachorète ;
» Au seigneur terrible des plages, traîné dans un char d'or. Adoration, sire, à celui, qui commande aux nuages, au roi des créatures! 9,524— 9,525.
» Au maître des arbres, au maître des vaches, à celui, de qui le corps fut caché par les arbres, au généralissime, au Milieu, où tout vient aboutir, 9,526.
» Au Dieu, qui tient à sa main la cuiller du sacrifice, à l'habile archer, au fils de Bhrigou, au^randTout, vêtu de plusieurs formes, au seigneur, qui porte le cordon du brahme, 9,527.
» A Xlmmortel, qui a mille têtes, mille yeux, mille bras et mille pieds ! 9,528.
» Va, fils de Rountî, implorer le secours du dispensateur des grâces, du maître, qui donne ses lois au monde, de l'époux d'Oumâ, aux yeux en nombre impair, au destructeur du sacrifice de Daksha, 9,529.
» Au souverain des créatures, à l'âme sans trouble, au souverain des êtres, a l'Impérissable, à Kapardi, la couronne de la vertu, l'ombilic du mérite moral, au Dieu, qui a pour enseigne le taureau, 9,530.
» Qui a l'orgueil du taureau, qui est le maître du tauneau, au front armé delà corne du taureau, qui est le taureau du taureau, qui porte un taureau dans son sein, taureau, qui a les yeux du taureau, 9,531.
(i) Un des noms du Soleil ou de Çiva.
DRÔNÀ-PARVA. /435
» Qui a pour son arme un taureau, qui a le taureau pour sa flèche, qui s'est revêtu du corps d'un taureau, au seigneur suzerain, qui possède un corps sans mesure, qui a un grand ventre, et qui se couvre de la peau d'un tigre,
» Qui départ leurs dons aux mondes, qui est chauve, qui est un brahme et l'ami des brahmes, de qui la main balance une arme à trois pointes, qui est libéral en ses présents, splendide et portant le bouclier et le cimeterre !
» Incline- toi devant le secourable Dieu à l'arc Pinâka, qui donne ses lois aux maîtres des mondes , l'autocrate des Dieux, qui tient le glaive et porte un valkala.
» Adresse ton adoration au souverain des Immortels, de qui Kouvéra est l'ami! Adoration sans fin au Dieu, revêtu d'un riche costume, lié par des vœux dignes et brandissant un bel arc ! 9,532 — 7,533—9,534—9,535.
» Adoration au Dieu, qui porte l'arc, à l'archer, de qui l'arc est aimable! Adoration à toi, instituteur de l'arc, qui, dans la science de l'arc, en a pénétré les mystères !
» Adoration au plus grand des Asouras ! au Dieu, de qui les armes sont terribles! Adoration à l'Être, doué de formes multiples! Adoration à toi, puissant archer!
» Adoration soit rendue sans fin à Sthânou ! Adoration à ce grand archer ! Adoration soit au meurtrier de Tripoura! Adoration à l'homicide de Bhaganétra?
» Adoration au maître des arbres et au souverain des hommes ! Adoration au souverain des Mâlris et au seigneur des Ganas! 9,536—9,537—9,533—9,539.
» Adoration sans cesse au maître des vaches et au maître des sacrifices ! Adoration sans relâche au maître des eaux et à l'empereur des Dieux ! 9,540.
» Adoration au donateur des grâces, à Hara aux trois
/j3<3 LE MAHA-BHARATA.
yeux, au cou bleu, aux cheveux d'or, qui brisa les dents du soleil! 9,541.
» Jeté raconterai, suivant ma science, selon ce qui me fut dit à moi-même, les œuvres célestes, qu'accomplit ici le sage Mahâdéva. 9,542.
» Ni les Rakshasas, les Gandharvas et même ceux, qui sont plongés dans les cavernes du Pâtâla, ni les Asouras, ni les Dieux ne prospèrent pas en bonheur dans le monde sous le poids de son courroux (1). 9,543.
» Jadis, il frappa dans sa colère le sacrifice accompli de Daksha, qui le célébrait, suivant les rites, et fut alors sans pitié. Il envoya les flèches de son arc et poussa un cri d'une voix éclatante.
» Les Dieux, qui ne savaient plus d'où viendrait la joie pour eux, obtinrent la paix, grâce à lui, et Daksha de fuir au plus vite dans le sacrifice devant la colère de Mahéçwara.
» Il remplit les mondes du bruit tonnant à la surface de sa corde; et les Asouras et les Dieux tombèrent, soumis à sa domination.
» Les eaux s'émurent, toute la terre fut ébranlée, les montagnes se fendirent, et les éléphants de l'espace éthérée se troublèrent eux-mêmes.
» Enveloppés en d'obscures ténèbres, les mondes avaient cessé de paraître ; et la lumière de toutes les étoiles était éteinte avec la clarté du soleil.
(1) Ici, notre édition de Calcutta rompt société avec nous ; car son relieur oublie dans son assemblage de prendre la dernière feuille. Il nous faut donc la demander au texte de Bombay, mais nous allons cesser de numéroter les distiques ; car cette édition rivale, qui écrit tous les mots les uns après les autres, sans aucune séparation, ne compte point les çlokas, en suivant toujours dans toute la longueur d'un chant ou parva, mais en recommençant de chapitre en chapitre ou de lecture en lecture quotidienne l'ordre de la numération.
DRONA-PARVA. 437
» Glacés d'épouvante, les rishis, qui désiraient le bonheur de toutes les créatures et la félicité d'eux-mêmes, célébrèrent les cérémonies pour détourner le péril.
» Çankara fondit en riant sur le Soleil, qui mangeait le beurre clarifié avec les gâteaux et fit voler partout ses dents brisées.
» Ceux des Immortels, qui n'étaient point assis, sortirent précipitamment du sacrifice; mais il encocha pour les autres Dieux ses flèches aiguës, enflammées, remplies d'étincelles et de fumée, semblables à des nuages enveloppés d'éclairs. A sa vue, tous les Souras de tomber au pied du seigneur suzerain.
>> Les Tiïdaças accordèrent à Roudra une portion trèséminente dans les sacrifices ; et par crainte, majesté, ils se mirent sous sa protection.
» Il empêcha alors dans son ardente colère le sacrifice commencé; et les Dieux rompus étaient frappés de terreur en face de lui-même.
» Les vigoureux Asouras possédaient trois villes dans le ciel : une de fer, une d'argent, une grande cité toute d'or. Le Génie Yeux-de-lôtus était le roi de la ville d'or ; Yeuxd'étoiles, celui de la cité d'argent; mais leur troisième ville, celle de fer, avait un roi nommé Guirlande-d'éclairs.
» Maghavan, employant toutes ses armes, ne futpas capable de les entamer; et tous les Dieux vexés s'en vinrent implorer l'assistance de Roudra.
» Conduits par Indra, tous les Dieux tinrent ce langage au magnanime : « Une grâce, que Brahma leur adonnée, rend formidables ces habitants de Tripoura.
» Aussi, orgueilleux de cette faveur, oppressent-ils avec tyrannie ce inonde; nul autre que toi, maître du Dieu des Dieux, ne peut d'aucune manière tuer les Daîtyas. Ini-
mole donc, Mahâcléva, ces ennemis des Dieux. Les bestiaux seront, dans toutes ses œuvres, contraires à Roudra.
» Mais tu feras mordre la poussière, souverain du monde, à tous ces Asouras. » A ce langage d'eux : « Qu'il en soit ainsi! » répondit-il aux Dieux avec l'amour de leur bien.
» Hara choisit alors, comme ses petits (1) drapeaux, le Gandhamâdana et le Vindhya ; Çankara fit son char de la terre avec son océan et ses forêts.
» L'Immortel aux trois yeux prit l' Indra des Nâgas, nommé Çésha, en guise d'essieu : le Dieu des Dieux, armé de l'arc Pinâka ajusta pour ses roues le soleil et la lune.
» Tryambaka fit servir de clavettes à son timon les deux serpents Feuille-de-Cardamome et Dents-de-fleurs : il adopta le mont Malaya pour colonne triomphale et employa comme traits Y immense reptile Takshaka.
» L'auguste Çarva mit les corps des animaux pour liens du joug; et Mahéçwara d'atteler à la place des quatre chevaux les quatre Védas.
Le Souverain des trois mondes attacha pour les quatre mors les quatre Védas inférieurs ; et le grand seigneur prit laGâyatri et laSàvitrî pour ses rênes.
» Il fit de la sainte syllabe Aum son aiguillon et nomma le Dieu Brahnia pour son cocher. Le Mandara devint son arc et Vasouki fut sa corde.
» Yishnou fut choisi pour la plus puissante de ses flèches; Agni, comme sa javeline; il adapta le Vent et le Trépas, fils de Vivasvat, aux deux ailes, dans la partie empennée de son dard.
De l'éclair, il fit son fer et, du Mérou, son drapeau. Çiva, le melleur des combattants, Sthânou de monter dans
(i) Commentaire.
DRONA-PARVA: 439
ce char céleste, composé de tous les Dieux, pour la ruine de Tripoura. Accompagné de la fortune et doué d'un courage incomparable, ce Dieu, la mort des Asouras,
» Comblé de louanges par les Immortels, les grands rishis et les anachorètes, riches de pénitence, l'auguste adopta, fils de Prithâ, pour son ordre de bataille incomparable et divin, la méditation en Mahéçwara.
» Il se tint au milieu des airs, immobile comme une colonne, durant mille années, et brisa dans ce siège, de sa javeline à trois pointes, aux trois nœuds, ces trois villes rassemblées en armes devant lui! Il était impossible aux Dânavas ainsi qu'aux cités d'arrêter leurs yeux sur le puissant Immortel.
Parvatî de tourner un regard sur lui, tandis qu'il incendiait les villes, et tenait à sa main la flèche, jointe au feu et à la mort, associée au soleil et à la lune.
» Ensuite Oumâ prit dans son sein un enfant à cinq flammes et, désirantle connaître, elles'enquit auprès des Dieux : « Quel est cet enfant? »
» Il estnédeÇakra, dirent-ils, au moment qu'il voulait combattre avec sa foudre. Est-ce que l'Auguste craint ce nourrisson du Dieu irrité, cet enfant, qui se tient assis, le bras armé du tonnerre? »
» Soudain l'éminent et bienheureux seigneur de l'univers entier se mit à sourire, et Çakra vit son bras paralysé au milieu des chœurs de Souras, qui l'environnaient. . » Il se rendirent hâtivement vers l'excellent, vers l'impérissable Brahma. Inclinant la tête et portant au front les mains jointes, les Dieux lui dirent :
« Quel est cet enfant, Brahma, que Dourgâ tient dans son anka ? Nous n'avons pas encore vu cette mer-
âAO LE MAHA-BHARATA.
veille, qui est revêtue des formes d'un enfant !
» Nous désirons te présenter une question sur cet enfant, nous et Pourandara, qu'il a vaincu sans combattre et comme en se jouant. »
» Dès qu'il eut ouï ces paroles des Dieux, le vénérable Brahma, le plus excellent des êtres, qui savent les Védas, après un moment de réflexion, trouva que cet enfant à la splendeur infinie pouvait être Çambhou.
» Et l'adorable Brahma dit à Çakra et aux autres plus grands Dieux : « C'est le bienheureux Hara, le seigneur du monde avec les êtres immobiles et mobiles.
» 11 n'est rien nulle part de plus grand que ce Mahéçwara à la lumière sans mesure, que vous avez pu voir, accompagné d'Oumâ.
» Çarva s'est donné à cause de Parvatî les formes d'un enfant. Venez donc auprès de lui avec moi!
» Ce vénérable Dieu est l'auguste maître de l'univers entier ! » Ainsi, les Dieux n'avaient pas reconnu d'abord qu'il était le seigneur du monde.
Ils allèrent avec tous les Pradjâpatis vers cet enfant, qui avait une splendeur égale au soleil adolescent. Ensuite Brahma dit à la vue de Mahéçwara :
« Voici le prééminent ! » Et l'ayant reconnu, il s'inclina devant lui : « Tu es, fit-il, le sacrifice du monde ! Tu es la voie ! Tu es le point culminant des désirs!
» Tu es l'origine, tu es le Grand-Dieu ! Tu es la région la plus élevée de la lumière ! Tu remplis ce monde entier avec ses créatures immobiles et mobiles !
» Adorable maître de ce qui fut et de ce qui doit être, protecteur du monde, souverain du Cosmos, accorde ta bienveillance à Çakra, qui est tourmenté par ta colère! »
DRONA-PARVA. Mil
» A peine eut-il entendu ces paroles du Dieu, qui reçut la naissance dans un lotus, Mahéçwara joyeux de tourner son visage avec bienveillance et d'éclater en un violent rire.
» Les Souras à leur tour adorèrent Oumâ et Roudra. Puis, le bras du roicéleate, qui porte la foudre, revint à son état naturel.
» Le destructeur du sacrifice de Daksha, le plus grand des Tridaças et des Dieux, l'Immortel à. l'enseigne du taureau lui accorda sa bienveillance et Oumâ sa faveur.
» Il est Roudra, il est Çiva, il est Agni, il est Sarva, qui sait tout, il est Indra, il est le vent même; il est, et les Açwins, et les éclairs. Il est l'origine, il est Pardjanya, il est l'éternel Grand-Dieu ; il est la lune, il est Içâna, il est le soleil et Varouna lui -même.
» Il est le temps, Yama, le trépas, la mort ; il est le jour et la nuit ; il est le mois, le demi-mois, les saisons, l'aurore et le crépuscule, l'année.
» Il est Dhatri et Vidhatri, l'âme de l'univers, l'agent de toutes les actions ; et, quoique sans corps, il porte le corps de tous les Dieux.
» Cette grande Divinité est louée par tous les Dieux une fois et plusieurs fois, par centaines et par milliers de fois; plus encore, par centaines de milliers de fois.
» Les brahmes, à qui les Védas sont connus, n'ignorent point que deux corps appartiennent à ce Dieu; mainte fois, il a un corps enrayant; ensuite, il en a un autre aimable.
» Il est la nuit de l'Yâtoudhâna; il est Agni, il est Vishnou, il est celui, qui fait le jour, il est encore les Saâumyas (1), il est les eaux, les étoiles et la lune.
(1) Cinq étoiles dans la tête d'Orion.
» Il est le Véda, les Angas, les Oupanishads, les Pourânas, l'âme, la détermination ; le Dieu Mahéçwara est ici-bas, certes ! ce qui est le plus grand des mystères.
» Tel est et plus encore ce Grand-Dieu adorable et sans naissance. Il est impossible que j'énonce toutes les qualités du vénérable, dussé-je parler même continuellement, fils de Pândou, durant un millier d'années. Il délivre ceux, qui sont tombés aux liens de toutes les furies; il purifie ceux, qui portent les souillures de tous les péchés; secourable et bien satisfait, il sauve ceux, qui se mettent sous sa protection. Il donne aux enfants de Manou la vie, la santé, la puissance, la richesse, les excellents objets de tous leurs désirs ; puis, sa main les renverse à terre. Les Tridaças et les autres Dieux avec Indra confessent que son empire est suprême.
» Il intervient même dans toutes les affaires, soit bonnes, soit mauvaises, des hommes ; il est appelé souverain, parce que sa domination s'étend sur tous les objets, où se portent les désirs.
» Mahéçwara est le maître suprême des grands éléments ; nombre de fois (1) , il a rempli le monde entier de ses formes nombreuses (2).
» La bouche de ce Dieu habite dans la mer ; et, buvant le havis, composé d'eau, il est nommé la bouche de la cavale ou du feu sous-marin.
» Ce Dieu fait dans les cimetières eux-mêmes sa demeure continuelle : ses adorateurs se rendent propice ce Dieu nommé lçvara ici, dans Us cimetières de Bénarès (3), le séjour des mortels héroïques, qui exercent l'empire sur les passions (4).
(1-2) Bahoubhis bahoudhù.
(3-4) Commentaire.
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» Ses formes sont nombreuses, épouvantables, enflammées; et les hommes confessent les formes de ce Dieu, qui sont honorées dans l'univers.
» Il reçoit, comme il sied, un grand nombre de noms au milieu du monde : ils lui sont assortis d'après la grandeur et la souveraineté de son œuvre.
» Cent hymnes sublimes à Roudra sont tous renfermés dans le Véda : l'immortalité est dans ce nom de Roudra ; par lui, certes ! on obtient ce magnanime.
» Ce Dieu tout-puissant accomplit les vœux, qui sont conçus par les cœurs des Dieux et par ceux des mortels : ce Dieu auguste, éternel, remplit de sa présence le grand Tout.
» Les brahmes et les anachorètes le célèbrent comme l'aîné des vivants; c'est en effet le premier des Dieux, et le feu lui-même est sorti de sa bouche.
Il est commémoré sous le nom de Paçoupati, parce qu'il est de toute manière le soutien des êtres vivants, qu'il fait d'eux son plaisir et sa joie, qu'il est leur maître suzerain.
» Comme son Linga divin magnifie les mondes en conservant la chasteté, il est appelé encore Mahéçvvara.
» Les rishis, les Dieux, les Gandharvas et les Apsaras mêmes ont honoré son Linga mis en érection.
» Çankara se réjouit de cet hommage, et son âme satisfaite est pleine de joie et de bonheur.
» Parce que sa forme multiple embrasse avec les êtres animés et immobiles ce qui fut, ce qui est, ce qui sera, de-là il est nommé le Multiforme.
» A cause qu'il se tient tout flamboyant de lumière avec un seul œil ou même qu'il est fait d'yeux partout; à cause
khh LE MAHA-BHARATA.
qu'il est entré de colère dans les mondes, il est commémoré sous le nom de Sarva.
» Parce que la couleur de la fumée enveloppe sa forme, il est appelé Dhourjati (1) ; et, comme les Dieux de l'univers sont en lui, de-là vient son nom de Viçvaroupa (2).
» Considéré sous l'amour, qu'il porte aux trois hautes Déesses, les eaux, la terre et le ciel, le souverain du monde est célèbre sous l'appellation de Tryambaka.
» Comme il va sans cesse , de toute manière et dans toutes les choses, au-devant des hommes, dont il désire le bonheur (3), il est commémoré sous le nom de Çiva.
» Parce qu'il a mille yeux, qu'il est doué partout d'yeux, ou même qu'il est fait d'yeux, et qu'il soutient le grand Tout, de-là vient son nom du Mahâdéva, le Grand- Dieu.
» A cause qu'il est le grand ancêtre, qu'il est l'origine du souffle de l'existence, qu'il est le Linga érigé dans le monde, il est nommé Sthânou dans le souvenir.
» Ces clartés du soleil, de la lune et du feu (h), qui brillent dans le monde, ces splendeurs, qui sont nommées les rayons de ses trois yeux, l'ont fait appeler le Dieu, qui a le ciel pour sa chevelure.
» Comme tout ce monde sans réserve a été, est et doit être, de-là il fut dit Bhava, étant l'origine même de ce qui fut, de ce qui est et de ce qui sera.
» Le singe est le plus grand ! a-t-il été dit, et le devoir
(1) C'est contraire aux racines du mot ; il veut dire proprement : qui porte le fardeau des trois mondes.
(2) Qui a la forme de tout.
(3) Çiva.
(i) Sous-entendu, suivant le commentaire.
DR0NA-PA1WA. Ixkh
est nommé le taureau : voilà d'où l'adorable Dieu des Dieux fut appelé Vrishâkapi (t).
» Commémoration est faite de lui sous le nom de Hara, parce qu'il a vaincu et enlevé (2) Brahma, Indra, Varouna, Yama et le Dieu, maître des richesses.
» A cause qu'il s'est créé au milieu du front un troisième œil par sa puissance et pour suppléer au défaut de ses deux yeux fermés, le Dieu Mahéçvvara est appelé pour cette raison Trayaksha (3).
» Il se tient ici-bas inégalement et d'une manière égale dans les corps des êtres animés, comme le vent de la respiration et des voies inférieures dans le corps des bons et des méchants.
» Que l'adorateur de son idole ne cesse pas d'honorer le corps et le Linga de ce magnanime, il obtiendra une grande félicité !
» A partir de ses cuisses, dont jouissent les Vaçîyas et doivent jouir les Coudras (h) , son corps favorable est moitié feu et moitié lune, On dit que le feu et la lune composent chacun une moitié de lui-même.
» Son corps splendide, grand, enflammé est l'heureux partage des Dieux ; son corps lumineux est pour les choses humaines; on dit que le feu simple est terrible.
» Son corps propice est celui, avec lequel Mahéçwara observe la continence ; mais sa forme la plus horrible est celle, dont il se revêt, pour dévorer tous les êtres.
» Parce qu'il est rempli de majesté, qu'il est terrible,
(1) Le taureau et le singe.
(2) Haratai.
(3) Trinoculus.
(4) Commentaire.
Uliô LE MAHA-BHARATA.
qu'il est violent, qu'il consume, qu'il boit le sang et qu'il se repaît de la chair et du sang, de -là vient son nom de Roudra.
» Tel est ce Dieu Mahâ-Déva, Prithide, qui marche devant tes pas : tu ne l'as point vu dans le combat, où il abattait les ennemis sous les coups de son arc Pinâka,
» Cette bataille, que tu avais promise, irréprochable altesse, pour la mort du roi de Sindhou ! Mais Krishna te le fit voir dans un songe sur la cîme du roi des montagnes.
» Cet adorable Dieu, il marche devant toi dans le combat; lui, par qui te furent accordés les astras, grâce auxquels tu fis mordre la poussière aux Dânavas I
» Je t'ai raconté, fils de Prithâ, cette pieuse nomenclature de Roudra, le Dieu des Dieux, qui donne la richesse, la renommée, une longue vie, qui est sainte, qui est semblable aux Védas, qui accomplit toute chose, qui est pure, qui efface toutes les souillures du péché, qui détruit chacune des fautes et ravit la crainte de toutes les douleurs.
» L'homme, qui prête sans cesse l'oreille à cet éloge, divisé en quatre espèces, victorieux de tous ses ennemis, est exalté dans le monde de Roudra.
» Quiconque parmi les hommes est toujours levé pour lire ou écouter cette centurie guerrière, à jamais conservée dans la mémoire, d'actions exécutées par le magnanime Roudra, ce mortel, dévot au Dieu souverain de l'univers, obtient toujours l'accomplissement de ses désirs les plus chers dans la faveur de Tryambaka.
» Val Combats, fils de Kountî! La défaite n'est point à craindre pour toi, qui as Djanârddana, placé à tes côtés, pour conseiller et comme protecteur. »
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Alors qu'il eut parlé ainsi à Phâlgouna, le fils de Parâçara s'en alla, comme il était venu, dompteur des ennemis, vers l'aîné des Bharatides.
Après qu'il eut soutenu durant cinq jours un combat épouvantable, le brahme à la grande vigueur fut tué et obtint le monde de Rrahma.
La vaste renommée des intrépides kshatryas est jointe au chapitre bien lu de ce Véda, comme sarécompense.
Quiconque lit sans cesse ou écoute cette lecture est délié de toutes ses fautes et des actions horribles, qu'il a commises.
Toujours ici-bas, le brahme obtient le mérite du sacrifice et les kshatryas la gloire d'un grand nom. Ces deux classes entre les quatre castes reçoivent ce que leur âme a désiré : des fils, des petits-enfants, et toujours les objets de leur vœu les plus chers !