‹ Le maitre à aimer; comédie en un acte, en vers [par] Pierre Veber & Hugues DelormeChapitre 3 sur 19 · SCÈNE III Les Mêmes, BONFANT · texte numérisé non relu

SCÈNE III Les Mêmes, BONFANT

BONFANT

Enfin, marquis!

COURVALIN

Mon cher Président !

BONFANT, a Lisette.

Préviens vite Ta maîtresse

COURVALIN

Je suis confus !... Lisette, évite De la déranger I

BONFANT, sévère.

Va, Lisette !

{Lisette sort.)

Ah ! çà, marquis.

Vous qui fûtes toujours un talon rouge exquis. Et plein d'attentions, il faut que, comme un père, Je vous rappelle à vos devoirs ! Ma femme espère Après vous depuis une heure !

LE M.MTRF. A AIMER 15

GOURVALIN

J'étais au jeu I

BONFANT

\uu> jouiez?... C'est plaisant! Vous jouiez, sarpejeu !

Comme de ses devoirs un amoureux s*allège !

Quand vous prîtes (sans mon aveu) mon privilège,

Vous ne prétendiez pas, me laissant seulement

Les ennuis d'un état, en avoir l'agrément !

Trompé ! soit !... Mais je veux la paix!... La Présidente

M'infligea les eftets d'une colère ardente.

Bien que n'étant pour rien dans ce fâcheux émoi,

Son courroux — votre ouvrage — est retombé sur moi.

Il a même pris fin (injustice infinie)

Trop tard pour que je puisse ouïr la symphonie I

Mari : vous le serez, mon cher marquis, un jour !

GOURVALIN

Dieu m'en garde !

BONFANT

Mais si. Tout arrive à son tour :

De l'amour (Dieu vengeur), la volonté suprême Fera que vous serez trompé comme moi-même. Alors, vous comprendrez qu'un cœur débilité N'a plus qu'un but, un seul, c'est sa tranquillité; Et lorsque vos lauriers, gai moissonneur de palmes. Seront coupés, c'est vers les digestions calmes Que tendront vos efiforts... Excusez-moi si j'ai Trop de franchise... Vous êtes mon obligé! Si vous manquez à vos devoirs, je dois en somme ("hr.i-.iww.^ pour me tromper, un autre gentilhomme

COURVALIN

Pénétré de mes torts je m'excuse.

BONFANT

Merci !

Pourtant, il faut encor me tirer de souci : Tout franc : vous n'aimez plus autant la Présidente !

COURVALTN

Où prenez-vous cela ?

BONFANT

La chose est évidente :

De droit je suis... comment dirai-je?... un... regardeur. J'observe et je constate, hélas! que votre ardeur Quoique vous en ayez, chaque jour diminue.

COURVALIN

Vous vous égarez!

BONFANT

Point de défense ingénue!

Le plaisir du mari, c'est d'observer l'amant. Or, je suis les progrès du désenchantement. Trop de bonheur fatigue et trop de bonté lasse; Votre assiduité s'émousse, ô Lovelace!

Ne vous ai-je point vu, durant des mois entiers. Venir dès mon départ?... J'entrais quand v us partiez! Bref, sans faire sur vous une enquête plus ample, Courtoisement, je vous citais comme un exemple A mes confrères les maris et, grâce à vous, Tous nos amis, de votre maîtresse étaient fous.

Vous étiez imprévu, bouffon, profond peut-être! Vous parliez en esclave et dominiez en maître. J'avais à vous ouïr plus d'agrément encor Que notre Présidente... Et nous vivions d'accord. Rien ne vous plaisait plus que moi-môme après elle... Ces temps-là sont lointains et vous manquez de zèle; Vous venez tard, vous partez tôt ; vous paraissez Glacé, fané... Jamais plus de soins empressés! Prenez garde : je dois vous parler franc, mon maître : J'aime la Présidente et veux bien vous permettre D'offrir à ses désirs des baisers triomphants... Mais, faire son malheur, ça, je vous le défends!

COUUVALIN

Vous m'accablez!

BONFANT

D'ailleurs, la voici qui s'approche En ruminant pour vous, je crois, plus d'un reproche.

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