‹ Le maître amour; comédie dramatique en 4 actesChapitre 19 sur 36 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les mêmes, sauf Jean ; Madame Vaing^ret

Bride {saluant). — Bonjour, madame...

Willie {saluant). — Veuillez entrer par ici...

Mad. Vaingret. — Merci, M. Shelton... Jean est ici ?

WiLUB. — Oui... dans sa chambre...

Bride. — Il n'est pas encore descendu...

Mad. Vaingret. — Il faut que je le voie, que je lui i^rle...

Bride. — Il a besoin de ménagements. Nous avons déjà eu difficile à le retenir ici, près de nous... Vous le savez impressionna» ble, irritable même... Dites-nous d'abord ce que vous voulez... Il ne faut pas vous le dissimuler, votre visite ne lui sera pas encore des plus agréables. . .

Mad. Vaingret {avec humeur). — Je ne lui ai rien fait, moi, mais il voit tout en noir ! Nous n'avons pas encouragé ses goûts d'artiste, voilà tout... Ce n'est pas un crime, cela...

Bride [montrant lebalcon), — Plus bas, madame... Il pourrait vous entendre...

Mad. Vaingret. — Il n'est pas malade, n'est-ce pas

Bride. — Calmez-vous, madame... Jean est en proie à une grande tristesse. Quand un jeune homme est triste, on dit généralement « cherchez la femme «...N'avez-vous rien remarqué ? Il pourrait avoir un amour de tête ; il confondrait cela avec sa passion d'art et, de ces choses supérieures, ferait son idéal...

Mad. Vaingret. — Une mère n'est point sans remarquer de certaines choses... Non, sa fugue n'a d'autre mobile que notre opposition à ses goûts pour la sculpture... Avouez que nous ne sommes pas des bourreaux ! Nous avons pensé qu'il y avait mieux à faire, pour notre fils unique, que de se consacrer à un métier pareil...

Bride. — Mais si cela est dans ses aptitudes ? Si cela seul fait son bonheur ?

Mad. Vaingret. — Il se peut que nous nous soyons trompés... De là quelque rigueur, sans intention de nuire, mais pour son propre bien . Mon mari surtout est sévère, et Jean lui a résisté. D'où le conflit... Nous avons cru qu'il nous reviendrait, . Mais il n'a plus donné signe de vie. Je me désespère, je ne dors plus .. Quand vous serez partis, où ira-t-il ? Au travail, il est fort et tenace ; mais un rien le blesse, et le chagrin l'abat. Doux, aimant, enjoué, il devient alors dur, sec, inabordable... Qu'il revienne à la maison ! Il aura la paix... Comment ai-je pu mettre au monde un être si différent de tous ?... Mais enfin, tout sera oublié... Faites-le venir, M. Shelton...

Bride. — Je crains beaucoup, madame, que votre fils ne désire pas vous voir en ce moment Laissez-lui le temps de se calmer. .

Mad. Vaingret. — Il m'a toujours témoigné beaucoup d'affection ; ce n'est que depuis peu... Ah, les enfants vous font bien souffrir ! (S'adressant à Willie) Il doit rentrer tout de suite. D'abord, pour notre paix, à nous... Ensuite, il est rappelé par un gros intérêt de famille, qui met en jeu son avenir... Vous savez, ce cousin...

Willie {se tournant vers Bride). — Je crois que si on promettait à Jean de ne plus le tracasser. . .

Bride. — Il a besoin non seulement de tranquillité mais aussi d'affection.

Mad. Vaingret. — Tout lui sera pardonné...

Bride. — Voilà un mot malheureux, madame. Y a-t-il vraiment quelque chose à pardonner à ce garçon ? Soyez bons pour lui... Ne lui parlez plus de ces démêlés..

Mad. Vaingret. — Je vous assure que je ferai tout...

Bride (appelant). — Alice ?... ( Vers la maison) Priez M. Vaingret de venir au jardin... {A la mire) Beaucoup de douceur, delà persuasion... Il est d'une sensibilité excessive, vous l'avez dit vous-même. Donc, ménagez-le. Offrez lui ce dont il a besoin : de la sympathie, des soins, du repos...

Mad. Vaingret. — Vous m'aiderez à le décider.

La servante (sur la Urrassé). — Mais... M. Vaingret sort 4 l'instant...

WiLLiE. — Il est sorti I I

Bride {courant dans la maison). — Jean ! Jean !... {La servants le suit)

WiLLiE. — Mais il ne sort jamais ! Il ne veut pas mettre le pied dehors... Il n'y a qu'un instant, il refusait encore... Ce n'est pas possible !... {Rentrant à son tour) Jean ! Jean I {On ent*nd ses afpels dans la maison)

Bride {au balcon). — Il a pris la fuite I... {Mad. Vaingret tombé assise et pleure)

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Le cabinet du directeur du sanatoire « Terra Mater » . Simplicité.

A gauche, premier plan, une porte ; puis, perpendiculairement à la rampe, un pupitre avec fauteuil adossé au mur, et un classeur à fiches ; devant le pupitre, un siège pour les visiteurs ; au dernier plan, fenêtre en coin coupé ; sur le pupitre, le téléphone.

A droite, même disposition ; en moins, le téléphone et le siège pour visiteurs ; le pupitre est plus petit.

Au fond, des canapés de rotin ; large porte centrale, vitrée en mat, donnant sur un couloir. Celui-ci est ajouté par une croisée que Von voit quand la porte s'ouvre. Cette disposition et cet éclairage Jont que la silhouette des personnes qui passent dans le couloir extérieur dessine une ombre sur la porte vitrée.

Au lever du rideau, la scène est occupée par des visiteurs, les uns debout, les autres assis, causant entre eux.

Harry Bride et Willie Shelton, à gauche, attendent.

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