‹ Le maître amour; comédie dramatique en 4 actesChapitre 34 sur 36 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Jean et Willie

Jean {Us mains tendues). — Mon cher, toi Mal m'es diar On t'a trompé par des promesses, des meoMogaa... Tu fat laissé émouvoir par des larmes.. . Et je t'ai suivi .. Mais laort OMMquaa cachent mal leur hostilité. C'est l'enfer I J'y suis retombé !

Willie. — Mais... Je n'ai rien vu de cela... Ne t'imagina pas ..

Jean. — Tout s'explique I Ce cousin riche, cet inooona, qui doit surgir tout à l'heure, voiU ce qui les fascina I C'est pour lui qu'ils

font trêve... Ils ont ajusté de lui offrir un spectacle de bonne entente, d'affection, de paix — et ils veulent composer ce groupe familial à coups d'hypocrisies! Tu sais les calculs qu'il y a là-dessous ! Voici l'argent, maintenant, qui me barre la route ! Ah, tout mon dégoût me remonte aux lèvres ! Derrière ce faux décor, il y a un piège.. Tiens, ces fleurs : vois-tu, ça recommence ! Les chaînes brisées se ressoudent : elles me reprennent au moment où je retrouvais un peu de force ! Non, non, jamais, jamais ! Je n'ai plus rien de commun avec ces gens ! On veut que j'aille contre moi-même ! Non et non ! Rester ici, lutter, à quoi bon ? Non, partir, partir... Tu t'en vas, toi que j'aime ! Je serai seul au monde ! Que faire, où aller ? (// tombe assis) Ah, cette fois, vois-tu, Willie...

WiLLiE. — Et le travail ? Et ton art ?

Jean. — Il m'a soutenu quand j'avais de l'orgueil, de l'enthousiasme... Cette ferveur m'abandonne...

Willie. — Tu te mens, Jean ! Cheer up !

Jean. — Oui, j'avais repris courage ; avec toi, je me disais que la Beauté, l'Idéal, c'est l'oubli de la douleur. . Hélas, il m'a suffi de remettre les pieds ici... Je suis perdu...

Willie. — Non, Jean, tu es sauvé ! Tu viens de prononcer quelques mots où je retrouve l'accent de ta victoire ! La cure s'est faite, la crise est passée, tu te réveilles, n'est-ce pas ? Et je puis partir tranquille, sans chagrin...

Jean. — Oui, hélas, tu t'en vas...

Willie. — Je te fais mes adieux.

Jean. — Voilà aussi ce que je voulais éviter...

Willie. — Jean, nous sommes de bons amis...

Jean. — Certes, Willie, et c'est ce qui fait si pénible notre séparation... Un temps inoubliable, nous avons été non seulement camarades d'atelier, mais amis, grands amis !

Willie {l'embrassant). — Oui, grands amis ! Malgré l'amour de mon vieux père, malgré l'attirance de mon pays natal, j'ai le cœur gros... Maintes fois, je repenserai à ce temps-ci. . Adieu, Jean, l'heure est venue...

Jean (lui tenant les mains). — L'heure tant redoutée !

Willie. — Nous nous reverrons, je te le promets !

Jean. — Hélas, loi auiei. tu emportât uim déMption. une dure

•déception...

WiLLiE (ftignani di m /m ctm^rméfê). — Comment... une

déception ?

Jean. — Ah, je connais assez ton Ame, sceur de la mienn«, pour savoir que tu souffres de rentrer chez toi sans t'arréter quelques jours à Londres... Mais tu fais effort sur toi-même, pour ne pas ajouter au tourment du départ... Si, si. tu sacrifies ta peine à la tranquillité de ceux que tu quittes. . .

WiLLiE {st dominant). — N'exagérons rien, mon cher... C'eet Sa destinée, cela. Et puis, i) n'y avait rien de définitif entre misa Ethel et moi... Rappelle-toi ce que je t'ai dit du • droit de choisir i qu'ont les jeunes filles de là-bas. J'ai, assez étourdiment, gront les choaaa... Quelques semaines d'éloignement ont défait ce qu'avaient fiait quelques semaines de rapprochement... VoiU tout.

Jean. — Elle ne t'aimait donc pas ?

WiLLiE. — Non.

Jean. — Mais toi...

WiLLiE {avec effort). — Moi ? Moi non plus... Ce n'était pas cela...

L'amour ? Bah I L'amitié vaut mieux !

Jean. — L'ainour est plus beau 1 Et qui plus qu'elle est digne

d'être aimée ?... Tu l'aimes !

Wilue. — J'avais cru ; mais non... L'imprévu de la rencontre, le charme du tête à tête ont pu me donner un moment d'illusion... Oui, illusion 1 Je ne puis me mettre en travers du bonheur des autres, obtenir de cette femme, peut être, un consentement résigné, alors qu'elle a droit à tout son bonheur...

Jean. — Quel bonheur ?

Wilue. — Je ne sais pas, moi... Un autre amour .. je serai tout ■consolé de lui voir un compagnon digne d'elle...

Jean. — Et si elle ne l'obtenait pas, oe bonheur ?

Willie. — Elle l'aura, j'en suis sûr. Un homme sera heureux

près d'elle. . .

Jean. — Un homme 1 Quel homme ? Un autre, que tu ne connais pas, qu'elle ne connaît pas non plus, n'importe qui 1... Décidément, mon cher, je vois maintenant que tu ne raisBais pes l Et cela me fait du bien... pour toi...

WiLLiE. — N'est-ce pas ? Tu n'en doutes plus !

Jean. — Si tu l'aimais, tu préférerais mourir à t'effacer devant n'importe qui...

WiLLiE — N'importe qui ? Oh, elle saura choisir... Bah ! N'y pensons plus, c'est un petit accident. Allons, quitte cet air assombri ; tu vois bien que j'ai déjà oublié ce mécompte .. D'ailleurs, il y a huit jours que je sais à quoi m'en tenir .. Je m'en retourne, mais je n'emporte pas de peine inconsolable. Au contraire, je me sens rassénéré, parce que tu es mieux, prêt à la lutte, de nouveau, je te vois retournant au travail...

Jean. — Oui, je te le promets, Willie : je ferai un effort encore,, le dernier. Mais pas ici, c'est impossible !

Willie. — Comment ?

Jean. — Toi parti, je quitte cette maison.

Willie. — Où iras-tu ?

Jean. — Ailleurs ! L'aisance amollit. Je travaillerai, et les privations me seront légères, quand je serai libre, vraiment libre, enfin ! Je lutterai pour mon art, pour ma foi, et pour mon pain : tant d'autres le font !

Willie. — Lutter, c'est vivre. Voilà de bonnes paroles ! Mon cher Jean ! Je puis partir heureux 1 Adieu ! Au revoir ! {Ils s'smbrassent] Bride te donnera mon adresse... {En larmes) Je suis heureux ! Je suis vraiment heureux!... Comme tu vas être heureux, toi aussi ! Ton idéal est toujours en toi ; il t'illumine ! Avec de l'amour, avec de la douleur, tu l'as édifié... Oui, cet être que tu t'es créé, que tu aimes, que tu veux tien, il doit se dresser dans la réalité... Une voix t'appelle ! Tu retournes à ton idéal ! Voilà ton bonheur ! Pauvre cher ami, tu as souffert ! Tant mieux : quand on a pris l'accord sur la souffrance, on fait mieux sonner les timbres du cœur ! Tu as failli mourir d'un grand amour 1 Eh bien, il faut en vivre ! {Bride entre par le fond) Au revoir, mon ami ! (7/ donne la dernière accolade à Jean) Au revoir, Harry : tout est bien ! Je pars heureux ! {A Jean, en lui montrant l'atelier du fond) Là est ton rêve, là est ton réveil à la vie, ton bonheur d'art et d'amour ! Au revoir ! A tous, au revoir ! {Il se jette dehors par le fond.)

Page 1