‹ Le maître d'école: Diane et LouiseChapitre 3 sur 20 · FIN DU MAITRE D*ÉC0LK · texte numérisé non relu

FIN DU MAITRE D*ÉC0LK

Nous avons i^ssemblé sous ce titre : Six mois de cûrrespondance deux ëtudes bien dissemblables, Tune qui raconte un affreux malheur renfermé dans le mystère de la province. Vautre découverte dans les mœurs dissolues de la capitale. Si Ton nous demande pourquoi nous avons employé celte forme, assez invraisemblable , d*amis qui s'écrivent pour ainsi dire des romans, nous répondrons : qu'il est souvent Mcbeux pour uii auteur de raconter en son propre nom certaines aventures. Par une singulière disposition, le public est souvent disposé à le rendre responsable des choses qu'il révèle, et fait volontiers rejaillir sur lui un reflet de la couleur qu'il donne à ses personnages. Le lecteur ne peut guère se figurer que celui qui peint des habitudes ne les ait apprises parce qu'il y a participé.

Nous savons bien qu'en défmitive on remonte toiyours à l'auteur, de quelque manière qu'il présente son récit ; mais toutefois, lorsqu'il l'éloigné le plus possible de lui en le faisant passer par la bouche de deux ou trois personnages, chacun de ces interlocuteurs prend un peu de cette responsabilité, et on veut bien croire que l'auteur n'est plus qu'un confident et non pas un acteur de certaines aventm-es.

Ce que nous disons là, nous l'appliquons au bien comme au mal, et nous sommes d'avis que beaucoup ne méritent

pas ropinlon favorable qu'on a d'eux pour des récits où la veilu agit toute seule, comme d'autres sont parfaitement innocents des vices qui les font agir. Bernardin de Saint- Pierre a été pris, sur l'histoire de Paul et Virginie, comme une espèce de philosophe doux et angélique pour qui tout était amour, grâce et contemplation, et cependant ce fut un des esprits les plus critiques, les plus aigres et les plus médisants de son époque. Molière a été longtemps considéré comme un railleur joyeux et un satirique froid, posté à l'angle de la société pour Itncer impitoyablement ses traits rares et profonds contre tout vice ou tout ridicule qui passait à portée, celui qui riait si franchement des maris trompés disait être selon l'opinion un mari fort commode ou du moins très-insouciant. Et cependant cet homme avait l'esprit le plus grave, le caractère le plus sérieux, l'âme la plus facile à blesser qui fût dans le grand siècle. Quand on a lu le Malade imaginaire et Sganarelle, on se persuade difficilement qu'il y avait plus de passion et plus d'amour dans le cœur de Molière que dans celui de Racine, oui écrivait Bérénice et Andromaque, On ne s'imagine guèi*e que l'auteur de Georges Dandin fut le mari le plus crédule, le plus noblement confiant, le plus facilement désespéré. Celui qui a inventé Tartufe était pieux, celui qui a produit les Fourberies de Scapin était la probité en personne.

Ceci a été dit si souvent, depuis tantôt deux siècles, qu'on commence à le savoir ; mais il a fallu tout ce temps pour laver la personne de l'auteur du reproche qu'on peut adresser à la moralité de ses personnages.

Certes il n'entre pas dans notre pensée de nous appliquer de si hauts exemples pour justifier pour nous la précaution que nous avons prise. Mais si petit qu'on soit, on ne veut paà passer pour autre chose que ce qu'on est, et nous prions nos lecteurs de considérer les récits qu'il va lire comme des tableaux copiés d'après nature, sans que le peintre soit responsable d'autre chose que de la manière de peindre et

non point des sujets ou des personnages qu'il a peints. Peut-être, si ce livre ne devait pas avoir une suite, cette préface serait-elle inutile à ces deux ouvrages et surtout au premier. Mais lorsque nous avons mis en scène deux jeunes' gens pénétrant tous deux dans une vie qui leur est inconnue, avons-nous eu la pensée de la leur faire apprendre par de cruelles révélations, et nous avons voulu prendre nos précautions d'avance.

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