ACTE II
VARADE
Je suis coanu dans le Jura !
ÉVERARD
Oui, je connais votre passé et je connais votre présent.
VARADE
Au fait, vous revenez de « la capitale. » Vous vous y êtes donc informé de moi ? Ah ! ah ! je vous serais obligé de m’apprendre comment on me juge à Paris, — au point de vue de Mijoux.
ÉVERARD
Tenez, ne m’en défiez pas!
VARADE
Pardon ! je vous en déjie.
ÉVERARD
Vous l’aurez voulu! — Vous êtes parti de bas, monsieur, — chose honorable quand le cœur s’élève avec la fortune; — mais vous êtes arrivé sans, travail et vous vous êtes maintenu sans scrupule par l’audace et l’âpreté du joueur. J’hésiterais à vous citer vos spéculations heureuses et à vous rappeler vos succès en face. Aujourd’hui vous êtes ruiné, et il vous faut une dot pour vous refaire un enjeu ! Et l’aventure, l’astuce, le cynisme, la haine, demandent à épouser la candeur, la foi, la bonté, la grâce! Dieu du ciel ! je ne dis pas quelle parenté d’âme, mais quel rapport de hasard y a-t-il seulement entre Élise et vous?
VARADE, furieux. *
Ah! vous le prenez sur ce ton! Eh bien, oui, monsieur, vous avez raison! oui, ce mariage liquide mon passé pécuniairement et moralement! Vous me refusez votre approbation, c’est dommage!... Mais je n’ai besoin que du consentement du père, — et je l’ai.
ÉVERARD, » Drllemare.
Oh ! monsieur, on rapporte, c’est vrai, que votre associé se vante de vous entraîner, s’il tombe, dans sa chute. Démentez cette calomnie. J’ai à vous proposer pour Élise un jeune homme de mérite et d’avenir, et qu’elle aime.
LE MAITRE D’ÉCOLE
DELLEHARE.
Elle aime sans mon aveu! Qui donc?
ÉVERARD
Fabien Viney.
DELLEHARE, avec impatience.
Eh ! croyez-vous qu’il y ait là de quoi changer ma résolution irrévocable î M. Varade a ma parole, et le mariage aura lieu dans quinze jours.
Non ! non ! cela ne sera pas!
DELLEHARE.
Et qui donc s’y opposerait?
Moi.
DELLEHARE.
Vous ! vous, un étranger pour Élise !
ÉVERARD
Moi, son vieil ami, son vieux maître.
DELLEHARE.
Est-ce que cela vaut devant la loi ? -
ÉVERARD. •
Cela vaut devant Dieu et devant elle!