‹ Le maitre d'ecole drame en cinq actesChapitre 43 sur 97 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

château, pendant un long voyage que je fis aux Indes. Sa naissance coûta la vie à sa mère. "Quant au père...

VARADE, à part.

Il me semble qu’il a pâli.

DELLEMARE.

Quant au père, je crus de jour en jour que j’allais le voir arriver pour me redemander son enfant ou pour m’apporter sa vie. Mais dix-sept ans se sont écoulés, et je l’attends encore.

ÉVERARD

Était-ce à lui de provoquer le scandale et la lutte entre une tombe et un berceau ?

DEI.LEMARE.

Trouveriez-vous qu’il ait eu raison de se sauver et de së cacher? Au fait, ce trait achève l’homme qui profite de l’absence du mari pour dérober la femme.

ÉVERARD. '

Il ne faut rien dérober, pas même le bonheur! Cependant , Dieu seul connaît les cœurs et pénètre les causes, — et qui vous dit que?...

VARADE

Monsieur Éverard prend le parti.de cet inconnu?

ÉVERARD, le regardant .

Moi? non, monsieur, non, je vous l’abandonne.

DELI.EMARE.

Vous ne croyez pas d’ailleurs, parce que j’accuse le coupable, que j’excuse la complice ! Elle était, selon moi, plus criminelle encore !

ÉVERARD

Oh! monsieur, monsieur! il n’y a pourtant qu’une voix dans ce pays pour louer et bénir sa mémoire! Elle a laissé partout les traces et le souvenir d’un ange !

VARADE

Monsieur Éverard défend la mère de mademoiselle Élise?

LE MAITRE D’ÉCOLE

ÉVERARD

Je n’ai pas à défendre devant le jugement des hommes cefle qui a comparu au jugement de Dieu.

V A R A D E , bas, à Dellemare.

11 est assez fort l Le dernier coup 1

DELLEMARE.

Quoi qu’il en soit, monsieur, si je n’ai pas eu pour Élise l’amour et les soins d’un père, maintenant vous le comprenez, n’est-ce pas ?

ÉVERARD

Ce que je comprends moins, c’est la cause qui vous a empêché d’user du bénéfice de la loi et de renier Elise pour votre fille.

DELLEMARE.

J’ai reculé, ainsi que vous le disiez tout à l’heure, devant un scandale inutile. Et puis, si je n’aime pas celte jeune fille, je n’ai aucune raison de la haïr; je remplirai jusqu’à la fin mon devoir envers elle. Tenez, — elle ne sait pas encore une chose, personne ne la sait, et je vais vous l’apprendre à vous le premier : — je la marie.

ÉVERARD

Vous la mariez ! vous la mariez î A qui ? mon Dieu !

DELLEMARE, désignant Varade.

Je vous présente mon futur gendre.

ÉVERARD

Oh! — C’est impossible!

DELLEMARE.

Comment ce mariage que j’ai résolu serait-il impossible, monsieur Éverard?

0 VARADE

Est-ce que j’ai le malheur de déplaire à monsieur Éverard? Est-ce que j’ai l’honneur d’être connu de lui?

ÉVERARD

Oui, monsieur, je vous connais.

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