ACTE III
core; je l'attendais. Un soir, l’enfant était mal, bien mal, une chaise de poste s’arrêta à la porte ; le maître de la science entra; je coufus à sa rencontre et je l’entraînai vers le berceau. 11 y resta longtemps penché. Quand il se releva, il secoua sinistrement la tête, et me dit ces seuls mots : Préparez le père à son malheur. Puis il sortit. Qu’est-ce que vous auriez fait, vous? Vous auriez laisser mourir la condamnée! Mais moi, je la saisis dans mes bras, je l’arrangeai sur mes genoux, et, farouche, l’enveloppant de mon amour et de ma volonté, je dis à la mort : Viens me la prendre! Et cependant je regardais ses petits membres roidis, ses dents serrées, .ses beaux yeux éteints, je sentais dans ma main sa tête plus lourde, toujours plus lourde... Mais alors je criai vers le ciel et ceux qui l’habitent : A moi ! à moi ! au secours!... Et mon regard égaré, désespéré, fou, rencontra, je ne sais comment, sur un bahut de chêne, l’humble présent d’un pauvre homme (que j’avais pu guérir, lui !) une bouteille de vin vieux qu’il m’avait supplié de ne pas refuser et que j’avais acceptée: le don du pauvre est béni ! Je criai à Périnette de me l’apporter, et lentement j’introduisis entre les lèvres pâles de la mourante deux, quatre, six gouttes.... O rêve! ô bonheur! 0 miracle! ses joues se colorent faiblement , son cœur bat , ses yeux se rouvrent !... Elle vivait! elle vivait, monsieur! elle était sauvée!... — Pourquoi ne me demandez-vous pas aussi quel était mon droit de la sauver ?
DELLEMARE.
Sans doute, je vous le demande.
ÉVERARD
Et je vous réponds : J’avais le droit, et Dieu m’avait donné le pouvoir de la défendre contre la mort, et j’ai le droit et Dieu me donnera le pouvoir de la défendre contre le malheur... parce que...
DELLEM ARE.
Parce que?
ÉVERARD
Parce qu’elle est ma fille !
DELLEM ARE.
Ah ! vous l’avouez enfin !
LE MAITRE D’ÉCOLE
ÉVERARD
Allez! si je me taisais, ce n’était pas pour moi, c’était pour elle, pour que vous me laissiez l’élever et la garder. Et si je parle, ahl si je parle, c’est pour elle encore. C’est qu’évidcmment ce n’est pas cette enfant inoffensive et douce que vous pouvez haïr, non, c’est l’homme qui vous a autrefois outragé, n’est-ce pas? Eh bien! ne vous en prenez plus à Élise, cet homme, cet inconnu, ce coupable, ordonnez de lui ce qu’il vous plaira, le voici, c’est moi I
DELLEUARE.
A une certaine époque, monsieur, vous ne vous seriez pas impunément dénoncé, et encore maintenant je vous conseille de ne pas trop réveiller ma colère! Mais des années ont passé sur l’offense. Aujourd’hui je ne pardonne pas, mais je ne me venge plus.
ÉVERARD
Mais Élise, alors, vous l’épargnez?
DELLEM ARE.
Je ne veux à Élise aucun mal. Seulement, je la marie.
Seulement! '
DELLEM ARE.
Est-ce que je n’en suis pas le maître, par hasard?
ÉVERARD
Mais non 1 puisque je vous dis que je suis son père !
DELLEMARE.
Et oseriez-vous le lui dire à elle?
ÉVERARD) reculant.
A elle? à elle? otll (D’une voix éteinte.) J <Û juré à S3. DlÔFC 111011-
rante de ne me nommer à Élise que si j’étais mourant moimême.
DELLEMARE.
Mais alors où est donc contre moi votre autorité et votre force? Seul je puis légalement renier Élise. Elle est à moi ! et vous avez beau résister , j’ai prise deux fois sur vous : je vous tiens par votre enfant et je vous tiens par votre crime!