SCÈNE IV. k
Les mêmes , JACQUOT. ^"ZoùÔl "
jacquot , entre en chantant.
Tra la la... Oh eh ! eh ! les autres? oh eh !
LA MÈRE HUBERT
Qu'est-ce qu'il a donc, lui? le v'ià bien gai ?
TOINETTE
Veux-tu le taire, et ne pas chanter, quand on a du chagriu.
JACQUOT
Tiens, puisque je ne travaille pas , faut bien que je m'amuse....
la mère hubert , avec humeur.
Viens-t'en à la maison avec moi.
JACQUOT
Je ne peux pas , faut que je reste ici ; on a besoin de moi pour l'insurrection...
( 52 ) LA MÈRE HUBERT
Ah ! le mauvais sujet !
TOINETTE
Un enfant !
JACQUOT
Voyons , ma sœur , ne m'insulte pas parce qne je suis petit.
LA MÈRE HUBERT
Où est ton père ?
JACQUOT
Il est avec les autres ; je les ai laisses dans le parc. Dieux l quel beau coup-d'œil ça fait, un rassemblement d'ouvriers!
TOINETTE
Oui y c'est beau de se révolter.
jacquot , à sa sœur.
Toinette, m'as-tu vu quand nous avons défilé? j'étais dans le troisième peloton. Je poussais Nicolas, le fils à Claude Ledru ; il n'osait pas marcher ; moi je lui disais : Tu es ouvrier, il faut que tu marches comme les autres ; et j'y donnais des coups de poings dans \e dos.
LA MÈRE HUBERT
Oh î le petit vaurien !
JACQUOT
On est vaurien parce qu'on a du caractère! Ceux qui n'ont pas marché n'ont qu'à se bien tenir. On a pris leurs noms.
MARCEL
On a donc pris le mien , à moi qui n'y étais pas ?
JACQUOT
Tiens, on s'est gêné. Certainement qu'on l'a pris.
Air : J'ai vu le pâmasse des dames.
D'abord on a mis sur la liste :
Le nom d' Pierre , celui d' Julien ,
Celui Je Jean, celui <T Baptiste,
Et puis apjès , on a mis l' tien.
MARCEL
Mais aucun d' vous ne sait écrire....
JACQUOT
«T saishen qu' c'était embarrassant :
La liste est fait' : mais , j'vas vous dire , On a laisse' les noms en blanc, (bis.)
TOINETTE
Est-il bête , mon frère!
JACQUOT
Ta m'attaques toujours.... je te revaudrai ça , Toinette y quant à vous , beau-frère futur , si vous voulez épouser ma sœur , je sais ce qu'a dit mon père : je vous conseille d'aller rejoindre le rassemblement.
LA MÈRE HUBERT
Non, il n'ira pas : c'est un brave homme que Marcel. jacquot, croisant ses bras.
Je ne suis donc pas un brave homme, moi? Eh bien , fallait entendre les forgerons ; ils disaient tous que c'était un capon.
MARCEL , le menaçant.
Attends, je te vas!
JACQUOT
Ce n'est pas moi qui le disais , c'était les autres Metsen donc un avec moi, et tu verras.... Quant à moi, je n<me sépare pas des ouvriers : faut toujours faire comme la masse.
LA MÈRE HUBERT
Ah! si j'étais à la place de M. Gerval !...
jacquot, criant.
M. Gerval! nous n'avons pas peur de lui... (Il l'aperçoit). Ah! la la , le voilà ; je me sauve. (7/ s'enfuit. ) Le Maître de Forges. 3
( s?) SCENE V. ^
GERVAL, la mère HUBERT, TOINETTE, MARCEL.
£ GERVAL. <xw IKclciu^
Ah ! vous voilà , mes enfans ; je croyais ne trouver personne ici.
-^ MARCEL
Monsieur Gerval , si mon atelier est désert , ce n'est pas de ma faute.
GERVAL.
Je le sais, Marcel, je vous connais : vous êtes un bon sujet...
MARCEL
Ah! monsieur Gerval, je ne suis pas meilleur qu'un autre.
LA MÈRE HUBERT
Not'bon maître , si vous saviez combien la conduite de not'homme me cause de chagrins ï II ne se doute pas , le malheureux. , du tort qu'il va faire à sa famille.
GERVAL.
Mère Hubert , votre mari se conduit mal; mais je sais que vous êtes une bonne mère de famille , votre Toinette est une bonne fille qui nous est attachée , et elle ne perdra pas sa place.
Air : Du Fleuve de la vie.
Secourons-nous les uns les autres , Tout honnête homme pense ainsi.
Des torts qui ne sont pas les vôtres, Pourquoi vous punirais-je ici?
De ces pre'juge's trop sévères , Défendons-nous dans tous les tems, Ne punissons pas les enfans Des fautes de leurs pères.
Allez, mes amis, j'ai besoin d'être seul quelques momens.
LA MÈRE HUBERT . -
Nous vous obéissons , M. Gerval.
GERVAL.
Marcel , M. Armand doit-être dans les forges ; si vous le rencontrez , eu voyez-le-moi.
MARCEL
Oui , M. Gerval. ( A la mère Hubert et à Toinctte. ) Venez, j'ai un projet à vous communiquer.
( Ils sortent.)