SCÈNE VIII
^UlSUU GERVAL, HUBERT.
{Gerçai s'assied; Hubert entre , sa mise annonce qu'il sort de la forge; il a le visage enlimiinè, il a bu; mais Un est pas gris ; il s'avance açec une politesse contrainte , salue d'un air gêné et dit : )
HUBERT
Monsieur m'a fait demander ?
GERVAL.
Oui , Hubert.
HUBERT
Est-ce que Monsieur a quelque plainte à me faire de ma fille Toinette ?
GERVAL.
Non, je suis content d'elle.
HUBERT
C'est que quelquefois les jeunesses
GERVAL.
Il n est pas question de cela , Hubert ; vous êtes un de mes meilleurs ouvriers , on vient de me faire des plaintes.
HUBERT
Je sais bien qui
GERVAL.
J'ai voulu m'adresser à vous de préférence à tous vos autres camarades.
HUBERT , reprenant un peu d'assurance.
[A part.) Il me flatte; il veut me gagner.
GERVAL.
Voilà douze ans que vous êtes avec moi vous avez
toujours paru content de votre sort; voudriez-vous me quitter?....
HUBERT
On est ouvrier, et on cherche son intérêt, comme un maître peut chercher le sien.. ..
GERVAL.
Cest juste.
HUBERT
Il ny a pas qu'une forge , si Ton ne gagne pas assez dans l'une, on va dans l'autre
GERVAL.
Vous êtes libre
HUBERT
Quand un maître veut de bons ouvriers , c'est à lui de les payer
GERVAL.
Vous a-t-on refusé de l'augmentation ?
HUBERT
Ce n'est pas tant ça; mais quand des hommes ont de la peine , qu'ils sont dans le feu toute la journée , on ne devrait pas les empêcher de se rafraîchir de tems à autre.
GERVAL.
Eh ! bien , est-ce que vous ne buvez pas ?
HUBERT
Ce n'est pas tant ça : il ne manquerait plus que de m'empécher de boire!...
GERVAL.
Mais souvent vous en prenez trop.
HUBERT
On boit sa suffisance.
Air : Ah l que de chagrins dans la vie. De ma forge jamais je n' bouge , Chacun sait ce que vaut mon bras, Devant un' barr' de fer tout' rouge Mon visage ne change pas. (bis.) Hubert n'est pas unhomm' qui r' cule , Mais j' dis en buvant d' lems en tems : C'est bien assez .que 1' dehors brûle , Faut rafraîchir un peu 1' dedans, {bis.) GERVAL.
Allons au fait , Hubert. On m'a parlé de désertion ; il se trame quelque chose ici... vous devez en être instruit'.
Oui, monsieur, il y a quelque chose ; on se plaint dans les ateliers , et si M. Armand sortait d'ici , on pourrait peutêtre s entendre... x L
GERVAL, se levant.
Ah ! nous y voilà ! que pouvez-vous reprocher à Armand, Une veut que la prospérité démon établissement et la sévérité qui! déploie est souvent nécessaire.
HUBERT
lia renvoyé injustement un camarade : il faut que Bertrand rentre à la forge, où que M. Armand sorte de la maison. ( Mouvement de Gerval. ) La moitié de vos ouvriers pense comme moi, et nous verrons si la besogne se fera avec Jui seul. °
GERVAL.
Hubert, réfléchissez avant d'agir.
Air : Epoux imprudent! fils rebelle.
J'ai parfois double le salaire De l'ouvrier qui m'implorait.
En éloignant de ces lieux la misère
J'ai prévenu plus d'un souhait ;
J'ai su calmer plus d'un regret.
De vos besoins peut-être que tout autre
N'eût pas daigné s'apercevoir.
J'ai souvent fait bien plus que mon devoir :
{Apres une panse.) Avez-vous toujours fait le vôtre ? {bis) .
Alors , monsieur , vous chercherez des forgerons , et ils sont rares dans ce moment ici; on vient d'ouvrir une nouvelle mine d*e fer et tous les maîtres de forges cherchent les ouvriers.
GERVAL.
Je vois où vous voulez en venir; sortez , Hubert.
HUBERT
Mais, monsieur Ger val...
GERVAL.
Sortez, vous dis-je... et retournez à votre ouvrage. Air. : Je reconnais ce militaire.
Chez moi je veux être le maître,
On ne me dicte pas de lois,
Vous vous repentirez peut-être
De méconnaître ainsi mes droits {bis).
Contre le projet qu'on médite
Je déploierai tout mon pouvoir ,
Et vous changerez de conduite....
HUBERT , à part.
Tu n' s' ras pas aussi fier ce soir. {bis).
Salut, monsieur...