SCÈNE V LA BARONNE, MOULINET, LE BARON, LE DUC
LE DUC {')
Ma foi, jetais en bas avec toute la famille : on a commencé à se féliciter, à s'embrasser. J'ai jugé que j'étais de trop, et, de salons en galeries, je suis arrivé jusqu'ici.
LA BARONNE
Savez-vous où vous êtes? Dans le petit salon qui pri'cède la chambre nuptiale.
LE DUC, arec un caiiue atTi»cté.
Ah I c'est assez original (*).
LA BiRONNF.
Vous avez l'air mélancolique, Blignj.
LE DUC
C'est que je pense qu'avant peu je serai aussi ennu} è que les deux époux doivent l'être aujourd'hui.
MOULINET, froissé.
Monsieur le duel...
LE BARON
Ma foi, écoutez, je me souviens que la journée de mon mariage m'a paru bien désagréable.
LA BARONNE, au baron.
Merci!...
MOULINET, à la baronne, d'un air fin.
M. le baron a dit : La journée!... (ii rit.) De mon temps on appelait ce jour-là le plus beau de la vie I 11 est vrai qu'alors on se mariait gaiment, tandis qu'aujourd'hui on se marie à minuit, dans une église sépulcrale, où le froid vous tombe sur les épaules comme un manteau de plomb (^). Je ne comprends pas du tout les mariages de cette façon-là! Ainsi, dans trois semaines, je conduis ma fille à l'autel: la cérémonie aura lieu à la Madeleine... J'ai commandé une messe en musique, tout ce qu'il y a de plus cher... des chœurs et des solos...
LE DUC
Soli...
MOULINET
Solos, soli, ça m'est égal (")! Enfin des chants, exécutés par des artistes de l'Opéra, tout ce qu'il y a de mieux! Dans l'église, des fleurs partout... sur les marches, une ran gce d'arbres verts, et un tapis d'Aubusson qui descen lira sur le boulevard.
LE BARON, à part.
Jusque dans le bureau des omnibus.
MOULINET
Voilà une vraie messe de mariage (") !... Mais la ct'Témoniede ce soir... C'était sinistre... Cette obscurité, cette