‹ Le maître de forges (volume 2)Chapitre 48 sur 122 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

des soupçons qu'il faut que vous éclaircissiez. Une femme ne repousse pas son raari sans motifs. Pour me traiter comme vous le faites, il faut (")...

CLAIRE, se retournant vers Philipi>e, et le regai'lani avec hauteur.

Il faut'...

PHILIPPE, la regardant jusqu'au fond des jeur.

Cet homme, qui vous a si lâchement abandonnée, est-ce

que vous l'aimeriez encore? (Claire se retourne et reste immobile et silencieuse.) Vous in'avcz entendu : répondez-moi... 11

le faut ! (n la prend par le bras et l'amène violemment à l'ava"* -

neine.) Jele veuxl

CLAIRE, avec colère, prenant son parti.

Eh bienl si cela était?

PHILIPPE, levant les poi^^s comme pour écraser Claire.

Malheureuse (*')!•■. (ii recule avec stupeur.) Allons I ce n'est pas possible!... Vous avez voulu m'éprouver... C'est cela, n'est-ce pas?... Ah! C'est un jeu cruel, je vous assure (***).•. (Presque suppliant, les mains tendues.) Mais parlez donc! Dites-moi quelque chose. (Des larmes dans la voix.) Vous vous taisez (^')? (Il la voit immobile et farouche. — Avec rage.) C'est donc Vl'ai? (il fait quelques pas au hasard, puis il passe sa main sur son front et revient vers elle.) Ainsi, c'CSt le

cœur plein d'un autre que vous avez consenti à m'épouser? Et c'est sans rougir que vous avez placé votre main dans la mienne?... Mais à quel degré de dépravation morale ètes-vous donc tombée ('')?

CLAIRE, avec désespoir.

Eh! monsieur, vous n'avez donc pas vu que depuis quinze jours je suis folle (2') ? Vous ne comprenez donc pas que j3 me débats dans un cercle dont je ne puis sortir? J'ai été entraînée à ce que j'ai fait par une fatalité irrésistible. Je dois vous paraître une créature misérable. Vous ne me jugerez jamais aussi sévèrement que je me juge. J'ai mérité votre colère et votre mépris (3*) Tenez! prenez tout de moi, excepté moi-même!... Ma fortune est à vous : je vous l'aba/^'loD'ie. Qu'elle soit la rançon de ma liberté (")l

PHILIPPE, avec éclat.

Votre fortune (") ! Vous m'offrez?... A moi I... (Froi(i»ment.) Vous VOUS trompez, madame 1 Vous croyez avoir encore affaire au duc de Bligny.

CLAIRE, bondissant (•').

Monsieur 1

Elle se tait.

PHILIPPE, avec amertume.

Eh bien! pourquoi vous arrêter? Défendez-le donc! C'est bien le moins que vous puissiez faire pour lui. (Avec rage.) Ah! je vois maintenant (^«). Vous avez voulu prendre pour époux un homme qui fût en votre dépendance... Une union avec moi était une mésalliance, mais ma docilité devait compenser la bassesse de mon origine. Si par hasard je songeais à me révolter, et à faire valoir mes droits, on avait de quoi me fermer la bouche : un sac d'écusl Et moi, aveugle, qui n'ai pas vu le piège ('')! Niais qui n'ai rien soupçonné de cette piquante intrigue, et qui suis venu, tout à l'heure, palpitant, tremblant, faire ici ma déclaration d'amour! N'étais-je pas plus qu'insensé, plus que grotesque?... N'étais-je pas cynique et ignoble? Car enfin, j'ai votre fortune, n'est-il pas vrai? Je suis payé : je n'ai pas le droit de réclamer.

Philippe, éclatant d'un rire furieux qui se termine par des san» ^lots, s'abat sur le canapé de droite et se cacha la tète dans nés mains.

CLAIRE, avec stupeur ('*).

Monsieur!...

PHILIPPE, pleurant.

Vous venez, en un instant, de détruire tout mon bonheur!... Et je pleure, madame, je pleure ('^)! (ii se lève.) Maisc'est assez de faiblesse. Vous vouliez m'acheter votre liberté tout à l'heure. Je vous la donne pour rien... Croyez que je ne Ja troublerai jamais. Entre nous tout lien est rompu. Toutefois, une séparation publique causerait un scandale, que je ne mérite pas de subir, et que je vous prie de m'épargner. Nous vivrons l'un près de l'autre, l'un sans l'autre. Mais, comme je ne veux point d'équivoque de

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