‹ Le maître de forges (volume 2)Chapitre 47 sur 122 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

CLAIRE, après nn silence, à voix basse.

Oui.

PHILIPPE (*')

Rassurez-vous, je vous en supplie. Ne sentez-vous pas que mon seul désir est de ne point vous déplaire?... Que Faut-il que je fasse? Exigez... Tout me sera facile. Je vous aime tant I

CLAIRE, avec ua tristo sourire.

SI vous m'aimez... alors... soyez bon, et...

PHILIPPE, iouoement.

Pourquoi ne pas dire toute votre pensée? Désirez-vous que je vous laisse? Vous plaît-il de m'imposer cette épreuve (•'). Je m'y soumettrai, si c'est votre volonté. CLAIRE (").

Eh bien, oui, je vous en saurai gré. [.es émotions de ^ette journée m'ont fait mal. J"ai besoin de calme. 11 faul que je me recueille. Et je vous expliquerai demain, plus tard, plus en possession de ma pensée, plus sûre de moimême...

PHILIPPE, affectueusement (*').

Quemedirez-vous demain, ou plus tai'd, que je ne puisse entendre aujourd'hui'' Ma vie et la vôtre ne sont-elles pas désormais inséparables? Notre chemin est tout tracé. A vous d'être confiante et sincère, à moi d'être dévoué et patient. J'y suis prêt, je vous l'assure. Etes-vous dans les mêmes dispositions?...

CLAIRE, avec embarras.

Laissez-moi vous dire que la confiance um se gagne pas en un moment. Voilà deu.x; heures seulement que je suis mariée. .Ma vie, hélas 1 date de plus loin. Cette vie, on me la faisait heureuse! J'avais le droit de penser tout haut, j'étais libre de me taire. Je n'ai jamais été forcée de mentir. Mes peines, et j'en ai eues, vous le savez, on les devinait. On comprenait que le souvenir ne pouvail «'en effacer instantanément. J'ai été très gâtée. On ne m'a jamais demandé de sourire quand j'avais le cœur triste... S'il faut que je me résigne à dissimuler auprès de vous, laissez-moi le temps de ra'liabituer à cette conlrainli".

LE MAITKE DE FORGES PHILIPPE, vivement (*^).

Je VOUS en prie, n'ajoutez pas un mot. Vous me faites injure !. .. Vous n'aurez jamais, sachez-le, d'ami plus tendre et plus dévoué que moi. En vous épousant, j'ai pris ma part de vos peines et je prétends vous les faire oublier. Si le passé vous a déçue, espérez tout de l'avenir. Loin de moi la pensée de vous imposer mon amour. Ce que je vous demande, c'est de me laisser essayer, à force de soins et de tendresses, de vous conquérir sur vous-même. Voilà toute mon ambition. Et puisque vous avez besoin de repos, de solitude, restez chez vous, libre, rassurée, comme vous l'étiez hier (*'). Je me retire. C'est bien là, n'est-ce pas? ce que vous souhaitez?... Qu'il soit fait selon

votre désir ! (Philippe s'approche de Claire (*^) et donceraent va pour l'embrasser sur le front,) A demain!... (Puis malgré lui, en respirant le parfum de ses cheveux, la tête lui tourne, et il la prend dans

ses bras.) Si VOUS saviez, pourtant, comme je vous aime!

CLAlhE (*'), le repoussant avec colère.

Laissez-moi !

PUILIPPE (^"), il reste un instant stupéfait.

Claire !...

CLAinE (*'), avec force, reculant.

Ah! ne m'approchez pas !

PHILIPPE (*2)

Vous me repoussez avec violence, avec horreur? Que se passe-t-il en vous? (s'animant.) Ce n'est pas là seulement l'etîroi de la pudeur... C'est de la répulsion {^^)\ Tenez, vos paroles de tout à l'heure me reviennent à l'esprit, et maintenant je crains de les mieux comprendre... Après cette déception, dont vous avez souffert, il est resté plus que de 1 amertume dans votre cœur (2"»). Il y a du regret peut-êtrel

CLAIRE, sourdement.

Moasieur (-^)...

Elle veut s'éloigner.

PHILIPPE, se jetant devant elle et l'arrêtant avec autorité.

Oh! écoutez-moi. L'heure des explications nettes et franches est venue... Vous me donnez, par votre attitude,

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