‹ Le maître de forges (volume 2)Chapitre 6 sur 122 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Russie, puis il a prétexté que, ]'hiver Atant fini, il attendait l'été pour rentrer en France. L'été est venu, mais le Juc point. Enfin, voici l'automne, et Gaston ne donne même plus de prétextes; il ne prend pas seulement la peine de nous écrire. Mes chères filles, tout dégénère : les hommes de notre monde eux-mêmes ne savent plus être polis.

Cependant, s'il était malade? S'il était dans l'impossibilité de donner de ses nouvelles?

LA MARQUISE

On nous aurait prévenues de l'ambassade.

LA BARONNE

Ta mère a raison...

CLAIRE

11 m'avait tant promis de venir passer l'hiver à Paris et je me faisais une si grande fête de me retrouver avec lui! J'aurais triomphé de ses succès, il aurait peut-être remarqué les miens. Il faut avouer, ma mère, qu'il n'est pas jaloux. Et cependant, partout où nous sommes allées, j'ai été fort entourée. Ici même, dans ce désert de Beaulieu, les adorations n'ont pas cessé, et ju ^u'à notre voisin, le maître de forges...

LA MARQUISE

M. Derblay?

LA BARONNE

Ohl c'est assez visible, ma tante. Depuis sa première visite au château, il y a une. quinzaine de jours... quand il est venu vous apporter ses excuses pour les empiétements qu'il avait faits sur vos terres... il est devant Claire comme un dévot en adoration perpétuelle.

LA MARQUISE

Je le trouve assez plaisant avec son adoration. Mais, i) faut que ma vue s'affaiblisse, je n'ai pas remarqué ce petit manège... J'y veillerai.

CLAIRE, gravement.

Hà mère, les hommages de M. Derblay sont respectueux

et je n'ai pas lieu de m'en plaindre (^). Mais enfin le duc n'est pas là pour défendre son bien, et il devrait se dire que ce rôle (') de Pénélope, attendant le retour de celui qui n'arrive jamais, pourrait finir par me lasser.

LA BARONNE, vivement (*).

Moi, si j'étais à ta place, il y a longtemps que je ne ferais plus de tapisserie.

CLAIRE, doucement.

Oh! je n'ai aucun mérite à faire ce que je fais. Je no pourrais aimer un autre homme que le duc (').

LA MARQUISE, avec irritation.

Tu te le figures, et c'est là ce qui me tourmente. Caston et toi vous avez grandi l'un près de l'autre. Tu as cru que cette communauté d'existence devait se perpétuer et que tu ne pourrais être heureuse autrement. Folies que tout cela!

CLAIRE

Ma mère...

LA MAliQUISE.

Tu te fais de grandes illusions sur le duc (*"), il est lô ger, frivole. Il a, tu le sais, des habitudes d'indépendance difficiles à corriger ("). Et... tiens, veux-tu le fond de ma pensée? Je ne verrais pas sans inquiétude ce mariage se faire C^).

CLAIRE, avec émotion.

Ma mère, voilà la preinière foi> que vous me parlez ainsi. Il semble que vous voulez me préparer à apprendre une mauvaise nouvelle. L'absence du duc aurait-elle des motifs? Est-ce que vous auriez appris?...

LA MARQUISE, inquiète de l'agitation de Glaire.

Rien, mon enfant. Je m'étonne seulement d'un silence si prolongé... qu'il devient plus que diplomatique.

CLAIRE, avec prière (*').

y. lions, ma mère, encore un peu de patience, de Saint- Pélersbourg le duc va nous faire la surprise d'arriver s:) as être attendu.

ACTii PREMIER o

LA UARQUISE.

Je le souhaite, ma fille, puisque tu le désires (").

LA BARONNE

En tout cas, mon mari, venant aujourd'hui de Paris, sera peut-être mieux renseigné.

CLAIRE, au fond, à gauche de la porte.

Voici mon frère qui rentre par la terrasse avec M» Bachelin ("*).

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