‹ Le maître de forges (volume 2)Chapitre 78 sur 122 · SCÈNE ni · texte numérisé non relu

SCÈNE ni

PHILIPPE, BACHEMN.

BACHBLIN (*).

Eh bien, quoi de nouveau depuis hier!'

PHILIPPE

Dans la soirée, les conditions do la rencontre ont été

réglées.

On se bat?...

BACQELIll.

PHILIPPE

Ce matin, à dix heures, au carrefour des Étangs, au pistnlet, feu en marchant l'un sur l'autre.

BACHELIN

C'est grave 1... Mais le bon droit est de votre côté! Et, voyez-vous, mon cher enfant, je suis peut-être une vieille bête, mais je suis de ceux qui croient encore que tout ne va pas au hasard là-haut, et qu'il y a une providence. Nous nous reverrons demain, Philippe.

PHIIIPPE.

Je l'espère. Mais il faut toujours prévoir le malheur. Avez-vous examiné les papiers que je vous ai remis?

BACHELIN

Oui. Tout est parfaitement en règle.

PHILIPPE

Je vous remercie. Prenez cette lettre : elle contient ma volonté. Je partage ce que je possède entre ma sœur et ma femme... Je veux que celle qui porte mon nom soit, après moi, complètement indépendante... Maintenant ('), et, ici, c'est à votre vieille amitié que je m'adresse, je vous charge pour Claire d'une mission qui vous sera pénible, mais que vous seul pouvez remplir... Vous, devant qui

j'ai vécu depuis l'enfance, à qui j'ai tout avoué hier, et qui savez ce que j'ai souiïevt, vous irez trouver ma femme, et vous lui direz combien je l'ai aimée, combien je l'aurais voulue heureuse. . . Montrez-moi , tel que vous me connaissez, tel qu'elle n'a pas voulu me connaître : confiant ettenlre... Enfin, ne permettez pas qu'elle conserve de moi un mauvais souvenir.

BACHELIN

Eh! mon ami, que n'allez-vous, à l'instant, et vousmême, la trouver?

PHILIPPE, avec fermeté.

Vous oubliez que toute avance, que je ferais, pourrait ressembler à une bassesse !... Ah ! ne me croyez pas un cœur dur! Il n'en est rien, je vous l'atteste!... Mais, quand, vis-à-vis d'elle, je ne me suis soutenu qu'à force de fierté, est-ce le moment d'avoir une défaillance {')?

BACHBLIN.

Mais elle est vaincue, écrasée..

PHILIPPE

Vous vous trompez... Elle lutte encore... Et tenez, cettt nuit même, j'en ai eu la preuve. J'étais là à cette table {*,, je veillais, et, dans le silence de la maison endormie, j'entendais, au-dessus de ma tête, un bruit de pas incessants, précipités, ceux de cette malheureuse femme (')... Je la voyais, par la pensée, tournant autour de la chambre qui eût dû être la nôtre... Que vous dirai-je ? J'eus un instant de faiblesse... Je fus pris d'un violent désir d'aller retrouver cette femme que j'adore et qui n'est pas à moi. . Je me dis que j'étais fou de risquer de mourir avant de l'avoir prise dans mes bras. Je ne fus plus maître de moi, tout mon être s'élançait vers elle, et j'allais tout oublier, quand je l'entendis ouvrir sa porte, traverser le salon et descendre!. .. Elle venait!... J'attendis frémissant (*)... Elle s'arrêta là... Le bois seul de cette porte nous séparait ('). Je fus sur le point de m'élancer, d'ouvrir, de lui crier : Viens donc! tu sais bien que je t'adore (^)!... Mais, avec déchirement, j'entendis de nouveau le bruit de ses pas s'éloigner, remonter, et se perdre (')... Ainsi, elle rô-

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