Scène Première
La Marquise, La Baronne, Claire.
An lever du rideau, Claire est étendue dans un grand fauteuil, devant la •porte-fenêtre ouverte. Elle tient wyi livre ouvert sur ses genoux, — La marquise et la baronne travaillent, — La marquise est assise sur le fauteuil au premier plan gauche, 20 et fait de la tapisserie, la baronne est assise sur la chaise à gauche de la table, et brode,
La Marquise, après avoir regardé sa fille pendant %m instant, Claire . . . Claire . , ,
Claire, se tournant lentement. Ma mère ?
La Marquise. Que fais-tu là, triste et absorbée ?
Claire. Rien, ma mère.
La Marquise. Voyons, mon enfant, ne reste pas à 5 l’écart, viens près de nous, parle-nous ... je t’en prie.
Claire, se lève, puis, après un temps. Cet air tiède m’avait engourdie ! [Elle descend lentement vers sa mère,) Combien y a-t-il de temps que nous to n’avons reçu de lettres de Saint-Pétersbourg ?
La Marquise, après un coup d'œil échangé avec la baronne. Deux mois, environ.
Claire, avec tristesse. Deux mois, oui I
La Baronne. Pourquoi penser sans cesse à cela et te 1$ torturer l’esprit ?
Claire. A quoi veux-tu que je pense, sinon à mon fiancé? Et comment ne me torturerais- je pas l’esprit, comme tu dis, pour trouver les motifs de son silence ?
20 La Marquise. J’avoue qu’il est difficile de l’expliquer. Le duc de Bligny, mon neveu, après avoir passé huit jours auprès de nous, l’an dernier, est reparti en promettant de revenir à Paris pendant l’hiver. Il a d’abord écrit que des complications politiques 25 le retenaient à son poste en Russie, puis il a prétexté que, l’hiver étant fini, il attendait l’été pour rentrer en France. L’été est venu, mais le duc point. Enfin, voici l’automne, et Gaston ne donne même plus de prétextes ; il ne prend pas seulement