ACTE I : SCÈNE XI
court, cela s’achète. Il y en a à tous les prix : des petits, des moyens et des grands. En conscience, si tu tiens à la noblesse, tu feras bien de t’offrir tout ce qu’il y a de mieux. Tes moyens te le permettent. 5
A.thénaïs, réjprimant un mouvement de colère. En effet. Et justement, il est question en ce moment d’un mariage pour moi.
Claire, ironique. Je te fais mes compliments sincères.
Athénaïs. Ce ne sont pas des compliments que j’attends lo de toi.
Claire. Et quoi donc?
Athénaïs. Un avis.
Claire. Un avis ? Sur quoi ?
Athénaïs. Sur le choix que je vais faire. 15
Claire. En vérité, tu me combles. Me demander un conseil sur tes affaires de famille ? Je t’assure que cela va m’embarrasser. Nous nous connaissons si peu I Est-ce que tu ne pourrais pas te passer? , . .
Athénaïs. C’est impossible I 20
Claire. Je ne comprends pas.
Athénaïs. Ecoute-moi attentivement, le sujet en vaut la peine. Le mariage dont il s’agit est un très grand mariage, et qui dépasse toutes mes espérances. Il serait question pour moi d’une couronne. 25
Claire. Royale?
Athénaïs, gravement. Non I Ducale seulement ... Je serais duchesse !
Claire, fra'ppée. Duchesse ! Elle reste songeuse.
Athénaïs. Tu ne me demandes pas le nom de mon fiancé ?
Claire, avec trouble. Moi ? A quoi bon ?
Athénaïs. Il faut cependant que tu le connaisses, c’est 5 un devoir pour moi de te le dire. Il se nomme le duc de Bligny. [Claire tressaille de douleur, et, pour ne pas tomber, se retient à la table,) M. de Bligny est ton parent, ton ami d’enfance. On a même parlé de certains projets d’union entre vous, lo J’avais à cœur de venir à toi, loyalement, de t’avertir et de te consulter.
Claire, d'une voix étouffée. Me consulter ? Sur quoi ?
Athénaïs. Mais sur la véritable situation du duc vis-àvis de toi. Tu comprends que, s’il était vrai que 15 vous fussiez promis l’un à l’autre, tu aurais pu m’accuser de t’avoir enlevé ton fiancé. Le duc m’a demandée en mariage, mais moi je ne l’aime pas. C’est à peine si je le connais. Lui ou un autre, que m’importe I Voyons I sois franche I L’aimes-tu? 20 Mon mariage avec lui te froissera-t-il, te déplaira-til seulement? Dis un seul mot et, je te le jure, je m’engage à rompre.
Claire, fait u/n mouvement de joie qu'elle réprime aussitôt. Je te remercie. Mais sois assurée que je 25 ne suis pas une femme qu’on abandonne et qu’on dédaigne. Si le duc était engagé envers moi, ne crois pas qu’il en épouserait une autre. Non I Quand on est enfants, entre cousins, c’est de règle: la famille vous fiance et vous marie entre deux sou-