ACTE II ; SCÈNE IX
et qui suis venu, tout à l’heure, palpitant, tremblant, faire ici ma déclaration d’amour I N’étaisje pas plus qu’insensé, plus que grotesque? . . . N’étais-je pas cynique et ignoble? Car enfin, j’ai votre fortune, n’est-il pas vrai ? Je suis payé : je s n’ai pas le droit de réclamer.
Philippe, éclatant 6^ un rire furieux qui se termine par des sanglots s'abat sur le canapé de droite et se cache la tête dans ses mains.
Claire, avec stupeur. Monsieur !... lo
Philippe, Vous venez, en un instant, de dé-
truire tout mon bonheur ! ... Et je pleure, madame, je pleure I {R se lève.) Mais c’est assez de faiblesse. Vous vouliez m’acheter votre liberté tout à l’heure.
Je vous la donne pour rien . . . Croyez que je ne la 15 troublerai jamais. Entre nous tout lien est rompu. Toutefois, une séparation publique causerait un scandale, que je ne mérite pas de subir, et que je vous prie de m’épargner. Nous vivrons l’un près de l’autre, l’un sans l’autre. Mais, comme je ne 20 veux point d’équivoque de vous à moi, écoutez bien ce que je vais vous dire. Vous saurez un jour que vous venez d’être encore plus injuste que criielle. Peut-être aurez- vous alors la pensée de revenir sur ce que vous avez fait. Je vous déclare, dès à pré- 25 sent, que ce sera inutile. Je vous verrais maintenant vous traîner à mes pieds, en implorant votre pardon, que je n’aurais pas poiu* vous une parole de pitié. Adieu, madame. Voici votre appartement,
voici le mien. A compter d’aujourd’hui, vous n’existez plus pour moi.
Claire baisse le front, et, sans une parole, lentement, elle traverse le salon, se dirigeant vers sa chambre, 5 Philippe la suit anxieusement du regard, espérant un retour, un mouvement de regret. Elle entre. La porte se referme.