‹ Le maître de forgesChapitre 46 sur 119 · ACTE II: SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE II: SCÈNE IX

vous éclaircissiez . . . Une femme ne repousse pas son mari sans motifs. Pour me traiter comme vous le faites, il faut . . .

Claire, se retournant vers Philippe, et le regardant avec hauteur. Il faut ?... S

Philippe, la regardant, jusqu'au fond des yeux. Cet homme, qui vous a si lâchement abandonnée, estce que vous l’aimeriez encore ? {Claire se retourne et reste immobile et silencieuse,) Vous m’avez entendu : répondez-moi ... Il le faut I {R la lo prend par le bras et V amène violemment à V avantscène, ) Je le veux !

Claire, avec colère, prenant son parti. Eh bien ! si cela était ?

Philippe, levant les poings comme pour écraser Claire, 15 Malheureuse! ... {R recule avec stupeur.) Allons ! ce n’est pas possible !... Vous avez voulu m’éprouver . . . C’est cela, n’est-ce pas ?... Ah ! C’est un jeu cruel, je vous assirre . . . {Presque suppliant, les mains tendues,) Mais parlez donc! 20 Dites-moi quelque chose. {Des larmes dans la voix,) Vous vous taisez? {R la voit immobile et farouche. — Avec rage.) C’est donc vrai? {R fait quelques pas au hasard, puis il passe sa main sur son front et revient vers elle.) Ainsi, c’est le cœur 25 plein d’un autre que vous avez consenti à m’épouser ? Et c’est sans rougir que vous avez placé votre main dans la mienne ?... Mais à quel degré de dépravation morale êtes-vous donc tombée ?

Claire, avec désespoir. Eh! monsieur, vous n’avez donc pas vu que depuis quinze jours je suis folle ? Vous ne comprenez donc pas que je me débats dans un cercle dont je ne puis sortir? J’ai été S entraînée à ce que j’ai fait par une fatalité irrésistible. Je dois vous paraître une créature misérable. Vous ne me jugerez jamais aussi sévèrement que je me juge. J’ai mérité votre colère et votre mépris. Tenez ! prenez tout de moi, lo excepté moi-même !... Ma fortune est à vous : je vous l’abandonne. Qu’elle soit la rançon de ma liberté I

Pliilippe, avec éclat. Votre fortune! Vous m’offrez? ... A moi! . . . {Froidement.) Vous vous trom- 15 pez, madame I Vous croyez avoir encore affaire au duc de Bligny.

Claire, bondissant. Monsieur ! Elle se tait.

Philippe, avec amertume. Eh bien! pourquoi vous arrêter? Défendez-le donc! C’est bien le moins 20 que vous puissiez faire pour lui. {Avec rage.) Ah ! je vois maintenant. Vous avez voulu prendre pour époux un homme qui fût en votre dépendance . . . Une union avec moi était une mésalliance, mais ma docilité devait compenser 25 la bassesse de mon origine. Si par hasard je songeais à me révolter, et à faire valoir mes droits, on avait de quoi me fermer la bouche ; un sac d’écus ! Et moi, aveugle, qui n’ai pas vu le piège ! Niais qui n’ai rien soupçonné de cette piquante intrigue,

Page 1