ACTE III : SCÈNE X
ce qui s’est passé entre vous et moi je ne le veux pas.
Claire, vivement. Prenez garde de faire le malheur de Suzanne, en la refusant à Octave I Elle l’aime. 5
Philippe. Elle n’a que seize ans. Elle est à l’âge heureux où les sentiments peuvent changer, sans laisser dans le cœur des traces profondes et douloureuses . . . Elle oubliera.
Claire. Et si vous vous trompiez ? Si elle allait ne pas 10 oublier, et souffrir ?
Philippe, avec force. Alors, je n’aurais qu’un seul mot à lui dire, pour la détourner à jamais de vous et des vôtres.
Claire, avec angoisse. C’est ime revanche que vous 15 cherchez ?
Philippe, avec hauteur. Une revanche I Croyez- vous qu’il me convienne d’en accepter une ?
Claire, suppliant. Oh ! Philippe I Soyez généreux 1 ... Je suis bien assez accablée I . . . Que faut-il 20 que je fasse pour vous fléchir? J’ai eu, envers vous, des torts graves, je le sais . . .
Philippe, riant amèrement. Vraiment? Vous avez eu des torts graves, envers moi I Et vous daignez l’avouer? Mais voilà, il me semble, de grandes 25 concessions que vous me faites.
Claire. Je vous ai fait bien du mal, mais vous me le faites durement expier.
Philippe. Moi? Et comment? Vous ai-je jamais
adressé un reproche? Vous ai- je dit une parole blessante? Ai-je manqué d’égards envers vous?
Claire, avec douleur. Non I Mais combien j’aurais préféré votre colère, à cette indifférence hautaine 5 avec laquelle vous me traitez I Autour de moi, j’entends tout le monde vanter mon bonheur. Partout où je vais on m’envie, on me fête. Je rentre dans notre maison. Où est-il mon bonheur ? Je le cherche, et je ne trouve que la solitude et l’abandon, lo Philippe. Il n’a pas dépendu de moi qu’il en fût autrement. Vous avez, vous-même, décidé de votre vie. Elle est telle que vous l’avez faite.
Claire. C’est vrai. Mais, au moins, étais- je en droit de compter sur le repos, et je n’ai même pas pu 15 l’obtenir . . . Vous avez laissé revenir chez vous le duc et la duchesse.
Philippe. Ce sont vos parents. Etait-ce à moi de leur fermer notre porte? Je les subis bien. De quoi vous plaignez- vous ?
20 Claire, avec une violence croissante. Oh I n’affectez pas de ne pas comprendre I . . . Vous savez que si la duchesse est ici, c’est parce qu’elle me hait . . , Son but est visible . . . Elle vous affiche, elle vous compromet . . . (^Mouvement de Philippe.) sans 25 que vous vous y prêtiez, je le veux bien . . . Mais ses bravades, qui soulignent votre indifférence pour moi, on les remarque . . . elles me blessent , . . Enfin, prenez-y garde I Je ne les supporterai pas plus longtemps I