‹ Le maître de forgesChapitre 69 sur 119 · ACTE III : SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

ACTE III : SCÈNE XIII

Claire. Tu avais tort, car tu disais vrai.

Athénaïs. Toi, jalouse 1

Claire. Oui.

Athénaïs. De moi ?

Claire. De toi. Tu vois que je suis franche. Il me s semble que mon mari s’occupe de toi plus qu’il ne convient, et je m’adresse à toi, pour que tu mettes un terme à une assiduité qui m’est très pénible.

Athénaïs, doucement. Ah I chère petite I Comment ! Tu souffrais et tu ne disais rien ? Mais n’exagères- lo tu pas un peu? Je ne me rappelle vraiment rien qui ait pu motiver ton ennui. M. Derblay est fort aimable avec moi, mais cette sympathie, entre gens de la même famille, n’est pas surprenante, et n’a rien de criminel. 15

Claire. J’en souffre.

Athénaïs, sèchement. Ma chère amie, c’est à ton mari qu’il faut demander le remède à ton mal . . • Moi je n’y peux rien.

Claire. Si, tu peux couper court à cette intimité. 20

Athénais. Et comment ? En accueillant mal ton mari ? D’abord, ce serait m’imposer un rôle bien désagréable, et ensuite, crois-tu le moyen bien efficace?

Claire. Aussi, n’est-ce pas là ce que je veux te pro- 25 poser.

Athénaïs. Qu’est-ce donc ?

Claire. C’est de t’éloigner pour quelque temps de notre maison.

vivement, Y songes-tu?

Claire. Oui. Et c’est sur le ton de la prière que je te le demande . . . Accuse-moi d’être folle, mais fais cela. Il y va de mon bonheur.

5 Athénaïs. Et sous quel prétexte veux-tu que je m’éloigne ? Que dirait-on d’un départ si brusque qu’il ressemblerait à une rupture ?

Claire. Nous nous chargerons de l’expliquer d’une manière satisfaisante.

lo Athénaïs. Nous pouvons n’y pas réussir, et ce serait désastreux pour moi. Tu as été franche: je vais l’être. Je suis nouvelle dans le monde où m’a fait entrer le duc de Bligny, je m’y plais, et je tiens à y garder la place que j’ai déjà su m’y faire. Mais 15 on y est très rigoriste. Aussi, tu comprends que si la famille de mon mari me fait froide mine, on trouvera là une occasion de me discuter. Je suis si jalousée I Et alors, adieu mes rêves I Si tu as ton amour, moi, j’ai mon ambition. Je comprends que 20 tu tiennes à protéger l’un, souffre que je défende l’autre.

Claire. Ainsi, tu refuses ?

Athénaïs. Bien à contre-cœur. Mais, en conscience, mets-toi à ma place.

25 Claire, avec violence. Que je me mette à ta place? C’est toi qui t’es mise à la mienne, et qui veux t’y mettre encore I Depuis que je te connais, tu me poursuis de ton envie et de ta haine. Fille, tu m’as pris mon fiancé, femme, tu essaies de me

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