Scène IV
Philippe, Octave, Le Baron.
Philippe. Vous êtes en avance, n’est-ce pas? Nous avons le temps ?
Le Baron. Il n’est que neuf heures . . . Nous sommes ici depuis quelques instants . . . Nous avons quitté Beaulieu à pied, comme pour une promenade, afin s d’éviter les questions ... La baronne va nous rejoindre . . . Elle tiendra compagnie à madame Derblay.
Philippe. Merci, mon cher baron. Vous m’avez toujoims témoigné de l’amitié et je vous en suis très lo reconnaissant . . . Quant à vous. Octave, j’ai une dette à acquitter envers vous et je le fais de grand cœur ... Je vous ai rendu responsable de torts qui n’étaient pas les vôtres . . . J’ai été injuste et je m’en accuse ... 15
Le Baron. Bien, mon ami I
Octave, très ému, Philippe, j’ai appris ce qui s’est passé entre Claire et vous ... Je sais combien ma sœur a été coupable, et je vous plains d’avoir enduré de tels chagrins, autant que je vous admire 20 d’avoir su les cacher. Vous étiez dans votre droit. Nous n’avions rien à attendre de vous, et c’est moi qui vous demande pardon d’avoir osé vous demander votre sœur . . .
Philippe. Non, mon ami . • . Et . . . {Regardant le 25
baron.) je veux qu’on le sache bien, dans les graves circonstances où je me trouve, je suis heureux de la savoir aimée par un honnête homme tel que vous. Je veux réparer mon injustice d’un S moment, et je vous lègue Suzanne, comme ce que j’ai de plus cher au monde.
Octave. Philippe ! {Philippe lui tend les * mains^ il les lui serre avec effusion et se met à pleurer.) Oh ! Philippe I . . .
ïo Le Baron. Brave cœur 1
Philippe, dominant son émotion. Allons, marquis, un peu plus de fermeté! J’espère que ce sera de ma main que vous recevrez ma sœur . . , Mais si je n’étais plus là, mon ami, quand vous l’épouserez, ï5 aimez-la bien : elle le mérite. C’est un cœur tendre que la moindre déception briserait.
Octave, avec élan. Ah ! toute une existence de dévouement et de tendresse, en échange du bonheur que vous me donnez !... Mais, Philippe, puisque 20 vous êtes si bon, si généreux, ne le soyez pas à demi . . .
Le Baron. Ayez compassion de cette pauvre femme accablée et désespérée . . . Oh ! sincèrement !
Octave. Songez qu’elle pourrait ne plus vous revoir ! 25 ... Je viens de lui parler : elle m’attendait.
Le Baron. Elle est là !.. . elle pleure.
Octave. Oh ! par grâce ! un mouvement d’indulgence ! . . . Ne la repoussez pas !... Faites cela, je voua en supplie I
ACTB IV : SCÈNE V
Philippe, sombre. Je voulais éviter une entrevue, qui ne pouvait être qu’horriblement pénible pour votre sœur et pour moi. Vous désirez tous deux qu’elle ait lieu . , . J’y consens . . . (Au baron.) Mais faites en sorte de l’abréger ... et facilitez-moi le 5 départ, en venant me chercher • • •
Le Baron. Je vous le promets • • •
Octave. Oh I merci • • •