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Le
Par une claire journée du mois d'octobre 1880, un jeune homme, vêtu d’un élé ant costume de chasse, était assis à la lisière d’un de 4 beaux bois de chêne qui couvre de leur ombre fraîche les premières pentes du Jura. Un grand chien épagneul marron, couché dans la bruyère à quelques pas de son maître, fixait sur lui ses yeux attentifs, semblant demander si on n’allait pas bientôt repartir.
Le chasseur ne paraissait pas disposé à reprendre de sitôt sa course. Il avait appuyé son fusil à un trone arbre, jeté sur le : vers du fossé son carnier vide, et, tendant le dos au soleil, le menton appuyé dans sa main il laissait errer ses yeux sur l’admirable panorama qui se déroulait devant lui.
De l’autre côté de la route au bord de laquelle il était arrêté, le long d’une futaie, s’étendait une taille de deux ans, dont les cépées clairsemées poussaient comme des îlots de verdure au milieu des fougères et des grandes herbes jaunes. Le terrain boisé, s’abaissant en pente douce vers la vallée, laissait a percevoir dans les prairies le bourg de Pont-Avesnes, dressant, au-dessus des toits rouges des maisons, le clocher d’ardoises, en forme d’éteignoir, de sa vieille église. A droite, le château, entouré de larges douves desséchées et plintées
d'arbres fruitiers. L’Avesne, petit filet d’eau que les habitants appelaient ambitieusement “la rivière” étincelait comme un ruban d'argent entre les saules rabou-
ES
gris aux feuillages tremblants
qui se penchaient sur ses rives,
Plus loin l'usine, par les che neaux, crachant une fumée étendait ses noires muraill
minées de ses hauts four.
rouge balayée par le vent, es au bas de la colline, dont es assises de rochers étaient percées de larges trous servant à l'extraction du minerai.
A dessus de ces excavations verdoyaient les vignes, qui produisent un petit vin blanc ayant un goût de pierre à fusil et qu’on vend couramment sous le nom de vin de Moselle, Le ciel, d'un bleu pâle, était inondé de lumière, une brume transparente comme un voile léger flottait sur les hauteurs, Une paix profonde s’étendait sur cette riante nature. Et l'air était si pur qu'à travers l’espace le bruit assourdi des marteaux de la forge montait de la vallée jusqu’à la forêt.
Engourdi par ce calme qui l'enveloppait, le jeune chasseur restait immobile. Peu à peu, le paysage avait cessé d'attirer ses yeux Un sentiment de bien-être profond l'avait envahi, ses idées se perdaient dans un vague délicieux. Et il suivait en souriant sa pensée qui vagabondait dans le lointain du passé-. Le soleil tournant dans sa course, dorait les cimes rougissantes de la fataie:; une chaleur lourde montait des bruvéres et le silence des bois devenait plus recueilli.
I fut brusquement tiré de sa méditation. Un museau frais venait de se poser sur ses genoux, pendant que deux veux aux regards humains lui adressaient une muette prière.
— Ah! ah! dit le jeune homme, tu t'ennuies, toi, mon bon vieux,? Allons, ne t’impatiente pas, nous repartons,
Et se levant avec un soupir, il remit son carnier en
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ne bandouillière, Passa son Fusil sous son bras, puis, traversant la route, il sauta un petit fossé et entra dans la taille,
Le chien marron battait déjà les grandes herbe, Tout à COUP, il s'arrêta auprès d'un roncier, Ja patte haute, le cou replié, immobile comme s'il était changé en pierre, Sa queue “agitait faiblement et, de ses Yeux, semblait appele: son maître. Celui-ci fit rapidement quelques pas. Au même moment, bondissant hors de son gîte, un grand lièvre déboula, montrant sa croupe jaune et filant comme une balle, Le jeune homme épaula son arme et fit fou Avec précipitation. Quand la fumée qu Coup fut dissipée, il aperçut sans étonnement, mais avec enpui, son liévre qui disparaissait dans le grand bois.
— Encore un de manqué! murmuract-il.
Et, se tournant vers l'épagneul qui l'attendait avec un air résigné: Quel malheur, hein? Ty l'arrêtais si bien !
Au même moment, un coup de fusi éclata sous ln futaie, à cent mètres du jeune chasseur, Puis, après une minute de silence, un bruit de pas se fit entendre dans le gaulis, les branches s'écartèrent et un vigoureux gaillard, vêtu d'une blouse de chasse en toile bleue, chaussé de grandes bottes ot COIé d'un vieux chapeau, apparut sur le bord du bois, L'une main, il tenait son fusil; de l'arcre, il portait, par les pattes de derrière. le lièvre qui venait de sortir si vivement de son gîte.
— Î paraît que vous avez été plus heureux que moi ? dit en souriant le jeune chasseur en se dirigeant vers le nouveau venu
— Ah! c'est vous qui avez tiré, monsieur? dit l'homme à la blouse.
— Oui, et fort maladroitement, parti dans les jambes et je fusil à vingt pas.
— En effet, ce n’est pas brillant! reprit l’homme à la blouse avec ironie, Mais comment se
cur cel anima! m'est lui ai envoyé mon coup de
ait-il, monsieur, que vous chassiez dans cette partie de la forêt ?
— Mais j'y chasse, dit le jeune homme avec un léger étonnement, parce que j'en ai le droit.
— Je ne le creis pas: ces bois appartiennent à M. Derblay, qui ne permet à qui que ce soit dy mettre le pied.
— Ah! ah! le maître de forge de Pont-Avesnes? reprit avec un peu de hauteur le jeune homme. Si je suis chez lui, c’est sans le savoir, et j'en suis tout à fait désolé. Je me serai égaré. Vous êtes sans doute Je garde de M. Derblay ?
— Et vous-même qui êtes-vous ? dit l’homme à la blouse, sans répondre à la question qui lui était posée.
— Je suis le marquis de Beaulieu, et je vous prie de croire que je n’ai pas l’habitude de braconner.
À ces mots, l’homme à la blouse rougit beaucoup, et s’inclinant avec déférence :
— Veuillez m’excuser, monsieur le marquis; si j’avais su à qui j'avais affaire. je ne me serait pas permis de vous aborder et de vous demander des exp.ivations. Continuez votre chasse, je vous prie, c’est moi qui me retire,
Pendant que son interlocuteur parlait, le jeune marquis l’observait plus attentivement. Sous son costume rustique, il avait bonne façon. Sa figure encadrée d’une barbe noire, était belle et intelligente, Ses mains étaient fines et soignées, De plus, il venait de suspen-