‹ Le maître de forges [microforme]Chapitre 10 sur 26 · LU · texte numérisé non relu

LU

Et, prenant un sac de cuir rouge Laindré lo sc armes,

qu'elle avait posé sur un fauteuil en entiant, elle ne dressa un coup d'œil à son mari.

Celui-ci, empressé, s'approch pour a débarrasser, mais elle, retirant le sac avec vivacité :

— Non, pas vous, dit-elle, vous êtes trop distrait, Et cela veut des ménagements. Tenez, vous, Octave, Et, une seconde fois, du regard, elle montra la marquise à son mari.

— Chère amie, très flatté de votre confiance, riposts Préfont avec un sourire. Allez, Octave, mon bon, faites la corvée. Moi, je tiendrai Compagnie à votre mère.

La baronne, heureuse d'avoir été comprise, fit un petit signe approbateur au baron et, prenant Claire par le bras, comme pour être plus sûre qu'elle ne troublerait pas en restant, ke tête-à-tête qu'elle avait ménagé à son mari avec la marquise, elle sortit en fredonnant un air.

Le baron, grave et recueilli fit quelques pas en silence. La marquise, enfoncée dans sa bergère, regardait vaguement devant elle. Le salon était sombre, Le feu, que, par cette fraîche soirée d'octobre, elle avait commandé d'allumer, pétillait dans la large cheminée de granit rose, €t faisait, par le mouvement de ses flammes, danser

de grandes clartés au plafond. La marquise se disait que peut-etre les nouvelles a pportées de Paris par le baron étaient meilleures que celles données par Bachelin el jour même, Et elle se reprenait à espérer. Déjà, audessus da salon, à l'étage supérieur, le pas vif et rapide des jeunes gens parcourant les appartements se faisait entendre. La vieille demeure s'emplissait d’un mouvement inaccoutumé, Et des fredons, laissés par Ja baronne derrière elle, comme nne trace subtile, vibraient joyeusement dans l’air.

Enfin la marquise, s'arrachant à sa méditation, leva les yeux, et, voyant le baron planté devant eile dant ses ordres, elle adr colique sourire.

— Eh bien! mon neveu, dit-elle, vous avez des confidences à me faire? Je me doute bien un peu de il s’agit, et vous m’en voyez fort peinée

, ättenessa au jeune homme un mélan-

ee dont

— C’est une triste affaire, en effet, ma tante, répondit soucieusement le jeune homme, et la considération dont jouit notre monde n’en sera Pas accrue. Hélas! Quand un des nôtres manque à son devoir, la faute commise par lui retombe sur tous ses pairs.

seule supériorité sur les autres el la fidélité à la chose jurée.

Nous n'avons qu'une asses de la société : c’est On dit encore, en manière de proverbe: “ Une parole Ge gentilhomme.” Bientôt

en Voyant que nous ne tenons pas notre promesse, com-

me le premier venu, on le Hous reconniîtra niéme plus ce suprême respect de la foi engagée,

perdu notre dernier bon renom.

Une larme brilla dans les yeux de la

Et nous aurons

Marquise, of,

levant ses mains fines et amaïgries verse le baron : — Dites-moi tout, ne 1:

ne Cachez rien: je sais déjà,

+ 08 Gent ous

grâce à l’activité de mon brave Bachelin, que le due de Bligny est à Paris depuis six semaines.

— Ah! vraiment märquise, vous savez tout cela! dit amèrement le baron, et savez-vous aussi qu’il y est en train de se marier -

— De se marier! s’écria avec stupeur madame de Beaulieu, en se dressant dans sa hergère, le visage tout A * :

pâle sous ses cheveux blancs.

— Oui, ma chère tante. Pardonnez-moi la rudesse

de ma franchise : mais en pareille matière, je pense qu’il aut mieux aller droit au but.

— De se marier! répéta lentement la marquise,

— Le due à fait tous ses efforts Pour que la nouvelle ne s'ébruitât pas, Mais Je futur beau-père, qui est, paraît-il, un bourgeois tout ce qu'il a de plus vulgaire, est moins discret. Il exulte, le brave homme! Sa fille, pensez done, sa fille, duchesse ! L'histoire m'a été contée par Castéran, un intime de Bligny, qui sait comment la négociation s'est engagee. Et j'ai le regret d’être cbligé de vous avouer, ma tte. qu'il n'est rien de plus lamentable. Pnaginez vous que le duc, à peine arrivé de Saint-Pétersbourg, sos engagé dans une fort grosse partie qui se poursuiygit au cercle depuis quelque temps, Très durement traité par la chance, il fut bientôt an bout de ses ressources, qui étaient fort maigres, l'out recours à la caisse du cerele, et trouva des fonds pour faire face à ses engagements. ll continua à jouer duns de telles Proportions que dans une seule semaine ses différences e montèrent À deux cent emaquante mille franes, H parait qu'il avait complètessent perdu la tête, [1 était affolé par le gnignon, ot s Jetait dans la mêlée en aveu-

gle. En deux soirées, 1 rouaona tout, paris repordit

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cent mille francs. Et, enfin. resta avec une culotte définitive de deux cent mille franes,

La marquise regarda son neveu et d’un ton interrogateur :

— Une culotte ? répéta-selle.

— Excusez-moi, ma tante, dit le baron avec flegme, c'est le terme consacré, Pour exprimer une grosse perte au jeu, on dit une culotte.

— Une culotte de deux cent mille francs, fit la marquise avec un triste sourire, c'est de l'étoffi chère !

— D'autant plus que (raston n'avait pas le premier sou pour payer. Et, dans les cercles, ces sortes de dottes s'acquittent dans les vingt-quatre heures, sous peine d'être affiché et exclu. La Situation du duc était donc fort critique. Mon Dieu! ;] aurait pu s'adresser à {a famille, Quoique toute notre fortune soit en biensfonds, la baronne et moi nous lui aurions bien trouvé une partie de la somme, Il eût Pu prendre de

s arrange.

ments pour le reste. (Gaston ve Songe point à s'adresser à nous. on plutôt, il ne le voulut point. Castéran le lui avait conseillé cependant Le malheureux garçon

s'enferina dans Nil chambre, äu céercie, et se plongea

dans de pénibles réflexions. 11 @ rendait compte qu'il AV&it gravement entamé sn position mondaine et qu'il avait compromis son av nir, (C'est alors qu'intervint Prusidence, sous la forro du futur beau-père, que Gaz ton, mi'a-t-on dit, n'avait Jamais rencontré qu'une senl LATE Felui Btra résolument en matière ot tint à Blienx à peu pre { langage : “# Monsieur lo d de t nt mille francs: il faut que vous von

Procuriez dans la journée, et vons ne vo is les procu. Et comme le due se levait vivement pour un pareil entretien ave

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