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Le jeune homme reprit, comptant lentement :
“ Un, — deux, — trois, — feu!”
Claire vit les deux pistolets s’abaisser menacauts. Dans cette seconde suprême, elle perdit la raison, Un mouvement invincible la jeta en avant, elle poussa un cri, franchit d'un bond les marches du kiosque et, se ruant au-devant du coup qui menaçait Philippe, elle boucha de sa blanche main le canon du pistolet de Bligny.
Une détonation éclata. Claire devint pâle comme une morte, Et agitant avec ivresse Sa main labourée et sanglante, elle éclaboussa dt larges taches rouges le visage du duc, Puis poussant un profond soupir elle tomba évi nouie.
Il y eut un moment de confusion jndeseripti ble. Le duc avait reculé plein d'horreur, en sen tant tomber sur lui cette pluie chaude et ver meille, Philippe, d'un bond, avait saisi Claire et, la soulevant comme il eût fait d'un enfant, i l'avait portée dans la voiture qui attendait à détour de la route.
Les veux de la jeune femme étaient fermés Anxieusement, le naître de forges, aidé par | médecin, souleva ja pauvre main mutilée. Il ba sa avec adoration cette chair qui souffrait pou lui.
Très assombri, le médecin, avec nne adress de femme, avait manié le bras de Claire.
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— Rien de brisée, dit-il enfin avec allégement, Nous en sommes quittes à meilleur compte qu'on ne pouvait l'espérer. La main, il est vrai, sera bien abimée... Mais madame Derblay s'en tirera en n'ôtant point ses gants.
II se mit à rire, retrouvant son sang-froid d'opérateur. Puis, il arrangea les coussins de la voiture pour que la jeune femme fût bien à l'aise,
Philippe, encore bouleversé, ne quittait pas Claire du regard... Non évanouissement prolongé l'inquiétait. Le baron, en l'appelant, je “amena à la situation, La Brède, très agité, accompagnait M. de Préfent.
— Je suis chargé, monsieur par le duc de Bliguy, de vous exprimer son profond regret du malheur dont il est la cause bien involontaire, L'accident arrivé à madame Derblay lafflige gravement, et ses idées se trouvent fort modifiées. Il Ini parait maintenant jmpossible de donner suite à l'affaire engagée. Le courage de mon ami est au-dessus de toute discussion. Le vôtre également, monsieur. Nous sommes tous gens d'honneur... Le secret de ce qui vient de se passer sera fidèlement gardé,
Le maître de forges dirigea ses regards vers le duc, Blhigny, tremblant et livide, adossé à une bartäère, essuvait machinalement son visage, Et chaque fois, avec un écoeurement douloureux, il ramenait la fine batiste marquée d'une tache ronge, Il pensa que sa balle aurait pu atteindre Claire mortellement, briser son beau front, où trouer sa blanche poitrine, En cet instant, il se jugea sévèrement, eut horreur de ce qu'il avait fait, et résolut de s'écarter à ja-
mais de Ja r ute de celle qui, à cause de lui, avait tant souffert.
La Brède continuait à parler à Philippe avec une émotion qui ne lui était pas habituelle. Le maître de forges entendit vaguement que Île jeune homme lui témoignait ses regrets personnels. I1 se laissa serrer, par lui, la main avec vigueur. Et, voyant le due qui s'éloignait, entraîné par Moulinet, il poussa le médecin dans la voiture, monta sur Je siège, prit les gui@es et partit rapidement.
Dans la grande chambre tendue de vieilles tapisseries sur lesquelles de jeunes déesses emplissaient la coupe de guerriers, Comme pendant la longue maladie de Claire, Philippe, silencieux, était assis an pied du lit.
La jeune femme, en proié à la fièvre, n'ayant pas encore repris connaissance depuis une grande heure, s'agitait Sur SON oreiller. Elle ouvrit les yeux. Son regard vague chercha Philippe. Le maître de forges se leva vivement et se pencha ve rselle. Un sourire passa sur les levres de Claire, De son bras nu elle entoura le cou de son mari et l’attira tendrement. Dans son cerveau troublé, la notion exacte des choses n'était pas encore revenue. Ïl lui semblait flotter immatérielle dans des espaces célestes. Elle ne souffrait pas. Une langueur délicieuse lPavait envahie. Si bas, que Philippe l’entendit à peine, ele murmura :
— Je suis morte, n'est-ce pas, mo bien-aimé, et morte pour toi? Que je suis heureuse! Tu me souris, tu m'aimes. Je suis dans tes bras. Et quelle adorable éternité!
Soudain le son de sa voix la réveilla. Une douleur aigueJui traversa la main. Elle se rap-
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pela tout: son désespoir. ses angoisses et son sacrifice.
— Non! j'existe! s'écria-t-elle.
Elle repoussa Philippe, et, le regardant, éperdue, comme si sa vie ou sa mort allait se décider par une parole:
— Un seul mot, dit-elle, réponds! M'aimes-tu”?
Philippe lui montra un regard rayvonnan’ d’ivresse :
— Oui, je t'aime, répondit-il. Il + avait deux femmes en toi. Ceile qui m'a fait tant sonffrir n'est plus. Toi, tu es celle que je n'ai jamais cessé d’adorer.
Claire poussa un cri, ses yeux s'emplirent de larmes, elle s’attacha désespé. ment à Philippe, leurs lèvres se touchèrent, et, dans une extase inexprimable, ils échangèrent leur premier baiser d'amour.
Tante Rabat-=Foic
La fille ’un colonel, aux allures très mili-
taires et véritable enfant terrible, mais douée d'un excellent cœur, quitte le couvent au moment où son père viens de se remarier avec une jeune femme un peu excentrique. Elle surnomme sa belle-mère 7Zunte Rabat-doie, prend la résolntion de ne rien changer à ses habitudes et met à profit son pouvoir sur son père pour faire toutes ses volontés.
L'auteur a voulu écrire pour les jeunes filles un roman qui soit un vrai roman et un roman gai. Il y a entièrement réussi, grâce à sa verve prime-sautière et à son «trainante belle humeur. ‘Il n’a pas prétendu faire de son héroïne, si sympathique qu’elle soit, un modèle à suivre en tout point ; mais les censrurs les plus sévères seront désarniés par la fr: achise la droiture, la bonté foncière et l’inaltérable gaieté de Mile Georgette de Prèves.
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