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dis qu’une voix fr jour, tous !”
soyeux en sortit avec une percevoir sur le marche mordorée, surmuntée d'une j danse un !
Le soir du jour où Bachelin de Beaulieu deux nouvelles également mauvaises, celle de la perte du procès et celle qu séjour de Gaston à Paris, la marquise, encore tout étourdie d’un si rude coup, était assise au fond de sa bergère dans le grand salon donnant sur la terrasse. Elle réfléchissait profondément et ses impressions douloureuses se trahissaient sur son Visage, Le marquis, en entrant brusquement, arracha la bonne dame à ses tristes pensées. Elle tressaillit, regarda un instant son fils avec inquiétude, comme si elle se fut attendue à Un nouveau malheur. Et le voyant les veux calmes, la bouche souriante, elle poussa un soupir:
— Qu'estee donc ? dit-elle,
— Ce sont nos cousins de Préfont mère, répondit le jeune homme, passer la grille, il entre dans la grande avenue.
Le break, décrivant une courbe savante, \ arrêter. Une tête rieuse. coiffée d’une toque garnie de lophophore, apparut brusquement : la portière. Une main gantée de peau de Suède s'agita violemment, tan-
aîche et sonore criait : “ Bonjour ! bon-
avait apporté au château
qui arrivent, ma Le break vient de
venait de s’y
Le jeune marquis était déjà à la Voiture, Un flot
extrême vivacité, laissant apied une petite bottine en peau Jambe charmante, moulée 185 dé soie gris. Et la baronne de Préfont, en
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personne, bondit dans les bras de la marquise, l'embrassant et disant d’une voix entrecoupée :— Ah! ma tante, que je suis contente! Ah! ma bonne tante! Il yasi longtemps! Et vous, mes bons amis...
Et se jetant avec expansion dans les bras de mademoiselle de Beaulieu, elle recommença ses tendres exclamations accompagnées de vives caresses :
— Ma chère Claire! 11 me semble qu'il y a un siècle!
Puis, sans hésiter, elle passa à Octave, par qui elle se laïesa embrasser sur les deux joues. Après quoi elle échangea avec lui de vigoureux shake-hands à l'anglaise en riant, en faisant bruire sa robe, en reprenant respiration au travers de ses cris de satisfaction. enlevant d'assaut en un instant le château et ses habitants, avec une joie affectueuse et débordante. Puis, tout à coup, redevenant sérieuse, la baronne s’écria :
— Ah! mon Dieu! Et mon mari? Elle chercha vivement autour d’elle: Est-ce que j'ai déjà égaré mon mari ?
Une voix douce lui répondit: Me voici, chère amie ; j'attendais patiemment la fin de vos effusions, pour snluer ces dames à mon tour.
Et, sortant de l'ombre, un jeune homme d’une trentaine d’années, correctement vêtu d'un costume de voyage, le sac en bandoulière, apparut en pleine lumière et, avec une politesse souriante et tranquille, s’approcha de la marquise et de Claire.
— Eh bien! saluez! reprit vivement. la pétulante barônne. Là! c’est fait! Maintenant, allez surveiller jo débarquement de mes caisses. Je vous recommande spécialement la grande boîte noire où sont mes chapeaux. Vous m’en répondez, sur votre tête ?
— Oui, chère amie, répondit Paisiblement le baron.
Et se tournant vers Octave, qui lui serrait la main:
— Dix-neuf colis, mon ami! ajouta-t-il, avee un sourire résigné. Trois cents kilos d’excédent ! Je crois que ma femme transporte de lartillerie !
Les dames rentraient dans Je salon. Ja baronne, se penchant vers la marquise :
— Ah! ma chère tante, chuchota-t-elle avec volubilité, en levant les JEUX au ciel, que de Choses nous avons à nous dire !..
Et serrant les mains de là marquise d’un air attendri :
— Vous savez que nous vous aimons et Que rien de ce qui vous touche ne nous est indifférent ….
Et comme madame de Beaulieu regardait avec inquiétude Claire déjà attentive et prêtant l'oreille :
— Oui, je sais. Enfin! Mon mari vous dira tout...
Si nous nous asseyions.….
Et passant comme un tourbillon entre madame de Beaulieu et Claire, la baronne alla s’enfouir au fond de la bergère de la marquise,
— Là, maintenant, Parlez-moi de VOus. Qu'est-ce que vous faites ici? A quoi occupez-vous votre temps ? Et Octave? Et votre voisin, le maître de forges ?... Oh! Dieu ! qu'est-ce qu’on deviendrait, si on n'avait pas un peu de tête ?
Se pelotonnant dans son large siège, la baronne fer- Ma doucement les Yeux, s’apprêtant à écouter de tout Son cœur sa tante et & Il y eut un instant de silence, et Presque sans transition. Comme un oiseau Chanteur qui, après avoir lancé sa dernière roulade, s’endort au bord de son nid, Ia Parisienne. fatiguée par le Voyage, laissa tomber doucement sa iâte alourdie sur je dossier garni de vieilles Suipures, et le souffle léger qui
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passait entre ses lèvres entr’ouvertes indiqua qu’elle cédait au sommeil.
La marquise et Claire échangèrent un bienveillant sourire, et, prenant chacune leur ouvrage, attendirent le réveil de la charmante femme restée si enfant.
La baronñe de Préfont, née Sophie d’Hennecourt,— ironie des dénominations ! — Sophie, ce nom de sagesse, donné à cette folle! était la fille unique d'une sœur du marquis de Beaulieu. Elle avait été élevée avec Claire. Elle faisait partie, au couvent, du clan des nobles si rude aux petites bourgeoises. Et elle aussi avait connu Théritière de M. Moulinet. Cœur d'ange, mais cervelle d’oiseau, elle passait sa vie à réparer par sa bonté le mal qu’elle avait fait par sa légèreté. Elle n’avait Pas peu contribué à la haine qu’Athénaïs avait vouée à mademoiselle de Beaulieu. C'était elle qui avait, dès le premier jour, surnommé mademoiselle Moulinet !a petite Cacao. Et comme une bataille entre ces écolières de treize ans avait failli s’engager, c'était (Claire, grande, forte et plus raisonnable, avec une nuance de hauteur, qui avait mis le holà.
Athénaïs avait été plus irritée contre celle qui s’interposait que contre celle qui’attaquait. Et pui: mademoiselle de Beaulieu, par la fermeté précoce de son caractère, imposait à toutes ses compagnes. Elle était cn quelque sorte l’incarnation de cette aristocratie qui rendait la vie si dure à la petite Moulinet. Ce fut elle, qui, par sa supériorité, atira la rancune de l'enfant dédaignée. E
La vérité était que jamais Claire n’avait rien fait à Athénaïs. Mais leur deux natures étaient absolument opposées l’une à l’autre. Tout en cette patricienne offensait et froissait cette bourgeoise: l'élégance de sa
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taille, la blancheur de ses mains, la riche simplicité de “°R Costume, jusqu’à son Papier à lettre timbré d’ini. tiales coloriées, et Jes gants qu'elle portait pendant ls récréations.
Claire et ses amies se tutoyaient entre elles, Athé. naïs affecta de les tutoyer toutes, ]] Y eut de terriblas discussions dans ce petit monde en miniature, Sophie d'Hennecourt, eXaspérée, ne voulait Pas supporter Je tutoiement ct disait: “vous” à la fille du Chocolatier. Claire, riant de ces distinctions qui lui paraissaient puériles, tutova Athénaïs, Et celle-ci vit dans cette familiarité une injure. L'hostilité de la petite Moulinot n'échappa point à Claire, Elle affecta de n'en pas tenir Compte. Et, à son insu Peut-être, son dédain pour A- ‘thénaïs s'accentna,
Entre-mademoiselle d'Hennecourt et Cacao, Ja guerre était incessante et aigue. Un jour, Sophie, revenant du Parloir, arriva dans la cour avec un sac de chocolat. Elle en offrit à tontes ses CoOMpagnes, et, s’approchant d’Athénaïs avec un air obligeant, elle le lui tendit en di- Sant: En veux-tu 2 Oh! tu peux te risquer! il ne vient as de chez toi, c'est du Marquis :”?
La petite Moulinet blêmit de rage, ef, sautant sur le sac, l'envoya à a volée dans une {enêtre dont la vitre tomba en éciat sur le sable, Un bousculide s’ensuir it, au cours de laquelle Athé: is, violemment Potissée, se COUpa la main sur un fragment de verra Ju était resté fixé au soubassement du UF. La Violence de sa colère, la peur de voir son sang couler, firent über la petite Moulinet san: CoNnaissance. Par un revirement de s4 nature prime-sautière, Sophie saisit Athénaïs dans se3 bras, aida à la conduire À Pinfirmerie, en s’accusant et En pleurant, désolée d'être là catisc de tout ce mal.
A partir de ce jour, la scène changea. Athénaïs ce init ouvertement à la tête des bourgeoises, et la cour fut divisée en deux camps: les nobles d'un côté, les riches de l’autre. Ces enfants grandissaient, et leurs quer2lles avaient pris une aliure discrète et sournoise qui sentait déjà les leçons du monde. Elles n’en étaient plus à se griffer avec les mains, mais elles se déchiraient bien plus cruellement par la parole. Claire, hautaine et dédaigneuse restait à l'écart et ne prenait pas part à ja guerre. Elle n’en était pas moins exécrée. Entre elle et Athénaïs, il y avait une lutte sourde engagée, Il ctait établi que mademoiselle Moulinet était l’antagoniste de mademoiselle de Beaulieu, et vraiment, les deux adversaires étaient d’égale force.
Le pere Moulinet était en train d’amasser une fortune colossale. On prétendait qu’il avait trouvé un procédé pour faire de la vanille avec du charbon de terre, et qu’il remplaçait dans son chocolat le CaCoa par des àmandes grillées. Cette chimie alimentaire lui rapportait chaque année des sommes immenses. Et dans Je monde parisien, l'industriel commençait à compter comme une valeur financière. Il venait d’être nommé juge au tribunal de commerce, et ses amis, quand on parlait de lui, hochaient gravement la tête en disant: C’ext un homme très fort.
Moulinet, jovial et familier, disait volontiers en parlant de lui: “ Papa a le sac! ” Au demeurant fort vulgaire, mais pas méchant. Capable de rendre service à condition qu’il eût intérêt à le faire. Très désireux d'élargir le cercle de ses relations et d’épurer sa sociélé, regardant {oujours au-dessus de lui et jamais au-dessous. C’était ainsi qu'il avait réussi à toujours aller en montant.
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Un beau jour, il vint au Sacré-Cœur dans un admirable landau à deux chevaux, fit appeler sa fille au parloir, et Athénaïs ne reparut plus au couvent. Elle àvait alors seize ans. Ses compagnes la renContrèrent 1e Uimanche au Bois, dans la Superbe voiture de son père. Et de loin, elle Jeur adressait des sourires, les reconnaissant avec cmpressement, comme avide de saluer Ju haut d’un si bel équipage,
Quelques mois plus tard Sophie ct Claire rentrèrent également dans leur familles. Et Ja guerre cessa faute d’ennemies,
Cependant la haine s'était conservée vivace dans le cœur de mademoiselle Moulinet, Elle suivait des yeux ses rivales. A l'opéra, de la loge de seconde que son père s'était procurée à grand'peine, ef], voyait avec colère esdemoiseiles d’Henne ourt cf de Beaulieu trôner au Premier étage dans une loge entre colonnes. C'était pendant les entr’actes un perpétuel va-et-vient de CAValiers élégants. Dans le salon du fond on Causait, on croquait des bonbons, Chez Mouiinet personne : le vide ct le silence.
Athénaïs se disait : Bien certainement, dans le nombre des visiteurs. i] SR aura un qui se déclarera et qui épousera Claire, = La beauté de mademoiselle de Beaulien était devenue adorable. Elle avait une exquise blancheur de blonde. Hit quand elle paraissait en robe rose décolletée, sans un bijou, elle soulevait Padmiration,
Ce fut Soj hie Qui se maria la première. Le baron de Préfont la demanda et le mariage se fit à Saint-A u-
£gustin en grande Pompe. Ce fut nne messe splendid. à laquelle mademoiselle Moulinet ne fut Pas invitée. Cependant, quelques anciennes du couvent prétendirent
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l'avoir aperçue très voilée, accompagnée d’une femme de chambre, et suivant, d'un des bas-côtés, la cérémonie. Cette reconnaissance offensive ne fut jamais prouvée, L'ombre d'un pilier protégea Athénaïs dévorant du regard ses ennemies, Claire ‘était demoiselle d'honneur et quêtait avec le petit vicomte de Pontac. Lorsqu'elle approcha de la place où mademoiselle Moulinet avait établi son observatoire, celle-ci se perdit dans la foule et s'éloigna. Mademoiselle de Beaulieu, indifférente, ne remarqua pas ce manège. Elle continua sa quête, en souriant avec douceur, et ne se douta pas que, si les regards pouvaient tuer, elle fut tombée morte au milien de léglise.
Sophie mariée, le duc de Bligny parti pour Saint- Pétersbourg l'existence de Claire était devenue très retirée. Et enfin, elle venait de passer six mois loin de Paris, Le souvenir d’Athénaïs était sorti complètement de son esprit. Et, .en regardant sommciller doucement la baronne de Préfont, dans la grande bergère, elle re songeait plus aux querelles dont cette charmante écervelée avait autrefois donné le signal.
La porte du salon, en s’ouvrant, éveilla la baronne. Elle vit entrer son mari ct Octave, et, se dressant vivement sur ses pieds, avec toute sa lucidité en un instant retrouvée :
— Ah! ciel ! vous m'avez laissée dormir! s'écria-t-elle, Et se mettant à rire: C’est donc ici comme dans les contes de fées, le château de la Belle an bois dormant. À peine arrivé, il faut fermer les yeux. Mais où est ie Prince charmant? Serait-ce vous, baron? Non, c’est Octave! Ma tante. pardonnez-moi.. c’est l’air de votre Pays qui est cause de tout! Il m’a fatiguée. On n'est pas habitué, à Paris, à une atmosphère de cette qualité.
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