ACTE PREMIER Î
dépasse toutes mes espérances. Il serait question poar moi d'une couronne.
CLAIRE
Royale?
ATHËNA.IS, gravement.
Non! Ducale seulement... Je serais duchesse i
CLAIRE, frappée.
Duchesse!
Elle reste songeas*.
ATHÉNAÏS
Tu ne me demandes pas le nom de mon fiancé?
CLAIRE, a vac trouble.
Moi? A quoi bon?
ATHÉNAÏS
Il faut cependant que tu le connaisses, c'est un devoir pour moi de te le dire. Il se nomme le duc de BJigny (5).
(Claire tressaille de douleur, et, pour ne pas tomber, se retient â la
I table.) M. de Bligny est ton parent, ton ami d'enfance. On a même parlé de certains projets d'union entre vous. J'avais à cœur de venir à toi, loyalement, de t'avertir et de te consulter.
CLAIRE, d'une voix étouffe*.
STe consulter? Sur quoi?
ATHÉNAÏS
Mais sur la véritable situation du duc vis-à-vis de toi Tu comprends que, s'il était vrai que vous fussiez promis l'un à l'autre, tu aurais pu m'accuser de t'avoir snJevé ton fiancé (8). Le duc m'a demandée en mariage, mais moi je ne l'aime pas. C'est à peine si je le connais. Lui ou un autre, que m'importe 1 Voyons! sois franche (7)l L'aimes-tu? Mon mariage avec lui te froissera-t-il, te déplaira-t-il seulement? Dis un seul mot et, je te le jure, je m'engage à rompre.
CLAIRE, fait nn mouvement de joie qu'elle réprime aussitôt.
Je te remercie. Mais sois assurée que je ne suis pas une femme qu'on abandonne et qu;on dédaigne. Si le duc était engagé envers moi, ne crois pas qu'il en épouserait
une autre. Non! Quand on est enfants, entre cousins, c'est de règle : la famille vous fiance et vous marie entre deux, sourires. Ce sont jeux du premier âge, mais on grandit vite, la raison vient, et les exigences de la vie bouleversent tous ces projets. Le duc a demandé ta main, dis-tu?... Epouse-le. Il eût été vraiment regrettable que vous n'eussiez pas été unis. Vous êtes dignes l'undel'autre.
ATHÉNAÏS
Comme tu me rends heureuse 1 Songe donc, quel rêve! Ta parente, ton égale, cette fois vraiment, et duchesse!
CLAIRE, amèrement.
Tout ce que tu mérites.
ATHÉNAÏS
Laisse-moi t'embrasser. (Elle prend la tête de Claire, qui se retire au contact des lèvres d'Athénaîs.) Sache que tu as en moi
une amie sincère et dévouée («).
CLAIRE
Tu viens de m'en donner la preuve.