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Le maitre des Heures du maréchal de Boucicant

Dans l’histoire générale de la pointure, il n’est pas d’époque qui soit plus décisive que celle qui correspond, pour la France, au règne de Charles VI (1380- 1422). C’est pendant cette période qu’est véritablement née la peinture moderne, j’entends que se sont dégagés et définitivement affirmés pour l’avenir certains principes essentiels, qui n’ont plus cessé dès lors d’exercer une vivifiante action et dont relèvent encore les maîtres de nos jours. L’étude du modèle individuel, substituée à la répétition des formules conventionnelles, l’observation des aspects de la nature aboutissant à la création du paysage vrai, la découverte et l’application des règles de la perspective, la préoccupation de rechercher la couleur locale et le caractère historique : tels sont quelques-uns de ces principes. A la fin de la période en question, ont apparu sur la scène du monde, comme les suprêmes représentants des idées nouvelles, en

Flandre les van Eyck, en Italie Gentile da Fabriano, Fra Angelico et enfin Masaccio. Il suffît de citer ces noms pour indiquer combien un tel moment des annales de l’art est important à étudier.

Dans le grand mouvement de rénovation qui s’est alors produit, la France a joué un rôle considérable. Nous possédons à cet égard un monument capital, qui nous montre quel point de maîtrise fut atteint dans le milieu créé par les rois et les princes de la maison de France, au plus tard en 1416. Je veux parler des miniatures des Très Riches Heures de Jean de France , duc de Berry , le trésor sans prix du musée Condé, à Chantilly.

Les miniatures exécutées pour le duc Jean de Berry dans le manuscrit de Chantilly ’ présentent une foule de traits qui intéressent à un très haut degré l’histoire des origines de la peinture moderne. Parmi ces traits on peut citer, entre bien d’autres, d’une part, la science du paysage et le talent pour le rendu, sous leur apparence réelle, des parties d’architecture; d’autre part, la tendance à élargir les sources d’inspiration par l’étude et l’imitation d’œuvres étrangères, et en particulier d’œuvres de l’école italienne; enfin, le souci de donner aux personnages, dans leurs vêtements, une apparence pittoresque, qui évoquât, autant du moins que le permettaient les connaissances de l’époque, l’idée des contrées lointaines où s’étaient jadis déroulées les scènes représentées.

Ainsi, sous les pinceaux des miniaturistes employés parle duc de Berry à décorer le volume de Chantilly, sont nées de délicieuses vues de la campagne française et d’étonnantes images d’édilices parisiens, tels que Notre-Dame, le Louvre, le Palais, la Sainte-Chapelle. Les mêmes pinceaux ont également produit de remarquables adaptations, d’après des compositions que les peintres italiens du xiv* siècle avaient traitées dans leurs tableaux et leurs fresques. Ou encore, quand il s’agissait de retracer des épisodes de la vie du Christ à Jérusalem et en Judée, la plus grande virtuosité a été déployée pour marquer ces épisodes d’un caractère accentué d’orientalisme par le choix des costumes et des types.

Reste une question à élucider. En dehors du talent d’exécution qui est admirable, faut-il, sur les points que nous venons d’indiquer, recon-

1. Toutes ces miniatures sont reproduites en héliogravure dans l’ouvrage que j’ai publié sous le titre de : Chantilly. Les Très Riches Heures de Jean de France , duc de Berry. Paris, Plon, Nourrit et C i# , 1904 in-folio.

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naître par surcroît aux miniaturistes des Heures de Chantilly le mérite de l’invention ? Ont-ils été les premiers en France à s’engager nettement dans les voies où ils ont si bien réussi ? Ou bien, au contraire, n’ont-ils fait que suivre un exemple déjà donné avant eux? Une enquête sur les manuscrits à miniatures, entreprise depuis vingt ans et poursuivie à travers presque toute l’Europe, m’autorise à conclure dans le second sens : les auteurs des chefs-d’œuvre contenus dans le volume du musée Condé ont eu des précurseurs.

Ces précurseurs, il est vrai, sont restés loin de la perfection atteinte ultérieurement ; mais ils n’en sont pas moins dignes d’être étudiés. Aussi bien l’heure présente convie-t-elle à cette étude. On s’occupe, en effet, en ce moment plus que jamais, des van Eyck. Or, pour comprendre ce que furent les van Eyck, il est indispensable de chercher à reconstituer le milieu dont ils sont issus et où ils se sont développés. Jadis, on se contentait à peu de frais. On voyait dans le génie des van Eyck un miracle de la nature, quelque chose comme le produit d’une sorte de génération spontanée. Aujourd’hui, où nous devons être plus rigoureux que nos devanciers, il convient de se demander si l’éclosion de ce génie, au lieu d’être un point de départ, n’a pas été une résultante. Avec les van Eyck, certes, la fleur s’est merveilleusementépanouie. Mais cette fleur, d’autres n’avaient-ils pas commencé à la faire germer ? Ainsi donc, même sous le rapport de l’histoire générale de l’art, il y a une grande importance à tâcher de dégager un peu de l’obscurité profonde, où elles sont encore ensevelies, les physionomies de ces vieux maîtres, parfois assez humbles en euxmêmes, mais qui ont été parmi les premiers à adopter les tendances libératrices développées ensuite au cours du xv' siècle, et dont la postérité a finalement bénéficié jusqu’à nos jours.

Étant donné le terrain sur lequel nous nous plaçons, le côté chronologique joue un rôle capital, et, pour rester dans la rigueur scientifique, il ne faut pas se contenter de vagues appréciations fondées sur le style, il faut avoir des éléments de dates indiscutables, fournies par des documents précis.

Or, pour un de ces maîtres, précurseurs encore insoupçonnés, il se trouve que nous possédons une série de miniatures peintes de sa main dans un livre d’Heures qui existait déjà, tout terminé, antérieurement au

17 août 1402. Nous pouvons, par conséquent, présenter le maître en question comme un artiste qui était en pleine possession de son talent

dès le début du

xv e siècle. C’est à ce maître que nous allons nous attacher. Ajoutons qu’une autre particularité encore contribue à le rendre intéressant. Les manuscrits permettent de reconnaître en quelle ville s’est écoulée une partie de sa carrière, et cette ville, où atleuri notre très ancien adepte des idées modernes, a été Paris.

L’œuvre capitale de notre maître, au point de vue du nombre et de la beauté des morceaux de peinture qui la composent, consiste en une série de quarante-trois grandes miniatures à pleines pages, qui illustrent

un livre d’Heures exécuté pour le maréchal de France Jean Le Meingre, dit Boucicaut, deuxième du nom, et pour sa femme, Antoinette de Turenne. Les Heures du maréchal de Boucicaut , après avoir eu, au cours des

Le MaIthe des II eûmes de Boucicaut.

La Mamciie au Calvaire.

Miniature des Heuresâa duc de Berry, ms. 11060 de la Bibliothèque de Bru&elles (p. 186 ).

siècles, cette étrange fortune d’appartenir successivement à deux maîtresses de rois, Diane de Poitiers et Henriette de Balzac d’Entraigues, marquise de

Simone di Mahtino. — La Marche au Calvaire.

Musée du Louvre.

Verneuil, ont été ramenées d’Angleterre en France, en 1887, par M. G. de Villeneuve, jadis président de la Société des Bibliophiles français. Depuis

; la mort de M. de Villeneuve, elles font partie des merveilleuses collections

de M mo Édouard André.

M. G. de Villeneuve a consacré au manuscrit dont il était propriétaire une érudite publication'. 11 a établi que le volume, avec sa très luxueuse illustration, avait été exécuté entre 1396 et 1416, limite de temps qui peut même très vraisemblablement être réduite à la période encore plus restreinte de 1399 à 1407. M. de Villeneuve a aussi indiqué que la main qui avait peint les miniatures du volume pour le maréchal de Boucicaut avait également exécuté les images d’un autre livre d’Heures, qui appartient à la Bibliothèque nationale de Paris, ms. latin 1161.

L’observation du savant président de la Société des Bibliophiles français était parfaitement exacte. Mais il existe bien d’autres manuscrits à miniatures dans lesquels on peut reconnaître, sans aucune hésitation possible, l’intervention du même miniaturiste, que je proposerai d’appeler, pour la suite de ce travail, le « maître des Heures de Boucicaut ».

Ce miniaturiste est, en effet, parmi tous ses contemporains, un de ceux dont le style individuel est le plus aisément reconnaissable quand on est familiarisé, par une longue pratique, avec les créations de la peinture au temps des premiers rois de la maison de Valois. Sous son pinceau, on voit sans cesse réapparaître, pour les têtes des personnages, certains types de prédilection, qui deviennent autant de points de repère. Dans ses visages, très souvent le maxillaire inférieur est trop développé et sa cour- ! bure est reportée beaucoup trop en arrière, parfois jusqu’à l’aplomb de

i- l’oreille, ce qui donne de la lourdeur et de l’empâtement aux joues. Le

rendu des yeux et des bouches dérive de formules spéciales, qui sont ! passées en habitude. Le dessus de l’œil est indiqué par une ligne d’épais-

t seur variable, tantôt droite, tantôt formant un peu l’accent circonflexe,

'• mais qui, dans les deux cas, offre cette particularité que, au moment où

elle arrive vers l’attache du nez, elle se relève nettement par un petit trait final lancé vers le front et qu’on pourrait comparer à une sorte de pointe de virgule renversée. Pour les bouches, le plus souvent, dans les figures masculines, les deux extrémités sont tirées vers le bas, de sorte que le

1. Notice sur un manuscnt français du XIV • siècle : les Heures du maréchal de Boucicaut. A Paris, pour la Société des Bibliophiles irancois, 1889. Gr. in-4% avec planches hors texte. C'est d’après cet ouvrage que nous reproduisons la miniature de Saint Georges tuant le Dragon.

dessin général décrit un petit arc de cercle dont le sommet serait sous le nez. L’abaissement des coins de la bouche a cet effet, dans bien des cas, de donner aux physionomies quelque chose de maussade et comme d’ennuyé. Beaucoup de personnages sont représentés barbus, et un trait à relever, c’est que leurs barbes sont presque toujours très régulièrement taillées en carré, au lieu de former la pointe simple ou fourchue, ou les rouleaux frisés que l’on rencontre chez d’autres peintres enlumineurs du môme temps. Enfin, les corps montrent une prédilection pour les statures élancées, et il peut arriverqueles bustes soient un peu courts et les tètes un peu petites, par rapport à la longueur des jambes.

Comme facture, le maître procède par une série de touches juxtaposées. Ces touches, il ne prend pas toujours assez la peine de les relier entre elles. Aussi, quand les proportions des figures atteignent une certaine dimension, l’exécution apparaît lâchée. Au contraire, plus les ligures diminuent d’échelle, plus elles gagnent en délicatesse et en netteté. On pourrait même dire que, suivant les cas, le maître a comme deux manières, une manière plus large, mais plus grossière, et une manière plus travaillée et plus poussée comme fini.

On relève une dualité du même genre en ce qui concerne le coloris. Généralement les miniatures du maître des Heures de Boucicaut sont

peintes avec toute la gamme des différentes nuances ; quelquefois, cependant, elles sont traitées plus ou moins comme des grisailles. Alors, ce que la facture a parfois d’un peu gauche se laisse voir plus à nu, et les pages en question prêtent souvent à la critique. Bien supérieures, en thèse générale, sont les miniatures entièrement polychromées. Notre artiste s’y tient toujours dans des tons très clairs et cependant harmonieux qui, combinés avec l’or, donnent dans l’ensemble un heureux effet décoratif. Il aime particulièrement à faire chanter ensemble un vert tendre et un vermillon gai, tous deux d’une note brillante. Il manque toutefois à son coloris d’être mieux fondu, et parfois le trop de limpidité des tonalités enlève de la solidité à l’accentuation des détails.

Tels sont les principaux traits d’après lesquels on peut arriver, en appliquant les règles d’une minutieuse critique d’observation, à retrouver et à grouper l’ensemble de l’œuvre du maître.

Cet ensemble se répartit, en dehors des Heures du maréchal de Boucicaut, sur un assez grand nombre de manuscrits, dispersés entre maintes bibliothèques publiques ou collections particulières. Il faudrait de longues pages pour décrire en détail tous ces manuscrits. J’énumérerai du moins ici brièvement les principaux d’entre eux.

Dans l’illustration de ces volumes, le rôle joué par notre maître est variable. Tantôt il apparaît comme l’auteur exclusif de toutes les miniatures. Tantôt il a travaillé en collaboration avec d’autres enlumineurs. Ces productions collectives elles-mêmes présentent des degrés au point de vue de la répartition du travail. Ici le maître des Heures de Boucicaut a été le protagoniste de l’œuvre, celui à qui ont été réservées les images les plus importantes par leurs dimensions, ou les plus en vue par leur place en tête des livres. Là, au contraire, les situations sont inversées et notre artiste est relégué à un plan secondaire, venant seulement compléter une série entreprise par d’autres que lui.

Parmi les manuscrits qui rentrent dans ce dernier cas, l’un se trouve être de première importance pour nous, à cause des éléments d’information qu’il offre sur l’époque d’activité et les tendances de notre artiste. Il s’agit d’un livre d’IIeures, qui est conservé sous le n° 11060 à la Bibliothèque royale de Bruxelles. L’histoire de ce livre d’IIeures a été reconstituée d’une manière certaine à l’aide des documents par mon illustre et

vénéré maître, M. Léopold Delisle 1 . Le volume a été exécuté pour le duc Jean de Berry. Un inventaire permet d’établir que, le 17 août 1402, ce livre était déjà, peut-être même depuis un certain temps, entièrement achevé, relié et incorporé dans les collections du duc Jean 2 . Un peu plus tard, entre 1403 et 1413, le duc de Berry le donna au duc de Bourgogne, et depuis lors il n’est plus sorti de la bibliothèque de Bourgogne.

Le MaItre dbs Heures db Boucicaut. — Nègres faisant une récolte. Miniature du Livre fies Merveilles du Monde, ms. fr. 2810 de la Bibliothèque nationale, f° 84.

Dans ce manuscrit viennent d’abord deux superbes miniatures, célèbres et plusieurs fois reproduites 3 , qui constituent comme une sorte de diptyque et mettent en présence, d’une part la Vierge assise, de l’autre le duc de Berry en prière, sous la protection de ses patrons saint Jean-

1. L. Delisle, Mélanges de paléographie et de bibliographie. Paris, 1880, in-8% p. 295-303.

2. 11 est inscrit dans un « inventoire des livres, joiaux et autres choses estans en librairie de Monseigneur..., fait le xvir jour d’aoust, Tan mil cccc et deux ». Voir la publication de M. J.-J. Guiffrey, Inventaires de Jean, duc de Berry. Paris, 1894-1896, 2 vol. in-8°, t. II, p. 120 et 132.

3. Ces miniatures, déjà reproduites en gravure au trait, ont été publiées pour la première fois d’après des photographies par Mgr Dehaisnes, dans son grand ouvrage sur l'Histoire de l'art dans la Flandre , l'Artois et le Hainaut avant le XV* siècle. Lille, 1886. 3 vol. in-4 # .

Baptiste et saint André. Ces deux pages sont dues à un maître de premier ordre, supérieur comme science technique à notre artiste même, mais qui est toujours resté tant qu’il a travaillé, jusque vers 1409, immuablement inféodé aux vieilles doctrines. M. le comte Robert de Lasteyrie a montré qu’il fallait reconnaître dans ce maître fidèle si l’ancienne tradition, non pas André Beauneveu, auquel on avait d’abord songé, mais Jacquemart de Ilesdin, peintre qui fut très en faveur auprès du duc de Berry 1 . A la suite de ce diptyque, les Heures de Bruxelles renferment encore dix-huit autres grandes miniatures à pleine page. Dans celles-ci, ce n’est plus le style ni la touche de Jacquemart de Hesdin que nous pouvons reconnaître, mais bien toutes les particularités spéciales à notre maître des Heures de Boucicaut, dans ce que j’ai appelé sa manière large. Si jamais deux séries d’œuvres ont été peintes par la même main, ce sont bien ces dernières miniatures et celles qui ont été exécutées pour le maréchal de Boucicaut dans le volume appartenant aujourd’hui à M mo Édouard André.

Des dix-huit miniatures en question qui suivent le diptyque de Jacquemart dans les Heures de Bruxelles, la première semble imitée du susdit diptyque ; elle réunit dans un seul tableau la Vierge et le duc de Berry, en oraison devant elle avec ses deux saints patrons. Les autres images représentent des sujets traditionnels dans les livres du même genre : scènes de la Nativité et de l’Enfance du Christ, Couronnement de la Vierge au ciel, épisodes de la Passion, enfin service funèbre pour l’olTice des Morts. Toutes ces miniatures sont de dimensions relativement fortes, mesurant environ 165 millimètres de hauteur sur 105 millimètres de largeur, et plusieurs d’entre elles déroulent des compositions développées à multiples personnages.

Voilà donc une importante série créée par le pinceau de notre maître à une date antérieure au milieu de l’année 1402. Or, dans cette série, notre artiste, rompant avec les habitudes conservées par Jacquemart de Hesdin, applique déjà nettement les principes nouveaux. Dans ses grandes miniatures de Bruxelles, les scènes sont comprises avec un parti pris analogue, en thèse générale, à celui qu’on adopterait encore de nos jours pour une peinture religieuse. Les personnages sont disposés d’une

i. Comte de Lasteyrie, les Miniatures d'André Beauneveu et de Jacquemart de Hesdin , dans les Monuments et mémoires de la fondation Piot , t. 1IÏ, p. 70-119.

Lb MaItre des Heures de Boucicaut. — Jean sans Peur, duc de Bourgogne,

RECEVANT LHOMMAGE D ’ U N LIVRE.

Miniature du Livre de* Merveille* du Monde, ms. fr. -810 de 1a Bibliothèque nationale, f* i26.

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manière pittoresque, sur des plans différents qui se succèdent les uns en arrière des autres. Dans les lointains, on voit des villes, des collines, des arbres qui se profilent, avec une recherche encore très gauche, mais cependant reconnaissable, des effets de perspective. D’autre part, certains ajustements visent à la couleur locale : aux scènes de la Passion prennent part, pour se rapprocher du récit sacré, des personnages auxquels l’artiste a cherché à donner un aspect d’Orientaux ou de guerriers romains. Enfin, ce qui est du plus vif intérêt, on constate une influence extrêmement accentuée de l’art italien. Ainsi la Marche au Calvaire reproduit un thème que les peintres des écoles florentine et siennoise du xiv e siècle ont plusieurs fois répété, qui a servi notamment, pour ne citer qu’un exemple, à Simone di Martino, dans un petit panneau qui est au musée du Louvre (voir les illustrations des pages 10 et 11). Même observation pour la Descente de Croix , qu’on peut rapprocher d’un autre panneau du même Simone di Martino, appartenant au musée d’Anvers.

Emploi, comme cadres des scènes, du paysage naturel, recherche de la couleur locale, imitation des œuvres de l’Italie : l’introduction de ces divers traits dans l’illustration d’un volume exécuté en France n’est pas spéciale à notre maître des Heures de Boucicaut. Mais on ne pourrait en citer d’autres exemples qui soient d’une date authentiquement aussi ancienne que celle à laquelle nous fait remonter le manuscrit n° 11060 de la bibliothèque de Bruxelles.

Ce manuscrit de Bruxelles vient de nous montrer notre maître travaillant pour le duc Jean de Berry, mais au second rang, après Jacquemart de Hesdin. Le même fait s’est répété à propos de deux ouvrages exécutés pour le même duc ; un Lectionnaire en 4 volumes, que le duc donna à la Sainte-Chapelle de Bourges (bibliothèque de Bourges, n os 33 à 36) et les Grandes Heures du duc, qui furent terminées en 1409 (Bibliothèque Nationale de Paris, ms. latin 919). Dans les Grandes Heures , telles qu’elles existent aujourd’hui avec de graves mutilations, la part de Jacquemart de Hesdin est tout à fait prépondérante. Notre maître des Heures de Boucicaut n’y a peint que trois images d’un intérêt secondaire 1 et peutêtre quelques-unes des figurines disposées sur les marges en manière de grotesques. Dans le Lectionnaire de Bourges, son lot est un peu plus consi-

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