‹ Le maitre des Heures du maréchal de BoucicantChapitre 4 sur 4 · Ms. français 23279, fol. 1 V, 53 et 60 v\ · texte numérisé non relu

Ms. français 23279, fol. 1 V, 53 et 60 v\

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Lk Maître des Heures de Boucicà^ut.

«Livre de Salmoxd, présenté au roi Charles VI Ms. français 23279 de la Bibliothèque nationale.

tures. Deux autres images, précisément de la main de notre maître, en ont été arrachées. Mais, par bonheur, la générosité de M. Jules Maciet a sauvé ces fragments en les faisant entrer au musée du Louvre.

3° Le tome II d’une Bible hisloriale (ms. français 10 de la Bibliothèque nationale). La part personnelle du maître s’y réduit à une grande miniature frontispice, en tête du volume, et une autre petite, qui suit la première.

4° Une traduction française de Tite Live (ms. français 259 de la Bibliothèque nationale). Le maître y a exécuté trois miniatures frontispices, dans sa manière lâchée, en faisant usage du vestiaire oriental.

5° Un bel exemplaire d’une traduction française de Boccace, que j’ai admiré à l’époque de l’exposition des Primitifs français, entre les mains du grand et généreux amateur anglais, M. H. Yates Thompson.

Citons encore une Bible hisloriale du Musée Britannique (ms. royal 15. D. 3), mais en indiquant que, dans cette Bible, la part du maître est relativement très restreinte.

J’arrive enfin à une dernière catégorie de volumes qui constituent peut-être, dans la totalité des œuvres du maître, la part la plus séduisante et la plus délicate d’exécution. C’est une série de magnifiques livres d’Heures, dans lesquels, presque toujours, toutes les miniatures, abstraction faite, bien entendu, des additions postérieures, trahissent la main de notre maître en personne.

Le roi de ces livres d’Heures est le manuscrit n° 469 de la Bibliothèque Mazarine, à Paris. Dans ce ravissant volume, l’artiste a mis tout son soin à exécuter avec le dernier fini seize pages à peintures 1 . Autour des sujets principaux, il a généralement distribué des médaillons contenant des épisodes accessoires empruntés aux évangiles ou aux légendes. La reproduction , que nous donnons ci-contre en héliogravure, d’une page de ce volume, montre quelle est la disposition adoptée. Mais il faut voir les originaux pour se rendre compte du charme et de l’éclat que l’heureux choix des tonalités et l’emploi des ors répand sur la plupart des tableaux.

i. Dans le courant du xv* siècle, le livre d’Heures aujourd'hui à la Mazarine a été la propriété d’un possesseur anglais. Celui-ci a fait remanier le volume. Le calendrier qui devait être en tête du livre a été enlevé; des feuillets, contenant des compléments de prières, ont été rajoutés (fol. 119 à 136, et 193 à la lin); enfin, deux miniatures ont été peintes en supplément (fol. 122 et 137). Toutes ces additions, tant pour le texte que pour les images, sont l'ouvrage de mains anglaises. ,

SCENES DE LA VIE DE LA VIERGE Paqe du .V» s 4G‘J de la Biblunheque .VLzar.ne •

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Les petites figurines, prises isolément, ne sont pas toujours irréprochables. Mais l’ensemble constitue, comme type de décoration appliquée à un livre de prière, un des plus délicieux chefs-d’œuvre que l’art de l’enluminure ait jamais fait naître en France.

Autour de ce brillant spécimen, on peut ranger, comme des satellites parfois presque aussi remarquables, au moins onze autres livres d’Heures, conservés à : Bruxelles (mss. 10767 et 11051 ' de la Bibliothèque royale) ; Londres (Musée Britannique, mss. Additional 16997 et Harley 2940 1 2 ) ; Paris (Bibliothèque nationale, mss. latins 1161 et 10538; bibliothèque Sainte- Geneviève, n os 2686 et 2701); Chantilly (musée Condé, n° 64 3 , provenant de l’ancienne collection Hamilton); Berlin (Musée, Cabinet des Estampes, ancienne cote II. S. 75) ; enfin, chez S. A. S. M* r le duc d’Arcnberg(volume ayant figuré en 1904, sous le n° 565, à l’Exposition de Dusseldorf). Voici encore d’autres livres d’Heures, mais dans lesquels il y a, à côté des peintures de notre maître, une part plus ou moins grande de collaboration : à la Bodléienne d’Oxford, ms. Douce 144, un très intéressant volume, formellement daté de Paris, ikOl ; au Musée Britannique, le ms. Egerton 1070; dans la collection de l’auteur, des Heures auxquelles nous empruntons une page représentant le roi David en prière; enfin, un luxueux volume, qui était jadis à Bayeux, et qui, en vertu d’une autorisation ministérielle, aurait passé dans la collection de M. Pierpont Morgan 4 .

Pour aucun de ces livres d’Heures le premier possesseur n’est exactement connu. Dans le plus beau de tous, celui de la Mazarine, une place avait été réservée -en tête de l’Office de la Vierge , pour recevoir des armoiries, et cette place n’a jamais été remplie. Mais on peut nommer quelques-uns des personnages qui ont ultérieurement détenu ces livres dans le cours du xv'et du xvi* siècle, et l’on constate que ces volumes ont été recherchés par les meilleurs connaisseurs. Ainsi le ms. Additional 16997 du

1. En tête du ms. 11051 de la Bibliothèque royale de Bruxelles a été ajouté un cahier, avec un Christ y qui est postérieur à l’époque de notre maître.

2. Dans le ms. Harley 2940, une Vierge assise , au fol. 175. n’est pas de la main de notre artiste.

3. Voir, pour la description matérielle de ce volume, le catalogue intitulé : Chantilly . Le Cabinet des livres. Manuscrits . Paris, Plon, Nourrit et C i# , 1900, 2 vol. in-4°, t. I, p. 58.

4. On trouvera la description matérielle de ce volume dans le Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques publiques de F rance y t. X, p. 338-339, n° 84.

Musée Britannique a appartenu à Étienne Chevalier, le fameux trésorier de France, pour qui Jean Fouquet a peint les célèbres pages de Chantilly. Le ms. latin 10538 de la Bibliothèque nationale, à Paris, est entré dans la bibliothèque des ducs de Bourgogne au temps de Jean sans Peur ou dans les premières années du gouvernement de Philippe le Bon'. Le ms. Egerton 1070 a passé parles mains du bon roi René, qui l’a fait approprier à son usage, tandis que le volume du musée Condé a appartenu, au xvi e siècle, à la maison de Guise, ce qui lui vaut même d’être désigné aujourd’hui sous l’appellation d 'Heures dites de François de Guise.

Ces livres d’Heures, du moins ceux dont on n’a pas retranché postérieurement le calendrier placé en tête de volume, présentent une particularité à peu près constante. Ils sont presque tous à l’usage du diocèse de Paris. Leur origine parisienne est confirmée par l’examen des détails, tels que l’écriture, la disposition du texte, l’ornementation, le cycle des sujets traités dans les images, etc. Si l’on additionne ensemble les miniatures qui les illustrent, on arrive à un total imposant de morceaux de peinture achevés avec un très grand soin. On peut donc conclure que, pour avoir enluminé autant de volumes faits à Paris, notre maître a dû forcément passer dans la capitale de la France une grande partie de son existence. Il y a aussi une conclusion à tirer du manque, dans ces livres d’Heures, de marques individuelles de provenance originaire. Cette conclusion, c’est que notre maître, tout en ayant été quelquefois employé par tels princes ou tels personnages déterminés, a très vraisemblablement été surtout, comme le fait est arrivé maintes fois, un artiste indépendant, un chef d’atelier, ayant son officine à Paris et travaillant pour gagner sa vie, sans savoir d’avance quels clients lui prendraient ses ouvrages.

Mais si notre maître des Heures de Boucicaut a beaucoup séjourné à Paris, il paraît bien qu’il ne s’y est pas cantonné exclusivement. L’observation résulte d’une découverte que j’ai faite dans un dépôt de livres très peu connu, la bibliothèque particulière des souverains d’Italie, qui est installée à Turin, au rez-de-chaussée du Palais Royal’. Là, j’ai rencontré encore

1. Le volume a été complété, à cette époque, par l'addition de quelques miniatures, dues à des mains flamandes, qu’accompagnent les armoiries de Bourgogne. Celles-ci sont d’un type ancien, que Philippe le Bon a modifié au cours de son existence.

2. Cette bibliothèque est tout à fait distincte de celle dont l’incendie récent, à Turin, a profondément ému le monde de l’érudition.

un livre d’Heures. Ce livre d’Heures (n° 14446) est d’un aspect modeste ; l'illustration s’y réduit à quelques compositions encadrées dans des lettres ornées. Les figures qui y jouent leur rôle sont de dimensions très réduites, mais elles sont parfaitement caractérisées, notamment par la courbe des maxillaires et le rendu des yeux, et elles trahissent, sans aucun doute possible, la main même de notre maître des Heures de Boucicaut.

D’autre part, les miniatures font corps avec le manuscrit qui les renferme. Rien ne permet de soupçonner qu’elles n'ont pas été peintes par le maître dès le moment de la confection du volume, dans des espaces blancs ménagés à dessein. Or, ce dernier livre d’Heures, retrouvé par moi à Turin, n’est plus un produit de la librairie parisienne, il n’est même pas d’origine française. Le caractère paléographique de l’écriture, les proportions du format, la nature du parchemin, en un mot, l’ensemble des particularités matérielles, décèlent un manuscrit exécuté dans lTtalie du nord. Bien plus, le livre porte le blason du plus ancien possesseur, et ce blason, c’est celui des Visconti de Milan. Nous surprenons ainsi notre artiste occupé à décorer un volume qui a vu le jour probablement à Milan même, et en tout cas dans le nord de la Péninsule.

Une explication très naturelle du fait se présente à l’esprit, c’est que notre maître à dû faire un voyage à Milan, ou dans la région voisine. Ce qui semble autoriser encore plus cette hypothèse, c’est que, dans la série

de ses miniatures antérieures au milieu de 1402, que nous offrent les Heures du duc de Berry conservées à Bruxelles, l’artiste nous apparaît, comme nous l’avons dit, tout à fait sous l’influence de l’art italien. Ajoutons que les documents écrits attestent l’existence de relations ayant existé, durant le dernier quart du xiv e siècle et les premières années du xv", au point de vue de l'art de la peinture, entre Paris et Milan.

Avant de commencer la rapide revue de manuscrits que nous venons de terminer, nous avons déjà indiqué quelles sont les caractéristiques principales des œuvres de notre maître des Heures de Boucicaut. L’ensemble de ses créations prêterait encore à d’autres observations générales. Je dois indiquer ici celles qui concernent en premier lieu les portraits, en second lieu la manière de disposer les fonds, troisièmement enfin le rendu des architectures.

Parlons d’abord des portraits. La répétition habituelle, sous le pinceau de notre artiste, de formules toutes faites, pour le dessin des visages, devait avoir et a eu, en effet, ce résultat de donner généralement aux têtes, dans ses peintures, un air d’analogie qui finit par devenir banal. Mais le maître ne s’en est pas toujours tenu à ses errements habituels. Dans certaines occurrences, il a cherché la ressemblance individuelle et exécuté de véritables portraits d’un haut intérêt iconographique. C’est ainsi que, dans le manuscrit même des Heures du maréchal de Boucicaut , il a représenté le maréchal, sa femme Antoinette de Turenne, et son frère Geoffroy Le Meingre '. Mais il faut citer surtout, comme œuvres qui le classent parmi les meilleurs portraitistes de l’époque, les excellentes effigies du roi Charles VI, du duc Jean de Berry et du duc de Bourgogne Jean sans Peur, qui se rencontrent dans le Livre de Salmon, le Livre des merveilles du monde, et le Propriétaire des choses de Béraud Dauphin d’Auvergne.

Passons aux fonds. Pour ceux-ci, le maître emploie deux systèmes, comme d’ailleurs l’ont fait encore beaucoup de ses successeurs jusqu'en plein milieu du xv e siècle. Tantôt il reste fidèle aux traditions des âges antérieurs, en plaçant seulement, derrière les figures, soit des plaques d’or bruni, soit des motifs de décoration, tels par exemple que de petits quadrillés ou de petits losangés où l’or alterne avec des compartiments

1. Les miniatures qui contiennent ces portraits sont reproduites dans la publication de M. G. de Villeneuve, signalée au début de notre travail.

de couleur. Tantôt, au contraire, il adopte le système moderne. Il fait des tableaux complets où il cherche à reproduire la nature, non seulement pour les figures, mais pour les cadres des scènes. Alors il peint le ciel, le paysage qui s’enfonce par plans successifs jusqu’à l’horizon. Son ciel, il est vrai, conserve encore assez souvent quelque chose d’archaïque. L’azur en est d’un bleu trop accentué, et surtout il apparaît semé d’étoiles

Le MaItre des Heures de Boucicaut.

Le Duc de Berry achetant des joyaux.

Miniature du Propriétaire fies choses, ms. français 9141 de la Bibliothèque nationale, f* 235 v«.

d’or, comme si l’on était dans la nuit, alors que les personnages sont modelés en pleine lumière du jour. Mais ccs traces d’archaïsme elles-mêmes disparaissent parfois et, dans plusieurs miniatures de la manière fine, qui sont les chefs-d’œuvre du maître, par exemple dans certaines images du Propriétaire des choses de Béraud Dauphin, du Trésor des histoires de l’amiral Prégent de Coëtivy, et de la plupart des Livres d’heures, on peut admirer sans restriction des lointains délicieux, fuyant, conformément aux règles de la perspective, sous un ciel habilement dégradé, où les rayons du soleil, largement épandus en traits d’or, jettent l’éclat d’une joyeuse lumière.

Un trait frappant dans ces paysages, c’est la fréquence avec laquelle l’auteur introduit, comme motifs pittoresques, à un plan plus ou moins éloigné, des représentations de cygnes nageant sur un cours d’eau. Ces représentations se reproduisent si souvent, et arrivent tellement à se transformer en une formule appliquée à satiété, qu’on pourrait être tenté de proposer, pour notre maître des Heures de Boucicaut , le second surnom de « maître aux cygnes »'.

Toutes les scènes, naturellement, ne se passent pas en plein air. Elles ontparfoispour théâtre un intérieur, comme une chambre ou une église.

Et même dans les paysages, il y a fréquemment une part très importante faite à des figurations totales ou partielles d’édifices variés. Ceci nous amène au troisième point que nous voulions traiter : le rendu des architectures par notre artiste.

Ce rendu, étant donné l’époque, est absolument remarquable. Jusqu’à l’apparition du maître des Heures de Boucicaut , tous les miniaturistes ayant travaillé en France, sans aucune exception, n’avaient apporté dans leurs images qu’une attention très médiocre à tout ce qui était architecture. S’ils devaient représenter

1. Ce n’est pas, bien entendu, que notre artiste soit le seul miniaturiste ayant travaillé en France qui ait portraituré l’oiseau de Léda. A son époque même, le duc Jean de Berry avait mis le cygne à la mode en le choisissant pour un de ses emblèmes. Les cygnes ont été ainsi reproduits alors sur toute une série d’objets exécutés pour le duc de Berry, depuis des livres jusqu’à des pièces d’orfèvrerie et des tapisseries, et cela sans que notre maître des Heures de Boucicaut ait pris la moindre part à la confection desdits objets. D’autre part, bien des miniaturistes, ayant à figurer un lac ou une rivière, ont eu l’idée très naturelle d’y placer des oiseaux aquatiques. Ce que nous voulons dire, c’est que notre maître a poussé sa prédilection pour les cygnes jusqu'à les employer à satiété, en motif banal. Voici, par exemple, parmi nos reproductions d’après les œuvres de l’artiste, une image du roi David et une de saint Jean l’Évangéliste. Les manuscrits d’où sont tirées ces images n'ont pas appartenu au duc de Berry. Rien donc, ni le sujet, ni la provenance, n’y appelaient la présence des cygnes ; et cependant, regardez attentivement les arrière-plans ; vous y découvrirez les Blancs oiseaux, qui semblent ici comme une marque d’atelier.

Le MaIthe des Heures de Boucicaut.

Saint Jban l’Évangéliste.

Miniature du ms. latin 1161 de la Bibliothèque nationale, f 20.

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Le MaItre des Heures de Boucicaut. — David en Page d'un livre d’Heurcs. appartenant au comte Paul Durrieu.

des monuments, ils faisaient de ceux-ci comme des accessoires conventionnels dont ils ne cherchaient même pas à mettre les dimensions d’accord avec les proportions des figures. Notre maître, au contraire, a visé à exprimer la réalité. Il s’est efforcé d’établir un juste accord entre les édifices et les figures. Il se plaît même à des dispositions savantes. Il nous montre des jardins entourés de galeries, une salle fuyante qui donne sur une autre pièce où l'on aperçoit, à travers la porte, le départ d’un escalier tournant, ou encore des chapelles avec la complication de leurs piliers et de leurs voûtes. Dans ces vues, les corps de bâtiments, les travées des édifices religieux, ou les pièces d’habitations bourgeoises sont représentées non plus de face, à la manière enfantine des âges précédents, mais sous des angles variés, si bien que le tracé des lignes, ce qu’on peut appeler l’épure générale de l’ensemble, pose de difficiles problèmes de perspective. Or, c’est avec une véritable science des principes géométriques que ces problèmes sont abordés dans nos miniatures. L’accentuation des détails prouve aussi une sérieuse connaissance de la technique architecturale. Notre artiste, par exemple, excelle à rendre l’apparence de certaines parties d’édifices qui sont construites en colombage, c’est-à-dire avec une ossature de bois apparente, dont les intervalles sont garnis d’un remplissage passé extérieurement à la chaux. Le maître des Heures de Boucicaut, sur ces points particuliers, est tellement en avance sur les autres miniaturistes qui, comme lui, travaillaient certainement déjà avant 1402, qu’on est amené à supposer, avec beaucoup de vraisemblance, qu’il avait dû étudier d’une manière spéciale l’architecture ; en tout cas, il était certainement familiarisé avec le dessin d’architecte.

Ces dernières considérations, comme toutes celles qui les ont précédées, découlent exclusivement de l’étude des miniatures de manuscrits. L’exposition de Dusseldorf, en 1904, me réservait d’élargir le champ de mes investigations. A cette exposition figurait, sous le n° 88, un important tableau peint sur bois de chêne, formant un triptyque qui mesure, ouvert, 0 m 88 de hauteur, sur 1“48 de largeur. Ce triptyque appartient au musée provincial de Bonn '. Le panneau central, où sont juxtaposées plusieurs figurines détachées, avec des banderoles à inscriptions, est consacré à la

4. Voir, sur ce tableau, le bel ouvrage de MM. Paul Clçmen et Eduard Firmenich-Kicharlz, Die Kunsthistorische Austellung zu Dusseldorf, 1904 (Munich, F. Bruckmann, 4905, in-fol.), p. 3 et pl. 5.

glorification de la Vierge-Mère. Les deux volets portent quatre images de saints, vus en pied, et de proportions beaucoup plus fortes que les figurines du panneau central. A l’intérieur des volets, ce sont saint Jérôme en cardinal et saint Augustin en évêque, et, à l’extérieur, saint Jean l’Évangéliste et saint Paul.

Je laisse de côté le panneau central, qui peut prêter à la discussion.

Mais, en ce qui concerne les volets, dans les quatre saints debout qui y sont portraiturés, on trouve exactement les traits propres au maître des Heures de Boucicaut. C’est sa manière de dessiner les têtes, avec le maxillaire trop développé. Ce sont scs procédés si spéciaux pour le rendu des bouches et des yeux. C’est sa prédilection pour les statures très élancées. C’est enfin, identiquement, son parti pris de coloration, tel que nous le trouvons dans ses meilleures miniatures.

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l onginal, les volets du triptyque conservé au musée provincial de Bonn, il ne me semble pas douteux que la peinture de ces deux volets ne soit due à la même main que les images des Heures du maréchal de Boucicaut et autres miniatures similaires.

Nous savions déjà, grâce aux manuscrits, beaucoup de choses sur notre artiste. Comme miniaturiste, il était déjà en pleine possession de son talent avant le milieu de l’année 1402, et il n’a pas dû travailler fort avant dans le xv e siècle, car à aucune de ses œuvres on ne peut, jusqu’ici, attacher d’élément de date qui soit postérieur au 1" janvier 1413. Ce maître

a été employé par le duc de Bourgogne Jean sans Peur et par le duc Jean de Berry. Mais, pour le second de ces princes, il n’a opéré qu’en sousordre, confondu dans le groupe d’« ouvriers » que dirigeait Jacquemart

A TT Kl HUÉ AU MAiTKK DES II K U R K S DE BOUCICAUT. Saint Augustin et saint Jérôme.

Volet* d’un triptyque du Musée provincial de Mon».

de Hesdin, et nul des manuscrits du duc Jean de Berry auxquels il a collaboré n’est postérieur à 1409. Paris a été longtemps la résidence de l’artiste. Mais il est bien probable qu’il a fait un voyage dans le Milanais. En tout cas, dès 1402 au plus tard, il introduisait dans un manuscrit

exécuté en France des imitations de l’art italien. Enfin, ce maître était versé dans la perspective et avait des notions accentuées du dessin d'architecture. Voici maintenant que le triptyque du musée provincial de Bonn nous apporte un dernier trait. Notre artiste n’a pas été seulement un remarquable enlumineur de manuscrits, enlumineur doublé peut-être jusqu’à un certain point d’un architecte, il a été aussi un peintre proprement dit, sachant exécuter des tableaux sur bois avec des figures de fortes proportions. On voit combien apparaît intéressante la physionomie d’artiste que nous avons ressuscitée dans ses œuvres.

Ce qui serait séduisant, ce serait de nous placer maintenant sur un nouveau terrain et de chercher à pénétrer le mystère de l’identité du maître.

Je n’aborderai cependant pas ici ce point, qui, pour être traité à fond, demanderait de trop longs développements. Je me bornerai à dire que, suivant moi, d’après des témoignages fournis par les écrits du temps, l'artiste auquel on pourrait songer avec le plus de vraisemblance est un peintre-enlumineur que l’on rencontre installé à Paris dès 1398, mais qui était originaire de Bruges. Cet artiste était appelé en France « Jacques Cône », et en Italie, dans des documents rédigés en latin, « Jacobus Cona », ce qui, étant donné la patrie du personnage, correspond probablement au nom flamand Coene, très connu à Bruges.

Les curieux pourront voir, dans un travail que je dois bientôt faire paraître en Belgique', les raisons qui me portent à proposer de reconnaître dans Jacques Cône ou Coene le maître dont nous avons étudié les productions, et je ne désespère pas d’arriver un jour à être en mesure de trancher définitivement la question.

En attendant, je garderai encore, pour plus de prudence, les épithètes provisoires de « maître des Heures de Boucicaut » ou « maître aux cygnes ». Mais une chose est désormais bien acquise, c’est que ce maître, quelque nom qu’il ait porté, méritait une place dans l’histoire de l’art. Il se range parmi ceux qu’on peut appeler, pour employer une expression susceptible de frapper plus vivement l’imagination, les précurseurs des Van Eyck.

1. Jacques Coene , peintre de Bruges travaillant à Paris sous le règne de Charles VI, dans les Arts anciens de Flandre (recueil périodique in-folio, publié à Bruges par les soins de l’Association pour la publication des monuments de l’art flamand), fascicule V.

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