Ms. français 2810, fol
du Jardin du Vieux de la Montagne reproduite ci-dessous, appartiennent - en général à la manière fine du maître. Aussi sont-elles plus agréables de dessin et de coloris. Ce qui est très remarquable dans ces peintures, c’est le côté d’orientalisme que nous retrouvons ici, beaucoup plus accusé encore que dans le livre d’IIeures de Bruxelles. Les sujets le comportaient d’ailleurs, car le Livre des merveilles du monde est la réunion d’une série de relations de voyages effectués en Asie. Notre maître des
Le MaIthe des Heures de Boucicaut.
Le Jardin du Vieux de la Montagne.
Miuialuro du Livre de» Merveille» du Monde, ms. français 2810 de la Bibliothèque nationale, f« 16.
Heures de Boucicaut s’est efforcé, dans le manuscrit français 2810, de donner à ses compositions la plus grande part possible d’exactitude, non seulement par les costumes, mais, dans certains cas, par le choix des types. Ainsi, dans deux de ses petits tableaux, il a représenté des nègres à peu près nus ', avec une vérité qui n’a peut-être jamais été dépassée dans les livres à images, jusqu’au jour, relativement tout récent, où la photographie est venue renouveler les bases de l’illustration des récits de voyages. Et, remarquez-le, — j’insiste sur les constatations chronologiques parce 1. Ms. français 2810, fol. 83 et 84. Nous reproduisons une de ces miniatures page 15.
qu’elles ont leur éloquence — c’est avant le 1 er janvier 1413, date la plus récente que l’on puisse faire intervenir à propos des œuvres de notre maître, que celui-ci savait déjà peindre ces nègres si réalistes.
A l’époque de Jean sans Peur et du duc Jean de Berry, vivait un grand seigneur français qui aimait les livres et était même en échange de volumes avec le duc de Berry. C’était Béraud Dauphin d’Auvergne, comte de Clermont, IIP du nom, qui a succédé à son père, Béraud II, en janvier 1399 et est mort en 1426. Pour ce personnage, notre maître a exécuté une de ses plus charmantes séries d’images : celle-ci consiste en un frontispice en sept compartiments, et dix-huit autres miniatures déplus petites dimensions, qui ornent un exemplaire du Propriétaire des choses, ouvrage en quelque sorte encyclopédique traitant de Dieu, de l’homme et des divers éléments de la nature (manuscrit français 9141 de la Bibliothèque nationale). Parmi ces miniatures, il en est qui contiennent des paysages vraiment délicieux 1 . Dans d’autres, on peut reconnaître des portraits de Jean sans Peur, du duc Jean de Berry, à qui des marchands viennent proposer des pierreries et des joyaux (voir notre reproduction, p. 29) et, très probablement, du duc Louis d’Orléans, frère du roi Charles VI.
Dans le Propriétaire des choses, de Béraud Dauphin d’Auvergne, toutes les peintures sont de la main du maître des Heures de Boucicaut. C’est, au contraire, en se faisant seconder par des aides, mais en gardant toujours le rôle principal, que le maître a encore travaillé à divers autres volumes que j’énumérerai rapidement :
1° Le Livre de Salmon, présenté au roi Charles VI (ms. français 23279 de la Bibliothèque nationale), où trois peintures sont de notre artiste*. La plus importante, reproduite ci-contre, montre une vue de la résidence du roi de France, avec des portraits de Charles VI et du duc de Berry, ce dernier vêtu d’une houppelande noire brodée de cygnes d’or.
2° Un superbe exemplaire du Trésor des Histoires (ms. n° 5077 de la Bibliothèque de l’Arsenal), ayant appartenu à un autre grand bibliophile du xv e siècle, l’amiral Prégent de Coëtivy, comte de Taillebourg (f 1450). Ce volume renferme aujourd’hui deux cent vingt-deux minia-
1. Je citerai surtout, à cet égard, dans le manuscrit français 9141, les images des fol. 43, 98, 138 v # , 197 et 217 v\